mercredi 29 février 2012

Jane Austen - Lady Susan


Éditeur : Gallimard - Date de parution 2006 - 116 pages et un portrait brossé avec ironie et finesse !

Veuve depuis peu, la séduisante Lady Susan hébergée chez des amis est obligée de les quitter.  Ayant séduit le mari de son amie, elle s’invite  à Churchill chez son beau-frère. Sir Reginald un  jeune homme dont la famille est à la tête d’une fortune succombe à son tour à ses charmes… 

Ce court roman est sous forme épistolaire et j’avoue au départ  avoir eu un peu de mal à situer les relations  entre les différents correspondants. Mais ensuite quel plaisir ! Je me suis délectée du portait que Jane Austen nous dresse de son personnage principal. Lady Susan trentenaire est perfide, manipulatrice, calculatrice et sûre d’elle-même ! Attirée par l’argent, vivant aux crochets de ceux qui veulent bien l’entretenir,  elle sait garder son sang-froid pour arriver à ses fins. A la lecture de ses lettres, elle se fait doucereuse (tout juste si on n’a pas pitié d’elle) pour noyer le poisson ou montre son vrai visage. Celui d’une femme que rien ne peut arrêter. J’ai été stupéfaite de lire comment elle considérait sa fille Frederica âgée de seize  ans. A ses yeux, cette enfant n’est qu’une sotte. A la lumière des lettres de sa tante, on découvre que Frederica ne ressemble en rien aux dires de sa mère. En la personne de Mme Johnson son  amie londonienne, Lady Susan a une confidente. Elle lui détaille ses plans. Bien entendu, toutes les deux cancanent et se moquent des autres (comme les femmes savent généralement le faire…).

Beaucoup d’ironie dans ce court roman  avec toute la finesse de la plume de Jane Austen. Juste un petit bémol, selon les différents auteurs des lettres, j’ai trouvé que le style était similaire.

J’ai publié mon billet un jour en avance, donc demain, vous pourrez lire les autres avis des participantes à cette lecture du blogoclub organisé par Sylire ( merci pour le prêt!) et Lisa.

Si je tire vanité de quelque chose, c’est bien de mon éloquence. La considération et l’estime accompagnent aussi inévitablement la maîtrise des mots que l’admiration la beauté. Or, ici, j’ai amplement l’occasion d’exercer mon talent.



mardi 28 février 2012

Cécile Coulon - Le roi n'a pas sommeil



Éditeur : Viviane Hamy - Date de parution : Janvier 2012 - 143 pages et un coup de cœur ! 

De cette auteure, j'avais lu "Méfiez-vous des enfants sages" que je n’avais pas aimé. Une rencontre ratée (et je me mords les doigts de ne l’avoir pas gardé)? Peut-être. Toujours est-il que j’ai eu un coup de cœur pour son dernier livre. 
En 143 pages, elle instaure  une ambiance, ses personnage sont réels, prennent vie. On les visualise. Il n’y a pas que de  l’enrobage dans ce livre. Loin de là, beaucoup de densité, d’émotions qui prennent à la gorge pour nous dérouler une histoire. L’écriture est précise et fourmille de détails mais sans noyer le lecteur. Cécile Coulon jongle habilement avec les mots. 

Etats-Unis, nous sommes dans les années 1920, Mary et  William et Mary sont un couple tranquille habitant dans une petite ville de deux mille habitants. Lui ne parle pas pas beaucoup, elle est discrète. Leur fils unique Thomas est un garçon sans problème. Une vie de famille ni riche ni miséreuse  mais où l’on ne se plaint pas. Des vies subies comme tant d'autres. Tout bascule avec l’accident à la scierie où William y laisse une main. Je n’en dis pas plus !

Avec ce roman, Cécile Coulon m’a époustouflée! Métaphores, mots qui percutent  et qui vous sonnent, maîtrise absolue pour dessiner les destins de ses personnages.  Ce livre m’a fait le même effet que le retour de Jim Lamar de Lionel Salaun. On pense à un auteur américain au vu des descriptions et du style et bien non !
Un coup de cœur total et un livre hérisson tant j’y ai inséré des marques-pages !


Parfois, ils se serraient l’un contre l’autre, éblouis par la lumière ; deux chats de campagne qui se lèchent mutuellement les oreilles avant de s’enfuir dans l’escalier d’une cave humide. Ils n’étaient pas heureux. Ils voulaient juste avoir le temps de s’ennuyer, de regarder les plants de salade cuire au soleil sans devoir se lever pour aller les arroser. Petit à petit, ils s’éteignaient, semblables à des bougies dont la cire se consume.

Son corps avait pris de l’assurance, lui non. Son âme ressemblait à un miaulement sorti d’un bunker. 

Les billets de Moustafette (merci!!), Un autre endroit pour lire , Ys.

lundi 27 février 2012

Eowyn Ivey - La fille de l'hiver


Éditeur : Fleuve noir - Date de parution : Février 2012 - 429 pages remplies de douceur !

Alaska, les années 1920. Jack et Mabel s’installent dans ces contrées froides. Le couple a perdu un bébé il y a dix ans et pour Mabel, l’Alaska signifie un nouveau départ. Ils doivent tous les deux s’adapter au climat. Mabel sculpte dans la neige une petite fille lorsque quelques jours plus tard, ils aperçoivent une fillette.

Si vous aimez les descriptions de nature et de paysages féeriques à vous couper le souffle alors ce livre est pour vous ( Keisha, tu m’entends.) !
Ce roman raconte l’histoire de Jack et Mabel qui n’ont pas d’enfant, leur installation en Alaska, le travail de la terre mais surtout il intègre harmonieusement un conte russe L'enfant des neiges. Jack et Mabel vont trouver l’amitié, la solidarité auprès de leurs voisins. Et ils vont apprendre à laisser libre la fillette car elle existe bel et bien. Mabel dont le désir d’enfant est criant va trouver la force de ne pas s’imposer à la fillette. Apparue un jour de neige, elle va et vient à sa guise, habitant dans la forêt et disparaissant au printemps. Jack et Mabel n'ont qu'une seule peur : qu'elle parte vraiment. Mabel comprend la première que la fillette ne pourra jamais abandonner son cadre de vie naturel. Le réel et une part de fantastique coulent dans ces lignes.  Sans que jamais cette dernière soit choquante. Bien au contraire.

Ce roman qui se déroule en Alaska dégage une chaleur douce. Pas de guimauve mais beaucoup d’humilité ! L’écriture d'Eowyn Ivey est limpide, fluide. Une très belle découverte ! 

Les billets d'Emmyne, Valérie (que je remercie pour ce LV!)



dimanche 26 février 2012

Arghhh, des pastilles pour ma gorge !

Je suis aphone à force d'avoir chanté mais heureuse ! Hier soir, Miossec jouait à la Carène à Brest. Chez lui, devant son public. Dans la salle, on pouvait voir Monsieur et Madame Miossec, le maire de Brest et bibi !

Que dire? Un concert absolument rock ! Bien entendu, il y a eu les chansons du dernier album et des reprises  des albums précédents. Le tout retravaillé musicalement. Et ça déménage !
Un Miossec qui a enchaîné des chansons, accompagné par de très bons musiciens. Indubitablement, Miossec est un chanteur de scène. Il aime être devant le public et donner le meilleur de soi-même. Il chante avec son cœur, son âme et ses tripes. Un artiste engagé mais simple. Pas de chichis.

Ceux qui ont zappé la première partie du concert ont eu tort  car même si les bières s'ouvrent manuellement, il fallait découvrir Joseph d'Anvers. Compositeur, il a écrit la chanson "Tant de nuits" pour l'album "Bleu pétrole" de Bashung. Très à l'aise sur scène, seul avec sa guitare, il a démontré tout son talent.

Du bonheur plein des yeux et les oreilles ! Bref, I love Miossec !

Sorj Chalandon - Mon traître


Éditeur : Livre de poche - Date de parution : 2009 - 216 pages d'une beauté âpre!

