mercredi 30 avril 2014

Edward St Aubyn - Sans voix

Éditeur : Christian Bourgois - Traduit de l'anglais par Jacqueline Odin - Date de parution : Avril 2014 - 248 pages ironiques et drôles !

Chaque année, un comité remet le prix Elysan à un roman. Sauf que chacun des membres a des objectifs différents mais surtout une conception de la littérature très arrêtée. Dans les romans devant être faire partie de  la présélection, celui d'une auteure connue a été remplacé  par un livre retraçant les recettes de cuisine sur plusieurs siècles en Inde. Sans compter que chacun des membres veut imposer un livre différent.

Les discussions du comité sont électriques, chacun défendant son roman et n'hésitant pas à balancer de remarques bien plus qu'ironiques à celui qui n'ait pas de son avis. Son président cherche à créer des alliances autour d'un seul roman en utilisant la flatterie ou son rôle suprême de président qui a forcément raison. Sauf que certains des membres ne se laissent pas amadouer si facilement. Les auteurs se plaignent ou  se réjouissent trop vite à l'avance. Ajoutez-y qu'Edward St Aubyn nous fait part des extraits des romans et on rigole franchement ou cruellement !

Caustique à souhait sans jamais tomber dans le grotesque, ce livre difficile à résumer pointe les enjeux et les dessous de ce prix littéraire où les intérêts personnels prennent le pas sur la littérature.
Férocement drôle, je ne ne pouvais qu'aimer et me régaler !

Avant que les inévitables contre-courants des bonnes nouvelles inattendues et des occasions forgeant le caractère compromettent l'avenir, le pessimisme demeurait parfait, hors d'atteinte de cette qualité beaucoup plus insidieuse et dangereuse, la déception. Le promesse de jeunes écrivains était parfaite aussi, avant qu'ils n'échouent, s'épuisent ou  ne meurent - mais cela se produirait sous un autre gouvernement et un autre comité.

Le billet de Cuné

lundi 28 avril 2014

Laurence Tardieu - L'écriture et la vie

Éditeur : Editions des Busclats - Date de parution : Février 2014 - 104 pages tout simplement superbes !

Parce que depuis vingt et un mois, Laurence Tardieu n'arrive plus à écrire, elle décide de livrer ses impressions, sa quête et son cheminement d'auteur dans ce journal. Elle revient sur ses précédents ouvrages. "Après avoir écrit Rêve d'amour, j'ai compris que je ne pourrais plus jamais écrire comme avant : j'ai compris qu'écrire, ce n'était pas " raconter des histoires". En tout cas ce n'est plus ce que je voulais faire. Ca ne m'intéressait plus. La vie d'ailleurs n'est pas une histoire. Elle n'est pas un fil que l'on déroule avec un début, un milieu, une fin.(...) Mes lectures elles aussi ont changé : j'ai cherché celles qui, désormais, m'indiqueraient un chemin. J'ai découvert Annie Ernaux." Dans son dernier livre La confusion des peines,  elle revenait sur la condamnation de son père , le décès de sa mère, les mensonges durant plusieurs années. Un livre intimiste qui lui a permis de passer " du statut de fille à celui de femme".

Celle pour qui "l'écriture est sa colonne vertébrale" cherche à travers ce journal à retrouver le sens des mots avec l'obsession du vrai. Il y a aussi la peur de ne pas y arriver mais également sa vision de l'écriture comme la précision du langage mais aussi "le bonheur d'être dans les mots". "C'est depuis Un temps fou que j'envisage chacun de mes livres comme un travail équivalent à celui d'un plasticien, un travail de composition, mon matériau étant celui des mots et du silence, mots et silence qui par leur frottement forment des sons, ces sons devenant eux aussi matériau, tout le travail d'écriture consistant à pétrir cette matière, dans un mouvement, un autre, un autre encore, la pétrir jusqu'à faire apparaître quelque chose. Apparaître voulant dire alors : faire exister. Que, par ce long et lent malaxage, les mots deviennent vie. L'auteur sait à quel moment, soudain, dans le travail, quelque chose existe. Quel bonheur, alors, quel bonheur profond."

Je pourrais citer le livre en entier car chaque mot résonne. Et quand elle parle de ce que l'écriture lui apporte, en remplaçant le mot "écriture" par "livres", j'ai y retrouvé mes sensations de lectrice et cet enivrement, cette extase induit par les lectures.

Et il y a cette phrase terriblement belle "Grâce à ce texte, je suis est passée d'une forme de mort à une vie nouvelle" alors nous ne pouvons que la remercier et lui dire nous vous attendons Laurence.

Plus qu'un coup de cœur (mais vous vous en doutiez) !
Il y a eu beaucoup de billets sur ce livre touchant et juste aussi pour une fois je ne cite pas les liens.

dimanche 27 avril 2014

Amy Grace Loyd - Le bruit des autres

Editeur : Stock - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch - Date de parution : Avril 2014 - 260 pages avec lesquelles j'ai fait corps... 

Celia la quarantaine dont le mari est décédé cinq ans auparavant a acheté un immeuble à Brooklyn qu'elle a rénové. Elle y occupe un appartement au rez-de-chaussée et loue le reste des logements à des locataires qu'elle a soigneusement choisies. "Elle n'aspire plus à l'espoir, ne peut pas se permettre", elle a élevé des barricades invisibles avec le monde. Son immeuble et ses locataires sont calmes et discrets.

Mais George un de ses locataires doit s'absenter en Europe pour plusieurs mois et il lui demande de sous-louer son appartement à une amie Hope. La question de l'argent n'est pas primordiale pour Celia et dans un premier temps, elle refuse par crainte de briser l'homogénéité existante. Mais George sait se montrer convaincant et elle accepte. Belle et entourée d'un halo de mystère, Hope aménage au-dessus de l'appartement de Celia. Cette dernière vit enveloppée et entourée des souvenirs de son couple. Objets, paroles ou des moments ancrés dans sa mémoire et dans son corps. Elle qui connaît les habitudes de ses locataires se retrouve désarçonnée par Hope. De son appartement, elle s'introduit à la lisière de l'intimité de Hope. Les pas sur le plancher, une parole dite plus haute ou criée, les venues de l'amant d'Hope qui exerce sur elle une maîtrise totale l'amenant aux extrêmes des dérives. Et Mr Coughlan un ancien conducteur de ferry, un locataire sur qui elle veille disparaît sans crier gare. Ces imprévus bousculent Celia, fendillent l'amure qui la protège du reste du monde. Mais surtout, ils réveillent chez elle des émotions, des désirs qu'elle croyait avoir soigneusement enterrés.

