lundi 31 janvier 2011

Willie Vlautin - Plein nord

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : 03/11/2010 - 240 pages

Las Vegas, Allison, 22 ans a une vie de ce qui est l’opposé du rose et des étoiles. D’ailleurs les étoiles, elle les voit plutôt quand elle s’évanouit pour avoir bu de trop une fois de plus. Son petit copain Jimmy la traite comme une moins que rien. Allison est à côté de la plaque. Elle a quitte le lycée sans diplôme, elle enchaîne des boulots de serveuse. Quand elle découvre qu’elle est enceinte,  elle décide de tout plaquer, c'est-à-dire : rien,  et  de partir pour Reno
Les premières pages sont comme une gifle en pleine figure ! Allison est dans les toilettes d’un bar avec Jimmy. Elle  est complètement saoule, vomit et s’évanouit. Et, Jimmy lui file des coups de pied.  Là, je me suis demandée dans quoi je m’embarquais et surtout si j’étais prête pour cette lecture. Pas une question de cœur bien attaché mais plutôt de moral. Est-ce que j'avais envie de suivre Allison ? Cette gamine paumée qui s’accroche à Paul Newman en rêve jusqu’à inventer qu’il lui donne des conseils.  Car au concours une fée ne s’est pas penchée sur mon berceau, Allison gagnerait le prix haut la main. Sa mère se contrefiche d’elle et Allison accumule les bleus à l’âme et au corps. A 22 ans, son vécu est terrifiant et l’alcool vient naturellement. Une échappatoire à cette vie. Et voilà qu’elle se retrouve enceinte de Jimmy. Cerise sur le gâteau. Alors elle part pour Reno, pour essayer de prendre un nouveau départ et pour que son bébé connaisse autre chose. Même si elle se considère comme une ratée, elle veut encore croire. Entre espoir et désespoir, Allison tente d'avancer. 
Alors, oui, c’est un livre sombre, dur où l’on côtoie l’autre face des Etats-Unis. Celui sans paillette et glamour. Si les premières pages m’ont fait l’impression d’une gifle, le livre entier m’a remuée ! L’écriture de Willie Vlautin pourtant n’a rien de poétique, elle claque comme les images qui nous viennent à l’esprit. Pas de pathos mais des mots sans concession qui touchent de plein fouet.
Vous êtes prévenus, une lecture dont on ne sort pas indemne et qui laisse un goût amer dans la bouche.
Merci Cathulu !

dimanche 30 janvier 2011

L’arbre et le cœur

Aujourd’hui, chez Gwen, nous avons 30 minutes pour rédiger un texte qui commence par « L’arbre est devant la maison, un géant dans la lumière d’automne » et se termine par « J’espère que mon cœur tiendra, sans craquelures. »
Et voici mon texte : 
L’arbre est devant la maison, un géant dans la lumière d’automne. Cet arbre où j’ai si souvent joué. Je m’approchais du tronc, je levais la tête vers les plus hautes branches. Avec cet espoir d’un jour d’y grimper. Haut, tout en haut. Dès que la voiture s’arrêtait dans la cour, je me précipitais vers l’arbre. J’entrainais ma sœur dans mes jeux et je  n’écoutais pas ma mère : « ne montez pas trop haut ! Faites attention de ne pas glisser». Mémé arrivait sur le pas de la porte et disait « laissez-les s’amuser un peu ». Ma mère était vexée d’être contredite par sa belle-mère.  Elle ne le montrait pas. Papa, à son habitude, était perdu dans ses pensées.  Un jour d’automne comme celui-ci, ma sœur ne voulait pas monter dans l’arbre « c’est mouillé, je vais me salir ». « Tu n’es qu’une poule mouillée, fifille à ta maman ». Elle me regardait, les larmes aux yeux. Cruel, méchant, je la défiais du regard en chantonnant « poule mouillée, poule mouillée, … ». Elle a enlevé son manteau et l’a plié soigneusement. Elle m’a suivi jusqu’ à la plus haute branche. Nos semelles n’accrochaient pas à la mousse humide, il fallait se tenir. Je ne lui ai pas dit. Quand j’ai entendu son cri et le bruit, c’était trop tard. Ma sœur gisait en bas de l’arbre. Tétanisé, je regardais mes parents et ma grand-mère s’agiter, pleurer auprès de son corps. Il n’y avait plus rien à faire, c’est ce qu’a dit un des pompiers. Je ne suis pas revenu ici depuis deux ans. Mémé ne s’en est pas remise, elle en est morte. Maman ne dit rien, papa non plus. Ils sont morts le jour ou Lise est tombée. J’ai enfermé et  calfeutré tous mes pleurs dans mon cœur.  J’ai 14 ans et je suis un meurtrier. Après l’enterrement de mémé, je partirai. J’espère que mon cœur tiendra, sans craquelures.

samedi 29 janvier 2011

Anne Percin - Comme des trains dans la nuit

Éditeur : Rouergue - Date de parution : 08/01/2011 - 120 pages

Et oui ! Il s’agit du nouveau livre d’Anne Percin ! Un recueil de quatre nouvelles mettant en scène des copains de longue date ou d’un peu moins, des cousins, des amitiés qui se transforment en amour … Des duos  qui se cherchent, qui se  révoltent ou qui s’aiment. En somme, des jeunes qui tendent vers l’âge adulte avec plus ou moins de facilité.
Autant le dire tout de suite,  la  première nouvelle m’a scotchée ! Deux lycéens qui sur fond de reggae vont commettre des actes  de plus en plus dangereux.  On ressent l’ennui qu’ils éprouvent mais surtout la tension qui s’installe. Aucun temps mort pour le lecteur !  Sauf qu’à vouloir trop jouer avec le feu, on se brûle et nos deux ados vont se retrouver face à leurs responsabilités. Loin des hommes  est plus tendre, deux jeunes qui se connaissent depuis longtemps et qui vont vivre leur première fois. Nirvana m’a laissé un goût amer. Ici, on passe du côté de ceux qui n’attendent plus rien de la vie. Alors qu’ils l’ont devant eux. Deux laissés pour compte dans les rues de Londres. Et une révélation : la peinture qui sera leur bouée de sauvetage. J'ai beaucoup aimé La forge. Retour en 68 dans une famille bourgeoise. Quand le vent libérateur de mai souffle sur une jeunesse, en apparence, dorée.
L’écriture d’Anne Percin est vive, prenante et colle, ici,  au plus près à un public d’adolescents.  Une lecture agréable !