1977 : Antoine, luthier à Paris, découvre L’Irlande du Nord et Belfast. Il tombe amoureux de cette ville où le conflit avec les Britanniques fait rage et où la population se mobilise. Il fait la connaissance de Tyrone Meehan, un membre de l’IRA. Très vite, Antoine veut s’engager dans le combat, devenir un vrai Irlandais.

Si vous n’avez pas encore lu Retour à Killybegs, je vous conseille fortement de lire ce livre en premier lieu.

Quel plaisir de retrouver l’écriture concise de Sorj Chalandon ! Avec ce style qui colle comme une seconde peau à l’Irlande qui se bat et jamais ne renonce à ses fils emprisonnés, l’auteur nous amène sur le terrain de l’amitié et de la traitrise. Tyrone Meehan est le traitre de Denis. Denis éprouve du respect et de l’admiration pour Tyrone présenté par un ami commun. Tyrone Meehan, une figure de l’IRA qui a trahi pendant plus de vingt-cinq les siens. Denis raconte l’amitié naissante puis bafouée, la confiance qu’il éprouvait envers Tyrone, les engagements à la cause des indépendantistes et la beauté âpre de l’Irlande. A travers ce livre, Sorj Chalandon, journaliste qui a couvert le conflit en Irlande du Nord revient sur ses propres blessures.

Il y a des lectures qui vous procurent des frissons dans le dos par le sujet et par  l'écriture. Le traître en fait partie.
Un livre émouvant que l’on ressent viscéralement !

En rentrant à Paris, j'ai compris. En me réveillant le jour d'après. En marchant dans le rue, cet avril 1977. En regardant le ciel pour rien. En croisant ceux qui ne savaient pas. J'étais différent. J'étais quelqu'un en plus. J'avais un autre monde, une autre vie, d'autres espoirs. J'avais un goût de briques, un goût de guerres, un goût de tristesse et de colère aussi. J'ai quitté les musiques  inutiles pour ne plus jouer que celles de mon nouveau pays. Je me suis mis à lire. Tout. Tout Sur l'Irlande. Rien que sur l'Irlande. Irlande. Irlande.Irlande. Irlande.


Le billet de Kathel qui renvoie à plein d’autres

vendredi 24 février 2012

Bruce Machart - Le sillage de l'oubli

Éditeur : Gallmeister - Date de parution : Janvier 2012 - 342 pages et une immersion au cœur du Texas.

Texas, 1895. La femme de Vaclav Skala, fermier et propriétaire de cheveux, meurt en mettant au monde leur quatrième fils Karel. Rongé par la douleur, il change d’attitude et devient un homme dur. Les années passent et il transfère sa peine sur Karel en le délaissant. Ses fils travaillent à la ferme et Vaclav agrandit toujours et encore son domaine en pariant sur des courses de chevaux.

Lorsque Guillermo Villasenor s’installe près des terres de Vaclav Skala. il engage un pari avec Vaclav. Pari qui va changer le cours de la famille de Vaclav Skala. L’enjeu est le mariage des trois filles de Guillermo si ce dernier gagne. Karel qui monte un des chevaux perd une course pour la première fois. Le jeune garçon est tombé amoureux de son adversaire, une des filles de Guillermo. Ses frères se retrouvent mariés et Karel s’éloigne des siens, coupe les ponts pour mener sa propre vie de famille.
La narration sur trente ans nous  fait vivre le tourbillon des émotions de cette famille écartelée:  les remords, la haine mais aussi les liens du sang. Des sentiments tus, ensevelis sous la fierté et l’orgueil de ces hommes. Les femmes ne sont pas en reste et souffrent elles-aussi en silence. Comment trouver la paix et le pardon?

Si Bruce Machart nous mène dans un premier roman mené de main de maître, ce livre n’emporte pas cependant entièrement mon adhésion. J’ai trouvé qu’il y avait trop de descriptions sur le travail à la ferme, les chevaux et le deuxième point mais cette fois sur la forme. Il faut avoir une (très) bonne vue : la typologie est vraiment petite…

Le billet de Keisha ( merci!) et plein d'autres dithyrambiques sur Babelio.

jeudi 23 février 2012

Sylvette Heurtel - Contes déraisonnables


Éditeur : Henry des Abbayes - Date de parution : Novembre 2011 - 139 pages ciselées empreintes de sensibilité !

A mi-chemin entre le recueil de nouvelles et le roman, Clara attend le retour de son mari marin pêcheur. Au port, Lili une retraitée effectue sa promenade quotidienne tandis qu’un soir Maurice ayant bu plus que de raison prétend avoir entendu la cloche de l’Ourse. Celle qui annonce un décès. 

Dix-neuf histoires courtes et autant de personnages nous entraînent dans leur quotidien marqué par l’absence. Avec une écriture sensible, très posée, l’auteure nous introduit dans la farandole de la vie. Sous le le thème est l’absence, il y a la mort mais aussi l'indifférence,  l'éloignement volontaire ou  non. Il ressort de ce livre bien entendu une pointe mélancolie mais surtout le souffle, l’essence même de la vie. J’ai été émue  par cette  ronde où les personnages  sont unis par les liens du sang, par ceux de l’amitié ou ceux du voisinage.  L'écriture fait appel à tous les sens : on visualise l'océan, on ressent sur son visage les embruns ou le vent.

Avec un style ciselé et de la douceur, Sylvette Heurtel évoque habilement  les émotions les plus douloureuses.  Et, j’ai beaucoup aimé ! La dernière histoire conclue brillamment l'ensemble!

Elle redit  tous ces matins de solitude à deux, chacun reprenant son fil, tourné contre l'intérieur, les yeux vers rien, les mains vacantes. Ce n'est pas douloureux, ça ne ressemble pas à la guerre, c'est seulement quelques chose d'éteint, quelques cendres grises, douces, légères qui poudrent leurs vies et ternissent les couleurs tout doucement. Il y a sa main qu'elle n'aime plus sentir la toucher, le poids de son corps devenu trop lourd, les étreintes qui les laissent séparés, plus éloignés encore dès que leurs peaux ne se frottent plus.



mercredi 22 février 2012

Aujourd'hui, on n'a plus le droit d'avoir faim, ...




"Aujourd'hui, on n'a plus le droit d'avoir faim, ...". Hélas, cette chanson est toujours d'actualité.

Selon l'observatoire des inégalités : "la France comptait entre 4,5 et 8,2 millions de pauvres en 2009" ( une personne est considérée comme "pauvre" quand ses revenus mensuels sont inférieurs à 800 euros). Un chiffre en augmentation constante. 800 euros pour manger, se loger...une impossibilité !

Comme l'année précédente, je participe à la campagne des Restos du cœur en publiant cet article. Juste pour que des personnes puissent avoir un repas. L'année dernière, les blogueurs ont permis d'offrir 22 750 repas. Cette année, nous pouvons faire mieux.

Je ne vous demande pas d'ouvrir votre portefeuille mais simplement à votre tour de publier un billet. Toutes les infos sont disponibles sur : http://www.ensemble-pour-les-restos.fr/

Depuis l'année dernière, j'ai appris, naïve que j'étais, que les artistes pour les restos du cœur étaient payés (j'entends par là qu'ils perçoivent un "dédommagement"). Et que pour l'opération pièces jaunes, Mme Chirac et son staff ne logeaient pas au Novotel du coin en sillonnant la France. Qu'importe, je continue...

Uwe Tellkamp - La tour


Éditeur : Grasset - Date de parution : Février 2012 - 965 pages et une plongée dans la RDA.


RDA, 1982. A Dresde,  Christian Hoffman fils d’un chirurgien entame ses études supérieures. Sa famille réside dans un quartier luxueux de la ville. Sous les apparats d’une vie tournée vers la culture et les arts, la censure est bien réelle ainsi que la stasi, organe policier qui surveille les habitants et leurs activités. Le rêve de l’ouest est murmuré, les années passent et un vent de liberté commence à s’agiter.

