dimanche 31 juillet 2011

Lorrie Moore - La passerelle

Éditeur : Points - Date de parution : Avril 2011 - 411 pages dévorées !


Tassie, vingt ans, a quitté sa campagne du Midwest pour intégrer l'université. Afin d'arrondir ses fins de mois, elle cherche un job d'appoint. Elle est embauchée par Sarah et Edward en tant que baby-sitter. Sarah est la patronne d'un restaurant qui se veut avant-gardiste et Edward un chercheur universitaire. Le couple  vient juste d'adopter et Tessie s'occupe de  Mary-Emma une adorable fillette métisse.

Tassie découvre la vie hors de sa ferme natale. Sans préjugés, un peu de façon innocente (attention, je n'ai pas dit naïve ou nunuche), elle est une fine observatrice.  A vingt ans, elle a (ce qu'on a coutume de dire) l'avenir devant elle. En plus de ses cours à la Fac,  elle s'occupe de Mary-Emma. Enfant métisse tout juste adoptée par Sarah et Edward. Et là, tandis que l'on pourrait croire que le roman a pris un rythme de croisière, tout bascule petit à petit. L'histoire presque gentille prend un autre tournant, plus grave et plus touchant. Son admiration devant l'énigmatique Sarah diminue, les absences fréquentes d'Edward la titille mais surtout il y a le racisme envers Mary-Emma. Le racisme le plus primaire. Sarah monte un groupe de paroles et devient très méfiante même envers Tessie.  Faux-semblants, vérités cachées, blessures masquées par des appeaux, tout vole en éclat sous le regard de Tassie.  Lorrie Moore nous dépeint bien plus que le racisme, les dérives d'une société, le parcours de l'adoption et l'amour qui se tisse. Elle n'oublie pas l'Amérique de l'après 11 septembre, l'Amérique dont les soldats se battent en Afghanistan. 

Lorrie Moore utilise l'humour et l'ironie de façon intelligente. Rien n'est écrit ou dit brutalement, tout est dans la finesse et  l'esquisse. 

Les billets d'Aifelle, AnnaAntigoneAmanda, Cathulu, Gwen, Kathel,  L'ivr-esse (déçue)

vendredi 22 juillet 2011

Ca y est !

Ca y est, c'est mon tour de partir en vacances ! Direction l'île de Noirmoutier  à partir de demain jusqu' à la fin de ce mois. 
Le programme sera fonction de temps mais pas de blog ou d'internet.


Je vous dis à bientôt...

jeudi 21 juillet 2011

Une sépulture à ciel ouvert

Troisième édition des plumes de l'été chez Asphodèle avec des mots commençant par la lettre C :
carotte – cercle -Chili ou chili – castor -cage – camomille – caravane – casserole -chronique – carnaval -charivari – caravelle – chavirer – chocolat

Je publie aujourd'hui mon texte intitulé Une sépulture à ciel ouvert. Comme j'écoute Bashung en ce moment, certains feront le rapprochement avec des chansons. Samedi je serai sur la route des vacances ce qui ne vous empêche pas d'aller lire les autres textes !

Elle est  revenue dans l’appartement de son enfance. De la fenêtre, c’est un grand terrain qui s’ouvre sur une sépulture à ciel ouvert. Un espace habité de genêts, d’une veille caravane sans roues et de déchets. De son ancienne zone de jeu, les rires résonnaient et s’élevaient jusqu’aux immeubles. Désormais, seule une solitude filandreuse tissée au fil des années chuchote. Elle  a voulu voir une dernière fois cet endroit qui d’ici peu sera rasé. De ses entrailles  sortiront de belles maisons à l’identique pour  des couples et  des jeunes familles. La pancarte Castor habitat représente  le dessin d’une résidence idéale. Modèle. Derrière ses paupières, l’empreinte de l’enfance surgit. Carnaval joyeux où elle chavirait dans un autre monde. Monde de l’enfance où tout était permis et où une boîte de conserve de chili devenait un trésor.  Elle voudrait abolir le temps et se retrouver à l’âge de  ses dix ans. Elle se revoit avec sa sœur, sa meilleure amie et les autres à courir, ou à gratter le sol en cercle. Ils se prenaient pour des archéologues brandissant fièrement leurs trouvailles. Autant de reliques sans valeur  gardées précieusement. Pendant des vacances, ils avaient assemblé des bouts des bois, des planches récupérées ici ou là et piqué le manche d’un balai  au  beau milieu. Une vieille nappe servait de voile. Ils parcouraient les océans sur une caravelle, explorateurs propulsés  dans d’autres siècles sur toutes les mers du monde. Eux qui ne n’avaient jamais vu la mer se contentaient de la rêver.  

Dans  l’ancienne cuisine, deux casseroles dépareillées et cabossées  gisent à même le sol. Ustensiles à jamais remisés à une mort certaine. Elle se hasarde à ouvrir un placard. Quelques fleurs séchées de camomille ont été oubliées.   L’ancienne  cage des perruches est toujours à sa place. Une odeur de renfermé et une  tristesse surannée se dégagent de l’appartement. Elle marche le long du couloir défraichi. Devant la porte de sa chambre, elle hésite. Elle respire un grand coup  comme pour se donner du courage. Il ne reste que le papier peint délavé et la penderie. Elle aimerait tant retrouver l’innocence de son enfance. Comme le goût du caramel qui fond sous la  langue ou celui du bol de  chocolat bu le soir avant de se coucher. Elle rassemble les pièces détachées de sa mémoire : charivari de sons et  de la voix son père qui s’emmêlent au cours d’une soirée. Une soirée dont elle n’a jamais pu parler à quiconque. Dans la penderie, elle soulève une latte de parquet. Les yeux embués de larmes, elle touche du bout des doigts ses trésors d’antan. Un pendentif, un sachet de graines de carotte, une pièce de monnaie, un ruban. Elle prend la boule de papier journal, la déplie. Le papier jauni craquelle, l’encre est  encore lisible. La chronique parle d’un homme arrêté pour attouchement sur mineurs. C’était son père. A elle, il lui a volé son enfance un soir de ses onze ans.  Elle n’a rien pu dire. Le poids de la honte était trop fort. Quand l’immeuble sera démoli, elle pleurera, se sentira soulagée. Et, peut-être enfin  libérée.



mercredi 20 juillet 2011

Arnaud Dudek - Les vies imperméables

Editeur : StoryLab - Date de parution : juillet 2011 - 111 pages et 23 nouvelles coup de cœur !

