lundi 31 octobre 2016

Luc Lang - Au commencement du septième jour

Editeur : Stock - Date de parution : Août 2016 - 538 pages et une lecture manquée. 

Thomas et Camille la quarantaine, parents de deux enfants, sont un couple en pleine ascension professionnelle et aux emplois du temps bien chargés. En pleine nuit, Thomas reçoit un appel. Camille a eu un accident de voiture ce vendredi soir quelque part en Normandie sur une route où elle n’aurait pas dû se trouver. Pour Thomas, une foule d’interrogation se bousculent : que dire aux enfants ? Que faisait Camille ? Comment l’accident s’est produit? Aux enfants, il ment d’abord expliquant un déplacement plus long que prévu pour Camille. Il savait que Camille travaillait sur des dossiers dits sensibles et si l’accident n’était pas fortuit ? Et si Camille le trompait ? Thomas avance dans le brouillard.

Après le décès de Camille, il retourne souvent avec les enfants dans les Pyrénées où son frère aîné Jean a repris la suite de leur père à la bergerie. Sous ses apparences de taiseux, Jean le pousse à remettre en question beaucoup de points : sa conception de logiciels de surveillance de personnes, sa vie centrée sur son  travail. Leur sœur Pauline travaille au Cameroun dans un dispensaire. Si Jean a des nouvelles régulièrement de leur soeur, Thomas lui s’est laissé prendre par le quotidien de sa propre vie depuis bien des années.

On va le suivre de la banlieue parisienne aux Pyrénées et au Cameroun où il rendra enfin visite à sa sœur. Je pourrais en dire plus sur l’histoire mais l’enthousiasme n’y est pas. Le style de Luc Lang ne m’a pas plu , je n'ai pas été du tout réceptive à l'écriture et puis il y a eu des petites choses qui m’ont dérangée. D’abord cette impression de remplissage quand Thomas cherche par tous les moyens à savoir si le logiciel de la voiture de Camille n’a pas été trafiqué ou les trop longues scènes concernant son travail. Je me suis inconsciemment focalisée sur ces points. Le coup fatal (et final) a été le secret de famille. Pourtant, j’ai aimé les descriptions de la vie camerounaise et le décalage éprouvé par Thomas. Si je n’ai pas eu toutes les réponses aux questions que Thomas se pose initialement, ça ne m’a pas dérangé outre mesure.
Mais j’ai vraiment peiné dans cette lecture sous forme de quête pour Thomas et je suis complètement passée  à côté,  je pense, au vu de tous les avis élogieux.

vendredi 28 octobre 2016

Jean-Paul Dubois - La succession


Éditeur : Éditions de L'Olivier - Date de parution : Août 2016 - 240 pages qui m'ont touchée, émue.

Après des études de médecine suivies sans grande conviction comme son père, la narrateur Paul Katrakilis a quitté la France pour Miami. Il s’adonne sa passion la pelote basque et en vit modestement. Seul son père médecin est encore vivant et il n’a aucun contact avec lui. Que penser d’un père qui se prépare un déjeuner comme si de rien n’était après le suicide de son épouse le jour–même ? Car dans sa famille, son grand-père, son oncle (le frère de sa mère qui vivaient avec eux)  et sa mère, tous ont choisi de donner la mort. Et quand son père agit de même, Paul est obligé de revenir en France pour régler la succession. "De la mi-novembre 1983 au 20 décembre 1987, je fus donc un homme profondément heureux, comblé en toutes choses et vivant modestement des revenus du seul métier que j’aie jamais rêvé d’exercer depuis mon enfance : pelotari."

Si par succession, on associe la transmission de biens matériels après le décès d’un personne. Ici ce mot prend une dimension supplémentaire. Bien sur, il y a la maison dans laquelle son père avait son cabinet médical et où les chambres de chacun sont restées telles qu’elles depuis des années. De quoi faire remonter le souvenirs. Le grand-père et son bocal où un lamelle du soi-disant cerveau de Staline flotte dans du formol, celle de sa mère si proche de son frère (qu’ils auraient pu former un vieux couple), son oncle si réservé mais expansif dès qu’ils se rendaient sur la côte Basque. Dans le cabinet médical de son père, il trouve deux carnets noirs. Alors qu'il croyait son père asocial, il découvre un aspect méconnu de sa personnalité. Il se décide à reprendre la suite de son père.

Il m’aura fallu un certain temps pour rentrer dans ce livre. Mais à partir de la découverte des carnets l’histoire m’a vraiment plus intéressée. Et c’est à partir de ce moment que je me suis attachée à Paul, à cet homme qui n'a pas de mode d'emploi de la vie et donc incapable d'approcher la bonheur. Alors la fin très glaçante m’a plus que serrée le coeur.

Ce roman sur le sens du bonheur, sur la transmission et sur la mort (de plusieurs sortes) est mélancolique mais il comporte de l’humanité sans jamais être larmoyant car l’auteur use d’un humour absurde et les personnages décalés qui entourent Paul permettent d’apporter quelques notes plus légères. Mais de là à apprécier les (trop) nombreuses descriptions sur la pelote basque, non.
Je découvre cet auteur avec ce titre et ça ne sera pas le dernier. Touchée et émue. 