Dès les premières pages de ce livre, l'écriture (je souligne l'admirable travail de traduction) m'a encerclée, a pris possession de chaque parcelle de mon corps. Je n'avais pas fait corps avec un livre de cette façon depuis la lecture de Réparer les vivants. Car l'écriture d'Amy Grace Loyd  fait résonner et parler les pensées, les silences, les bruits des autres d'une façon extraordinaire. Ces bruits synonymes de vie qui s'opposent à la mort et au deuil, à l'inertie.

Que dire de plus sinon qu'il s'agit d'un premier roman qui m'a époustouflée par sa maîtrise,  un coup de cœur superbe que je porte encore en moi. Car oui, il est possible de tomber amoureuse d'un livre...

Un livre devenu hérisson dont il m'est difficile de choisir un seul extrait :
Cet effort m'épuisa et me fit prendre conscience avec trop d'acuité qu'une grande partie de l'existence consiste à décider quand résister ou non, quand on peut se laisser porter et quand on ne le peut pas, quand on ne peut pas se le permettre. 

La mort n'était pas une abstraction. Je ne m'étais pas contentée de regarder mon mari y disparaître, et en le ressuscitant comme je le faisais, aujourd'hui encore, je me ressuscitais moi-même.

Le billet de (la grande tentatrice devant l'éternel) Cathulu

samedi 26 avril 2014

Véronique Merlier - L'angle mort

Éditeur : Arléa - Date de parution : 2012 - 144 pages de sensibilité et de justesse!

Cécile et François forment un couple heureux, parents de Pierre âgé de trois ans. Ils s'aiment sans aucun nuages à horizon. L'été où la grand-mère de François décède, François reste quelques jours sans Cécile "ces jours où tu n'étais pas là, il s'est passé quelque chose de grave. J'ai eu des relations sexuelles avec un homme". François lui avoue ses actes et ses penchants tapis en lui depuis toujours.

Cécile ne comprend pas. Son mari, le père de son fils qu'elle croyait connaître si bien : comment a-t-elle pu ne rien deviner ? Forcément, il y  a dû avoir des signes révélateurs. Elle doit admettre que non comme  la faille présente dans le socle de leurs engagements. Mais Céline ne peut pas cesser d'aimer  François, et lui refuse de porter la culpabilité de mettre un terme à leur union. Non, ils continueront à être ce couple, cette famille et elle lui laisse la part de liberté qu'il a besoin. Un compromis qui semble convenir aux deux. Il y a la liberté de François sur laquelle Cécile n'a aucune emprise et durant laquelle il rencontre d'autres hommes. Si François finit toujours par regagner le foyer conjugal, Cécile est transpercée par la douleur, la jalousie et  les questionnements.

Véronique Merlier ne s'intéresse pas qu'aux ressentis de Cécile, elle nous fait partager ceux de François et sa sensation étouffante de rester toujours en partie dans l'ombre. A la puissance de l'amour de Cécile, elle oppose le silence dans lequel François se retire.
On retrouve le couple un an plus tard à l'été qui signera sa fin en forme de délivrance. Car il faut du temps pour apprendre à renoncer à un amour, à lâcher définitivement prise pour que l'autre s'épanouisse.

Un premier roman d'une grande sensibilité et d'une justesse incroyable ! En nous plaçant dans les pensées de François et de Cécile, on ne peut que les comprendre mais sans les juger. L'histoire de ce couple frappe par sa réalité, je suis très étonnée que ce livre soit passé inaperçu car l'écriture de Véronique Merlier est belle et pudique !
Une réussite totale lue en apnée qui m'a beaucoup touchée !

Le mécanisme délicat patiemment assemblé, dont dépendait à son insu le déroulement fluide de sa vie, s'est enrayé à jamais. Elle doit déployer des efforts insensés pour faire comme d'habitude. Tout lui coûte, tout est insurmontable. L'espace s'est rétréci. L'espace vivable. Celui dans lequel elle peut faire quelques pas sans tomber, sans se cogner aux paroles de François, à ce qu'elle sait désormais. Elle n'a pas vu, elle n'a rien vu. De ce qui se tramait dans l'angle mort, à la lisière de sa vie, elle n'a rien vu.

Un coup de cœur pour Lucie !

jeudi 24 avril 2014

Zadie Smith - Ceux du Nord-Ouest

Éditeur : Gallimard- Traduit de l'anglais par par Emmanuelle et Philippe Aronso - Date Parution : Avril 2014 - 408 pages qui bousculent !

 "Une vaste colline traverse le nord-ouest de Londres. Elle démarre à Hamstead et s'étend à travers Kilburn, Willesden, Brondesbury, Cricklewood. La littérature la connaît bien. (..) Même Dickens s' y aventure parfois, pour boire une pinte ou enterrer quelqu'un " et il s'agit d'une ligne de démarcation non matérialisée entre quartiers riches et quartiers pauvres. Leah, Keisha devenue Natalie, Félix et Nathan ont grandi dans la cité populaire de Cadwell où l'on croise différentes nationalités. Leah et Keisha sont deux amies d'enfance. Si Leah s'est très vite laissée tenter par le sorties, l'école buissonnière, les garçons et la drogue, Keisha a vu dans les études une porte de sortie pour accéder à un autre milieu social et essayer de gommer ses origines jamaïcaines.

A l'aube de la quarantaine, Leah  la seule "blanche "de peau consacre désormais son temps aux associations caritatives. Elle ne s'est pas éloignée de son quartier d'enfance et vit à Kilburn avec Michel son compagnon d'origine française qui est coiffeur. Il veut un enfant mais pas elle. Leah n'ose pas le lui dire sans compter qu'elle doit supporter la pression de sa mère qui insiste car selon elle l'enfant est la continuité du couple-appartement-travail. Keisha qui se fait appeler Natalie a réussi : une belle carrière, un beau mari, deux enfants et un bel appartement. Natalie et son mari aiment recevoir. Ainsi Natalie et Leah continuent de se voir même si elles ne font plus partie du même milieu et que leurs aspirations en apparence sont différentes. Nathan dont Leah était amoureuse à  l'adolescence fait la manche pour acheter de quoi se droguer. Felix pense enfin s'accrocher à une vie droite loin des embrouilles, de la drogue. Il y croit, il le veut. Mais son rêve s'arrêtera brutalement car le passé se reproduit dans les nouvelles générations.