Avertissement : une fois commencé ce recueil de nouvelles, on ne le lâche plus ! Vous êtes prévenus…
En vingt-trois nouvelles, Arnaud Dudek saisit le quotidien et fait ressurgir l’aspect pathétique, les désillusions  et les espoirs de ses personnages. Vingt-trois nouvelles et autant de portraits d’homme, de femme, d’enfant ou d’adolescent. Leur point commun ? Leur vie à un moment donné bascule d'une façon ou d'une autre. Dès la première nouvelle, le ton est donné : un enfant, Léo décide de faire un gâteau pendant que sa maman dort. Elle sera contente de lui à son réveil. Forcément. Sauf que la maman a avalé un tube de médicaments.  Amour, vie de famille, couple, jalousie, tricheries, échappatoires, mensonges : tout est passé au crible !
Et c’est un coup de cœur ! Car dans ces nouvelles, l’auteur réussit avec  humour à pointer du doigt le désespoir ou l'innocence de ces personnages comme condamnés à supporter leur vie. Des nouvelles douces amères qui sont le reflet de vies quotidiennes...
L’écriture est vive, fraîche et entraînante ! Un style qui donne l'impression d'une liberté totale  : pas de carcan ou de sujets tabous ( ce qui fait le plus grand bien !).
Un auteur à suivre de près !!!
Seul petit bémol : la mise en forme numérique du texte manque de quelques petites finitions mais je pinaille...

Mais cela n'a plus d'importance. Tout finit bien parce qu'il se fabrique des nouveaux souvenirs. Le décolleté d'une infirmière, la voix rocailleuse de son voisin de lit, le goût âcre d'une solution médicamenteuse. Parce qu'il a l'impression de tout recommencer. De vivre à nouveau des premières fois. D'autres possibilités, d'autres occasions, d'autres codes. C'est triste ou c'est heureux, peu importe. C'est sa vie, désormais. Une vie dans laquelle il aimera peut-être siroter un lait fraise.

mardi 19 juillet 2011

Clara Dupont-Monod - La passion selon Juette

Éditeur : Le livre de poche - Date de parution : 2009 - 176 pages belles et intenses!

Juette est née en 1158 dans la ville de Huy, en actuelle Belgique. Une enfant que l’on marie à l’âge de treiazans à un homme beaucoup plus âgé qu’elle. Juette trouve en Hugues de Florette, un ami et un confident bien que celui-ci soit prêtre. A dix-huit ans, elle se retrouve veuve et mère d’un fils qu’elle rejette. Ses parents veulent la remarier mais Juette ira contre leur volonté.
Voilà un livre comme je les aime! Nous sommes au XIIème siècle au bord de la Meuse. Juette semble une enfant fragile, de santé délicate. En la personne d’Hugues, elle trouve un ami qui lui narre des histoires dont elle se nourrit. Elle voudrait apprendre à lire mais sa mère refuse sous prétexte qu’une future épouse doit avant  toute chose savoir coudre. Fille d’un bougeois, Juette est mariée à treize ans. Parodie sans amour où elle n’a pas son mot à dire. Juette subit le mariage et  le sexe. Enceinte deux fois, elle donne naissance à un fils à qui elle ne voue aucun amour. A dix-huit ans, elle est  veuve et  prend le parti de refuser un remariage. Elle s’insurge contre le clergé et ses pratiques, contre le pouvoir des hommes. Elle n'hésite pas à scander la vérité même si c'est au prix de scandales qui ternissent l'image de l'Eglise toute puissante. Juette veut vivre sa foi telle qu’elle l’entend et non comme on le lui impose. Elle renonce à une vie de privilèges pour s’occuper des lépreux. Atteinte de visions mystiques, Juette attire de plus en plus l’attention ce qui déplait aux autorités religieuses. Je n’en dis pas plus…
Au fil des pages, Juette est une femme qui prend de l’assurance,  une féministe qui se battra pour sa vision de la  justice et de la foi. Et, j'ai vibré à cette lecture riche et intense! Porté  par une écriture magnifique, le roman alterne la voix de Juette et celle d’Hugues. Deux récits qui s’éclairent mutuellement et  se complètent. Je suis  sortie très troublée de ce livre car les personnages sont terriblement  humains. Troublée et remplie d'un sentiment d'humilité envers Juette...
Elle n’a pas la culture de l’abbé Jean mais elle est aussi intelligente que lui. C’est une intelligence inquiète, un peu sauvage, qui glisse sous les choses pour les retourner. Moi, je suis bien sage à côté. J’ai mes lectures, mes doutes. Rien de comparable avec cette force animale, capable de sentir sans commenter.
Les billets d'AntigoneEllcrys, GambadouLili Galipette ( notre pro des moustiques), Liliba et Géraldine qui n'a pas réussi à rentrer dans ce roman.

lundi 18 juillet 2011

Silvia Avallone - D'acier

Éditeur : LIANA LEVI - Date de parution : avril 2011 - 387 pages qui prennent aux tripes...

Elles sont deux : amies depuis toujours, amies pour toujours. Anna et Francesca, la brune et la blonde, treize ans. Presque quatorze. Elles habitent la via Stalingrado à Piombino où les hauts fourneaux de l’usine se dressent. Des barres d’immeubles semblables les unes aux autres  et un coin de plage. Dans la ville, l’acier est omniprésent. L’usine occupe les mains et les esprits. Des vies souvent toutes tracées où l’on ne quitte pas Piombino .  L’été, Anna  et  Francesca vont à la plage. En face se dresse l’île d’Elbe, un endroit pour touristes. Pas pour elles. Bercées de rêves, elles s’imaginent un jour partir. Echapper à ce quotidien et  se construire un autre avenir.
Le décor est planté : une ville d’Italie flanquée au bord de la mer. Une ville qui vit par l’acier de l’usine. Un endroit  où tout le monde se connaît. Rares sont ceux qui partent. Anna et Francesca habitent dans les barres d’immeubles qui donnent sur la plage. Les magouilles, les gosses qui pleurent dans la cage d’immeuble, la drogue, les combines des uns et des autres. Un environnement où les  hommes ont souvent tous les droits. Les fille se sont retrouvées mères trop tôt, piégées par la vie. Le père de Francesca a la main lourde. Le père d’Anna est souvent absent pour ses trafics. Son frère Alessio croit régner sur via Stalingrado où il est respecté par les plus jeunes : la drogue, les filles, la frime et l'argent souvent obtenu par des petits vols. Anne et Franscesca sont belles, leur corps sorti de l’enfance est sculpté par la féminité. Conscientes de leur pouvoir de séduction, elles s’amusent. Attirer les regards, susciter la convoitise des hommes. Un jeu où l’innocence a disparue. Inséparables, elles sont à un âge où l’amitié est plus forte que tout. Elles sont impatientes de consommer la vie, de grandir pour enfin accéder à leurs rêves, à leurs envies. Mais la via Stalingrado rattrapent ceux qui veulent partir. Anna et Fransca sont cantonnées à une vie où les rêves  se cassent brutalement et où l’adolescence est un laps de temps brûlé trop vite.  

