vendredi 7 mars 2014

Andrés Neuman - Parler seul

Éditeur : Buchet-Chastel - Traduit de l'espagnol (Argentin) par Alexandra Carrascos- Date de parution : Mars 2014 - 167 pages remarquables!

 "Quand un livre me dit ce que je voulais dire, je me sens le droit de m'approprier ses mots, comme si un jour ils m'avaient appartenu et que venais de les récupérer." Cette pensée d'Elena comme tant d'autres trouvera un écho chez tous les lecteurs. Chez ceux qui ont puisé dans les livres de la force, un baume et qui les accompagnés durant des périodes peu faciles de la vie. Elena toujours qui confie cette remarque superbe, si juste " Je me demande si, sans forcément sans en avoir conscience, on ne va pas vers les livres dont a besoin. Ou si les livres eux-mêmes, qui sont des êtres intelligents, ne détectent pas leurs lecteurs et ne se font pas remarquer d'eux".
Lito âgé de dix ans a  obtenu d'accompagner son père pour un voyage de quelques jours sur les routes d'Argentine en camion. Un accord entre  sa mère Elena et son père  Mario gravement malade. Car tous deux savent que ce sera l'unique et dernier voyage entre père et fils. Lito, lui, n'est pas au courant de la gravité de l'état de santé de son père.

Avant qu'il ne partent, Elena  fait promettre à Mario de ne pas se fatiguer, de bien prendre ses médicaments mais Mario veut seulement laisser des souvenirs heureux à son fils. Tant pis s'il dépasse ses propres limites, l'essentiel est que Lito n'oublie jamais ce voyage. Pendant ce temps,  Elena restée seule lit et cherche dans ses lectures du réconfort (Virginia Woolf, Christian Bobin, Lorrie Moore, Roberto Bolaño et tant d'autres avec autant de passages superbes de ses lectures qui l'interpellent ou lui apportent du soutien). Sa colère légitime contre la maladie, la mort qui s'annonce la conduisent à une relation adultérine. Lito sait que son père a été très malade ( une très mauvais grippe selon ses parents) mais pas plus. Pour lui, ce voyage est une marque de confiance de la part de ses parents,  la preuve qu'il met un pied dans la vie des adultes.

Andrés Neuman nous invite dans l'intimité de ces trois personnages et nous immerge dans leurs pensées. Et c'est complètement réussi !
Ce récit à trois voix solitaires déborde de vie sans pathos. Lito pense, s'imagine des aventures pour le lendemain du voyage, Mario lui parle pour qu'il ne n'oublie jamais et Elena écrit son cheminement partagé entre l'érotisme et le deuil qu'elle va devoir affronter.

Dans ce roman initiatique où le pouvoir des mots est primordial, l'auteur décrit les liens indicibles de ses personnages, les forces insoupçonnées dont ils font preuve, l'amour, la mort et les formes de son acceptation et ce qu'elles engendrent.
Une lecture qui m' a touchée coulée par sa finesse, par sa puissance et dans le même temps  par l'humilité,  la révolte ou la résignation de ses personnages si justement décrits ! Un roman tout simplement remarquable lu en apnée totale !

Depuis que je sais que vais mourir, je l'aime encore plus, j'ai découvert l'amour en tombant malade, c'est comme si j'avais cent vint ans, et tu veux que je dise. Je ne mérite pas cet amour, parce qu'avant de savoir que j'allais mourir je n'ai pas su le ressentir, parfois je me dis  que la maladie est une punition, et plus ta mère prend soin de moi, plus je me sens une dette, une dette que je ne pourrai pas rembourser, elle me dit que non, quelle horreur, que ces choses-là, on les fait par amour, mais les dettes d'amour existent aussi, celui qui affirme le contraire se ment à lui-même, et ces ardoises-là ne s'effacent jamais, au mieux elle se camouflent comme je suis en train de le faire aujourd'hui.

13 commentaires:

Jostein a dit…

Avec un tel sujet et un univers de lectrice, on ne peut qu'être touché. Si comme tu le dis, on ne sombre pas dans le pathos, ça peut être une belle lecture â découvrir.

Stéphanie a dit…

Me voilà bien tentée !

cathulu a dit…

la relation aux livres m'intéresse, moins la relation à la mort...Frileuse, je suis.

In Cold Blog a dit…

Ah, ça me plait... Je note.

Aifelle a dit…

Tout pareil qu'I.C.B. !

Mélopée a dit…

Mais dis donc tu te mets déjà au parfum du salon du livre de Paris où l'Argentine est invitée. Extrêmement tentant celui-ci !

Mirontaine a dit…

Il a tout pour me plaire.

voyelle a dit…

je le note également...ça me parle ENORMEMENT ! merci !

antigone a dit…

Pfiou... les références littéraires me parlent mais comme Cathulu, j'hésite sur le thème de la mort. Allez, je note tout de même, histoire d'être en apnée moi aussi. ;)

Manu a dit…

Que peut-on faire d'autre que noter ?

Clara a dit…

@ Jostein: il est superbe!

@Stéphanie : chouette !

@ Cathulu @ Antigone : pourtant elle très bien abordée ( avec effroi, cynisme, humour ou sérieux) et Lito apporte de la légèreté !

@ In Cold Blog :@ Aifelle @Mirontaine @ Voyelle @ @Manu : si vous ne l'aimez pas, je jette mon tablier :)!

@ Mélopée : à défaut d'y aller , oui...:)


zazy a dit…

Je le note, tu en parles si bien malgré la mort

Clara a dit…

@ Zazy ; j'ai vibré, j'ai souri, j'ai eu des poissons d'eau dans les yeux, j'ai eu la gorge serrée d'émotions...

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