Les phrases claquent ou sont des uppercuts! Extrêmement bien écrit, l'auteure joue avec les codes et les formes pour nous surprendre. On pourrait penser qu'elle enferme ses personnages dans un cercle et prêche dans l'accumulation de malheurs ou de déboires. Mais non, ce serait un tort. Le passé pèse sur ses personnages car personne ne peut se défaire de ses origines même la brillante Natalie. Mais Zadie Smith montre une vraie tendresse pour eux.
Absolument maîtrisé, même si les cent dernières pages s'essoufflent un peu, on ressort bluffé par ces personnages et cette écriture ensorceleuse qui pointe les faux-semblants, les rêves accomplis qui laissent insatisfaits ou tout simplement l'envie de tout laisser tomber comme si c'était inscrit ou quand la volonté, la force ne sont plus présentes. A lire ! 

S'il se trouvait qu'un sans-abri était assis par terre devant de supermarché de Cricklewood, Keiska Blake devait attendre que Leah Hanwell ait fini de se pencher vers l'homme pour lui parler, lui demandant, non seulement s'il avait besoin de quoi que ce fût, mais lui faisant aussi la conversation. Si elle était plus revêche avec sa propre famille qu'un clochard, cela ne faisait que suggérer que la générosité n'était pas infinie et q'il fallait s'en servir de façon stratégique, là où on avait le plus besoin. (...). Ce bon sentiment universel déteint sur Keisha par association, même si personne ne confondait le volontarisme cérébral de cette dernière avec la générosité d'esprit de son amie.


mardi 22 avril 2014

Françoise Guérin - Les enfants de la dernière pluie

Éditeur : Le Masque - Date de parution : Avril 2014 - 333 pages efficaces ! 

Alors que le commandant Lanester rend visite à son frère Xavier interné en hôpital psychiatrique, un patient victime d'un accès inexpliqué de violence de la part d'un infirmier décède. Suite à son acte, le soignant connu pour sa gentillesse se donne la mort.

Le patient était suivi pour des dépressions fréquentes mais Lanester est intrigué car l'infirmier avait avalé des psychotropes puissants. Ces mêmes composants sont donnés à dose réduite et en aveugle à des patients de l'hôpital où se déroule une étude sur un nouvel antidépresseur. L'étude étant financée par un laboratoire pharmaceutique. Ajoutez-y une archiviste qui se passionne pour un poète atteint de maladie mentale dont l'hôpital porte le nom, un directeur peu enclin à donner des renseignements et à ouvrir les portes de son établissement : Eric Lanester et son équipe ont fort à faire.

Comme dans le précédent opus (Cherche jeunes filles à croquer), la part belle est faite à la psychologie et plus spécialement ici à la psychiatrie : son histoire, son évolution et la prise en charge des malades. Notre commandant poursuit ses fantômes personnels laissant plus de place à l'introspection. Si le rythme donne lieu à moins de décharges d'adrénaline car assez vite j'ai suspecté qui portait l'étiquette de coupable, les raisons m'ont complètement échappées ! On plonge dans l'histoire de cet hôpital psychiatrique où règnent de nombreuses zones grises ou troublées, dans les maladies mentales et dans l'hérédité.

Françoise Guérin n'a pas changé son équipe pour mon plus grand plaisir. Avec toujours des touches d'humour distillées ici ou là et surtout des personnages tout à fait crédibles et une vraie intrigue !
Un très bon polar une fois de plus de la part de cette auteure ! 

Lu de cette auteure : A la vue, à la mort Cherche jeunes filles à croquer Mot compte double 

lundi 21 avril 2014

Jean-Guy Soumy - Le Silence

Éditeur : Robert Laffont - Date de parution : Janvier 2013 - 221 pages et une agréable découverte !

A cinquante ans, Alexandre Leroy un mathématicien réputé et reconnu d'origine française vivant aux Etats Unis met fin à ses jours. Sa femme Jessica ne comprend pas son geste.  Partagée entre la colère et la douleur, elle veut trouver la réponse à une question : son mari lui cachait-il quelque chose?

De l'enfance de son mari, Jessica ne sait que très peu de choses. Il a toujours conservé soigneusement une gangue de silence sur cette période qui l'a séparée de ses parents. Jessica sait juste que la Seconde Guerre mondiale a anéanti la famille Leroy. Mais la seule photo conservée par son mari de ses parents révèle un détail qui avait été intentionnellement dissimulé.  Ce détail est un mensonge qu'Alexandre lui a laissé croire durant toutes ces années ainsi qu'à leurs deux fils. Qui était vraiment Alexandre ? Jessica ne voit qu'une seule  solution : se rendre en France pour comprendre et mettre en place les différentes pièces du puzzle qu'elle a découvertes.

Même si au départ si la trame m'est apparue un peu convenue,  l'écriture qui colle à la peau des émotions des personnages m'a séduite. Ce ne sont pas les rebondissements qui sont essentiels dans ce livre mais la quête identitaire qui se dessine et prend forme au fil des pages.
Une lecture empreinte d'une belle sensibilité qui résonne encore une fois la dernière page tournée ! 

Je dois t'avouer quelque chose, Alexandre. Je suis lasse. Ecrasée de fatigue. De dégoût. Un grand froid me pénètre. (...) J'ai la tentation du silence. C'est une vieille tentation, je sais. Déjà, entre nous..., Nous faisions comme si elle n'existait pas, parfois nous forcions les mots. Le mal est ancien.
Se taire. Parce que tout ce qui m'affecte est parole. Bien au-delà des pauvres paroles que je pourrais rassembler. D'ailleurs, toi aussi tu as été un expert en mutismes.

Lu dans le cadre du 12ème Prix des Lecteurs du Télégramme.

Les billets d'AntigoneFransoazSaxaoul.

samedi 19 avril 2014

Jonathan Dee - Mille excuses

Éditeur : Plon - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Elisabeth Peellaert - Date de parution : Avril 2014 - 269 pages et un régal !