Il s’agit d’un roman qui m’a ferrée dès les premières lignes. Pourtant, l’écriture est complètement différente des styles que  j’affectionne généralement.  Silvia Avallone possède une écriture viscérale, brûlante qui colle au plus près de ses personnages.  Elle prend à témoin le lecteur de ces tranches de vie. Même si l’action se passe en Italie,  elle peut  être transposée dans n’importe quel pays. Sans jamais tomber dans le pathos, l’auteure nous dépeint des vies où l’ennui, les désillusions sont incendiairesJe n’ai pas lu ce livre, je l’ai ressenti  ! Et, j'ai très vite oublié les petits bémols caricaturaux que l'on trouve assez souvent dans des premiers romans ...
Les billets d'Amanda, Hélène,  Yves

dimanche 17 juillet 2011

Arnaud Le Guilcher - En moins bien

Éditeur : Pocket - Date de parution : Mai 2011 - 276 pages déjantées!

Voilà un livre complètement déjanté avec des personnages barrés ! Notre héros est un looser par définition. Un français parti  chercher une vie meilleure aux Etats-Unis. Une vie minable qu’il partage entre son boulot au pressing  et l’alcool. Il rencontre Emma avec qui il se marie au bout de quelques jours. Comme voyage de noces, il l’amène dans une station balnéaire Sandpiper. Un endroit paumé où un pélican s’amuse à suivre et à piquer le peu de touristes. La romance tourne court très vite, notre (anti)-héros passant sa soirée à écouter les malheurs d’un gars et à picoler. Au matin, Emma est partie, un homme entame un pèlerinage sur la dune. Nuit et jour. L’évènement est repris par  la télé et la petite station balnéaire se retrouve envahie par la foule.
Arnaud Le Guilcher s’amuse à nous dépeindre un looser qui a tendance à user du coude, un adulte version ado qui se cherche. Raconté à la première personne, ce roman est complètement déjanté mais l’histoire se tient ! Et c’est comme si Sandpiper était un refuge pour désespérés en tous genres. Des situations complètement incongrues, des personnages attachants : j’ai rigolé mais j’ai eu également des petits pincements au cœur car derrière cette drôlerie se cache l’amertume de la vie.
Un livre anti-morosité, anti-grisaille qui tombait à point ! J'ai beaucoup apprécié le style de la narration mais un peu moins la vulgarité...

Un tourbillon dynamique, vif et drôle  sans aucun temps mort !

Dans le manuel du jeune marié, en préambule, il est écrit « on ne plante pas l’élue, la nuit de noces, sous prétexte de pingouins et de bibines ».
J’aurais pas dû le lire en diagonale…

Merci à News books pour ce partenariat !

vendredi 15 juillet 2011

Un pas après l'autre

Deuxième édition des plumes de l'été chez Asphodèle avec plus de mots cette fois ci:

bouquin – bien – bout – beauté – bastingage – bambochade – bravache – barbare – banc – bambou – balivernes – byzantin – borderline – bébé – blanc(s) ou blanches (s) – bain.

Rendez-vous demain pour découvrir les textes des participants!

En attendant, je vous propose le mien :

Les mains posées fermement sur le bastingage, elle se retrouve enfin seule. Elle a réussi à se faufiler, à s’extraire du groupe dont elle fait partie. Une idée de sa mère, cette croisière pour découvrir l’art byzantin. Elle sait pertinemment que son médecin est derrière tout ça. Les paroles de sa mère et de l’équipe médicale  lui trottent dans la tête « tu verras, ça ne pourra te faire que le plus grand bien ! » « Vous  devez apprendre à revivre, à sortir du carcan dans lequel vous vous êtes enfermée». Depuis l’accident, elle  a empaqueté sa douleur, l’a ficelé, serré les fils du corset. Elle se demande comment sa mère peut en être aussi certaine. Et son médecin qu’est ce qu’il en sait ? Il a beau s’occuper d’éclopés de la vie, elle ne veut pas admettre qu’elle en est  un maillon. Une soi-disant famille où chacun a ses blessures et ses handicaps.   Les rapports entre sa mère et  elle  se résument à des appels téléphoniques où les blancs sont plus nombreux que la conversation. Chacune entend la respiration de l’autre. Elle  conclut par un « je dois te laisser ». Formule magique qui laisse supposer une chose quelconque à faire, un temps bien compté. Sa vie de couple s’est lézardée pour s’effondrer. Les petits rien qui agaçaient mais dont on ne faisait cas sont remontés à la surface. Fermentés, acides. Odeur fétide qui a signé la séparation. Cyniquement, elle se dit que son couple faisait partie des numéros de loterie  qui gagnent le cadeau du divorce. Elle est tombée une fois puis une autre. Echouée. Morceaux et miettes qu’il faudrait recoller. Pour cette croisière, elle s’est retrouvée en compagnie d’un groupe de retraités. Ce matin, l’un d’entre eux s’exclamait devant la beauté d’une bambochade encadrée de bambous . Elle n’a rien dit, s’est juste un peu plus renfermée. Elle commence à regretter ce voyage de dix jours. Dix jours où les journées vont se superposer à l’identique. Chacun connait son rôle : rire de la blague de l’autre, acquiescer sur la qualité des repas. Elle a vite cerné les personnes du groupe : il y a celui qui fait son bravache, voulant toujours avoir le dernier mot. Son épouse semble lasse de ses balivernes, poudre pailletée pour éblouir la galerie. Une autre femme a toujours un bouquin à la main. Elle dispense à qui veut l’écouter ce que la croisière va permettre de découvrir. Informations assommantes où les dates sont reines. Elle écorche les mots aux sonorités étrangères, les rend barbares. Et puis, il y un homme en fauteuil roulant. Leurs regards se sont croisés. Il dégageait une humanité qu’elle a  refoulée. Elle s’est crée une barrière entre  elle et le reste du monde pour se protéger de la compassion et de la pitié. Une casquette vissée  sur la tête et les écouteurs dans les oreilles constituent  sa carapace. Un rempart que personne n’ose affronter.
Elle regarde la mer, étendue sans fin qui s’étale majestueuse. Enfant, elle aimait les vacances à la mer. Puis, son intérêt à diminué. Elle voyait la  plage  comme des immenses parcelles individuelles.  Les serviettes de bain  délimitant le périmètre de chacun. Il y avait celui qui se plaignait que les pleurs d’un bébé l’empêchaient  de lire.  Ou le râleur qui répétait inlassablement «  je bosse onze mois sur douze, alors pendant mes vacances, j’estime avoir le droit au calme ». Des paroles mises bout à bout  qui la remplissaient. Et une après-midi,  devant ses parents ébahis et gênés, elle a vidé son sac. Déversé tout le flot d’émotions qui la faisait tanguer.  Elle était une équilibriste qui essayait de ne pas tomber. Elle a déjà donné. De trop. Sensible, borderline comme dit le psychiatre qu’elle consulte.  Depuis, elle s’est endurcie. En surface.
Les embruns rendent le sol du pont glissant, elle a laissé sur un banc ses affaires. Juste pour voir si elle était capable d’effectuer cinq mètres. Une bourrasque la déstabilise et entraîne sa casquette. Ses mains défaillent et elle tombe. Se relever lui demande beaucoup d’efforts. De ses deux jambes,  une est valide, l’autre est un poids mort qu’elle traîne. Elle regrette d’avoir posé sa béquille, d’avoir voulu essayer. Elle pleure toute la colère qu’elle a retenue pendant des mois.  Ses cheveux, le sel marin lui fouettent le visage. Elle s’appuie de toutes ses forces sur sa jambe valide, et d’une main, elle déplace son autre jambe. Elle est debout. Elle a réussi. Une petite victoire qu’elle savoure. Prudemment, elle avance jusqu’au banc. Un pas puis un autre, ne pas se laisser déstabiliser par le vent. Au contraire, en faire un allié. Chaque pas lui demande une concentration, un temps infini. Elle persévère malgré la douleur lancinante. Elle compte, calcule la distance. Autant de centimètres pour se prouver qu’elle en est  capable. Et quand enfin elle arrive au banc, elle relève la tête. Dans ses yeux, on peut lire de la fierté.