Le billet de Gwen

vendredi 28 janvier 2011

Sophie Bassignac - Dos à dos

Éditeur : JC Lattes - Date de parution : 12/01/2011- 233 pages

Fin août, une nuit du côté de Saint-Tropez. Dans la Villa des Roses, tout le monde dort lorsqu'Arnaud débarque sans prévenir chez ses parents qu'il n'a pas vus depuis longtemps. Arnaud, un beau gosse qui commet des vols. Quand ses parents, Gabriel et Esther,  l’apprennent, chacun réagit différemment. Esther, comme d’habitude, en protégeant son fils. Et Gabriel tourmenté mais aussi furieux, cherche à comprendre pourquoi.
On pourrait penser aux premiers abords que le personnage central est Arnaud. D’une certaine façon, oui et l’histoire gravite autour de lui. Arnaud est un fils de bonne famille : le père, Gabriel,  romancier de son état a décidé de ne plus écrire mais sa mère Esther et ses livres de cuisine assurent une tranquillité financière.  Cette dernière est  flanquée en permanence de son amie Pamela, une veuve qui noie sa solitude dans l’alcool. Mais quand Arnaud  commet des vols et s’attire la police sur le dos,  la crise éclate. Esther, mère protectrice, cherche à aider son fils alors que Gabriel se lance à sa poursuite. Arnaud est un peu gentleman cambrioleur,  insouciant en apparence. En voulant savoir qui est son fils,  ce sera l'heure des doutes et des remises en question pour Gabriel. Aurait-il délaissé sa famille pour ses livres? La fin est dure mais apparaît comme inévitable.

Les réflexions de Gabriel sur l’écriture  émoustillent d'abord l’esprit. Puis, on y réfléchit à ces phrases percutantes et justes. J’ai trouvé qu’il y avait certains clichés : le détective qui voudrait écrire, les "méchants" Russes.  Beaucoup de  personnages secondaires avec des histoires propres et  j'ai eu l'impression que ce roman s’essoufflait. Mais l'écriture de Sophie Bassignac m'a accrochée ! Un style vif, une précision des mots, un sens de la formulation qui ne m'ont pas laissée indifférente.

Le billet de Cathulu

jeudi 27 janvier 2011

Francis Dannemark - Du train où vont les choses à la fin d'un long hiver

Éditeur : Robert Laffont - Date de parution : 13/01/2011- 92 pages

Pour moi, il y a une erreur sur la qualification de ce  livre. Il s’agit d’une longue nouvelle mais pas d’un roman : 92 pages petit format sans compter une numérotation qui commence par une page 11  (je vous laisse calculer) et  une typographie très grande … .Mais venons-en à l’histoire.
Présentation de l’éditeur :
En pleine crise de lassitude au cœur de la crise économique, Christopher, opérateur culturel belge de cinquante ans au bord de la faillite, souhaite ralentir et se recentrer sur des valeurs plus justes. Parce que « la vie rappelle de temps en temps que le monde est tout petit », il décide de s'arrêter et de partir. Ce sera pour le Portugal, en train. Alors que le ciel additionne les nuages, Christopher croise sur le quai de la gare une inconnue, Emma, qu'il va découvrir le temps d'un voyage entre Bruxelles et Lisbonne, au cours d'une longue et belle conversation, à la fois tendre, émouvante, et toujours sincère .
Ok, alors oui, Christopher et Emma discutent au départ de leur travail. Christopher a  accumulé une expérience professionnelle et porte un regard désabusé sur l’économie, la crise. Emma vend des produits divers : thés indiens, poésie persane, des stages de cuisine libanaise pour le compte d’une patronne ouverte aux autres. Deux mondes différents mais l’un et l’autre s’écoutent avec  beaucoup d’intérêt. Leur conversation ressemble à celle que l’on pourrait avoir avec quelqu’un d’inconnu et avec qui on va partager de longues heures dans un train. Sauf que tous les deux vont dériver sur leur vie personnelle. En parlant à Emma,  Chistopher fait le point sur sa vie familiale : divorce, enfants. Ils arrivent à destination et se disent au revoir. Et là, j’avoue que je n’ai pas compris. Voilà, c’est fini! Déjà ? Et oui !
Les thèmes abordés auraient mérité d’être approfondis… dommage. Vite lu et vite oublié pour moi.
Merci cependant à Babelio 

Francesca Kay - Saison de lumière

Éditeur : Plon - Date de parution : 06/01/2011 - 241 pages magnifiques...

Je suis poète de formation et le poète, tel le peintre, touche à l’allusion. Il apparaîtra clairement au lecteur que j’ai imaginé les pensées et les émotions de Mallow quand elles m’étaient inconnues. A ma décharge, je plaiderai simplement que je n’avais pas le choix, si je souhaitais brosser un portrait de Jennet Mallow riche, intense, resplendissant de couleur et non une simple esquisse.
Et c’est avec une écriture riche, intense, resplendissante de couleur que la vie de Jennet Mallow nous est racontée. Jennet  née en 1924 est attirée très tôt  par le dessin.  Lors de ses études à Londres, elle rencontre David, jeune peintre séduisant, talentueux mais qui aime l’alcool. Le couple part vivre en Espagne. C’est là bas que Jennet commence à peindre. Passionnée, elle peint sur tout ce qu’elle trouve : des bouts de bois rejetés par la mer, des cartons. Elle peint avec  toujours cette quête et cette exigence  de reproduire la teinte exacte, la courbe, le trait. Jaloux de son succès, David prend ombrage du talent de sa femme. Leur amour commence à s’éroder lentement  tandis que  David boit de plus en plus. De retour en Angleterre, Jennet fait bouillir la marmite, s’occupe des enfants et grignote des minutes à gauche et à droite pour peindre. L’esprit toujours occupé à créer, à retranscrire un paysage, une nuance précise. Mais Jennet est aussi une femme de son temps. Une épouse et une mère qui saura prendre des décisions.
De la première à la dernière page de ce roman,  on est baigné dans un océan de couleurs ! Et l’écriture de Francesca Kay, gorgée de richesse, nous permet de visualiser les peintures. Jusqu'à avoir la sensation de ressentir la texture d'un mélange ou le grain d'une toile. Les sentiments ne sont pas en reste. Jennet, l’amante, souffre de voir son couple se disloquer et  Jennet, la mère, trouve auprès de ses enfants  l’énergie et la volonté.
C’est beau, très beau …
Un magnifique portait de femme, une écriture brillante, lumineuse et c’est un premier roman ! Je dis chapeau bas !
Le billet de Cathulu.