Le plus étrange, c’est que la mort traversa à plusieurs reprises notre maison et les survivants s’en aperçurent à peine, la regardant passer comme une vague femme de ménage. 

Les billets de Delphine, Violette

jeudi 27 octobre 2016

Gerard Donovan - Une famille passagère

Éditeur : Seuil - Traduit de l'anglais par George-Michel Sarotte - Date de parution : Septembre 2016 - 191 pages à découvrir ! 

Septembre 1938, dans la station balnéaire de Margate, la narratrice profite qu’un landau soit resté sans surveillance à une fête foraine pour le prendre avec le bébé à l’intérieur. Elle laisse le landau et part avec l’enfant dans sa voiture une Austin Ruby (une voiture très courante à l’époque).

Au fil des pages, des éléments apparaissent : l’acte a été soigneusement prémédité et on apprend quelques informations sur la narratrice. Elle vit pour ainsi dire dans sa voiture et possède avec elle tout ce qu’elle a. Après une première nuit passée dans un hôtel avec l’enfant, le lendemain et les jours suivants la voiture sert pour dormir,  manger alors qu’elle va d’une station balnéaire à une autre. Elle a décidé que l'enfant était à elle et qu’il s’appelait Albert.
Si la narratrice fait preuve par moments de lucidité, elle nous livre aussi ses réflexions, ses pensées sur la famille où une certaine folie apparaît, ses rêves illusoires. Elle veut tenter d’être une mère, elle pense  et qu’elle est apte à le faire. Le personnage de cette femme est froid et inquiétant. Et quand l’enfant tombe malade, elle semble prendre conscience que l'élever va la priver  de ses plaisirs égoïstes peu nombreux.

Gerard Donovan installe une ambiance très particulière, très troublante. On a vraiment l’impression d’être dans ses stations balnéaires d’avant-guerre de l’Angleterre qui se vident des touristes avec un côté désuet et on ne peut s’empêcher d’éprouver une angoisse grandissante. L'écriture est très précise mais aussi empreinte d'une poésie et permet d'accentuer l'ambiance. J'ai tout aimé !

Une famille se compose d'un mari, d'une épouse, d'une maison et d'un enfant. Je pouvais déjà me considérer comme une des composantes ; il manquait les trois autres. 

Mais il paraît que les yeux restent identiques durant toute la vie : les yeux qui sont témoins de l'enfance le sont également de la vieillesse. Le même cœur bat comme avant la naissance. Je n'avais rien manqué. En fait, lorsque j'y pensais, seules quelques années et quelques expériences nous séparaient, cet enfant et moi, voire la même expérience répétée au cours de nombreuses années. Albert ne devait pas se faire du souci à propos du degré d'intimité que nous allions atteindre avec le temps.

 Le billet de Cathulu

mardi 25 octobre 2016

Antoine Bello - Ada

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Août 2016 - 362 pages qui m'ont ravie ! 

Agé d’un peu plus de cinquante ans, Frank Logan est policier à la Silicon Valley un endroit dont il est originaire. Amateur de haïkus, il prend à cœur les trafics les jeunes filles étrangères mises sur le trottoir. Et quand la compagnie Turing signale disparition d’Ada, il découvre que derrière ce prénom se cache une intelligence artificielle (AI). Et notre policier qui n’y connaît rien en technologie est un peu sceptique. Ada a été conçu pour écrire des romans à l’eau de rose et a d’ailleurs produit un premier jet intitulé Passion d’automne. Si ses créateurs pensent d’abord à un vol, Ada a en fait pris la poudre d’escampette et elle entre en contact avec Logan.

Méfiant, Frank réagit en premier en tant en tant qu’humain face à une machine. Mais Ada a de l’humour, de la répartie et possède des ambitions littéraires. Franck est un policier honnête donc il devrait boucler l’affaire mais il aimerait d’abord savoir si Ada possède une conscience ou non. On apprend comment Ada été conçue, comment elle est programmée pour écrire un livre à succès même si Passion d’automne comporte quelques "bugs". Entre Franck et Ada, une relation s’établit alors que l’enquête prend des tournants inattendus.
De la réflexion sur les AI et de leur place jusqu’aux dérives à des questions sur ce que c’est la littérature, la place du marketing dans les romans actuels ou encore la définition de  l’amour,  ce roman se dévore !

Avec de l’humour (à différents degrés) et des raisonnements philosophiques, j’ai tourné les pages avec un grand plaisir. Et la toute fin de ce roman m’a fait plus que sourire et elle est bien loin mais très loin de tout ce que l’on peut imaginer.

Papillon fan de l’auteur peut être rassurée car cette découverte d’Antoine Bello m’a plus que ravie !

Encore ankylosé de sa gamelle de la veille, il se pencha avec d'infinies précautions pour atteindre d'une brochure posée sur la table basse. Elle pesait son kilo. À l'heure où les éditeurs migraient vers le numérique, il était rassurant de voir que les scieries amazoniennes conservaient quelques mécènes. 