jeudi 14 juillet 2011

Kéthévane Davrichewy - La mer noire

Éditeur : 10-18 - Date de parution : Avril 2011 - 178 belles pages !

Tamouna fête ses 90 ans dans son petit appartement parisien. La journée est ponctuée des visites de ses enfants et petits-enfants  pour les préparatifs mais surtout des souvenirs. D'origine géorgienne, Tamouna a subi l'exil et a connu un amour rare avec Tamaz. Ils se sont rencontrés à l'aube de l'adolescence. Malgré les aléas de la vie, ils se verront occasionnellement toujours habités par cet amour en filigrane.

J'ai lu ce livre en apnée totale ! Dès les premières lignes, j'ai su que j'allais aimer ce livre. L'écriture de Kéthévane Davrichewy m' a tout de de suite  conquise. Style épuré, concision des mots qui vous attrapent  et vous plongent dans une bulle. 
En une seule et même journée, l'auteure nous fait découvrir le quotidien de Tamouna âgée et son passé. En cette journée, Tamouna attend toutes sa famille pour fêter ses 90 ans le soir même. Fébrile, elle espère que Tamaz viendra. Un récit intelligent alternant présent et passé où la vie de Tamouna nous est racontée. Des souvenirs qui nous plongent d'abord en Géorgie où son père participe activement à la politique pour l'indépendance du pays. Ce sont les années 1920 et la Géorgie  devient un pays communiste. Son père préfère quitter le pays avec sa famille pour la France. Le déracinement est brutal, amplifié par l'inquiétude que les grands-parents soient restés au pays. Alors que Tamouna découvre la vie en France, son père repartira mais ne reviendra plus. Une nouvelle  vie débute où la solidarité entre géorgiens est inébranlable. Une vie sans son père, mort pour avoir défendu ses opinions politiques. Le ruban des souvenirs se déroule : les rares visites de Tamaz, les chemins qui se séparent, les rencontres heureuses et  la mort qui s'invite. 
Je n'en dirai pas plus ...

Cette histoire m'a remplie d'émotions et m'a faite vibrer ! Une lecture sur l'exil, les liens et l'importance de la famille, l'attachement au pays natal. 

Les billets d'Aifelle, Alex , Anne, Canel, Chaplum, Cynthia, Esmeraldae, Flo, Kathel, KeishaLeiloona, Stephie, Sylire... si je vous ai oublié, faites-moi signe ! 

mercredi 13 juillet 2011

Katarina Mazetti - Le caveau de famille

Éditeur : Gaïa - Date de parution : Mars 2011- 238 pages

Pour ceux et celles  qui n’ont pas lu Le mec de la tombe d’à côté, le caveau de famille est  la suite. Quelques petits rappels : Désirée et Benny s’était rencontrés au cimetière. Benny est agriculteur et Désirée bibliothécaire. Tous deux étaient célibataires et Cupidon avait choisi de jouer les entremetteurs entre eux deux. Sauf que les histoires d’amour ne sont pas souvent simples. Entre les concessions à faire, des modes de vie à l’opposé, Désirée et Benny jouaient au chat et la souris.
Dans cette suite, Désirée dont les hormones la travaillent veut un enfant. Le principe est simple : ils couchent ensemble et ensuite on n’en parle plus. D’autant plus que Benny avait visiblement trouvé chaussure à son pied (ou à sa botte… jeu de mots complètement nul que  j’assume). Après un premier essai non concluant,  Désirée tombe enceinte et s’installe à  la ferme.
Et j’ai bondi à la lecture de ce livre ! J'avais apprécié Le mec de la tombe d’à côté mais là, j’ai eu l’impression que Désirée et Benny vivaient à une époque reculée. Quand Benny apprend que Désirée est enceinte, il s’imagine illico presto « mon fils sera agriculteur comme moi ». Vision complètement archaïque de nos jours ! Car Benny subit les difficultés du monde agricole expliquées tout au long du roman : travailler pour des rentrées d’argent réduites à peau de chagrin. Qui voudrait que son propre enfant trime ? Il faut m'expliquer. Et quand Désirée tombe enceinte de retour et ce par accident, j’ai encore bondi ! Soit elle n’a pas tout compris à comment on fait des bébés soit c’est de l’inconscience. Mais, cependant, j’ai poursuivi ma lecture car mine de rien, je voulais savoir sur quel final ce roman allait déboucher. Certains questionnements sont intéressants : comment mener de front vie active et enfants, la place de la femme au sein du couple.  
L’écriture de Katarina Mazetti est toujours agréable et je pensais  que Désirée allait prendre la poudre d’escampette mais je me suis trompée. Si vous voulez savoir pourquoi j’ai si souvent bondi, faites-vous votre propre avis…
Au final, j’ai trouvé assez invraisemblable cette suite. Certaines situations m’ont fait sourire mais la mayonnaise n’a pas prise cette fois...
Le billet de Theoma qui renvoie à d'autres.