mercredi 26 janvier 2011

Bertrand Guillot - b.a.-ba la vie sans savoir lire

Éditeur : rue fromentin - Date de parution : 13/01/2011 - 218 pages

« Donner de son temps pour aider les autres ». Consacrer quelques heures par semaine pour apprendre à lire et à écrire à des adultes. En 2008, Bertrand Guillot l’a fait sans formation préalable mais avec beaucoup de motivation et l’envie d’aider.  Il raconte cette formidable aventure humaine.
3 100 000 de personnes en France sont illettrées. Soit 9% de la population de 18 à 65 ans ayant  été scolarisée dans notre pays. Et,  ce chiffre ne prend pas en compte les personnes  qui ont appris une autre langue ou un autre alphabet à la base.  Sujet sensible et tabou sur lequel les institutions préfèrent fermer les yeux. Heureusement, il y a des bénévoles. Des gens comme Bertrand Guillot qui se lancent avec de la motivation et de la volonté. Et il en faut ! 
Sans jamais tomber dans le larmoyant, avec humour et beaucoup de pudeur, Bertrand Guillot m’a fait sourire et m’a émue !  Là où certains auraient cherché à cacher leurs erreurs commises, lui ose les dire. Simplement.  Et, le professeur apprend lui-aussi. Derrière les visages d’Amadou, de Bah, de Nabil ou de  Philomène, ce sont autant de situations différentes : emplois précaires, chômage. Et les problèmes rencontrés au quotidien.  Comment remplir un papier administratif ou déchiffrer une facture, une adresse ? Alors oui, quelquefois Bertrand Guillot s’est senti découragé mais quelle joie quand un mot est prononcé correctement ! J’ai soutenu de tout cœur ces élèves et ce livre m'a beaucoup touchée.  
Alors, j'ai juste envie de dire  bravo à tous ces gens formidables : à ceux qui aident et  à ceux qui poussent la porte pour apprendre !

L'avis de Cuné.

lundi 24 janvier 2011

Kate Atkinson - Parti tôt, pris mon chien

Éditeur : B.de fallois - Date de parution : 10/11/2010 - 388 pages géniales...

Yeux pétillants, un sourire de bonheur sur le visage et une envie irrépressible de me procurer d’autres livres de Kate Atkinson ! Je viens à l’instant de terminer cette lecture et j’ai ADORE!!!! Le nombre de points d’exclamation vous permet de mesurer la côte de mon enthousiasme !

C’est exquis, jubilatoire, délicieux , relevé et caustique… que du bonheur !
En faire un résumé est mission impossible car il y a plusieurs intrigues et histoires. L’auteur nous promène habilement entre  1975 et maintenant. 1975 : Tracy Waterhouse commençait sa carrière dans la police. Depuis, elle a pris sa retraite et travaille en tant qu’agent de sécurité dans un centre commercial. Tracy, femme de caractère, dissimule un cœur bien tendre sous sa corpulence. Sa routine est envoyée à la poubelle car elle prend une décision ou plutôt effectue un achat très peu commun. Ajouter une histoire vieille de 30 ans et Jackson Brodie, l’ancien policier devenu détective privé fait son apparition ! Une vieille actrice à qui la mémoire joue des tours, l’ancien équipier de Tracy… et le tout s’emboîte au final.
Avec brio, Kate Atkinson aiguise notre curiosité et nous ferre. Et c’est trop tard, on ne peut plus lâcher ce livre !  Le tout est parsemé de petits trésors d’humour et l'écriture est un régal!
Bref, j’en redemande !!!
Les billets d’Aifelle, de Cathulu (un énorme merci !) , de Juliette et de Keisha.



samedi 22 janvier 2011

Dany Laferrière - Tout bouge autour de moi

Éditeur : Grasset - Date de parution : 05/01/2011 - 179 pages

Que faisiez-vous le 12 janvier 2010 ? Difficile d’y répondre. Dany Laferrière lui s’en souvient.  Il se trouvait à Port-au-Prince sa ville natale  à l’occasion du festival Etonnants Voyageurs. A 16h53 alors qu’il était au restaurant, la terre s’est mise à trembler. Une minute plus tard, la ville était dévastée. Haïti venait de connaître un séisme.
Il m’est difficile de parler de cette lecture tant elle est saisissante. Pas de pathos ou de sensationnel mais de la pudeur et de la sobriété. Ce livre ne dresse pas avec chiffres à l’appui des constats. Les visions sombres ou apocalyptiques n’y ont pas non plus de place. Dany Laferrière a écrit ce qu’il voyait, ce qu’il ressentait dans un carnet. Présent au moment du séisme, il est revenu à Haïti quelques jours plus tard.  Et ce sont autant de portraits, de tableaux justes et ciselés qu’il nous livre. Des textes où le  sang-froid  de l’auteur est impressionnant et où la réflexion dépasse l’émotionnel.  En sa compagnie, on suit le quotidien de sa famille.  Il nous invite aux funérailles de sa tante mais aussi à des moments simples où la vie reprend le dessus.  Bien sûr, il nous fait partager les craintes, la peur des survivants mais aussi la solidarité et surtout la dignité de toute une population. Une dignité qui ne peut engendrer que du respect. La terre a tué mais la culture permet de se relever.
Un livre tout simplement remarquable...

Je m'attendais à entendre des cris, des hurlements. Rien. On dit en Haïti que tant qu'on n'a pas hurlé, il n'y a pas de mort. Quelqu'un a crié que ce n'était pas prudent de rester sous les arbres. En fait, c'était faux, car pas une branche, pas une fleur n'a bougé malgré les quarante-trois secousses sismiques de cette première nuit. J'entends encore ce silence. 