Je ne sais pas comment parler de ce livre dense.  Car au départ, nous avons du mal à croire que nous sommes en RDA. La famille Hoffmann, famille bourgeoise par excellence reçoit et donne des dîners. Richard Hoffmann chirurgien est un homme raffiné qui aime les arts  et si son fils joue de la musique, il y est pour beaucoup. Son beau-frèreMeno travaille dans une maison d’édition en tant que correcteur. Christian veut devenir médecin comme son père. Aux premiers abords, rien ne différencie cette famille d’une autre. Parce qu'Uwe Tellkamp prend le temps de bien camper ses personnages avant de dresser le portait de la RDA. Ce roman ambitieux desservi par une écriture magnifique, très riche en détails, nous fournit la chronique de cette famille durant les sept dernières années de la RDA. Et cette famille presque parfaite révèle ses fissures. Richard Hoffman a une maitresse dont il a une fille. Meno exerce son activité en réécrivant des livres pour appliquer la censure.  Et Christian , le fils discipliné, ira contre l’autorité. Dresde se révèle comme un monde qui semble appartenir au passé. On découvre  le vrai visage de la RDA : les contrôles, la peur de la stasi, l'envie et l'appréhension envers l'ouest. Mais par moments, j’ai eu l’impression de piétiner  dans ces presque mille pages. En même temps, est-il possible d’éviter des longueurs sur un tel roman ( pour Christian " les vrais romans commençaient à cinq cents pages. C'est avec cinq cent pages que débutait l'océan : en dessous, c'était du cabotage en eau douce") ?  Mais, je pense que  j’aurais d'avantage apprécié cette lecture si elle avait comporté trois cents pages de moins...  

Ce roman dont la construction est remarquable avec une galerie de personnages époustouflante est une immersion totale dans une bulle privilégiée de la RDV sur le point de s’éclater. Un livre dont on sort à la fois fasciné et effrayé! Et l'écriture d'Uwe Tellkamp est à découvrir! 


mardi 21 février 2012

Arthur Philips - Une simple mélodie


Éditeur : le Cherche Midi - Date de parution : Février 2012 - 443 pages hypnotiques!

Un morceau de musique ne fera probablement pas votre conquête  la première fois où vous l’entendrez, même s’il est possible que l’ « accroche » si bien nommée se plante dans votre oreille dès son premier passage. Le plus souvent, l’attaquant est légèrement familier et tire profit de cette familiarité pour obtenir l’accès au câblage complexe de votre vie intérieure. Et intervient alors une prise de possession, une possession mutuelle, car de même que la chanson devient une partie intégrante de vous-même et de votre histoire, elle affirme son emprise en plantant une croche tourbillonnante dans votre cœur.

Il y a des chansons qui vous suivent depuis des années. Quand vous les entendez, elles vous rappellent des moments de votre vie. Et même s’il s’agit de la millième fois, les premières notes de guitare vous procurent toujours des frissons dans le dos.Puis vous vibrez à l’unisson avec elle. Vous êtes partie intégrante de la chanson et réciproque. Moment parfait de bonheur et d’extase. Il y a des  des chansons  de U2 que j’écoute depuis l’adolescence. Et à chaque fois, le plaisir est intact ( oui, il n’y a pas que Miossec dans ma vie ! ).
Tout ça pour vous dire que ce roman est génial ! Parce qu’il décrit comment la musique prend aux tripes, comment une chanson devient une drogue ! Julian Donahue réalisateur de films publicitaires et quarantenaire assiste par hasard au concert de Cait O'Dwyer. Cait est une chanteuse Irlandaise méconnue qui va vite connaître le succès. Séparé de son épouse Rachel, Julian vit en permanence avec la musique.  La voix de Cait, sa présence sur scène l’accrochent. Rapidement, le stade de simple fan est dépassé. Entre rencontres ratées et à la recherche de l’autre, Cait et Julian apprennent à se connaître. 

L’écriture d’Arthur Philips a une touche personnelle, atypique ( un je ne sais quoi de particulier) qui donne un charme complètement hypnotique à ce livre ! Quand je l'ai terminé, ma première envie a été de prendre mon Ipod et de me plonger dans mon univers musical !

Les billets de Cuné, Keisha

lundi 20 février 2012

Qui veut gagner des livres - épisode 2?

La St Valentin est passée et vous n'avez rien offert à votre moitié ? Ou alors vous voulez gagner des livres pour vous et égoïstement, vous avez entièrement le droit!

Aujourd'hui, je vous propose de gagner
- 10 exemplaires du livre Les soldats de l’aube  de Deon Meyer 
- 10 exemplaires des Aventures d’Arsène Lupin  de Maurice Leblanc
dans la collection Point Deux aux éditions Points.

Pour cela vous devez répondre correctement à quelques questions...

 1°) Les aventures d'Arsène Lupin contient combien d'enquête ?
 a- 1
 b- 2
 c- 4

2°) Quelle est la particularité des livres Points Deux ?
a - Je ne sais pas..
b-  Leur format est différent et ils tiennent dans la main
c-  Les concepteurs ont trouvé que c'était un joli nom de collection

3°) Brest va bientôt avoir :
1- Un tramway
2- Un funiculaire
3- Une plage artificielle


Attention ! Pour une question plusieurs réponses sont possibles.

Vous avez jusqu'au 29 mars minuit pour m'envoyer vos réponses par mail avec vos coordonnées postales (vous pouvez participer pour les deux livres, merveilleux n'est-ce pas ?). Jeu (entièrement gratuit) ouvert aux personnes résidant en France Métropolitaine.


dimanche 19 février 2012

Le poids de la justice

Cette journée avait interminable. Ennuyeuse. Je passais mon temps à écouter mon Maître, à lui donner un dossier mais jamais à donner mon avis. Il me manquait mon diplôme pour enfin pouvoir moi-même trancher. Exercer le poids de la justice. En rentrant chez moi ce soir là, je n'avais pas le moral au beau fixe. Vincent, mon compagnon était parti depuis quinze jours en déplacement. Et pas de nouvelles  de sa part depuis trois jours. L'ascenseur en panne et quatre étages  à devoir monter à pieds chargée comme une mule, c'était le bouquet final. Sur mon palier, un homme était assis mais dès qu'il m'avait entendu arriver, il s'était levé.
- Bonsoir, Mademoiselle Moret, dure journée ?
Surprise totale, je ne le connaissais pas. Sa voix était condescendante, mielleuse.
- Si vous vendez le dernier aspirateur en vogue ou des cours de cuisine ou que sais je encore, vous perdez votre temps, je suis désolée.  Permettez moi de passer afin que je rentre chez moi.
- La future juge est de mauvaise humeur.
- Future juge ou non, ma journée et terminée. Alors, soyez gentil de partir.
- Oh, mais vous avez le temps de discuter cinq minutes quand même.
- Je vous prie poliment de me laisser tranquille ou je devrais appeler la police.
- Tout de suite les grands mots ! Non, vous n'allez pas appeler qui que ce soit mais m'écouter.

Sa voix avait changé de ton ainsi que  l'expression de son visage. Il s'agissait d'un ordre. Mon portable était  dans la poche de mon manteau et je l'effleurais.
- Mon nom est Mauviel mais cela ne vous évoquer rien, j'imagine?
- Oui, en effet.
- Mon frère ou mon demi-frère s'appelait Pertes. Vincent Perthes.
J'hochais la tête, aucun de ces noms ne me disait rien.
- Laissez-moi vous rafraîchir la mémoire. Quand vous étiez étudiante en fac de droit à Bordeaux, vous avez participé à des soirées, n'est -ce pas Mademoiselle Moret ?
- Sûrement et alors ?
- Je parle de soirées spéciales avec votre amie Julie.
Oh non ! Quelqu'un était au courant ! Il y en avait eu que quelques unes juste pour pour me permettre d'acheter certains livres. Etudiante boursière, mon quotidien était assez précaire.

