vendredi 19 juillet 2013

Elliot Perlman - La mémoire est une chienne indocile


Éditeur : Robert Laffont - Traduit de l'anglais (Australie) par Johan-Frédérik Hel Guedj - Date de parution : Janvier 2013 - 575 pages magistrales !

Lamont Williams vient de sortir de prison où il y a laissé quelques années. Une histoire de vol où il s'était retrouvé embarqué sans être au courant. Depuis six ans, il n'a pas eu de nouvelles ou vu sa fille qui doit être âgée de huit ans. Il retourne vivre chez sa grand-mère qui l'a élevée. Au centre de cancérologie de Manhattan, cet homme noir du Bronx commence une période de six mois probatoire comme agent d'entretien. Son but : retrouver sa fille.
Adam Zignelik est professeur d'histoire à l'université de Columbia mais ses chances de titularisation sont réduites à néant car il n'a rien publié depuis des années. Ce fils d'un avocat juif qui s'est battu pour les droits civiques et la fin de la ségrégation dans les écoles peine à porter cet héritage. Il préfère se séparer de sa compagne Diana à qui il refuse des enfants.

A partir de ces deux personnages centraux Lamont et Adam qui n'ont rien en commun , une histoire voit le jour  entre présent et passé où d'autre personnages prennent place. Au centre de cancérologie, Lamont fait par hasard la connaissance d'un vieux homme . Il prend l'habitude de passer le voir après son service et cet homme dont le bras est tatoué d'un numéro va lui confier son histoire. Henri Mendelbrot rescapé de l'holocauste le choisit comme témoin de sa vie.
Le père de l'ami Adam lui-même ancien universitaire l'aiguille sur une piste de recherche. Celle des soldats noirs américains qui ont participé à la libération des camps à la fin de la guerre. Mais les recherches d'Adam vont  le conduire à s'intéresser au travail d'un psychologue Henry Border.

Je ne sais pas si les précédents livres d'Elliot Perman sont du même gabarit aussi riches, denses et prenants mais croyez-moi ce livre c'est vraiment quelque chose ! L'auteur nous ferre très vite dans cette fresque à peine esquissée par la question sur le rôle de l'histoire à travers un cours qu'Adam donne à ses élèves. Alternant les histoires des personnages, on plonge dans la grande Histoire et celle des destinées individuelles.
La place de la mémoire est l'écheveau central de cette toile où les fils qui relient les différents personnages se tissent. Des révoltes des juifs dans les ghettos durant la guerre à  la lutte pour les droits civiques des noirs, roman est tout simplement passionnant et captivant. 

Elliot Perlman  nous renvoie au devoir  de mémoire, à sa transmission, à l'influence de l'Histoire sur nos vies et à des causes sociales qui ne peuvent être oubliées.  Un grand roman  qui chavire le cœur,  l'esprit par son humanité et qui nous interpelle, sème de nombreuses graines de réflexion ! Tout simplement magistral ! 

L’histoire peut nous conforter dans des moments difficiles, ou mêmes troublés et traumatisants. Elle nous montre ce que notre espèce a traversé et à quoi nous avons survécu. Elle peut nous aider à comprendre que nous avons déjà su traverser plus d'une période sombre, par le passé. Et l’histoire est d'une importance vitale, autant si ce n'est davantage encore que la biologie, surtout peut-être parce que le passé nous tient sous son emprise, et nous avons beau croire qu'il serait impossible de lui échapper, il nous est fait impossible de lui échapper. Si seulement vous saviez à quel point vous êtes proches de peuples qui vous semblent si lointains... vous seriez surpris.
Et c'est aussi une manière d'honorer ceux qui nous ont précédé. Nous pouvons raconter leurs histoires. Ne voudriez-vous pas que quelqu'un raconte votre histoire? Finalement, c'est la meilleure preuve qui soit que votre existence a compté. 


Les billets de Cuné, Nath lit
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