jeudi 20 janvier 2011

Valérie Zenatti - Les âmes sœurs

Éditeur : Points - Date de parution : 13/01/2011 - 157 pages

S’offrir ou plutôt voler une journée pour souffler. C’est ce que fait Emmanuelle. Une mère de trois enfants qui jongle entre les horaires d’école, la crèche, les tâches ménagères  et son travail.  Prise par la lecture de son roman, elle décide de faire une pause le temps d’une journée. Rien que pour elle.
Emmanuelle est une femme comme tant d’autres, surmenée et surchargée qui a l’impression de ne pas voir le bout du tunnel par moment. Un matin au lieu de se rendre à son bureau, elle téléphone  et prétexte qu’un des enfants est malade. Elle a devant elle plusieurs heures  avant de récupérer les enfants. Une coupure pour souffler, du temps pour flâner comme bon lui semble dans les rues de Paris et lire. Emmanuelle est très touchée par l’histoire de Lila Kovner, une jeune photographe à qui la mort  a arraché l’homme qu’elle aimait. Et, le livre s’intercale dans le récit. Lila Kovner se raconte dans un roman très intimiste. Enfance, jeunesse, les  relations avec ses parents et son métier qui l’a conduite dans des villes où les guerres font rage. Cette lecture lui remémore son amie Héloïse décédée à la suite d’un cancer et le vide qu’elle a laissé. Ce vide s’ajoute à celui qui l’habite depuis son enfance. L’absence d’une mère décédée trop jeune. Entre lecture, réflexions et rêveries, Emmanuelle fait en quelque sorte le point sur sa vie. Et, sa lecture va lui permettre d’avancer, de reconsidérer son bonheur. Quand Emmanuelle évoque ce qu’elle ressent, il y a des passages qui m’ont fait vibrer ! L’amitié, la complicité d’Emmanuelle et d’Héloïse sont tout simplement belles. Et, la fin est inattendue.
J’ai trouvé que certains points étaient survolés, que tout ne s’emboîtait pas forcément à la perfection. Comme s’il manquait quelque chose ou que l’histoire de Lila Kovner était en trop. Mais, les thèmes abordés et l’écriture de Valérie Zenatti  remplie de sensibilité m’ont touchée. Même si je  ne crie pas au coup de cœur, c'est une lecture que je conseille.
L’heure était venue de cesser de lutter, et d’accepter d’aller dormir quelques heures avant que le réveil la somme d’entamer une nouvelle journée, parce qu’elle n’avait pas le choix, on la poussait dans le dos, tous les jours, pour qu’elle avance sans y penser, pour qu’elle mène les siens en mer, puis à bon port. Chaque matin. Chaque soir.

mardi 18 janvier 2011

Dan Chaon - Cette vie ou une autre

Éditeur : Albin michel - Date de parution : 05/01/2011 - 403 pages

Par amour, Lucy, 18 ans, quitte le lycée pour suivre un professeur. Ryan part également  de chez lui pour s’installer chez son oncle Ray. Et enfin, Miles recherche son frère jumeau, schizophrène, disparu depuis 10 ans. Trois personnages qui ne se connaissant pas, totalement étranger les uns des autres. Mais leurs routes sont liées. Inextricablement.
Après avoir lu des avis très différents sur ce livre, j’ai eu envie de me faire ma propre opinion. Au début de ma lecture, j’ai eu un peu de mal à prendre mes marques. Trois personnages et trois récits non linéaires qui finiront par être un seul et un même. Evidemment, on se questionne, on se demande quel peut être le point commun entre Lucy, Ryan et Miles. Lucy part  avec son ancien professeur d’histoire George Orson. Amoureuse, elle s’en remet à lui mais quand il commence à se montrer plus mystérieux, la jeune fille perd ses repères. Ryan quitte ses parents et rejoint un oncle Jay dont il ne connait pas grand ‘chose. Ray lui révèle qu’il est son père. Ryan rompt définitivement les ponts avec son ancienne vie. Malgré les actes de folie dont son jumeau Hayden peut  être capable, Miles  est à sa recherche. Hayden  semble s’échapper des mailles du filet avec un facilité déconcertante. L’auteur distille au compte-goutte des informations et ça fonctionne. La curiosité est aiguisée et l’on veut en savoir davantage. Les personnalités se dessinent très lentement et on échafaude des théories. Et tel est  pris qui croyait prendre …Qui manipule qui et qui est qui ? Les pièces du puzzle s’emboîtent et les véritable  identités apparaissent au grand’ jour. Le point fort de ce roman  est la psychologie des personnages. Une psychologie  étoffée  et dont la densité prend toute son ampleur au fil des pages.
Hélas, j’ai trouvé qu’il y avait de nombreuses longueurs et que l'ensemble mettait du temps à prendre forme. Mon engouement a été freiné même si j’ai été menée en bateau.

Les avis très ( mais vraiment très) variés de l'accro des livres, Griotte,la livrophile,  MarieSandrine et Ys.

samedi 15 janvier 2011

Grégoire Delacourt - L'écrivain de la famille

Éditeur : JC Lattes - Date de parution : 12/01/2011 - 265 pages

À sept ans, Edouard écrit son premier poème. Quatre rimes qui se battent en duel mais la gloire vient de frapper.  C’est officiel ! Pour sa famille, il est écrivain. Deux ans plus tard, les mots ne viennent plus. Les années passent, sa famille s’effiloche et  son grand roman ne voit pas le jour. Edouard n’a peut être pas un talent d’écrivain mais les portes du monde de la publicité s’ouvrent à lui.  Celui qui était destiné à devenir un grand de la littérature porte son échec et écrit l’histoire des siens.
Plongeon dans les années 1970,  on respire la fumée des gitanes tandis qu'Edouard, 7 ans,  écrit un poème naïf. Quatre rimes bien pauvres lui valent d’être affublé du titre d’écrivain de la famille. Mais deux ans plus tard l'inspiration l'a déserté. Lui qui aime jouer avec les mots ne trouve plus de rime. Les disputes des parents sont fréquentes, son père côtoie la dépression depuis son retour de la guerre d'Algérie.  La vie continue malgré tout. Son père a refait sa vie,  son frère  emmuré dans son monde est placé dans un institut  et Edouard a toujours cette épée de Damoclès au-dessus de la tête.  Hélas, sans talent, il est bien difficile de devenir écrivain. Même si son "grand" roman n'est pas édité, Edouard réussit à se faire une belle place en tant que publicitaire.  
Le ton du récit change,  les jeux de mots et l’humour font place à plus de sensibilité. La famille d'Edouard se disloque un peu plus. Et lui, il essaie d'avancer malgré son mariage bancal et le poids de l'échec.La culpabilité de n'avoir pas été à la hauteur aux yeux de ses parents le ronge. Je n'en dis pas plus...

Une écriture limpide, entraînante  pour parler de ce qui fait mal et l'histoire de cette famille m'a "parlée" !  Le parcours d'Edouard est entaché de quelques erreurs et nous rappelle que nous en faisons tous. Seul petit bémol mais je titille,  j'ai trouvé qu'il  y avait trop de vrais slogans publicitaires ...

En conclusion, il s'agit d'un premier roman drôle mais surtout sensible et émouvant ! Un auteur à suivre de près ...

jeudi 13 janvier 2011

Anne Percin - Point de côté

Éditeur : Thierry Magnier - Date de parution : 18/10/2006 - 147 pages et un gros coup de cœur!

Il s’appelle Pierre et  il a 17 ans. Sept ans auparavant, son jumeau est décédé. Il ne s’en est pas remis. Il a décidé de mourir. A petit feu et lentement.