- Vous savez ces soirées grassement payées, vous ... cédiez aux caprices d'hommes. Mon demi-frère Vincent qui est actuellement en voyage avec son épouse a toujours été friand de jolies femmes jeunes. Je le surveillais, vous comprenez en tant qu'aîné, c'était mon devoir. Aussi, je faisais une petite enquête sur ses compagnes d'une nuit. On n'est jamais trop prudent.
- Et que voulez-vous?
- Actuellement, le juge avec lequel vous collaborez, votre mentor, a un dossier entre les mains qui me concerne. Une affaire où il soupçonne un détournement d'argent. Mon nom n'apparaît pas clairement mais tôt ou tard,  il remontra la piste liée à l'entreprise Dejard. Je vous demande de supprimer ces pièces et en échange, personnes à l'école de magistrature ne saura rien de vos anciennes activités.
Je pouvais dire adieu à mon diplôme ou alors supprimer une pièce à conviction.
- Vous semblez vous voûtez Mademoiselle Moret. Est-ce le poids de la justice qui est si lourd ?
Je n'allais pas tout abandonner. Non pas maintenant.
- Vous.. nous ne direz rien à mon compagnon.
- Non, bien entendu. Mais par contre, nous allons conclure un petit marché. Dorénavant, et si d'aventure, mon nom se retrouvait dans un palais de justice, vous ferez en sorte qu'il disparaisse.
- Très bien.
- Ah oui une dernière chose, mon frère m'a affirmé que vous étiez la meilleure. J'aimerai juste pouvoir confirmer.
J'avais envie de vomir, cet homme était un salop de la pire espèce.
- Vous ne m'ouvrez pas la porte ?
D'une main tremblante, je sortis la clé de mon appartement.

Il s'agit de ma participation à l'atelier de Gwen dont la consigne était la suivante :
Vous rentrez d’une journée éreintante, la tête pleine d’idées sombres et là, sur le seuil de votre maison (ou de votre appartement), vous découvrez un homme, assis et qui semble vous attendre. Vous ne le savez pas encore mais il va bouleverser votre vie…

samedi 18 février 2012

Jonathan Coe - Testament à l'anglaise


Éditeur : Gallimard - Date de parution : 1997 - 673 pages de bonheur ! 

1942, l’avion anglais piloté par Godfrey Minshaw est abattu par les Allemand. Sa sœur Tabitha pense qu’il s’agit d’on complot orchestré par leur frère Lawrence. Dans les années 1980, elle fait appel à un écrivain peu connu Michael Owen afin d’écrire la fresque de sa famille et de rétablir toute la vérité sur le décès de Godfrey. 

Sur plus de quarante ans, la saga familiale des Winshaw nous est racontée par des subtils allers retours dans le temps ainsi que la  vie de Michael Owen. Ecrivain tombé dans un  état léthargique pendant plusieurs années,  il décide de continuer son travail commandité par Tabitha . Internée pendant plus de vingt sans, toute sa famille considère Tabitha comme un folle hormis son frère Mortimer. La seconde génération des Winshaw s’illustre dans tous  les domaines de la vie anglaise : politique, économie, industries agro-alimentaires,banques, art et médias. Mais toujours de façon douteuse. Il s’agit de requins louvoyant sur l’argent,  la gloire et qui ne font pas dans les bons sentiments. Solidaires entre eux, ils se renvoient l’ascenseur et se retrouvent à la tête de postes importants même s’ils n’ont pas les compétences nécessaires.

Avec beaucoup d’humour, Jonathan Coe nous décrit les failles, les dérives du tatchérisme  et dresse un portrait sans complaisance de ses personnages (y compris Owen). L’intrigue qui  sert de point de départ est résolue et  toutes  les imbrications sont dévoilées avec subtilité. Après La pluie, avant qu'elle tombe, j'en redemande encore !!! Mordant, pétillant et ironique, ce livre est du pur bonheur !!!

vendredi 17 février 2012

Mouais...

Une fois n'est pas coutume, je vous parle de deux livres dans un seul et même billet. Deux livres  qui ne m'ont pas laissé de souvenirs impérissables...Second point commun, ils sont vite lus.

Éditeur : Buchet Chastel - Date de parution : Février 2012 - 132 pages 

Paul et Babette ont quitté Paris pour réaliser leur rêve. S'installer en province plus exactement à Chambéry.  Adieu les contraintes parisiennes et bonjour la campagne. Seul problème, Paul effectue trois de train par jour pour se rendre à son travail. En voiture, il gagnerait du temps. Il se documente sur l'Audi A3 ce qui nous donne droit à des descriptions techniques dignes d'un magazine automobile et ce pendant plusieurs pages (depuis, je suis incollable sur ce modèle de voiture). Tandis que Babette angoisse de n'être toujours tombée enceinte à l'aube de ses quarante ans. A chacun son rêve et des trajectoires qui s'éloignent. Ce qui donne une trame convenue et une fin sans surprise.



Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Janvier 2012 - 112 pages 

Le narrateur cinquantenaire deux fois divorcé croyait enfin avoir trouvé en Charlotte son âme sœur.  Hélas, Charlotte le trompait et le menait pas le bout du nez. Pour l'oublier, il essaie de se convaincre que Charlotte n'est pas le grand amour tant attendu. Mais, il l'aime toujours...
A la lecture de ses scénettes constituées d'humour  et de petites vacheries,  j'ai souri. Sauf que l'ensemble du livre est construit sur cette même moulure. Malgré le cynisme et la sincérité mélancolique, j'ai tourné en rond assez vite. Et en conclusion un tout ça pour ça...



jeudi 16 février 2012

Christel Diehl - Enola game


Éditeur : Editions dialogues - Date de parution : Février 2012 - 118 pages bouleversantes!

Une mère et sa petite fille vivent enfermées dans leur maison depuis une catastrophe. Les ordres donnés par une patrouille sont clairs : rester chez soi, ne pas s‘aventurer à l’extérieur. Les moyens de communication et l’électricité sont coupés. Sans aucune nouvelle de son compagnon et de sa fille aînée, la jeune femme lutte contre l'angoisse grandissante.

Dans un décor apocalyptique où l'on ne sait pas ce qui s'est passé, cette mère a décidé de nommer le jour de la catastrophe Enola Game. En proie à de nombreuses questions, il lui faut occuper sa fille de quatre ans, établir un rythme au cours de ces journées longues et semblables les unes aux autres. Régulièrement, un char sillonne les rues en déposant devant les portes quelques vivres. Tiraillée par la peur, elle écrit. Puise dans ses souvenirs et ses anciennes lectures pour compenser l’inacceptable. Au fil des semaines, la situation prend un tournant alarmant. Des bandes pillent des maisons, la nourriture manque. La jeune femme repense à sa vie, trie le superflu du nécessaire et tente malgré tout pour sa fille, de faire comme si tout cela n'était qu'un jeu. Mais combien de joueurs sont-ils ? Et l'espoir que la fin de la partie permette un retour à la vie d'avant s'amenuise.

Dans ce premier roman à l’écriture où les mots résonnent d’angoisse et  des jours heureux, Christel Diehl nous interroge sur "ce qui reste quand il ne reste rien". Dès les premières lignes, l’ambiance saisit à la gorge et la tension va en crescendo. 
Entre l'amour omniprésent et  le rêve d'un avenir radieux qui s'éloigne, l’étau se resserre autour du lecteur.
La fin inéluctable est un au coup de poing (vous êtes prévenus) et j’ai reposé ce livre bouleversée.

Sur des thèmes déjà exploités, l’écriture  aux mots choisis, pesés donne une dimension très forte où la réflexion s’invite. J’ai relu des passages rien que pour le plaisir  ! A lire absolument!