mardi 12 juillet 2011

Christine Jeanney - Cartons

Editeur : publie.net - Date de parution : Juin 2011 - 57 pages

En passant sur le blog de Tulisquoi, j’ai poussé de cris de joie. Grâce à elle ( vive les blogs !), j’ai appris qu’il  y avait un nouveau livre de Christine Jeanney  disponible sur publie.net. Une maison d’édition dédiée au numérique et qui rassemble des auteurs comme Régine Détambel , François Bon pour ne citer qu’eux.  
Christine Jeanney a ce don de transformer le quotidien ou le banal en une aventure à part entière. Cartons a été écrit en temps réel lors de son déménagement du 1er juin 2011, 9h54 au 10 juin 2011, 20h33. Au fur et à mesure qu’elle faisait ses cartons, elle écrivait ce qu’elle ressentait. Cinquante textes et autant de cartons. Emballer, ranger, et ce sont autant de pensées et de souvenirs qui surgissent. Les cartons renferment notre vie, des objets qui sont le miroir de notre personnalité. Plusieurs exemplaires d’un même livre, l’objet  inutile par excellence mais que l’on garde au cas où, les  premiers dessins des enfants devenus grands ou un galet ramassé sur la plage.  
Cinquante textes intimes, sensibles dont  la spontanéité m’a faite vibrée. L’émotion est pure et intacte ! Entre sourire et pudeur, Christine Jeanney offre un moment de lecture unique. Pari réussi!
Déménager c’est se demander souvent et plusieurs fois par jour où est accrochée la pendule
Un faire-part de décès, c’est bête ces papiers-là comme ça retourne, et ça ne tient pas dans un carton.

A lire également son recueil de nouvelles Une heure dans un supermarché qui est une pépite!

lundi 11 juillet 2011

L'effet papillon (revu et corrigé)

Fatigue, douleurs articulaire et neuro-musculaires, spasticité, dystonie, paresthésies ? N’attendez plus ! Grâce à sa nouvelle formule renforcée en  molécules en tout genre, ce nouveau médicament va terrasser, écrabouiller vos douleurs.
En attendant, c’est moi qui suis clouée au lit depuis hier. La douleur  a pris possession de mon corps. A portée de main, sur la table de chevet, les neuroleptiques et les dérivées opiacés. Je dose moi-même, cuisine d’apothicaire pour essayer d’oublier la douleur. Elle m’empêche de dormir, de retrouver des forces. Je me réveille lessivée tenant à peine debout. Impossible d’effectuer certains gestes du quotidien. Alors pour une partie de scrabble avec fifille ado numer two, c’est foutu. Je retiens dystonie, ça rapporte des points ce mot là.
Aigreurs d’estomac, testez le nouveau produit.
Mon estomac n’en peut plus des médicaments. Il se révolte à sa façon. De toute façon, manger demande de tels efforts que je picore.
Dents jaunis, retrouvez un sourire éclatant !
Encore une prémolaire qui s’est réduite en morceaux en mâchant de la mie de pain.  Seul vestige de ma dent : un petit bout acéré, tranchant. Entre les couronnes et les bridges, je commence à compter mes dents naturelles. J’ai demandé à mon dentiste si par hasard ça ne serait pas  plus simple de poser  directement un dentier. Il n’a pas rigolé. Nous n’avons pas le même sens de l’humour.
Vous avez besoin d’aide, d’une personne pour votre ménage, faites appel à notre entreprise et bénéficiez d’une réduction fiscale.
Le linge s’accumule, le ménage également. La carte d’invalidité ne permet pas d’avoir une aide gratuite. Sortez le portefeuille !
Et l’effet papillon de ma crise fait que je mets mon blog en mode "pilote au lit" une fois de plus….

Dario Franceschini - Dans les veines ce fleuve d'argent

Éditeur : Gallimard- Date de parution : Novembre 2010 - 145 pages et un coup de cœur !

Afin de retrouver son ami d’enfance Civolani , Primo Bottardi décide de laisser son quotidien paisible et  sa femme. Primo sait que le temps est venu pour lui de répondre à la question que  Civolani  lui avait posé quarante plus tôt. Une quête qui l’amène sur les pas de son enfance, de sa jeunesse et au bord du fleuve Pô.
Ce  bijou m’a été mis entre les mains par Julien, un de mes libraires. Il s’agit d’un livre dans lequel on se glisse, porté par la narration. A l’aube de la vieillesse, Primo Bottardi décide de retrouver un ami d’enfance Civolani. Il y a plus de quarante ans, Civolani lui avait posé une question à laquelle Primo n’avait pas su répondre. Primo se retrouve aux abords du fleuve Pô. Ce périple l’amène à rencontrer des  personnes dont la vie est liée à celle du fleuve. Pêcheurs d’esturgeon, bateliers, lavandières, tous ont noué leur destin à celui du fleuve. Primo apprend que  Civolani est devenu pêcheur d’esturgeon dans un village situé plus en amont du  fleuve. Au fur et à mesure qu’il s’en rapproche, ses propres souvenirs refont surface. La quiétude prend possession de Primo. Il écoute chaque récit, chaque vie est liée au fleuve: drames, bonheurs, regrets. Eau  nourricière ou mortelle, le fleuve montre sa puissance ou sa docilité. Les courants s’y cachent, la tempête le fait rugir. Elément indomptable  où chacun puise un travail et  où les contes naissent.
L’histoire est magnifique, intemporelle. L’écriture est sublime, se fait source de toutes les émotions dégageant  une poésie et une pudeur magnétiques.
Un gros coup de cœur !

Et impossible de choisir un extrait...


Les billets de Leiloona, Le Pandénoniom Littéraire, Nadael

samedi 9 juillet 2011

Brady Udall - Lâchons les chiens

Éditeur : 10 x 18 - Date de parution : 2000 - 247 pages et 11 nouvelles de grand Art !

L'Amérique n'est pas faite que de paillettes et  Brady Udall s’intéresse à ceux qui en sont bien loin. Onze nouvelles  pour nous plonger au cœur de vies sans dorure.

J’avais découvert Brady Udall avec Le polygame solitaire, roman qui m’avait conquise ! La sagesse dit souvent  que  les enfants doivent écouter les bons conseils des parents. Dans mon cas,  il s’agit de l’inverse. L’année dernière, Fifille ado number one avait dévoré le fabuleux destin d’Edgar Mint en deux jours et m’avait dit « il faut absolument que tu lises cet auteur, il est génial ! ». Dans l’univers de Brady Udall,  j’aurais sûrement été un homme trop occupé à m’enfiler des canettes de bières pour tuer le temps. Avachi dans son canapé devant des émissions de télé-reality ou alors juarais passé mes soirées en compagnie de mes copains d’infortune. Et pas à Brest  mais dans  un bled un bled paumé de l’Utah. Le résultat aurait été le même : la bonne parole n’aurait pas été écoutée. Car oui, cet auteur est fabuleux!!! En deux temps trois mouvements, il nous campe des personnages dont la vie est souvent teintée du goût de lassitude. On s’attache à ces existences où le destin se montre quelquefois moqueur ou ironique.
Des nouvelles sans leçons de morale. Seulement des individus qui malgré la poisse et la routine essaient d’avancer coûte que coûte.