Ben Armsteads est un avocat redouté et apprécié dans un cabinet juridique où il est également associé. Sa femme Helen a arrêté de travailler quatorze plus tôt lorsqu'ils ont adopté Sarah d'origine asiatique. Le parfait exemple de la mère investie dans de nombreuses associations et qui se dévoue pour sa famille. Mais son couple prend l'eau car Ben traverse la crise de la quarantaine avec cette impression de routine. Et pour la rompre il a un flirt avec une avocate nouvellement recrutée qui va tourner au cauchemar. Du jour au lendemain, Ben perd son emploi et fait la une des journaux.

Pour protéger Sarah du scandale, Helen décide  qu'il faut quitter cet endroit, cette petite ville où tout le monde connaît tout le monde et partir à New York tout proche. Mais d'abord, il faut qu'elle trouve un travail car leurs finances mises à mal par les frais juridiques engagées pour Ben sont à sec. Elle trouve un emploi de chargée relations publiques où elle montre un don pour la gestion de crise. Homme politique pris en flagrant délit d'adultère, directeur qui sous-paie ses employés : elle les amène à se repentir, à expier leurs fautes face aux caméras et donc face au public. Demander pardon avec sincérité pour regagner la confiance et ça fonctionne. De plus en plus accaparée par son travail et grisée par ce dernier, elle voit de moins en moins Sarah et ne cherche pas à avoir de nouvelles de Ben.

L'auteur nous entraîne habilement dans la vie de chacun de ses personnages. Sarah qui sèche les cours et qui ne supporte pas que sa mère veuille faire d'elle une fille parfaite, le travail d'Helen où l'on demande toujours plus aux employés, Ben qui purge sa peine. Si Helen a l'art d'orchestrer des demande des pardon pour les autres, elle a bien du mal à pardonner aux siens.

Avec avec une écriture qui pointe avec férocité les défauts de notre société et nos comportements, ce livre est un régal ! Et même si ce roman s'essouffle un peu sur la fin ( le personnage de l'acteur de cinéma qui ne supporte plus le fait d'être reconnu n'importe où qu'il aille n'apporte rien au reste de l'histoire) Jonathan Dee nous ferre et ne nous lâche plus !

jeudi 17 avril 2014

Sébastien Berlendis - L'autre pays

Éditeur : Stock - Date de parution : Avril 2014 - 71 pages et une déception...

J'aurais aimé pouvoir dire que j'ai aimé ce livre autant que le premier livre de cet auteur Une dernière fois la nuit. J'ai retrouvé avec plaisir cette écriture minimaliste qui décrit un voyage en Italie. La terre où vécut sa famille et  qui fut obligée de partir en France. L'exil et un voyage sans retour.

Sébastien Berlendis nous livre comme une carte postale de ce pays. Des descriptions avec une écriture très sensorielle : on hume les odeurs, on écoute cette langue chantante, on visualise les villes. On y retrouve également le thème de la maladie et les poumons rongés par le mal. Comme un peintre, l'auteur nous fait découvrir ce pays.
Alors oui, ce sont des touches poétiques mais trop fugaces, trop généralistes pour m'avoir permise de lire une histoire aboutie.
De ce voyage, je suis rester spectatrice sans ressentir d'émotion...

mercredi 16 avril 2014

Jean-Christophe Rufin - Le collier rouge

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Février 2014 - 156 pages extrêmement bien menées ! 

Eté 1919. Dans un petit village du Berry et sous un soleil écrasant, un chien ne cesse d'aboyer. Son maître Jacques Morlac ancien soldat est emprisonné et attend son jugement. Un soldat qui a été décoré de la Légion d'honneur pour acte de bravoure sur le Front d'Orient. Le juge Hugues Lantier du Grez venu pour l'affaire doit trancher.

Mais qu'a donc fait Morlac? Comment ce héros a t-il pu se retrouver en prison? Lors des entretiens, le juge est d'abord frappé par le désintérêt flagrant de Morlac pour son chien. Quand même son chien qui porte les stigmates de la guerre et qui l'attend bravement ! Un chien reconnu comme une pièce à conviction. Jean-Christophe Rufin titille notre curiosité et concentre notre attention sur ses personnages. Morlac est un simple paysan mais il  a lu Marx, Proudhon et Kropotkine. Notre juge est issu de l'aristocratie et a eu d'autres lectures plus conventionnelles.Il voudrait bien terminer rapidement cette affaire pour enfin retrouver femme et enfants.

Au fil des pages, on découvre Morlac amoureux et en homme qui a voulu défendre des valeurs. Je pourrais en dire plus et semer quelques indices mais hélas le bandeau du livre est trop explicite et nous met la puce à l'oreille.

Les descriptions des personnages, ce climat où la guerre est encore présente dans les esprits et dans les cœur et dans cette campagne la population a la conviction qu'on lui a volée ses fils sont rendues à merveille !
Un roman sans fioritures sur la fidélité, et sur la loyauté ( et ce que chacun met derrière ce mot) bien mené! Une belle  surprise...

Il ne se démontait pas. Tout dépenaillé qu'il fût, Morlac tenait tête au juge et lui répondait du tac eu tac.Voilà ce qu'avait produit quatre ans de guerre : des hommes qui n'avaient plus peur, qui avaient survécu à tellement d'horreurs que rien ni personne ne leur ferait baisser les yeux.

Lu de cet  auteur : Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi

lundi 14 avril 2014

Joseph Boyden - Dans le grand cercle du monde

Editeur : Albin Michel - Traduit de l'anglais (Canada) par Michel Lederer - 598 pages et une grande fresque !

XVIIe siècle, Nouvelle France au Canada. Christophe un prêtre jésuite français découvre le pays mais surtout ses habitants divisés en clans. Sa mission est d'évangéliser les populations indiennes alors que les Hurons et les iroquois sont en guerre. Il est fait  prisonnier par un chef de guerre huron Oiseau comme une jeune fille d'origine iroquoise Chutes de neige.

Dans ce roman choral,  les trois personnages prennent tout à tour la parole. Oiseau adopte Chutes de neige et ils habitent dans un village huron où Christophe est surnommé le Corbeau. Tout le monde se méfie de lui et Oiseau aimerait se débarrasser de lui. Les Corbeaux et leur étrange façon de penser ne plaît à personne. Car les hurons ont leurs croyances et Christophe voit en eux des "Sauvages. Mais les français peuvent apporter de quoi se défendre contre les Iroquois et le commerce est le plus fort. Et les armes à feu se retrouvent entre les mains de ces indiens. Les trois personnages principaux se confrontent ou s'ignorent mais apprennent à se connaître.
A chaque page, on est frappé par ces deux mondes différents  qui se font face : celui des français et celui des indiens. La culture, le mode de vie, la façon de penser la vie et la mort, les traditions : tout les oppose. Les saisons qui marquent la vie des hurons et la nature sont omniprésentes. Aux scènes de guerre  ou de tortures, l'auteur contrebalance des instants où la fraternité semblerait presque sur le point de naître.