J’ai lu ce livre il y a plusieurs jours et j’ai attendu d’écrire mon billet. Le temps de canaliser, d’endiguer mes émotions qui étaient trop fortes. La semaine dernière, je vous parlais de Bonheur fantôme où le narrateur était Pierre. C’est ce même Pierre que l’on retrouve dans ce livre mais à l’adolescence.
A travers un journal écrit sur 11 mois, Pierre se livre. Et c’est un ado de 17 ans qui parle avec beaucoup de sensibilité, d’humour, d’ironie et de lucidité. A l’âge de 10 ans, son frère jumeau est mort dans un accident de voiture.  Pierre n'arrive plus à vivre avec cette absence trop lourde à porter. Sa mère se shoote aux anxiolytiques pour tenir le coup et son père essaie de faire bonne mine.  Et, le déclic vient avant son entrée en terminale  :
"Par cette chaleur c’est suicidaire de courir. Alors j’ai commencé à courir. C’est facile quand on a de la volonté. Ça ne demande aucun matériel, aucun conseil, aucun partenaire. Deux mois plus tard, j’avais perdu cinq kilos. Maman a cru que j’avais fait ça pour perdre du poids. Elle n’a pas tort, mais ce qu’elle ne sait pas, c’est que je compte perdre tout mon poids. "
Vous  l’aurez compris, Pierre se met à courir et son  corps devient un "instrument" pour mourir. Il  y est question aussi d’amour, de cet amour qui donne envie de revivre, de renaître.   Le ton de Pierre, son humour, son écriture nerveuse et vive, son regard sont si justes que ce livre est tout simplement superbe 
Il s’agit d’un gros coup de cœur qui m’a beaucoup, beaucoup touchée ! Un moment d’apnée totale d’où je suis sortie complètement bouleversée...  

Lisez-le avant ou après "Bonheur fantôme", peu importe, mais lisez-le…

Merci à Gwen pour ce prêt.

mercredi 12 janvier 2011

Marc Dugain - L'insomnie des étoiles

Éditeur : Gallimard - Date de parution : 19/08/2010 - 226 pages efficaces

Automne 1945, Allemagne. Une compagnie de militaires française conduite par le capitaine Louyvre découvre dans une ferme quasi-abandonnée une jeune fille. Seule, âgée de 15 ans et se nourrissant de pommes de terres crues. Une autre découverte intrigue le capitaine Louyre : le corps calciné d’un homme. Il décide de s’occuper de la jeune fille et et de faire le jour sur cette affaire.

Une fois qu’on commence cette lecture, difficile de la lâcher ! Ce livre s’ouvre sur Maria. Une jeune fille de 15 ans qui vit recluse dans une ferme. Sans pratiquement aucune nourriture, sans père ni mère et affamée. Elle garde précieusement les lettres que son père lui a envoyées depuis qu’il est parti combattre sur le font Russe. Sa mère est depuis longtemps en maison de repos. Nous sommes à l’automne 1945, l’Allemagne a perdu la guerre et le capitaine Louyre se retrouve dans une bourgade au sud de l'Allemagne. Un coin comme éloigné de cette guerre. Du moins, c’est ce que l’on croit. Une petite bourgade calme. Trop calme justement. Et voilà comment ce roman avec une intrigue m’a tenue en haleine ! A la fois police et armée, la fonction du capitaine Louyre et de ses hommes est large. Intriguée au départ par sa personnalité, j’ai mieux réussi à cerné cet homme au fil des pages. Lui qui n'était  pas militaire avant la guerre mais astronome. Il marque un entêtement à lever le voile sur le corps calciné retrouvé dans la grange de la ferme. Il mène son enquête, interroge, pose des questions… et la vérité nous éclate à la figure. 
Une vérité nouée à la barbarie nazie. L’écriture de Marc Dugain est directe. Percutante. Il nous livre une vision toute en retrait ce qui, je trouve, accentue l'effroi. Une lecture forte qui m’a donnée envie de découvrir davantage cet auteur !

Plein de billets chez l'ami BOB.

mardi 11 janvier 2011

Fabienne Berthaud - Un jardin sur le ventre

Éditeur : Jbz - Date de parution : 13/01/2011 - 286 pages qui se lisent toutes seules...

La quatrième de couverture dit :
C’est l’histoire ordinaire de gens ordinaires dans une région où il ne fait ni beau ni mauvais. C’est l’histoire d’un peu tout le monde. L’histoire d’une vie fauchée. D’un amour qui s’arrête. D’une mère qui part. D’un mari qui devient veuf. D’un veuf qui ne veut pas le rester. C’est l’histoire de gens qui ne se comprennent pas. D’une sœur qui regrette. D’un frère qui revient. Il y a des petits-enfants qui souffrent, qui se taisent. Des filles qui pleurent, qui fument et des chiens qui aboient. C’est l’histoire banale de la vie et de la mort.

Mais c’est surtout l’histoire de la vie de Suzanne. Elle qui meurt à 70 ans et qui laisse son mari Franck et deux filles Marie et Gabrielle.
Son mari est  une forte personnalité, de celle qui écrase les autres,  un être égoïste et tyrannique.
Et c’est Gabrielle qui raconte la vie de sa mère. La Mémère qui l’a élevée et cajolée, une mère Bertrande, incapable d’amour hormis envers les hommes. Tante Jackye malade après la Seconde Guerre Mondiale et qui mourra de tuberculose. Puis, Suzanne obligée de vivre avec sa mère. La pension, les amants de passage de sa mère toujours nombreux, son demi-frère Antonio, sensible et malhabile. La rencontre avec Franck. Un bonheur de quelques mois qui laissera vite place à la désillusion. Une vie étouffée à craindre les excès violents de son mari, à s’effacer devant lui. Toujours. Lui laisser le devant de la scène et « courber l’échine ». Retenir sa respiration quand il rentre le soir et  ne rien dire. Et faire comme si tout allait bien...
Certains se poseront la question : pourquoi ne l'a-t'elle pas quitté quand il était encore temps ? Question d'époque où dans les années 60 et 70,  le divorce était mal vu.  

Les sentiments de Gabrielle apparaissent à travers ce récit. Ni elle, ni sa sœur n’étaient dupes du comportement de leur père. Autant de mots qui lèvent le voile sur cette famille.
Comment cet homme va réagir  après le décès de sa femme? Je vous laisse le découvrir...

J’ai été énormément touchée par cette lecture ! Et je suis encore remplie d’émotions peut-être parce qu’il a trouvé des échos en ma personne. Je l'ai terminé avec une boule dans la gorge...
Sans jamais tomber dans le pathos, il s’agit d’un livre terriblement juste sur la vie de gens qui comme Suzanne "paraissent" ordinaires. 