Du grand Art où l'indicible humanité des personnages est touchante...


Le billet de Keisha. D'autres liens ?  

vendredi 8 juillet 2011

Thierry Maugenest - Les rillettes de Proust

Éditeur : Points- Date de parution : Mai 2011 - 112 pages jubilatoires et instructives!

Vous avez  décidé que la grande littérature française avait besoin de vous ou alors vous aimez écrire ? Stop, n'allez pas plus loin! Ce livre est pour vous !  Ses cinquante fiches conseils vous délivrent de précieux de conseils, les erreurs à éviter. Bous :   le tout en faisant travailler les abdos car on glousse…
Sur un ton délicieusement jubilatoire, Thierry Maugenest nous donne toute les astuces pour devenir grantécrivain ( rien que ça!). Que faire quand   la muse inspiration a déserté, comment choisir les mots justes (ceux qui ne sonnent pas faux à l’oreille) ou encore l’utilisation correcte et non alétaoire de la ponctuation… Autant de conseils  distillés dans ces cinquante fiches. Et pour donner du courage au futur grantécrivain et le faire rire, il nous dévoile les coquilles de certains grands auteurs.  
Délicieusement frais drôle, légèrement impertinent mais surtout intelligent, ce livre est un petit plaisir de lecture !
Et après la théorie, la pratique avec  des exercices !
Les billets de Cathulu, laGrandeStef

jeudi 7 juillet 2011

Les vies de nuit

Chez Asphodèle, un nouveau rendez-vous estival a lieu : les plumes de l'été.


Le but?  Ecrire bien sûr!
Pour ce premier atelier, 9 mots nous attendent : allergie – astre – affriolant – arbre – anagramme – accident – artifice – abricot – abandon.
Rendez-vous samedi chez Asphodèle pour découvrir tous les textes !!

Et voici mon texte intitulé Les vies de nuit :

La nuit, je mens effrontément. Enveloppée dans l’obscurité, je m’imagine une autre vie. Personne n’est présent  pour surveiller mes gestes, brider mes pensées.  Artifice nocturne qui permet de vivre par procuration des destins avortés. Ma main tâtonne, touche et  caresse les objets. Le velours usé du fauteuil  à la douceur d’une peau d’abricot, le bois de la table se réchauffe au contact de ma main.  La nuit, soumis à l’abandon, ils se réveillent.   Si les astres entrent dans ma farandole, je m’approche de la fenêtre  et je joue aux ombres chinoises. Chimères d’un instant, sorcière, chat ou arbre, les ombres sont des dentelières magiciennes.   Depuis l’accident, mon mari me regarde différemment. Il en parle de plus en plus rarement. Pour lui, il suffit de reprendre la vie là où elle s’est s’arrêtée en pointillés. Ses paroles sont mortes-nées, inutile qu’il insiste. Comme si un simple bout de scotch pouvait recoller le tout.  Adultère n’a jamais été  l’anagramme de mariage.  Depuis  des mois, je me suis construite un monde. A moi, rien qu’à moi.
Je viens de terminer mon service à l’usine.  A cette heure tardive,  la nuit m’appartient. Les trottoirs deviennent mon terrain,  les lampadaires se transforment en une poignée d’ampoules se balançant dans le ciel. Un pas puis un autre, je sautille, je me laisse aller à des entrechats. Souvenirs de mes années de danse. Je décompresse de ma journée, je laisse évacuer la pression. Il y a peu de circulation hormis les derniers bus. Mon regard est souvent attiré par les fenêtres encore éclairées. Les gens qui ne dorment pas  deviennent sans le savoir mes spectateurs.  Qu’est ce qui se trame derrière ces façades d’immeubles ? Des maris rentrés tard et qui découvrent leurs femmes vêtues de lingerie affriolante. Des chambres qui permettent aux des amants éphémères de  se retrouver ? Le numéro 24 du boulevard m’intrigue. J’y vois souvent l’ombre d’une personne. Est-elle insomniaque ? Peut-être qu’un jour, elle regardera par la fenêtre et enfin elle me verra. Elle ouvrira sa fenêtre, m’applaudira et me lancera des bravos. Je peux prendre mon temps, personne  ne m’attend.
Enfin, l’heure de ma dernière tournée. Je n’aime pas être affecté de nuit. Au volant de mon bus, je vais au plus vite. L’insécurité, la peur me collent à la peau. Pourtant, je passe par des quartiers calmes. N’empêche qu’il y a encore un mois, un de mes collègues s’est fait agresser. Un homme d’une trentaine d’années est monté. Il l’a fixé et lui a demandé « c’est toi qui pues comme ça ? ». Mon collègue n’a rien répondu. Dans ces cas là, il vaut mieux ne faire comme si de rien n’était. Face à ceux  qui ont passé leur soirée à picoler, c’est motus et bouche cousue. Le gars a continué : « tu ne le sais pas, mais moi, les odeurs de parfums de chiotte ça me fout des allergies ». Le parfum en question était un cadeau de sa femme. Le gars est devenu fou. Il l’a frappé. Le pire, personne n’est intervenu dans le bus. Les passagers  sont restés le regard perdu à travers les vitres, le visage englué dans l’indifférence. Je ralentis car  je la vois. Je reconnais sa silhouette, ma princesse de  la nuit ! Une danseuse qui semble tout droit sortie d’un rêve. Je l’ai souvent observé dans le rétroviseur Elle est si belle. J’aimerai tellement qu'elle monte une fois dans mon bus ! Avec ma princesse de la nuit, je n’aurai peur de rien.

Erik Larson - Le diable dans la ville blanche

Éditeur : le Cherche Midi - Date de parution : Avril 2011 - 640 pages captivantes!