Entre noirceur et lumière, il s'agit d'une  fresque passionnante! Avec une écriture très sensorielle, Joseph Boyden sans se faire moralisateur  nous amène à la réflexion sur les différences mais surtout comment apprendre à vivre ensemble.  Seul petit bémol : il m'a manquée des émotions plus fortes, qui vous serrent la gorge ou qui nouent le ventre.

Torturer quelqu'un c'est dominer le mort, s'en rendre maître,  ne serait-ce que pour un bref instant.

Le billet de Valérie

dimanche 13 avril 2014

Audur Ava Olafsdottir - L'exception

Éditeur : Zulma - Traduit de l'Islandais par Catherine Eyjolfsson - Date de parution : Avril 2014 - 336 pages à lire ! 

La veille de la  nouvelle années, le mari de Maria lui annonce qu'il la quitte pour un homme.  Mariés depuis onze ans, parents de jumeaux âgés de trois ans, ils étaient un couple uni et heureux. Floki s'installe chez son collègue et amant à trois rues de chez eux. Maria est d'autant plus désemparée qu'elle ne s'était doutée de rien.

Même si elle se sent flouée,  Maria continue à croire que Floki mathématicien dans l'âme reviendra pour elle et les enfants. Perla sa voisine de petite taille conseillère conjugale sans client et nègre pour un auteur de romans policiers l'écoute mais surtout lui distille des conseils empreints  de sagesse  ou de bon sens avec un humour décalé. Sous ses aspects rudes, elle veille sur Maria sans le lui dire.
Audur Ava Olafsdottir instaure une atmosphère comme dans ses précédents romans avec un univers bien à elle. De ce mariage tombé à l'eau, il n'y a pas de tragédie mais la poursuite de la vie qui reprend ses droits avec les questions légitimes, les bleus à l'âme qui s'estomperont.

Avec un vrai bonheur, je me suis glissée dans ce roman d'où émane beaucoup de douceur. Je m'y suis sentie à l'aise, j'ai apprécié les références littéraires de Perla, les personnages si  réels et la touche tendre de l'auteure qui permet d'adoucir les difficultés de la vie !
Un roman  qui nous laisse une sensation de bien-être et de bonté ! A lire !

Si ta vie était un roman, dit-elle  depuis la cuisine, une telle saturation d'événements dramatiques semblerait peu vraisemblable. 

Les billets de Cathulu ( merciiiii), Jostein

Lu de cette auteure : L'embellie, Rosa candida

vendredi 11 avril 2014

Kate Clanchy - Crème anglaise

Éditeur : Plon - Traduit de l'anglais par Cyrielle Ayakatsikas - Date de parution : Mars 2014 - 268 pages à ne pas manquer  !

1989. Phillip Prys auteur reconnu pour son œuvre est victime d'un AVC. Sa jeune épouse Shirin la deuxième en date voit débouler Myfanwy la première épouse de Phillip dans la maison d'Hampstead. Même si Phillip n'est pas mort, elle s'imagine déjà reprendre sa place dans cette maison qui lui revient selon l'acte notarial. Par souci d'économie, elle suggère à Shirin d'employer quelqu'un à domicile en complément des infirmières pour s'occuper de Phillip emmuré dans un silence et désormais prisonnier de son corps. Encouragé par l'un de ses professeurs, Struan élève brillant de dix-sept habitant une petite ville d'Ecosse répond à l'annonce "Géant de la littérature recherche jeune homme pour pousser sa chaise à roues. Logé, nourri, chambre individuelle à Hampstead."

Struan n'a jamais quitté l'Ecosse, il s'est occupé de son père malade et a travaillé dans des hospices pour payer ses frais de scolarité. Loyal et serviable, le jeune homme qui admire Phillip Prys découvre Londres et ses habitants étranges à ses yeux. Juliet la fille de Phillip et Myfanwy une adolescente bien en chair et mal dans sa peau a décidé de passer l'été à Hampstead. Non pas pour s'occuper de son père mais juste pour faire enrager sa mère. Malgré l'état de santé de son père, son fils Jake ne s'est pas encore montré.
Entre deux enfants égocentrique et superficiels, une première épouse vénale et l'actuelle mystérieuse Mme Prys, Struan fait de son mieux pour le bien-être de Phillip en espérant qu'un jour il réussisse à communiquer avec lui.

Ce roman jubilatoire à l'humour corrosif n'en est pas moins une satire sociale ! Kate Clanchy épingle une société londonienne hautaine, dédaigneuse où Struan perdra son innocence.
On ne s'ennuie pas une seule seconde dans ce roman drôle au style enlevé où l'auteure si elle met à jours les défauts de ses personnages à travers toute une époque leur témoigne une véritable empathie. Un bon premier roman à ne pas manquer !

jeudi 10 avril 2014

Maylis de Kerangal



Ce soir, Maylis de Kerangal était chez Dialogues pour parler de son livre Réparer les vivants. Une rencontre impossible à décrire ou à résumer. L'écouter parler est un bonheur et c'est à nouveau lire son roman, revivre les mêmes émotions aussi fortes et aussi belles.

Repartir avec des étincelles dans les yeux et une belle dédicace...




Miossec et son premier concert de ses 20 ans de carrière : grandiose !


Hier soir, j'assistais au premier concert des 20 ans de carrière de Christophe Miossec au Quartz. Il a choisi de dévoiler à son public brestois, à sa ville natale ses nouvelles chansons en avant-première. Un concert grandiose avec cinq musiciens talentueux. Pas d'effets spéciaux mais un violoncelle, une contrebasse, une basse, une guitare, un piano, des orgues, des batteries et des percussions.

J'avais une légère appréhension car son nouvel album "Ici-bas, Ici même" sera lundi dans les bacs. Est-ce que j'allais aimer ses 11 nouvelles chansons écrites et composées dans une maison dans le Finistère nord en trio et enregistrées à quelques kilomètres de Brest?