Merci à l'ami BOB pour ce ce partenariat !

lundi 10 janvier 2011

Ian McEwan - Délire d'amour

Éditeur : Gallimard - Date de parution : 05/01/2001 - 395 pages longues, très longues...

Joe et sa compagne Clarissa sont témoins d’un accident de montgolfière alors qu’ils s’apprêtaient à pique-niquer. Joe aidés d’autres personnes va tenter de mettre fin à la course folle de l’engin. Malheureusement, l’accident sera mortel. Il fait la connaissance de  Parry présent lors du drame. Ce dernier lui voue sur-le-champ un amour irraisonné qui tournera très vite à l’obsession.
Changement d’année mais pas changement de résolution : « je ne fais pas des tartines quand je n’ai pas aimé ». Après Sur la plage de Chesil, cette lecture été une douche froide ! Autant le dire tout de suite, je n’ai pas aimé , je me suis ennuyée et  j’ai même failli abandonner      
Joe est un  scientifique dans l’âme et par son métier.  Au moment de l’accident, Parry lui dit qu’il pourrait prier pour encaisser ce choc. Mais surtout, Parry se prend d’un amour obsessionnel pour lui.  Il le surveille, l’observe, lui écrit. Harcelé, Joe met Clarissa au courant. Mais elle ne le croit guère. Joe doute, s’interroge sur bon nombre de questions. Et  voilà comment je me suis retrouvée noyée par une quantité monstre et faramineuse de détails, par des considérations et réflexions à caractère scientifique. Je me suis demandée où j’allais à part à un désintérêt total. Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages. Joe et Clarissa se révèlent assez indifférents l’un à l’autre. Je pensais qu’il y aurait des révélations sur le passé de Parry qui expliqueraient peut-être cette folie. Eh bien non…Même si ce livre traite  de sujets  qui m’intéressent, l’ensemble s’est retrouvé englouti dans les longueurs et les digressions de Joe. Avec beaucoup de soupirs,  je suis quand même parvenue à la fin de ce livre. Bref, une déception !
C'était une lecture commune avec Canel  et Mara. Et, miracle ! Ce livre rentre dans le cadre du challenge voisins-voisines ( ouf!)

dimanche 9 janvier 2011

Les loukoums de mémé

Ah, Philippe Delerm et ses textes délicieux ! Gwen  a détourné quelques titres du recueil  "la première gorgée de bière et autres plaisirs  minuscules". A nous de composer …
Je repartais de chez ma mémé avec le poids  de mon mensonge. Puis, je ressortais de ma poche mon malabar tout durci que je mâchais allègrement pour oublier ma culpabilité.
Mon enfance est liée aux  parties de foot avec les copains et aux malabars. Mais, le mercredi après-midi, après avoir couru vaillamment derrière le ballon en me prenant pour Michel Platini,  je passais voir ma mémé. Rituel du mercredi invariable. Mémé m’attendait. A peine avais je sonné, qu’elle m’ouvrait la porte : « Ah, mon petit, dépêche-toi, rentre vite ». Elle me serrait contre elle et le nez enfoui dans jupe, je profitais de ses rondeurs si réconfortantes. Mémé me relevait le menton et détectait à coups sûr l’odeur du malabar. Pourtant, je prenais soin avant de le cracher dans son papier d’emballage  et de le fourrer dans ma poche.
-Oh toi, tu as encore mangé de ces cochonneries ! Je t’ai déjà dit que c’était fait avec les boyaux des animaux ? Non ?!
Eh oui, Mémé, tu me le serinais mais je n’en avais cure.
-Viens-ici, regarde ce que j’ai acheté. Des loukoums ! Et  des vrais qui viennent de chez Monsieur Ali en  bas.
Je regardais mémé en m’efforçant de sourire.  Monsieur Ali était l’épicier du coin où les loukoums trônaient devant la caisse enregistreuse. Alors, quand Monsieur Ali était occupé à peser trois oranges, on passait un doigt sur les loukoums pour récolter la fine pellicule sucrée.
Mémé attendait que je me serve.  Je revoyais tous ces doigts, sales ou qui avaient trainé dans les nez de mes camarades s’échouer sur les loukoums.
J’aimais ma mémé et  la gorge serrée, j’en prenais un. Je me forçais à le manger pour lui faire plaisir. Elle m’observait fière et remplie d’amour.
-Tu es un bon petit, toi ! Allez reprends en un autre, tu es tout maigrichon, va !
-Tu sais, mémé que maman ne serra  pas contente si j’en mange un autre car tout à l’heure je n’aurai pas faim pour le dîner.
-Ah, tu as raison…
Je mentais à ma mémé car un de mes copains m’avait confié un secret. Son grand-frère léchait avec sa langue les loukoums de Monsieur Ali ! D’imaginer cette langue remplie de salive provoquait une réaction de haut le cœur de la part de mon estomac.

Rengaine de saison

28/12
Un homme sort du bureau de tabac. En grande conversation, il parle de mètres de fils en élargissant les bras. Il est sur son petit nuage, un sourire de satisfaction à ses lèvres. Son interlocuteur l’écoute. Dubitatif. De quoi peut-il donc parler ? Des guirlandes installées sur sa maison et dans son jardin. Mais attention, ni dix ni trente ampoules. C’est Monsieur B. dont on parle dans le journal local et au mieux à la télé au journal régional. La consécration. Pour Noël, il transforme l’extérieur de sa maison en Las Vegas miniature. Ca clignote de partout. Vert, rouge, bleu… attention, on s’en prend plein la vue. Il y a même des gens qui se déplacent chaque année pour admirer et prendre en photo son décor lumineux. Alors oui, il est fier Monsieur B.. Noël c’est son heure de gloire. Une préparation entreprise des mois avant. Consciencieux,  il met un point d’honneur à varier ses décorations d’une année sur l’autre. Dans l’article qui lui est consacré dans le journal, il dira qu’au départ c’était pour faire  plaisir à ses enfants. Et qu’au  fil du temps, c’est devenu une passion. Si l’on veut,  pour terminer en beauté, on rajoutera  que c’est sa façon de remplacer les noëls qu’il n’a pas eu. Par contre, motus et bouche cousue sur sa femme qui  ne supporte plus de l’entendre parler de ses guirlandes.  Pareil pour ses enfants qui ont grandi et qui trouvent ça ridicule. Mais bon, l’important c’est de se faire plaisir. C’est ce qu’on dit…