Elle s'aperçoit qu' Enola Game revêt maintenant deux sens dans sa sémantique intime. Elle a d'abord choisi ces mots pour pour désigner un repère chronologique, et petit à petit, Enola Game est devenue l'ère qu'elle a inaugurée. Enola Game comme une pâte de temps qui s'étire depuis le premier jour, invasive et informe, constituée de molécules dont on ne connaît pas le degré de nocivité. Intuitivement, elle a choisi le gendre féminin. Le même que celui du mot tumeur, qui peut comme chacun sait être bénigne ou faire la maligne.

mardi 14 février 2012

Delphine Coulin - Samba pour la France

Éditeur : Points - Date de parution : Février 2012 - 287 pages et un coup de cœur

Samba est arrivé en France clandestinement.  Pendant dix ans, il a travaillé, payé ses impôts comme un citoyen français. Au bout de toutes ces années, il effectue une demande pour l’obtention du sésame : la carte de séjour. N’ayant pas de nouvelles, il se présente à la préfecture de son propre chef où il est  arrêté pour être expulsé. 

La littérature sert souvent à nous évader mais elle a aussi pour rôle de nous éclairer quitte à nous bousculer. Et ce livre en est la preuve.
A ses dix-huit ans, Samba quitte le Mali. Quelques jours avant l’obtention de son bac, le père de Samba décède. Etant l'aîné, il décide de partir et de rejoindre la France. Au bout d’un long périple chaotique de cinq semaines, il arrive chez son oncle à Paris. Loumouna l’héberge dans la  cave insalubre qui lui sert de logement. Son oncle travaille comme plongeur dans un restaurant et un jour, il rentrera au pays. Un rêve que Samba partage : travailler, épargner et regagner le Mali. Mais la France a des lois aberrantes et Samba est arrêté. Il va connaître le centre de rétention administrative où des personnes de toutes nationalités sont en attente d’être expulsées. Un centre où l’amitié existe mais aussi la jalousie et les drames de chacun. Grâce à la Cimade qui le défend, Samba obtient un sursis de quelques mois. Un sursis qui veut dire être sans-papier. qui sera l’enchaînement,  la succession inévitable du travail au noir et de  la misère.

J’ai pris une claque en pleine figure ! Parce que ce livre raconte le destin d'un homme et sa dignité,  la force de bénévoles qui se battent contre des lois absurdes, les réseaux de la solidarité et de la débrouille, l'humanité mais aussi les conditions de rétention. La violence et  la peur qui poussent à franchir certaines limites quand l'avenir n'existe plus. J’ai ressenti de la honte également... honte d’être citoyenne d’un pays qui clame la liberté, l’égalité, la fraternité et qui peut traiter les êtres humains comme des moins que rien.  

Dans ce livre, Delphine Coulin nous transmet une colère légitime et nous ouvre les yeux sur des situations. Sans tomber dans le pathos ou le larmoyant, elle nous livre juste une réalité. 
Un coup de cœur pour ce roman lu en apnée totale !
Samba pour la France a reçu le prix Landerneau 2011, une récompense largement méritée !

Ils avaient raison de distinguer son "pays d'origine" de son pays tout court : car son pays, depuis dix ans, c'était la France; ils pouvaient décider du territoire de son avenir, mais  ils ne pouvaient rien changer au passé, et son pays, depuis plus de dix ans, c'était la France, qu'on le veuille ou non.

Le billet de Chiffonnette

lundi 13 février 2012

Steven Millhauseur - Le lanceur de couteaux


Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Février 2012 - 305 pages et une écriture merveilleuse!

Douze nouvelles où l’on avance à l’aise et confiant guidé par une écriture raffinée.  Les univers de Steven Millhauseur côtoient une part de mystérieux dans le réel.  Généralement dans les nouvelles, l’auteur met en scène un personnage principal. Ici, le groupe, le « nous » prend volontiers l’habit du narrateur instaurant une atmosphère particulière. Atmosphère renforcée par une certaine intemporalité dans les premières nouvelles. Nous ne pouvons pas dater quand l’action se passe ou approximativement, mais qu’importe ! Steven Millhauseur a balayé ces questions d’ancrage  dans le temps et les lieux pour laisser évoluer ces personnages. Des personnages qui veulent savoir ce que cache le rideau du rêve de l’enfance ou celui du frisson procuré par le spectaculaire.  La peur s’empare des habitants d’une ville où des très jeunes filles s’adonnent à des rites nocturnes étranges, des automates tellement perfectibles d’émotions mettent le public en émoi. Les limites sont repoussées au maximum et le directeur d’un parc d’attraction veut offrir toujours plus à ses visiteurs.

Je reviens sur l’écriture car elle est magnifique ! Des nouvelles travaillées qui nous laissent  le sentiment que le réel peut quelquefois basculer vers des mondes où une part  de magie existe. Impressionnant est le mot qui convient!

Je lève les yeux là-haut où les vastes espaces fendent l'âme comme le fer d'une hache, j'adresse mes adieux aux cieux plein de murmures, ces rue inaccessibles, puis je laisse tomber mon regard vers le bas, vers la terre qui s'élève, vers le lieu du sordide, l'humaine turbulence. 

Les billets de Cuné, Reading in the rain.

dimanche 12 février 2012

Une vie et un sac


Par habitude, je ne lève pas les yeux. Je me contente de fixer le bout de mes baskets et le bitume. Je m’ampute des bruits environnants : moteurs de voiture, discussions, déchargement des camions de marchandises. Je me concentre pour ne plus  entendre que  mon cœur et ma respiration. De mes bras, j’enveloppe mes genoux pliés. Retour à la position fœtale et j’oublie la rue, je retrouve un semblant de matrice.  Au printemps ou en  été, je recherche un banc et je m’y allonge quelques instants. Jamais trop longtemps de peur d’être délogée. Les yeux fermés, la chaleur du soleil m’envahit peu à peu et gagne tout mon corps. Pour un peu, j’oublierais qui je suis.

Son parfum et  le refrain qu’elle a chantonné  m’ont fait lever les yeux.  A la vue de son manteau, j’ai su qu'il s'agissait d'une femme dont le corps n’avait rien à voir avec celui d’une jeune fille. Une femme qui pourrait être la mère que je n’ai pas eue. Elle devait sûrement rentrer chez elle, retrouver  son mari et ses enfants. Les embrasser avec amour. J’imaginais sa peau douce, son corps aux formes épanouies et protectrices. Quand elle s’est retournée, je me suis contractée. Des traits sévères dessinaient son visage. Elle m’a jaugée puis elle a sorti de sa poche un mouchoir en boule. Sale. Elle l’a laissé tomber dans la coupelle où je laisse toujours quelques centimes. J’ai regardé le mouchoir effectué sa descente et son air satisfait. D’un coup sec, j’ai tiré sur la laisse. C’est le signal d’attaque que j’ai appris à Doy. Il a sorti les crocs, retenait un aboiement. Au lieu de partir, elle est restée là et a dit en me toisant parasite de la société. Je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai failli lâcher la laisse pour que Doy lui renvoie tout son orgueil, lui fasse ravaler son attitude de Madame-bien comme-il-le-faut. De que de droit me jugeait-elle? Je ne suis à la charge de personnes, je n'ai aucun compte à rendre à quiconque. Ma vie est ce qu'elle est, une vie où chaque journée la peur existe. Chaque matin, je me demande ce que je vais pouvoir manger et où dormir quand la nuit tombera. Mon chien s’est approché suffisamment d’elle et elle a déguerpi. Pas en chantonnant cette fois mais en criant que je l'avais menacé. Ni une ni deux,  j'ai ramassé ma vie contenue dans un sac. Maintenant, il ne me reste plus qu’à trouver un autre endroit avant que la police débarque. Je ne veux pas avoir d’ennuis même si je n’ai plus rien. Sauf ma liberté.

Il s'agit de ma participation à l'atelier de Leiloona à partir de cette photo : 

Copyright Kot

samedi 11 février 2012

Solange Bied-Charreton - Enjoy


Éditeur : Stock - Date de parution : Janvier 2012 - 238 pages et une écriture à l'ironie mordante !

Charles vingt-quatre ans et jeune cadre dynamique aménage l’appartement légué par sa marraine. Comme beaucoup de personnes, Charles fait partie du réseau ShowYou sur internet et y consacre beaucoup de temps. Par le plus grand des hasards et sans l’aide d’internet, il rencontre Anne-Laure dite Al, étudiante à la Sorbonne et chanteuse d’un groupe de rock. Contrairement à Charles, Anne-Laure n’est pas membre de ShowYou ce qui étonne Charles dans un premier temps.