Oui, j'ai aimé ! J'ai eu le cœur et l'âme vrillés. Deux heures de concert avec des frissons d'émotions dans tout le corps, un noeud dans la gorge et des larmes aux yeux... car Miossec chante la vie, la mort, l'amour, la solitude, l'incapacité d'être aimé et aussi notre société, notre époque. L'individualisme, nos plaisirs de consommateur et puis ne l'oublions pas Miossec dénonce. Chanteur citoyen, il n'a peur de dire ce qu'il pense à travers ses textes en toute sincérité et avec cette sensibilité qu'on lui connaît. Il nous a offert des des reprises retravaillées musicalement et une salle à l'unisson qui chantait les paroles.

La musique est très puissante dans ce nouvel album de Christophe Miossec. Elle vous emporte, vous habite !

Un concert sublime ! Du très grand Miossec revenu aux sources et un bonheur extatique !

Je suis sortie du  Quartz émue, heureuse et avec les mains  complètement éclatées à force d'applaudir. Qu'importe, c'était tellement beau et bon.
Alors, cet été je retourne le voir sur scène ( car c'est indéniablement un chanteur de scène) au Festival du Bout de Monde à Crozon et viendra la tournée d'automne avec sûrement d'autres dates à Brest. Et en attendant, lundi je serai  chez Dialogues Musiques pour acheter "Ici-bas, Ici même".

Merci  à Christophe Miossec et à ses musiciens :
Valentine Duteil (violoncelle, claviers, basse)  qui m'a donnée une furieuse envie d'apprendre à jouer du violoncelle !
Nathalie Réaux (chœurs, percussions, claviers) dont la voix est superbe!
Hugo Cechosz (basse, contrebasse, guitare), Vincent David (guitare, claviers) et Florent Savigny (batterie, percussions, marimba) qui nous ont transmis leur plaisir.

Et pour terminer ce billet la vidéo de "On vient à  peine de commencer" :



Toutes les autres dates de concert sont sur :
http://www.christophemiossec.com/
www.facebook.com/christophemiossec

mercredi 9 avril 2014

Elisa Vix - L'hexamètre de Quintilien

Editeur : Le Rouergue - Date de parution : Avril 2014 - 208 pages hors normes ! 

Un bébé de six mois sans vie est découvert un matin dans un sac poubelle par les éboueurs au pied de l'immeuble tranquille où vit Lucie journaliste trentenaire à la recherche d'emploi. Très vite, elle pense à Leila sa voisine de palier qui a deux enfants dont Yanis du même âge que l'enfant retrouvé.

Dit comme cela, on pourrait s'attendre à un polar glauque car l'enfant a été sauvagement tué par de nombreux coups. Et bien, on a tout faux !
Dès les premières pages, Lucie montre de humour et un sens solide de l'auto-dérision. Elle tient un scoop mais faire de l'argent de cette façon est-ce bien moral? Très vite, les soupçons se portent sur Leila qui confirme son acte. L'occasion pour Elisa Vix de nous faire découvrir les autres habitants de l'immeuble :  Pierre un médecin urgentiste et veuf dont le fils ado ne lui parle plus, le beau Marco matérialiste aux nombreuses conquêtes féminines. Et le meurtre devient secondaire. Lucie tombe sous le charme de Marco et elle écrit un article relayé dans Libération sur l'infanticide. Son histoire d'amour se complique ou plutôt Marco la laisse tomber et Lucie prend l'habitude d'aller regarder des films chez Pierre.
Les vies, les attentes, les personnalités  de ces  habitants absolument contemporains de l'immeuble nous sont relatées. On se croirait dans un roman et non plus dans un polar. Sauf  que la vérité complètement inattendue sur la mort de Yanis tombe comme un couperet et nous laisse sans voix...

Un polar déstabilisant sur plus d'un point  qui remplit sa fonction de page-tuner ! Seul bémol : je lui reproche de flirter facilement avec certains clichés concernant les personnages. 

mardi 8 avril 2014

Andrew Porter - Entre les jours

Éditeur : Editions de l'Olivier - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par France Camus-Pichon - Date de parution : Avril 2014 - 391 pages très belles ! 

Elson et Cadence viennent de divorcer. Leurs deux enfants étudiants ont mal encaissé la nouvelle. Richard qui suit des études de poésie se désintéresse de sa passion et cherche sa place tandis que Chloe est renvoyée de l'université. Ses parents et son frère ignorent la raison.

Architecte, Elson a toujours passé beaucoup de temps à son travail le plaçant avant sa famille. Cadence ne supportant plus cette vie confortable mais insipide a engagé la première la question sur la séparation. Si dans un premier temps ce divorce semblait convenir à Elson et Cadence, les heurts et les rancoeurs sont remontées à la surface. En apprenant le renvoi de Chloe, sa famille imagine une raison liée forcément à l'explosion de le cellule familiale. Mais à peine revenue chez sa mère, Chloe part les laissant dans l'inquiétude. La cohésion prend le dessus par rapport aux mésententes pour la retrouver. Mais les faux-semblants se fissurent, les personnalités sont mises à nue alors que l'on découvre pourquoi Chloe a été renvoyée.
S'il y a un vrai suspense dans ce roman, Andrew Porter décortique les relations des membres de cette famille et il explore avec finesse, sensibilité et intelligence la psychologie de chacun. Un très beau roman absolument maîtrisé sur le pardon, la trahison mais aussi sur l'amour ! 

C'est peut-être une intervention divine, a-t-il dit. La providence. 
Ou bien ce qui se produit dans les situations désespérées, a songé Chloe : on perd tout discernement, au point de prendre le plus louche des individus pour un sauveur.

Le billet de Cathulu

Lu de cet auteur : La théorie de la lumière et de la matière

lundi 7 avril 2014

Il y eut, il y a, il y aura

Il y eut "Moi, Clara : une femme, une maman et une épouse pas comme les autres" ( je ne sais pas si certains s'en souviennent d'ailleurs) puis l'actuel "Moi, Clara et les mots" avec toujours l'ancienne URL qui ne correspondait plus à ce que ce blog représente.

Place au changement avec Clara et les mots (pas une révolution certes,  mais ce "moi" qui représentait comme une mise en avant me gênait).

Tant qu'à faire, je change l'URL de mon blog en ClaraEtLesMots ( toujours sous Blogspot). Alors on met à jours ses flux RSS !
L'ancien blog est renommé donc si vous tapez fibromaman, vous serez redirigé automatiquement  vers ClaraEtLesMots (c'est pas beau la technologie?). Et on n'oublie pas de mettre à jour sa blogroll..