05/01
Bonne année, meilleurs vœux…Rengaine de saison. C’est la période, on en distribue et  on reçoit à la pelle. Gratuitement et même de personnes qu’on ne connait pas. Dans un commerce où j’ai mis les pieds pour la première fois, la vendeuse a ajouté à son au revoir traditionnel  « et bonne année ! ». Elle y a mis du cœur et elle souriait. Alors, oui, je les prends ces vœux même s‘ils ne sont pas pensés ou authentiques.  Parce que si je ne les entendais pas ces mots,  qu'est ce que je ferais?  Eh oui, je bougonnerais le cœur serré.  Tronqués ou sincères, je préfère les entendre finalement. Et tant pi si l’employée de la boulangerie me propose pour la cinquième fois le calendrier.

vendredi 7 janvier 2011

Marie-Hélène Lafon - L'annonce

Éditeur : Buchet Chastel - Date de parution : 03/09/2009 - 196 pages

 

Paul, célibataire, , quarante-six ans, est agriculteur  dans le Cantal. Annette, trente-sept ans habite dans le Nord à de la France à Bailleul avec son fils Eric. Elle veut  démarrer une nouvelle vie. Ils vont se rencontrer grâce à l’annonce que Paul a passée. Annette et  son fils déménagent pour s’installer à la ferme.
Dès les premières pages, j’ai été happée …Il y a quelque chose de magnétique qui se dégage de ce livre. Annette en quittant Bailleul veut clore le passé et tirer un trait sur  Didier, le père d’Eric. Annette fuit l’alcool accompagné de la main lourde de Didier. Une fuite et un refuge auprès de Paul. A la ferme, Paul habite avec sa sœur Nicole et ses deux oncles de plus de 80 ans. Un lieu où Nicole et les deux oncles ont des habitudes bien ancrées. Il faut leur faire accepter la venue d’Annette qui a un fils. Paul ne cèdera pas dans cet affrontement de silence et d’attitudes. Pour Annette, c’est une nouvelle vie dans un nouveau lieu. Elle et Eric découvrent la ferme  mais sans jamais s’aventurer sur le terrain bien gardé de Nicole. Paul et Annette « s’apprennent », s'acceptent  tels qu’ils sont.   

J’ai lu ce livre en apnée totale ! Moi qui aime les phrases courtes, concises, et bien,  j’ai été plus que séduite par l’écriture de Marie-Hélène Lafon. Une écriture qui se joue des codes et de la ponctuation. Une écriture qui décrit les silences, les tabous, la ferme et la dureté d'un milieu.  
Avec ce roman, l'auteur a su recréer l’ambiance d’une France rurale pas si lointaine où l’on parlait peu. Et elle nous parle de plusieurs amours : celui d'un métier et de celui qui naît entre un homme et une femme...
Une magnifique découverte !

Plein de billets chez l'ami BOB.

Nicole et les oncles étaient d'une autre eau. Eussent-ils perçu le plus mince écho des affres violentes traversées par cette femme et ce garçon  dont Paul imposait la présence en leur pré carré qu'ils se fussent battus, becs et ongles, sans merci ni répit, pour expulser les créatures étrangères, les corps impurs, et conduire à résipiscence le frère égaré, Paul, le maillon faible. Une guerre couvait, qui, pour rester sourde, n'en serait pas moins longue et difficile, guerre d'usure et de patientes tranchées.

jeudi 6 janvier 2011

Christine Orban - Le pays de l'absence

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : 05/01/2011 - 169 pages

Elle  attend avec inquiétude sa mère qui vient de Casablanca pour les fêtes de Noel. Sa mère qui avant était si coquette, qui jouait au bridge et qui maintenant confond une peluche avec un animal. Une mère qui a des absences, qu’il faut réconforter et surveiller.
Ce livre nous place dans une situation que nous pouvons connaître.  Une situation où les rôles sont inversés, celui où on se fait parent pour nos parents.  Christine Oban nous parle de la maladie de sa mère qui vous l’aurez compris est celle d’Alzheimer. Le temps où ces quelques jours, sa mère est chez elle, elle écrit ce quotidien. Le ton se fait drôle, sérieux ou amer. Les souvenirs d’enfance reviennent également mais l’on sent une retenue. Elle lève le voile sur certains pans mais pas sur tout… Par pudeur ou par respect ? Je ne sais pas.

Mais (le fameux mais), je suis restée en dehors de ce récit. Trop court à mon goût.  Certes, l'auteure décrit la dure maladie d’Alzheimer mais j'aurai aimé qu'au delà de ces constatations  qu'une réflexion soit amenée. Et, j'ai été gênée que le récit porte les marques de la vie "aisée" de l'auteure.

Le billet d'Hérisson qui a été très émue.

mardi 4 janvier 2011

Anne Percin - Bonheur Fantôme


Éditeur : Rouergue - Date de parution : 17/08/2009 - 220 belles pages...

Pierre, 28 ans a quitté Paris du jour au lendemain pour s’installer à la campagne. Il vit dans la Sarthe dans un petit village. Un peu de brocante, sa voisine Paulette qui le dépanne, le café de temps en temps… Il a lâché ses études de philo, un boulot qui payait bien et rédige désormais la biographie d’une peintre peu connue.

Je fais volontairement une présentation sommaire de ce livre car on en apprend petit à petit en tournant chaque page sur Pierre. Il s'agit du narrateur ou plutôt, il donne l'impression de nous confier ses pensées et sa vie.  Il écrit avec beaucoup de sensibilité, de poésie, d’humour et d’ironie. Oui, tout ça ! Voilà sûrement la raison qui fait que j’ai dévoré ce livre ! Pourquoi a-t'il tout quitté ? Coup de tête, prise de conscience basée sur des principes écolos ? Non, d’ailleurs la vie à la campagne, il la découvre. Se contentant de peu, il s’en accommode.  Il le couche sur le papier,  nous le raconte au gré des jours qui passent, des phrases de sa voisine et des visites de R..Des petits moments, des instants du quotidien qui sont autant de petits bonheurs ou qui prêtent à sourire !

Mais le passé s'invite de temps en  temps et les plaies non cicatrisées font mal, très mal. Sauf que colmater les brèches, ensevelir la peine ne suffisent pas... Elles se réouvrent tôt ou tard et la douleur ressurgit,  jaillit avec fracas.  Il est question d’amour aussi, d’un amour fort et beau pour R.

Et tout est si bien écrit que je n’ai rien à ajouter.

Ce livre est en véritable enchantement ! Je l’ai lu en ayant l’impression d’être aux côtés de Pierre. Le style d’Anne Percin est unique, comme des touches de couleurs différentes qui font un très beau tableau. Je ne mets aucun extrait car je n’ai pas pu m’en résoudre à choisir un.