Février 1890, le vote du Congrès a tranché. L’Exposition universelle de 1893 aura lieu à Chicago. Un évènement qui doit éblouir le monde entier, montrer la supériorité des Etats-Unis. Un challenge car l’exposition Universelle de 1889 à Paris fut un énorme succès.  La mission de créer la ville blanche revient à l’architecte Daniel H. Burnham, créateur du premier gratte-ciel.  l’Exposition universelle amène beaucoup de monde dont un certain Holmes. Sous son habit de jeune médecin, il s’agit d’un psychopathe qui fut l’un des tueurs en série aussi connu que Jack l’éventreur.
Dans ce livre très bien construit, le lecteur suit deux histoires en parallèle. Celle de la construction de l’Exposition universelle de Chicago de 1893 et celle du tueur Holmes. Un livre passionnant regorgeant de détails, de renseignements sur la métamorphose de Chicago avant, pendant et après l’Exposition universelle. Une course contre la montre, un pari fou mais qui fut un succès. Car cet évènement important eut des impacts économiques, sociaux sur cette ville qui jusqu’alors ne bénéficiait d’aucune notoriété. En parallèle, l’histoire d’Holmes fait froid dans le dos. Ce jeune homme, médecin de formation, trouva dans la mutation de Chicago une manne de chairs fraîches pour ses meurtres et escroqueries. Marié à plusieurs reprises (polygame par pur intérêt financier), il accumulait les dettes, trompait son monde  grâce à ses yeux bleus et sa prestance naturelle.  Pendant plusieurs années, il réussit à n’éveiller aucun soupçon. Dans son hôtel, il fit installer un four afin d’y brûler certaines de ses victimes (essentiellement des jeunes femmes venues  à Chicago dans l’espoir d’y trouver un emploi). Holmes était devenu également un expert en fraude à l’assurance-vie. Un détective privé, ancien policier parvint à établir des regroupements et à remonter jusqu’à Holmes. Ce dernier confessa 27 meurtres, la rumeur elle gonfla ce chiffre à plus d’une centaine…
Sans être une férue d’architecture ou d’urbanisme, j’ai trouvé ce livre captivant par les deux récits !
Il s'agit d'une lecture commune avec ma tentatrice associée...(Keisha pour ne pas la nommer)
Et si après ces billets, vous n'avez pas envie de vous précipiter sur ce livre, nous rendons nos tabliers ! Signé : les tentatices associées ( qui vous veulent que du bien !)

mercredi 6 juillet 2011

Isabelle Jarry - La voix des êtres aimés

Éditeur : Stock - Date de parution : Mars 2011 -298 pages

Paul est gravement malade. Se sachant condamné, il demande à Céleste de le rejoindre dans sa maison à la campagne.Céleste qui est maintenant mariée et mère de famille. Mais Céleste accepte et le rejoint mêmes si quinze ans se sont écoulés depuis leur séparation.


Paul était le professeur de philo de Céleste. Elle s'était jetée avec exaltation dans cet amour. Malgré la différence d'âge, leur amour était intense et passionnel. Paul est maintenant condamné, la maladie le fait souffrir énormément. Dans cette maison de campagne, les sentiments renaissent des cendres. Peut-on oublier à tout jamais la grand amour de sa vie? Paul demande à Céleste de lui raconter une histoire d'amour. Elle en invente une de toutes pièces. Cette histoire ponctue ce récit et chacun n'est dupe sur les sentiments réveillés. Les journées s'écoulent au rythme de la maladie de Paul. Le souvenirs remontent à la surface. 
Dès le début de ma lecture, j'ai été chiffonnée... Quand Paul téléphone à Céleste, elle accepte et accourt à son chevet laissant ses enfants et son mari plusieurs jours sans sans aucune nouvelle. Or ce sont les vacances d'été. Bien entendu, elle va les appeler mais au bout au bout de plusieurs jours. Très vite, elle se pose des questions sur sa vie et son couple. Elle se sent prête à tout quitter pour Paul. Je n'ai pas été convaincue par le personnage de Céleste.

Le thème m' a rappelé le livre de Laurence Tardieu Puisque rien ne dure. Mais ici, je n'ai pas trouvé la même intensité ni les mêmes émotions.
Ce roman aurait gagné en profondeur sans des descriptions inutiles et en étant plus axé sur l'histoire d'amour de Paul et de Céleste. Par contre, la peur de la mort y est décrite toute en pudeur et avec force.
J'aurai voulu vraiment aimer ce livre mais l'étincelle ne s'est pas produite. Je ne reproche rien à l'écriture d'Isabelle Jarry mais je suis restée en dehors de ce récit...


Merci à Pascale !

mardi 5 juillet 2011

William Sutcliffe - Une semaine avec ma mère

Éditeur : 10-18- Date de parution : Mai 2011 - 316 pages idéales pour les vacances !

Carol, Helen et Gillian les mères repscetives de Matt, Paul et Daniel débarquent chez leurs fils  sans crier gare. Inquiètes que les relations avec leurs rejetons trentenaires soient quasi-inexistantes, elles décident de passer une semaine chez eux.
Imaginez-vous que votre maman débarque chez vous sans prévenir alors que vous avez 34 ans. Il y a de quoi céder à la panique (ceci dit, même en étant plus âgé(e) et avec une vie de famille, ce genre de situation peut frôler la catastrophe..) ! Matt est un Londonien travaillant pour un magazine branché et  se contente pleinement de la superficialité des rapports. Paul, lui n’a jamais avoué à sa mère son homosexualité et vit dans une maison en colocation avec d’autres hommes. Et, Daniel ne  se remet toujours pas de l’échec de son couple même s’il ne veut pas l’avouer. Autant dire que ces  grands garçons ne sont pas aux anges quand maman débarque. Carol, Helen et Gillian s’inquiètent de la façon dont leurs enfants mènent leur vie. Pétries de bonnes intentions, ce sont des mères qui cherchent avant tout le bonheur de leurs fils. S'en suivent des pages pétillantes,  drôles et  dynamiques ! On pourrait s’attendre à une avalanche de clichés et bien non ! Car ces visites constituent également un alibi inavoué aux mères : faire le point sur leur couple, passer enfin l’éponge sur un divorce ...

Voilà un  roman rafraîchissant : j’ai souri, j’ai rigolé … Bref, une lecture idéale pour les vacances ou pour se changer les idées !

Il y a chez les amis trentenaires célibataires, dans leur inclination à se réjouir de vous revoir sans faire le compte des années où vous les aviez ignorés, un goût doux-amer de tragédie. Comme les chrétiens évangélistes aux messes tapageuses, ils n'aspiraient qu' à vous convertir.

Les billets d'Anna, Cathulu  qui ont aimé et  celui de George qui n'a pas du tout aimé.

lundi 4 juillet 2011

Ca y est, je suis une grande !