Basculement dans 30 minutes !

Edward Kelsey Moore - Les suprêmes

Editeur : Actes Sud - Traduit de l'américain par Cloé Trali avec la collaboration d'Emmanuelle et de Philippe Aronson - Date de parution : Avril 2014 - 316 pages qui font du bien  ! 

Nées dans les années 1950 dans l'Indiana où elle vivent toujours, Odette, Clarice et Barbara Jean sont des amies inséparables depuis plus de cinquante ans. Tous les dimanches après la messe, ces quinquagénaires afro-américaines déjeunent ensemble chez Big Earl là où elles allaient adolescentes. Et c'est depuis cette époque qu'elles sont appelées Les Suprêmes en référence au célèbre groupe des seventies.

Odette, Clarice et Barbara Jean sont différentes mais complices et soudées. Si elles ont partagé ensemble les bonheurs, elles se sont sont toujours soutenues dans les moments durs de l'existence et continent de le faire. Une fois ouvert ce roman, difficile de le reposer tant il se dégage une gaité, une énergie communicative. Odette au tempérament fort et intrépide est mariée au discret James, Clarine a renoncé à une carrière prometteuse de pianiste pour son mari Richmond coureur de jupons. Barbara Jean à l'enfance difficile et dont la beauté n'a pas pris une ride vit confortablement grâce à la fortune de son mari beaucoup plus âgé qu'elle.
Entre le présent qui réserve des surprise au fil des pages, on découvre le passé de trois femmes confrontées à l'Histoire ( la ségrégation), au poids culturel et familial, et aux aléas de la vie mais avant tout ce sont des femmes avec des qualités et des défauts qui assument leurs choix. Je n'en dirai pas plus !

Entre sourires et empathie, avec une vivacité dans le rythme et les dialogues, ce roman pétillant sur l'amitié et la résilience m'a fait passer un très bon moment !  Une lecture qui fait énormément de bien et  dont il serait dommage de se priver...

samedi 5 avril 2014

Joan Didion - Le Bleu de la nuit

Éditeur : Le Livre de Poche - Date de parution : Mars 2014 - 212 belles pages 

En 2005, quelques mois après avoir perdu son mari Joan Didion est confronté à nouveau à la mort. Peu de temps après s'être mariée Quintana sa fille adoptive âgée de 39 ans sera hospitalisée pour une double pneumonie. Son état de santé se dégrade, les jours se transforment en mois et Quintana décède.

Même si "Les souvenirs, écrit-elle, c'est ce qu'on ne veut plus se rappeler", elle remonte le temps. De l'adoption de sa fille, de l'enfance de Quintana où elle se posait la question de savoir si elle était une bonne mère, de ce temps heureux passé en famille, du mariage de Quintana : autant de souvenirs lumineux et touchants. Sans jamais nous donner un sentiment de voyeurisme, elle consigne quitte à revenir sur ces moments de bonheur. Mais elle n'oublie pas ses appréhensions, ses doutes sur l'éducation qu'elle a donnée à Quintana ( son mari scénariste et elle voyageaient beaucoup à travers les Etats-Unis accompagnés de Quintana). Elle nous parle de la vieillesse et de ce qu'elle sème dans son sillon, de la peur légitime de la malade, de la solitude sa nouvelle compagne.

Avec une écriture dénuée d'artifices, sans jamais rendre sa fille parfaite ou chercher à déclencher chez le lecteur une forme d'apitoiement ( alors qu'en tant que parent voir partir son enfant avant soi est la chose la plus horrible et la plus affreuse qu'il soit), elle se tient au plus près de la vérité.
Ce livre est beau, intensément beau et m'a profondément marquée.

Le billet de Mango

vendredi 4 avril 2014

Selva Almada - Après l'orage

Éditeur : Métailié - Date de parution : Mars 2014 - 134 pages sous tension...

Au nord de l’Argentine sous un soleil de plomb, la voiture du révérend Pearson accompagné de sa fille Leni âgée de seize tombe en panne au beau de milieu de nulle part. Heureusement pour eux un mécanicien El Gringo Bauer n'habite pas trop loin. Lui et son fils adoptif Tapioca sont le seules âmes dans ce coin perdu.

El Gringo se met au travail  tandis que le révérend Pearson ouvre le bouche en citant Dieu à chaque fois. Il prend cet arrêt forcé avec la philosophie de celui qui voit la main de Dieu partout. El Gringo espère réparer la voiture au plus vite pour qu'il s'en aillent car selon lui le révérend raconte des inepties. Lui croit en la Nature et non en Dieu et c'est ainsi qu'il a élevé Tapioca depuis qu'il est chez lui. Très vite l'ambiance devient électrique au fur et à mesure que l'orage approche. Le  révérend a une idée derrière la tête et veut convaincre El Gringo de se ranger à sa cause mais chacun reste campé sur ses positions. Je n'en dirai pas plus !

Un huis clos où chacun observe l'autre en silence et tout se joue dans les regards et dans les attitudes. Avec une écriture sèche et  qui fait appel à tous les sens, Selva Almada oppose deux visions du monde différentes. La suite des événements prend une tournure inattendue laissant un goût amer en bouche...
L'auteure concentre en quelques pages les visions de la vie, les espoirs mais aussi  les actes que l'on est prêt à effectuer pour se racheter ou pour échapper à son destin. Juste  un bémol :  l'auteure ne nous révèle pas tout et j'ai été un peu frustrée.
Mais il s'agit d'un premier roman sous tension  à découvrir !

De temps en temps, ils pénétraient dans la forêt pour observer ce qui s'y passait. La forêt était comme une grande entité où la vie bouillonnait. Un homme pouvait apprendre tout ce qu'il lui fallait rien qu'en observant la nature. Là-bas, dans la forêt, tout était sans cesse en train de s'écrire comme dans un livre à la sagesse inépuisable. Le mystère et sa révélation. Tout y était, si l'on apprenait à écouter et à voir ce que la nature avait à dire et à montrer.

Les billets de Jérôme, KeishaValérie

jeudi 3 avril 2014

Angélique Villeneuve - Les Fleurs d'hiver

Éditeur : Phébus - Date de parution : Avril 2013 - 150 pages et un coup de cœur absolu  ! 