Une lecture commune  avec Gwen, le billet de Sylire qui renvoie à d’autres liens, In cold Blog a réalisé une interview d’Anne Percin.

lundi 3 janvier 2011

Arto Paasilinna - La douce empoisonneuse

Éditeur : Gallimard - Date de parution : 27/03/2003 - 255 pages

Une maisonnette rouge flanquée d'un petit sauna en bois gris, non loin d'Helsinki. Linnea, la douce veuve du colonel Ravaska, mène une existence paisible à soigner ses violettes et son chat.

Avec ce début de  quatrième de couverture on pourrait s’attendre à une histoire charmante de vieille dame et où il n’est question que de fleurs et de parties de bridge… Mais non !
Car Linnea, 78 printemps,  se voit dépouiller chaque début de mois de sa pension par son neveu et ses deux comparses. Quand le trio lui fait signer un testament en faveur de son neveu, Linnea décide d’en finir. Comprenez : elle préfère se suicider.

Mais l’art d’en finir n’est pas une chose aisée ! Fabriquer du poison, trouver la bonne dose... tout ceci demande beaucoup de doigté.  Bien que déterminée, Linnea se retrouve dans des situations rocambolesques et loufoques car le trio souhaite sa mort.Elle donne bien du fil à retordre à son neveu, petite crapule et à ses deux amis qui ne valent pas mieux. Entre les bons sentiments qu'elle ne peut réfréner et l’envie de se défendre, la vieille dame est attachante ! Mon seul bémol,  j'ai trouvé  le neveu et ses deux amis un peu caricaturaux. Mais il s'agit d'un bon moment de lecture où j’ai beaucoup souri….

Humour subtil et qui fait grincer des dents ! Yes !!

Une lecture qui rentre dans le challenge Voisins-voisines.

dimanche 2 janvier 2011

Le séminaire

Premier atelier d'écriture de l'année chez Gwen avec une photo représentant une porte ancienne. A nous de broder autour de cette porte, de ce qu'elle  peut représenter ou cacher...

Annette manquait de confiance en elle. Pour tout et depuis toujours. Lorsque Pauline les convoqua par petits groupes, à son habitude, elle s’exécuta. Elle prit une des chaises et s’assit. Pauline était arrivée depuis un an. En une année, bon nombre de changement s’étaient opérés et Annette angoissait pour l’avenir. Pauline et ses mots anglais qu’elle glissait sans arrêt dans chacune de ses phrases,  son dynamisme surfait  et surtout ses méthodes apprises dans une grande école de Commerce. Des machines qui fabriquaient de jeunes cadres ambitieux, des loups du management  aux dents longues et aiguisées. Pauline en était une avec sa démarche assurée et son  tailleur de couleur sombre. Elle avait mis en place des séries d’atelier pour  renforcer l’esprit d’équipe. Annette écoutait Pauline qui déblatérait son monologue déjà bien rodé :
Vous allez fermer les yeux et imaginez une porte. Derrière cette porte, se trouve votre fort intérieur et toutes vos capacités.  La porte sera peut-être  être lourde mais il ne faut pas se décourager.
Annette se représentait une porte ancienne en bois. Comme celle d’un château fort, une porte en bois solide et épaisse. Elle se disait que cet atelier était une perte de temps  mais elle avait envie de jouer le jeu.  Elle était devant la porte  n’osant pas approcher sa main.  Elle se décida. Une cour s’offrait devant elle. La voix de Pauline poursuivait :
N’ayez pas peur, allez jusqu’au bout.
Encouragée, Annette s’avança sur le sol pavé.  Elle n’osait pas y croire. Toutes les personnes qui l’avaient jusque là humiliée par des remarques, vexée par leur comportement dédaigneux étaient là en rang d’oignons. Têtes baissées à son approche. Annette se sentit prise d’un pouvoir de supériorité. C’était la première fois qu’elle éprouvait ce sentiment inconnu. Elle revit une ancienne institutrice qui l’avait punie alors qu’elle n’avait pas triché, une amie d’enfance qui l’avait trahie, sa boulangère qui en  10 ans était incapable de se souvenir de son nom. Ils étaient tous là. Pauline aussi. Tous imploraient son pardon. Oui, ils pouvaient ! Annette vit des instruments de torture. Enfin, elle allait pouvoir leur rendre tout le mal qu'ils lui avaient fait subir.
Terminé pour aujourd’hui !
La voix stridente de Pauline la fit sortir de son rêve. Avorté, une fois de plus. A cause de Pauline. Elle serra si fort ses mains que les jointures de ses doigts étaient blanches.
Et n’oubliez pas que la semaine prochaine, nous avons le séminaire d’entreprise. Eh bien, Annett , vous êtes toute  souriante ! Vous avez enfin trouvé vos ressources !
Pauline appuya bien sur les deux syllabes  du mot "enfin". Elle toisa Annette du regard. Un regard hautain pour l'écraser comme un vulgaire insecte. Pour une fois, Annette ne rougit pas. Non, elle garda son sourire aux lèvres.  Elle allait en finir. Durant le séminaire, il était prévu un saut à l’élastique. Annette devrait aider à la préparation du matériel. Elle ne sauterait pas  à cause de ses problèmes de santé. Mais, Pauline si. Et, un accident est si vite arrivé…

Les émotifs anonymes

Film de  Jean-Pierre Améris, avec Isabele Carré et Benoît Poelvoorde
Synopsis : Jean-René, patron d’une fabrique de chocolat, et Angélique, chocolatière de talent, sont deux grands émotifs.
C’est leur passion commune pour le chocolat qui les rapproche. Ils tombent amoureux l’un de l’autre sans oser se l’avouer. Hélas, leur timidité maladive tend à les éloigner.

Peu de monde au cinéma ce 1er janvier . Le manque de population mangeant du pop-corn ne m’a pas dérangée, bien au contraire ! Bon, venons-en au film. A la lecture du synospis, on pourrait croire à un film neuneu ou qui se traîne longuement dans la guimauve. Et bien non, il s’agit d’une comédie charmante ( j’ai dit charmante et pas kitsch) ! Benoît Poelvoorde  est excellent dans son rôle de grand émotif. A travers une multitude d’expressions du visage et du corps, le stress et l'anxiété de l'émotif apparaissent.  Il endosse parfaitement ce rôle et Isabelle Carré est d’une fraîcheur spontanée ! Même si la fin est prévisible, et bien, ce film est drôle et  tendre.  Monsieur, lui, a beaucoup aimé !
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...