Officiellement, ça y est, je suis une grande ! Et oui, aujourd’hui j’ai 40 ans !
Si être une grande veut dire :
- Ne pas faire des blagues à deux balles ;
- Réussir à se mettre du vernis à ongle transparent sans recouvrir la moitié du doigt ;
- Ne pas brailler avec son lecteur MP3 sur les oreilles en faisant du repassage ;
- Se montrer digne en toutes circonstances ;
- Ne pas pleurer devant un film ou à la lecture d’un livre ;

- Manger deux carrés  de chocolat et non pas la tablette entière ;
- Ou ne pas tenir en place avant un concert de son chanteur chouchou…
Alors je ne le suis pas !
Etonnamment, je ne me suis pas posée de questions métaphysiques ou existentielles ces derniers jours ( qui suis-je ? où vais-je ?). Rien ! Serait-ce le premier signe de la maturité (fichtre, je m’inquiète !) ? Je n’ai pas non plus réalisé  un stock  de crème antirides ou d’autres produits de cosmétiques. Les premiers sillons, signes du temps qui passe, ne me dérangent pas. Je ne cherche pas à tricher avec mon âge ou à me mentir sur quoi que ce soit.

En fait rien n’a changé ! Je suis éternellement une (grande) sensible, un brin utopiste et amoureuse ! Amoureuse de la vie, des livres (et des chansons de Miossec) !
Comme quoi, la crise de la quarantaine chez la femme, et bien c’est du pipeau…

dimanche 3 juillet 2011

Martine Laval - Quinze kilomètre trois

Éditeur : Liana Levi - Date de parution : Mai 2011 - 57 pages poignantes

Quinze kilomètres trois. Il s’agit de la distance qui les sépare de la mer. Quinze kilomètres trois pour échapper aux jours sans lendemains. Elles sont deux à partir et à tout laisser. Adolescentes dont la vie rime avec ennui et sans avenir. Quinze kilomètres trois et une fuite vertigineuse dans cette mer du Nord de la France qui les avale.
Le suicide de ces deux adolescentes est un fait réel, je ne parlerai pas de faits divers. Ce serait prêté de la légèreté à ce drame. Elles sont deux à avoir conclu un pacte fou. Parcourir les quinze kilomètres trois qui les séparent du Cap Blanc-Nez et se jeter d’en haut de la falaise. Un récit court mais intense où le désespoir, le désenchantement s’élèvent comme un chant. Récit où le paysage est un sémaphore : le drame et les désillusions s'y ancrent.  Un paysage comme toile de fond et toujours présent à travers les témoignages. Tour à tour, l’auteur laisse la parole à une prof de française  blasée, à une voisine,  à une autre jeune fille, à un cousin d’une des deux adolescentes et enfin au paysage. Il en ressort de la résignation comme si  l’avenir semblait être sans appel dans cette région. A la question de savoir ou de comprendre ce geste désespéré, chacun donne sa version ou du moins ce qu’il pense savoir.
Sans jamais sombrer dans le pathos, ce petit livre m’a plus que touchée. Poignant et émouvant, il rend perceptible la beauté d’une région et d'un malaise.  L'écriture de Martine Laval est singulière, juste et sensible ! Préparez-vous à  de gros émois…
Je n'ai pas pu me résoudre à choisir un extrait tant il y a de passages magnifiques !

Les billets de BelleSahi, Cathulu, Pascale

vendredi 1 juillet 2011

Un abandon sur l'étude anthropologique des bobos parisiens

Éditeur : Stock - Date de parution : Mars 2011 - 496 pages

Si les mœurs des bobos parisiens vous intéressent, si vous êtes capables de lire de très looongues phrases assorties d’une kyrielle de prix à avoir le vertige, alors ce livre est pour vous. Pour moi, il s’agit d’un cuisant abandon.

L’écriture vive, nerveuse d’Anne Plantagenet qui semble être fâchée avec la ponctuation m’a lassée. Mais surtout ses personnages que je n’irai pas plaindre m’ont laissée totalement indifférente. Parce qu’eux, ils se plaignent de la vie si chère à Paris, chiffres à l’appui…

Alors, je n’ai pas envie de continuer cette lecture et je l’abandonne sans regret.
Nation Pigalle (ou l’étude anthropologique des bobos parisiens...)


Herman Koch - Le dîner

Éditeur : BELFOND - Date de parution : Mai 2011 - 330 pages dont on ne sort pas indemne...

Deux couples dînent dans un grand restaurant à Amsterdam.  Deux frères et leurs épouses. Entre les plats, on parle du dernier film qu’il faut voir ou des vacances. Au dessert, ils vont devoir parler de leurs enfants. Que vont-ils faire alors que les leurs adolescents ont commis un acte odieux ?  Pas une petite bêtise qui se règle par une punition quelconque. Non, on parle de la mort d’une SDF …
Le déroulement du dîner est raconté par Paul. Son frère n’est autre que Serge Lohman le futur candidat au titre de premier Ministre. Bien placé dans les sondages, Serge a toutes les chances d’être élu. Au début, l’humour corrosif et les réflexions sarcastiques de Paul m’ont fait sourire. Des propos justes et pertinents sur la façon dont le maître d’hôtel présente le plat, sur le vide de l’assiette pour un prix exorbitant…de quoi me faire jubiler ! Son frère Serge est hautain, prétentieux  mais souriant et hypocrite quand il s’agit de gagner quelques voix supplémentaires. On sent la jalousie de Paul devant de ce frère connu dans tout pays. Les flash-back de Paul nous permettent d’en apprendre un peu plus sur lui et le reste de sa famille.
Puis survient la claque. Inattendue et brutale. Ce qui semblait être un roman à l’humour vitriolé prend une autre dimension et  un tournant inattendu. Michel et Rick les fils respectifs de Paul et Serge ont tué une SDF. Un acte d’une violence gratuite et inouïe filmé par la  caméra de la banque où dormait la SDF. Retransmises à la télé, ces images ont choqué l’opinion publique. Deuxième claque : Paul découvre que son fils et son cousin s’en sont  pris à  un homme dans le couloir du métro. Ils l’ont tabassé sans aucune raison. Acte gratuit que Michel a filmé avec son portable.  Puis,  surviennent les uppercuts et le coup de poing final, celui qui laisse le lecteur KO… Je n’en dis pas plus !
Racisme, intégration,éducation des enfants, justice, culpabilité, violence gratuite… Certains feront un rapprochement avec La gifle de Christos Tsiolkas (livre que j’avais abandonné). Mais, la comparaison n’a pas lieu d’être à mon sens. D'une construction originale, l’écriture est sans vulgarité et la fin est complètement inattendue !
Herman Koch amène le lecteur de surprise en surprise ! Certains diront que la morale est bafouée mais ce livre ne peut pas laisser le lecteur indifférent vu les sujets traités. Ce roman nous amène à nous poser des questions et à réfléchir car jusqu’où irions-nous pour protéger nos propres enfants ?
Je n’ai pas lu ce livre, je l’ai dévoré ! Un roman qui sous des aspects faussement légers traite de sujets sensibles et dont on ne sort pas indemne…   

Direction les Pays-Bas avec ce livre !
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