Octobre 1918. Jeanne ouvrière fleuriste se débrouille seule avec sa fille Léonie entre les privations, le manque de nourriture, les heures à assembler les fleurs pour gagner un maigre salaire. Elle pense souvent à Toussant son mari parti au front en 1914, à l'injustice qu'elle avait ressentie. Toussaint blessé en 1916 qui hospitalisé au Val-de-Grâce lui enverra par courrier régulièrement quelques mots sur sa santé et un "je veux que tu viennes pas". Blessée dans son âme par le refus de son époux de la voir, elle attend et brave les angoisses. Et ce soir d'octobre 1918, Toussaint est là sur le palier de la porte d'entrée de l'appartement.

Si Jeanne a envie de prévenir sa voisine Sidonie dont le seul fils âgée de dix-sept s'est engagé au moment de la déclaration de guerre, elle se ravise. Jeanne découvre un autre Toussaint qui porte un bandeau blanc sur une partie de son visage et qui est tranché dans son silence. Toussaint est une Gueule cassée à la chair mutilée. Au fil des jours, elle essaie de deviner ce que cache la bande de tissu, n'ose pas demander à Toussaint s'il ira bientôt chercher du travail. Dans ses lettres, elle avait enjolivé le quotidien se taisant sur la pénurie de charbon, sur Léonie qui avait été malade, sur les soupes claires en guise de seuls repas. Jeanne doit réapprivoiser Toussaint alors que Sidonie apprend que son Fils Eugène est mort. Dans l'appartement minuscule, Jeanne et Léonie réapprennent à vivre la présence de Toussaint si longtemps absent. Grâce à la force de l'amour qu'elle porte à son mari, Jeanne va aider Toussaint à s'accepter et à ce que leur couple reprenne le chemin du langage des corps qui se touchent, des peaux qui se caressent.

Avec une écriture sublime, dense, sensuelle, sensible et toute en pudeur, Angélique Villeneuve en donnant la parole à Jeanne offre un hymne au courage de ces femmes. La beauté éclatante des fleurs, leurs couleurs contrebalancent la misère du quotidien.
Un coup de cœur absolu et entier, un livre hérisson (car Angélique Villeneuve déploie dans son écriture la quintessence des mots) lu avec des frissons d'émotion ! 

Il n'a tué ni sauvé personne, son mari, il est encore couvert de boue, de poux, de froid, de  bruit, de colique et de peur. La guerre a creusé et creuse encore en lui. Il est un creux immense, et Jeanne ignore s'il est possible de l'emplir. Si à eux deux ils en seront capables. Elle pense au grand gâchis des hommes.

 Les billets d'Aifelle, Cathulu, Gwen

 Lu de cette auteure : Grand Paradis - Un territoire

mercredi 2 avril 2014

Aymeric Patricot - Les petits Blancs, un voyage dans la France d'en bas

Éditeur : Plein jour - Date de parution : 2013 - 159 pages à lire absolument ! 

Aymeric Patricot nous amène à la rencontre des petits Blancs dont il a recueilli les paroles. Qui sont-ils ? Certains habitent dans des H.L.M.  d'autres dans des petits villages ou en campagne comme un agriculteur près du Havre. Ils sont tous Blancs et pauvres dans une société de plus  en plus multi-ethnique. Mère célibataire et secrétaire, gardien d'immeuble, couple qui a du mal à boucler les fins de mois, ouvrier au chômage, enseignante vacataire, étudiants de province : des portraits aussi variés qu'inattendus pour certains.
Rejetés ou ou pire méprisés par ceux qui ont réussi, ces oubliés de la société ne trouvent pas leur place. Et certains expriment leurs idées sur l'immigration et les populations de couleur qui selon eux sont plus aidées qu'eux. Et ça fait mal car la racisme éclate à la figure. Des paroles dures qui sous-entendent des votes politiques extrêmes et un ras le bol. D'autres n'osent pas se plaindre de peur d'être taxés justement d'idées racistes ou alors ils cohabitent avec la population métissée.
Il y a ce  sentiment que la France d'aujourd'hui les a tout simplement abandonnés comme les bourgeois Blancs. Avant on parlait de classes sociales mais le clivage "racial" a pris de l'ampleur.

Aymeric Patricot en donnant la parole à "ces gueules cassées de la misère" met le doigt sur un sujet tabou. Son but n'est pas de stigmatiser ni de donner matière aux politiques extrémistes mais celui d'alerter. En analysant ce phénomène, il y apporte des réponses.
Un essai indispensable qui interpelle  ! 

La pauvreté doit y tendre les rapports, et la méfiance, la colère doivent compliquer les choses. J'ai une certaine indifférence pour ces populations-là, je pense qu'eux-mêmes ne se sentent pas sur un pied d'égalité avec mai. Il doit y avoir de l'hostilité pour les gens comme moi. Quoiqu'après tout, je n'en suis pas sûr..

Une lecture dans le cadre de la 12ème édition du Prix des lecteurs du Télégramme.

mardi 1 avril 2014

Gaëlle Heureux - Sanglier noir pivoines roses

Éditeur : La Table Ronde - Date de parution : Janvier 2014 - 146 pages et 15 nouvelles hors des sentiers battus ! 

La première nouvelle donne le ton et plante un décor. Gaëlle Heureux ne s'intéresse pas à ceux dont l'existence est lisse, débarrassée d'une quelconque aspérité. Des personnages au quotidien morne, des vies devenues étriquées sans que les principaux intéressés s'en aperçoivent, alors comme pour conjurer ces destins sans surprise, elle leur apporte une touche d'absurde ou de fantastique.
De la femme battue dont le mari la couvre de fleurs, de la mercière à la vie fade, de l'homme atteint d'un cancer à celui qui s'imagine voir une Semeuse dans le ciel, l'auteure nous entraine dans des récits où elle atteint notre sensibilité ("les avaleurs de violoncelles" m'a serrée le cœur), nous bouscule par son humour souvent noir mais sa bienveillance est toujours présente.

L'écriture est vive et alerte, des  formulation font mouche  : " Nous aurions parlé de l'instrument dans la tripaille, de cette mélancolie que je vivais sans carte ni généalogie" ou encore "Je regarde les murs propres, sans une craquelure, puis le tableau au-dessus de la petite table, au-dessus des scorsonères. Cela fait des années que je voyage dans la cale des tableaux. Incognito."
Ces nouvelle qui sortent des senties battus, s'emparent de la réalité pour la rendre moins dure ou moins terne et m'ont conquise !

Les billets de Cathulu, Jostein
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