Sans faire un constat froid sur les réseaux sociaux, l’auteure met le doigt là où ça fait mal.  Et oui ! On aime parler de soi sur internet, retrouver ses copains de maternelle, montrer fièrement des photos de son chez-soi comme  Charles, raconter  des parties de sa vie personnelle.  Le tout évidemment avec plus ou moins de retenue. ShowYou est un réseau social avec ses codes, ses obligations (comme y poster une vidéo hebdomadaire sinon on est radié) et un espace où il faut être. Charles y poste sa vidéo, commente les photos et les activités des autres, reçoit des invitations à nombre d’"events" auxquels il n’a pas le temps de participer. Qu’importe, il est heureux avec ShowYou, son emploi de consultant et son appartement dans un beau quartier parisien. D’ailleurs, il aime observer deux des habitants de l’immeuble d’en face : une vieille dame et un homme handicapé obèse qui se révèle être écrivain. Charles n’avait pas prévu de rencontrer Anne-Laure et d’en tomber amoureux. Sauf qu’elle le considère comme un ami, préfère le rock et la littérature aux réseaux sociaux. Charles passe de plus en plus de temps en sa compagnie et finit par rejeter sa conception du bonheur et de la vie. Mais dire non à ShowYou peut avoir des conséquences et des revers inattendus...

Solange Bied-Charreton jongle avec les mots, use d’un humour  décalé et d’une ironie mordante ! Cette écriture a fait mouche et je me suis régalée! Si j’ai quelques bémols concernant la construction de l’histoire (une fin précipitée et le rôle du  personnage de l’écrivain), je suis bien contente de cette découverte !  Entre désenchantement, dérive des réseaux sociaux, voyeurisme réel ou virtuel, ce roman fait sourire mais surtout grincer des dents (forcément).
Une auteure à suivre de près !

Tout s'éclairait soudain, sans que je n'y puisse rien changer. Le loisir se mêlait au travail, le loisir exigeait du travail, tandis que le travail était un nouveau loisir. Le travail était aussi divertissant que le loisir exigeant. Travail et loisir étaient, au fond, la même chose. Nous passions notre temps à nous amuser à gagner de l'argent.Nous nous amusions, nous cherchions à nous amuser toujours plus.(...) Pour résumer, nous gagnions notre vie à tenter de la perdre le mieux possible.

Le billet de Céleste.

Un grand merci à l'équipe (de choc) de Dialogues croisés !






vendredi 10 février 2012

Bella Pollen - L'été de l'ours


Éditeur : Belfond -Date de parution : Janvier 2012 - 405 pages et un beau roman!

Letty vient de perdre son mari. Nicky Fleming diplomate anglais est mort en sautant du  toit  de l’Ambassade à Bonn où ils vivaient. Letty quitte l’Allemagne avec ses trois enfants et rejoint sa terre natale une petite  île au nord de l’Ecosse. 

Nous sommes dans les années 1980, l’espionnage et  la surveillance  faisaient partie des missions de Nicky. Letty part pour fuir les rumeurs auxquelles elle ne veut pas croire. Son mari était loyal et non pas un traître,   elle nie également  la thèse du suicide. Rongée par la mort de son mari, Letty agit en automate, en mode de survie. Pour elle-même et pour protéger ses enfants. Georgie l’ainée, dix-sept ans, s’efforce de comprendre  l’attitude de sa mère contrairement à Alba. Agée de quatorze ans, Alba est un véritable volcan, révoltée en permanence contre tout et tout le monde. Et il y a Jamie. Un garçon de onze ans, émotif, attendant le retour de son père.  Avec innocence, il essaie de refouler le réel dont il devine peu à peu l’étendue et se réfugie dans l’imaginaire.  Letty cherche et creuse pour avoir des réponses à se nombreuses questions et les enfants doivent s’habituer à cette vie rudimentaire.  La petite île est le lieu d’un évènement inattendu : un ours s’est échappé et  se terre quelque part.  Jamie veut le retrouver et s'accroche à l'idée que l'ours  a un rapport avec son père. Les membres de cette famille disloquée terriblement humains craquent ou continuent de faire semblant pendant un certains temps. Le temps nécessaire pour se vider, extérioriser  la peine,  recoller les morceaux pour finalement comprendre pourquoi Nicky est mort.

L’écriture fine et sensible rend au plus juste la tendresse, les émotions et cette part de magie poétique. La construction du roman donne tour à tour la parole à chacun des  personnages et on colle au plus près de ce qu'ils ressentent. Pas de guimauve ou de larmoyant mais des doutes, de la colère, de la frustration, du désœuvrement et de l'espoir...  
Avec en arrière-plan le contexte politique de l'époque, Bella  Pollen nous plonge dans une famille qui tente de se reconstruire, dans  les embruns où le vent vous mord les joues et vous fait pleurer quand ce ne sont pas les émotions. Une histoire belle et émouvante pour un roman vraiment réussi sur toute la ligne !

Discrètement, elle les regarda par la fenêtre alors qu'ils s'entassaient dans la remorque. Alba et Jamie perchés aux coins opposés, Georgie, son livre attachée à elle comme un membre supplémentaire, laissant pendre ses jambes à l'arrière. Dès qu'ils furent hors de vue, elle poussa un soupir de soulagement et pressa un doigt sur le lecteur de cassettes. Verdi. Puccini. Wagner.N'importe quoi ferait l'affaire.L'opéra isolait son cœur du froid de ses autres émotions. "Les hommes trahissent par cupidité, vengeance, dégout d'eux-mêmes, désir...". Alick avait emmené les enfants, la laissant avec un autre après-midi rempli d'heures vides durant lesquelles elle s'efforcerait de comprendre laquelle de ces pulsions avait tué son mari.

Les billets de Boulimie livresqueCathulu, Keisha 


jeudi 9 février 2012

Olivier Maulin - Le dernier contrat


Éditeur : Elb- Date Parution : Février 2012 - 191 pages efficaces !

La France est en déroute. Frère-la-Colère est à l’origine d’un mouvement qui se révolte contre le pouvoir en place. Emeutes et barricades secouent le pays et la rébellion s’amplifie. Un tueur à gages appelé Joseph Victor accepte un gros contrat. Tuer le président de la république...

Fichtre, le moins que l’on puisse dire c’est que ça déménage dans ce livre ! L’écriture vive, nerveuse nous plonge directement dans la peau de Joseph Victor. Un homme soucieux de son apparence et qui maîtrise ses émotions. En fait, on dirait qu’il en est même dépourvu. Un professionnel, un tueur à gages pour qui seul l’argent compte. Il dézingue avec sang-froid et accepte le contrat que lui propose Frère-la-Colère : tuer le président de la république. Frère-la-Colère est à l’origine du chaos qui règne dans le pays avec des méthodes résolument contemporaines comme le piratage des sites informatique. Mais notre tueur à gages a ses faiblesses, l’alcool pour oublier, l’alcool pour être le meilleur. Les détails très visuels et nets, sans fioriture contribuent à alimenter un suspense prenant.

Ca défile à toute allure, aucun temps mort dans ce livre (juste le temps de reprendre sa respiration) et je n’ai pas vu venir la fin ! Nul besoin d’être un spécialise des armes pour apprécier ce nouveau livre très efficace. Après Close-up dans cette même collection je suis conquise !

- Ne le prenez pas mal, mon, cher, mais avec votre cravate et votre Porsche, vous ressemblez tout à fait à un golden-boy de la City... a-t-il dit en riant.
- Je suis un peu vieux pour être un golden boy de la City, j'ai rétorqué
- Tant mieux pour vous. Vous savez, j'aurai toujours plus de respect pour un tueur comme vous que pour ces bons pères de famille qui spéculent sur les matières premières en se croyant innocents. Ceux-là sont des damnés, croyez-moi.
- Je vous crois.

