dimanche 26 avril 2009

SOUVENIRS D'ENFANCE

Chacun possède ses propres souvenirs d’enfance, qu’ils soient gais, joyeux, édulcorés ou tristes…On peut se les remémorer avec délice et espérer revenir dans le passé pour les revivre intensément ou alors les cacher enfouis au plus profond de soi, vouloir les oublier à tout jamais, tellement ils font mal.

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Elle est bien loin derrière moi mon enfance, plus de quarante ans me sépare d’elle, mais elle demeure présente. Elle surgit au détour d’une odeur que je croyais oubliée à tout jamais, se réveille à la vue d’une vieille photo aux coins écornées, revient par bribes à l’écoute d’une chanson démodée. Oh oui, je revois la grande maison de campagne où nous passions nos week-ends et une partie de nos vacances. Le jardin où ma mère passait des heures en chantonnant à couper quelques fleurs ici et là, la grande terrasse pavée jonchée de vieux pots en terre et surtout cette campagne si luxuriante qui m’offrait un immense terrain de jeu. J’attendais impatiemment le moment où le blé et le maïs sortaient de terre, la saison où je ramassais des châtaignes puis les noisettes. J’entreprenais des promenades, des marches à travers les champs avec ou sans autorisation, avide de tout connaître. Je délaissais les poupées, je fuyais les activités imposées par mes parents pour parfaire mon éducation. L’odeur des lupins, l’herbe haute qui me piquait les jambes, les vaches qui me fixaient de leurs gros yeux tout en ruminant et dont je me méfiais, les talus que je franchissais et où il fallait éviter les ronces, les orties pour ne pas abîmer mes vêtements. Je martelais bien fort le sol de mes pieds pour faire peur aux vipères, j’inventais des animaux curieux, dangereux qui se tapissaient dans l’obscurité des ombres mélangées aux fougères. Un bâton à la main pour écarter les branchages, je retenais ma respiration avançant prudemment. Une fois que toute suspicion était levée, je continuais à gambader. Quelquefois, mes deux jeunes sœurs m’accompagnaient. Elles me suivaient toujours de près en se donnant la main. Lili et Marie m’obéissaient, c’était moi la grande. Les petites voulaient toujours rentrer assez vite de peur de se faire gronder mais moi j’aurais pu y rester des heures. Mes parents désespéraient, me menaçaient de m’enfermer dans ma chambre et ma mère soupirait que j’avais de plus en plus l’air d’un garçon de ferme. Malgré les punitions, je continuais à explorer cette campagne si simple et si belle. C’était trop tard, Je m’étais éprise pour toujours de cette nature, de toute cette liberté qui s’offrait à moi.



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Ne me parlez de mon enfance ! J’ai tout fait pour l’effacer de ma mémoire. Ah, certains avaient le droit à de l’amour, de l’affection, je n’avais rien de tout cela. Les clichés standards de la famille parfaite, laissez-moi rire. C’est bon la pub, pour faire rêver monsieur et madame tout le monde, leur vendre du bonheur sur papier glacé, rien d’autre. Un père alcoolique, fainéant de surcroît et une mère mélancolique dont les yeux ternes reflétaient toute la tristesse du monde en permanence. Je n’ai jamais connu les histoires que les parents racontent le soir pour vous endormir ou les chansons pour bercer. Dès la fin d’après-midi, mon père, cuvait son vin et ronflait dans le salon endormi devant la télé allumée alors que ma mère était à son travail. Quand il n’avait plus à rien à boire, il me faisait aller à l’épicerie du coin acheter une ou deux bouteilles de rouge bon marché. La tête basse, les yeux fixés sur le trottoir, je me dépêchais de honte. Quand ma mère rentrait, elle allait dans sa chambre, elle y passait tout son temps libre, ne sortant que pour les repas. Quand elle ouvrait la bouche, elle posait toujours les mêmes questions comme un vieux disque. Elle les disait par automatisme, écoutant à peine mes réponses. J’avais à peine 8 ans et je voulais partir, je m’endormais le soir en mettant au point des plans de fugue.
La liberté, je l’avais ! C’était la seule chose qu’ils m’ont offert ou plutôt laissé… La liberté de pouvoir rester traîner le soir après l’école, de partir avec mes copains faire les quatre cent coups, celle d’avoir fumé ma première cigarette à 9 ans ou d’avoir bu ma première bière un an plus tard. Mais, je ne l’ai jamais prise… par peur. Peur de l’inconnu, peur de voir le bonheur chez les autres, je suis restée m’enfermant un monde imaginaire.


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Enfant unique, j’étais dorloté par une mère possessive et choyé par mon père qui voyait en moi « le seul héritier de la droguerie familiale fondée par mon grand-père ». Ma mère craignait pour ma santé, me couvrait d’un bonnet et d’une grosse écharpe au moindre petit vent, me gavait de fortifiants et de sirops de toute sortes. Je n’avais pas l’autorisation d’aller jouer souvent avec mes copains de peur que j’attrape froid ou un microbe quelconque… Mon père, lui, parlait de moi comme si j’étais un prince qui un jour accèderait au trône royal, celui de régner sur les vis et les pots de peinture ! Je m’ennuyais de ne pas pouvoir découvrir le monde. Confiné dans un espace où ma mère pouvait toujours me surveiller, je n’avais pas le droit d’aller deux rues plus loin en vélo. Les autres à l’école se moquaient de moi, me surnommaient « le p’tit bébé à sa maman ». Ne voulant pas faire de peine à mes parents, je ne leur disais rien mais je souffrais en silence. Les murs de ma chambre étaient tapissés de cartes découpées dans des magazines, je connaissais par cœur le nom de tout les pays et de toutes les mers. Je rêvais de voyager, de faire le tour du monde et d’aventures dans la forêt amazonienne. Puis, petit à petit, l’amour de mes parents a commencé à m’étouffer. Quand mon père décrivait les projets de développement de l’entreprise familiale, il ne pouvait s’empêcher d’ajouter que j’avais de la chance d’avoir un avenir tout tracé. Et ma mère, le regard bienveillant, souriait, approuvait d’un hochement de tête. J’étais devenu prisonnier des ambitions de mes parents, d’une vie orchestrée sans fausse note réglée comme du papier à musique. Puis, j’ai commencé à franchir les interdits, sortir jouer dehors même s’il gelait ou faire le tour de la ville en vélo sans me soucier de l’heure. Ma mère me reprochait de lui causer autant de frayeurs, mon père s’indignait que je ne vienne plus l’aider au magasin. Je voulais être libre de mon avenir, de mon métier. A mes 14 ans, j’ai fait un baluchon avec quelques affaires et je suis parti embarquer sur un thonier. Ca y est, j’étais libre !

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