Les billets d'Action-SuspenseCunéMartine (sur le blog de livrogne)

mardi 7 février 2012

Michael Cunnigham - Crépuscule


Éditeur : Belfond - Date de parution : Février 2012 - 300 pages et une déception...

Peter et Rebecca Harris sont un couple  new-yorkais sans problème. Peter est galériste et Rebecca est éditrice. Mizzy, le frère de Rebecca vient passer quelques jours chez eux.  Cadet de la fratrie, à vingt-trois ans il est dorloté par Rebecca.

Trois pages dont deux cent ( au moins) sont consacrées au travail de Peter : dénicher un artiste qui pourrait se vendre, l’exposer, les coups de téléphone à passer, les visites à ses clients.  Le tout est agrémenté par de nombreuses questions pseudo métaphysiques existentielles.  Des pages tournées, beaucoup d'ennui et  mes espérances d’accrocher à ce livre se sont concentrées sur l’arrivée de Mizzy. Mais il faut attendre loooongtemps pour qu'il  fasse enfin son apparition. Mizzy est un garçon intelligent et au charme ambigu mais qui ne sait pas quoi faire de sa vie. Elevé par ses sœurs, on lui a toujours passé ses caprices. Rebecca espère qu’il ne replongera pas dans la drogue et il demeure le petit chouchou de la famille.  D'ailleurs, elle le considère plus comme son enfant que comme son frère. En parlant d'enfant, la fille unique de Peter et de Rebecca a déserté la voix de l’université et travaille à Boston comme serveuse dans un bar. Les raisons profondes restent inconnues et tous deux espèrent  que cette crise passera. Voilà le seul petit point noir qui gâche le beau portait de vie aisée de ce couple.
Le quinquagénaire Peter est troublé par la beauté de Mizzy et l’attirance semble réciproque. Et encore une occasion de se poser beaucoup de questions...
La suite m’a laissée dubitative et au final, une seule  pensée : « tout ça pour ça ». L'écriture est sans particularité ou saveur... 

Bref, une déception totale !

lundi 6 février 2012

Graham Moore - 221b Baker Street


Éditeur : le Cherche Midi - Date de parution : Janvier 2012 - 452 pages qui se lisent toutes seules!

Londres, 1893. Conan Doyle  a décidé de tuer son héros Sherlock Holmes. Sept ans plus tard, l’auteur reçoit un colis piégé à son domicile alors que plusieurs jeunes filles disparaissent de façon bien étrange.
New-York, 2010. Harold White est intronisé dans le cercle des Baker Street Irregulars. L’effervescence est à son comble,  Alex Cale un des membres doit présenter un journal intime de Conan Doyle. Une pièce recherchée par tous les férus de l'auteur et de son personnage car ce journal couvre la période durant  laquelle Conan Doyle a ressuscité Holmes. Mais, Alex Cale est découvert mort dans sa chambre et il n’y a aucune trace du journal. 

A plus d’un siècle d’intervalle deux sont menées de front dans ce roman. Leur dénominateur commun est Conan Doyle l’auteur des enquêtes du célèbre Sherlock Holmes. En 1893, l'auteur a précipité  au fond des chutes du village de Meiringen son célèbre détective laissant  ses lecteurs au dépourvu. Octobre 1900, Conan Doyle reçoit à son domicile un colis piégé. Qui peut-lui vouloir du mal ? Avec l’aide de son ami Bram Stoker, il décide de mener l’enquête qui la mène sur  la  disparition de plusieurs jeunes filles.
2010, New-York, le jeune Harold White est lui aussi déterminer à trouver le criminel d’Alex Cale. Et par la même occasion  à retrouver le fameux journal qui explique pourquoi  Conan Doyle a voulu se séparer de son héros. Et bien entendu en appliquant les méthodes d’investigation de Sherlock Holmes.
Ce livre alterne les deux histoires avec des chapitres bien rythmés où les changements de style se font naturellement. De l’humour, des personnages attachants, des indices, des débuts de (fausses) pistes et un  dénouement  final  qui est une jolie pirouette ! Sans compter qu’il est question de Londres au début du XXème siècle avec moult détails qui m’ont réjouie ! Vous comprendrez (élémentaire, mes chers lecteurs) que  j’aie eu une légère préférence pour une des deux histoires…

Ajoutez-y des citations issues des œuvres de Conan Dyle et on obtient un premier roman bien ficelé, fort agréable et qui se lit tout seul ! Que demander de plus? Rien!

Il est indéniable que l'on ressent une grande excitation à au moment de la plus insignifiante des découvertes  : les clés de la voiture retrouvées au fin fond de la poche du pantalon porté la veille; le mystérieux et incessant clapotis que l'on entend alors que l'on n'arrive pas à s'endormir expliqué, après examen, par la fuite du robinet de la salle de bains; l'ancien numéro de téléphone de votre mère ressurgi, comme par magie, du fin fond de votre cerveau primitif. Pour l'esprit humain, il y a peu de choses aussi jouissives  que la possibilité d'établir des liens. De faire une découverte. De résoudre un problème. Harold frissonnait de tout son être.

Les billets de Cuné et celui de ma comparse Keisha pour cette lecture commune.


dimanche 5 février 2012

Franck Magloire - Ouvrière


Éditeur : Points - Date de parution : janvier 2012 - 184 pages poignantes !


1972, Nicole cherche du travail pour offrir une vie décente à ses enfants. Elle se présente à l’usine et est  embauchée en tant qu’ouvrière. Ces trente années données à l’usine Moulinex jusqu’à sa fermeture, elle les raconte et son fils écrivain les écrit.

Dans ce livre, il s’agit de la voix de Nicole qui s’élève et quelquefois celle de son fils intervient. Dans les deux premières pages, il  y a cette timidité mêlée à de la pudeur. La peur de ne pas savoir dire et puis, elle se lance et raconte. Comment un matin de l’année 1972, elle a été à l’usine, a décliné son identité et a été embauchée. Un deuxième salaire pour offrir une vie meilleure à sa famille. A Caen, Moulinex fournit de l’emploi à ceux qui comme Nicole n’ont pas fait d’études. Etre ouvrière, c’est pointer à l’heure,  tenir une cadence de tant de pièces à l’heure, laisser sa vie au vestiaire et terminer sa journée fourbue.  Avec des mots simples et justes, Nicole Magloire raconte l’enthousiasme des premières années, les copines et la camaraderie à la pause, puis l’apparition de la main d’œuvre intérimaire, le changement,  le chômage technique et la fermeture de Moulinex en 2001. Portée par une écriture comme dans un souffle, il y a cette dignité du travail. Etre ouvrière n’entraine aucune reconnaissance, pire, quelquefois du mépris. Le corps usé, les articulations abimées par des gestes répétitifs se muent en cri de révolte quand l’ombre de la fermeture plane.  L’espoir que les politiques ne les abandonneront est présent. Pourtant, en 2001, le couperet tombe. Les grèves et  le combat pour conserver son emploi sont vains.  Seul demeure ce sentiment d’avoir été abandonné...

J’ai lu d’une traite ce témoignage poignant par sa sensibilité et par sa dureté. Avec une écriture juste, Franck Magloire rend hommage à sa mère et à toutes ces personnes. Ce livre n’a pas pris une ride car ces thèmes sont toujours d’actualité. 
A lire !

L'usine courbe les corps à l'envi, les soumet à de rythmes endiablés, mais tout en les pressant dans sa mécanique répétitive, elle démasque les visages, désamorce les peurs, elle n'est ni acceptation ni convenance, elle n'est pas politesse, et dans tous les cas, si elle peut parfois réduire au silence, elle ne parvient jamais à broyer les chairs complètement...

vendredi 3 février 2012

Benjamin Percy - Le canyon


Éditeur : Albin Michel ( collection Terres d'Amérique) - Date de parution : Février 2012 - 347 pages remarquables ! 

Bend, petite ville de l’Oregon, le couple de Justin et de Karen n’est  plus qu’une façade depuis quelques années. Après sa fausse couche, elle s’est éloignée de son mari. Sans cesse contredit par Karen,  Justin essaie de jouer son rôle de père envers Graham leur fils. Paul, le père de Justin lui propose d’aller camper et de chasser avec Graham  dans un coin du Canyon avant sa destruction. Cette parcelle de nature sauvage a été cédée pour laisser place à un projet immobilier.  Complétez le tableau par Brian revenu d’Irak avec des séquelles…

Sur un arrière fond où les thèmes ne sont pas forcément nouveaux : un couple qui bat de l’aile, un adulte Justin qui continue de subir les vexations  de son  père, des arrangements  entre prometteur et protecteur de la nature, les traumatismes subis par un soldat revenu  d’Irak, Benjamin Percy dissèque ses personnages avec une écriture acérée.  Des  personnages  souvent empêtrés dans leurs propres contradictions. Karen diététicienne dans les écoles s’est réfugiée dans le jogging et l'anorexie depuis sa fausse couche. Justin se tait devant elle, acquiesce comme il l’a toujours fait avec son père. Paul qui aime tant son Canyon détient une entreprise qui va participer à construction du complexe immobilier. Projet qui divise la population locale. Et il y a Brian. Un individu inquiétant devenu serrurier. Une bombe en Irak l’a privé d’une toute petite partie de son cerveau. Lorsque Karen oublie ses clés, elle l’appelle. Brian tombe sous son charme et se met à l’épier. Quand Paul, Justin et Graham partent trois jours camper et chasser, Justin espère se rapprocher de son fils. Mais Paul a le beau rôle. Et lorsqu’un ours rôde, bien des natures peuvent se révéler  hostiles et sauvages. Voilà comment l’auteur installe une tension qui monte en crescendo !

La politique, la corruption et l’écologie sont également présentes dans ce roman où rien n’est laissé au hasard. L’intrigue desservie par une écriture puissante  m’a tenue en haleine ! J’ai été ferrée et captivée ! Des personnages creusés dont les relations sont fouillées au plus profond.
Voilà ce que  j’aime avec certains auteurs, ils n’ont pas froid aux yeux. Et à travers leurs  personnages, il s’agit des paradoxes de toute une société qui ressortent ! Superbe et saisissant.

On pourrait penser, après toute ces années, que Justin serait mon sensible aux coups portés par son père, comme un nerf endormi par des chocs répétés. Mais non. Quand bien même il garde les bras croisés et une expression posée, une partie de lui-même tressaille. Son père vise toujours les coutures, espérant éventrer Justin et laisser son rembourrage tomber au sol. Parfois Justin réplique, mais la plupart du temps il serre les lèvres en un trait mince, et garde tout pour lui, espérant s'épargner ainsi les semaines épuisantes qu'il leur faut pour se réconcilier.



jeudi 2 février 2012

J.M. Erre - Le mystère Sherlock


Éditeur : Buchet Chastel - Date de parution : Février 2012- 326 pages jubilatoires et de pur plaisir !

Un éminent  colloque se déroule à l’hôtel Baker Street à Meiringen (charmant petit village Suisse que tout bon  holmésien se doit de connaître).  A cause d’une avalanche, dix universitaires et une serveuse se retrouvent coincés dans l’hôtel durant quatre jours. A leur arrivée, les secours découvrent dix cadavres dans la chambre froide. La onzième personne n’ayant pas survécue  à l’entrée fracassante des pompiers (quelle idée aussi de rester derrière une porte d’entrée)…Une question : que s’est-il passé durant ces quatre jours ? 

A l'issue de  ce rassemblement (très privé), le professeur Bobo allait annoncer le nom de celui ( ou celle)  qui accèdera à la prestigieuse chaire d’holmésologie de la Sorbonne. Chacun présentant son travail et ses découvertes devant ses confrères. Le tout étant d'impressionner le professeur et de se le mettre dans la poche.  Rivalités, coups bas, atouts féminins...chacun usant de méthodes plus ou moins douteuses. Certes, mais de là à tuer ? Le commissaire arrivé rapidement sur les lieux découvre des notes détaillant ce qui s’est déroulé durant ces quatre jours. Le tueur était-il la onzième personne ?  
Si JM Erre comme toujours nous offre des personnages irrésistibles, ce roman possède une intrigue digne d’un roman policier. Les heures défilent,  les cadavres s’accumulent et la tension au sein de survivants monte en crescendo. On se glisse dans la peau des différents personnages et c’est jubilatoire ! Qui est le tueur en série : le holmesien beau gosse ou celui  qui communique avec le Maître grâce à  la prise de cocaïne ? Les situations sont burlesques, loufoques  avec crêpages de chignon entre les deux membres féminines. J’ai rigolé et travaillé mes abdos, le bonheur !  Les références à l’œuvre de Conan Doyle sont nombreuses et émaillent l’ensemble du récit. Pour prétendre à devenir holmésienne, je vais devoir attendre car je n’avais pas deviné le fin mot de l’histoire… 

Du grand JM Erre anti-morosité et jubilatoire ! Bienvenue dans le monde de la fine fleur des  holmésiens et dans celui de l'auteur  pour ceux et celles qui ne le connaissent  pas !

mercredi 1 février 2012

Grégoire Delacourt - La liste de mes envies


Éditeur : JC Lattès - Date de parution : Février 2012 - 186 pages touchantes et délicates! 

Jocelyne, appelée Jo,  quarante-sept ans tient une mercerie à Arras.  Mariée à Jocelyn et les deux enfants partis de la maison.  Elle mène une  existence simple comme tant d’autres où elle a trouvé sa place. Un blog pour partager sur la couture et le tricot et deux amies jumelles qui mettent un peu de fantaisie dans sa vie. Ce sont elles qui la poussent à jouer une fois à l’Euromillions. Une seule fois, une chance sur des millions et Jocelyne remporte un chèque de dix-huit millions cinq cent quarante-sept mille trois cent un euros et vingt-huit centimes.

Avec une telle somme, Jocelyne pourrait acheter l’écran plat et la Porsche que son mari aimerait tant avoir, un joli manteau pour elle, un nouveau micro-ondes…Son chèque caché dans une semelle de chaussure reste une liste de besoins et d’envies. Seul son père qui perd la mémoire toutes les six minutes a entendu son secret.  A l’adolescence, la mort de sa mère et la maladie  de son père l’ont aiguillée dans une vie qu’elle n’avait pas imaginée. Elle qui voulait devenir  styliste a dû ravaler son ambition. Lorsqu'elle a accouché d’un enfant mort, Jocelyn est devenu méchant, violent. Jocelyne a courbé l’échine, encaissé les mots durs. Elle ne parle jamais du prix de cette souffrance passée mais elle sait que le bonheur sans être doré de millions est fragile.  Sans vouloir occuper le devant de la scène, elle apporte beaucoup aux autres et à sa famille. Sur la pointe des pieds, Jocelyne se contente d’imaginer ce que sa vie serait si elle encaissait ce chèque. On pourrait presque imaginer la suite comme un conte de fée. Et bien non.

Avec une  écriture sans fioriture et sensible, Grégoire Delacourt  colle au plus près des émotions ! A travers Jocelyne,  il  nous interpelle sur nos éternels besoins, l’amour et nos rêves avortés. Si deux détails m’ont gênée (le salaire de son mari en tant qu’ouvrier et  l’apparition finale d’un personnage), ils ont été balayés par l’ensemble du livre ! Après l‘écrivain de la famille, ce roman m’a beaucoup touchée (mes yeux ont hébergé des poissons remplis d'eau) !

Etre riche, c’est voir tout ce qui est laid puisqu’on a l’arrogance de penser qu’on peut changer les choses. Qu’il suffit de payer pour ça. Mais je ne suis pas riche. Je possède juste un chèque de dix-huit millions cinq cent quarante-sept mille trois cent un euros et vingt-huit centimes, plié en huit, caché au fond d’une chaussure. Je possède juste la tentation. Une autre vie possible. Une nouvelle maison. Une nouvelle télévision. Plein de choses nouvelles. Mais rien de différent.
 

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