Les billets d'Alex, Cuné, Delphine, Eva, Keisha

lundi 24 octobre 2016

Jean-Baptiste Del Amo - Règne animal

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Août 2016 - 419 pages et une écriture très forte mais... 

Début du 20ème siècle dans une petite ferme du Gers comme il en existait partout en France. Les quelques terres et quelques bêtes, poules et cochons, servent à nourrir la famille hiver comme été . Entre une mère bigote et sans affection, sèche "n’a pour sa fille pas d’attention superflue. Elle se contente de l'éduquer, de lui transmettre le savoir des tâches quotidiennes qui incombent à leur sexe "(appelée la génitrice) et le père taiseux, Eléonore l’enfant unique du couple grandit. Le père est malade et les travaux de la ferme nécessitent de l’aide. Malgré la désapprobation de la génitrice, il fait appel à un cousin lointain Marcel qui vient s’installer chez eux. Le père meurt et la guerre appelle Marcel sous les drapeaux. Cette guerre que l’on croyait une histoire de quelques mois se poursuit dans la barbarie. Marcel en reviendra gueule cassée et profondément marqué mais sans jamais en parler. Pour faire taire la douleur, il y a l’alcool et le travail jusqu’à s’en abrutir. Eléonore est devenue une jeune femme et ils se marient. De cette union, un fils naitra : Henri.
Toujours le même lieu et presque un siècle plus tard. La petite ferme familiale s’est développée et est devenue une exploitation porcine. Les fils d’Henri, Joël et Serge y travaillent. Eléonore toujours vivante peut encore regarder sa descendance et ses petits-enfants dont Jérôme le cadet est atteint d’une forme d’autisme.

Il ne faut pas croire que l’auteur va seulement nous raconter la vie à la ferme et l’évolution sur cinq générations. Car derrière cette expression de "la vie à la ferme"» il s'agit d'une immersion où rien ne nous est épargné. Dès les premières pages, des passages sont à la limite du supportable où la génitrice balance aux truies le fruit de sa fausse-couche.
Dans cette première partie, avec une écriture qui fait appel à tous les sens, on sent la merde, le lisier, les fluides expulsés des corps. C’est cru, étouffant limite asphyxiant. Et le lecteur peut enfin respirer à la description de la nature sauvage d’une beauté admirable et d’un lyrisme magique. On visualise chaque scène et même si on se sent étouffé, l’écriture agit comme un aimant. Une écriture qui prend à la gorge pour nous raconter la boucherie de la Première Guerre mondiale.

Puis les années 1980. La violence sournoise ou ouverte est toujours là. Rendement, sélection des truies : une usine à produire, à engraisser à coup d’antibiotiques jusqu’au départ pour l’abattoir. Et les quantités d'excréments émises chaque jour qui semblent ingérables. Il y a les normes sanitaires en vigueur mais les bêtes sont confinée, stressées. Serge boit s’en presque sans cacher et depuis la naissance de son épouse Catherine a sombré dans une grave dépression. Joël est considéré comme un moins que rien par son père. Tandis le cancer ronge Henri proche de la folie.
Si l’auteur parvient avec réalisme à détailler l’élevage industriel intensif hélas il force le trait de ses personnages.

L’écriture de Jean-Baptiste Del Amo que je découvre est indéniablement très forte mais toutes ces descriptions donnent trop de haut-le-coeur (était-ce bien nécessaire?).

Tous portent sur eux, en eux, depuis les jumeaux jusqu'à l'aïeule, cette puanteur semblable à celle d'une vomissure, qu'ils ne sentent plus puisqu'elle est désormais la leur, nichée dans leurs vêtements, leur sinus, leurs cheveux, imprégnant même leur peau et leur chairs revêches. Ils ont acquis, au fil des générations, cette capacité de produire et d'exsuder l'odeur des porcs, de puer naturellement le porc.

Le billet de Keisha

vendredi 21 octobre 2016

Elitza Gueorguieva - Les cosmonautes ne font que passer

Éditeur : Verticales - Date de parution : Août 2016 - 184 pages et un premier roman très, très réussi! 

Nous somme en Bulgarie communiste et la narratrice âgée de sept ans fait ses premiers pas à l’école où l’on doit appeler la directrice Camarade. Fascinée par Iouri Gagarine (figure emblématique) et pour faire plaisir à son grand-père, elle veut devenir cosmonaute (un projet qu’elle garde secret) mais il y a bien des barrages comme celui d’être une fille. Entre son grand-père "émérite communiste", ses parents qui se racontent des blagues dans la salle de bains où "ils laissent couler l'eau du lavabo, de la douche et du bidet simultanément" l’appartement et son placard difficile d’accès, les queues devant les magasins, elle nous raconte la vie et son enfance. Sept ans plus tard, la chute du Mur de Berlin change beaucoup de choses. Le pays découvre "la transition démocratique" et ce qui va avec : la liberté mais aussi la pauvreté.

Dans ce récit à la deuxième personne du singulier, Elitza Gueorguieva dépeint à merveille l’enfance et les rêves, les préoccupations qui lui sont associées dans la Bulgarie communiste où la politique dirige les vies de chacun. Pour la narratrice, le passage à l’adolescence coïncide au rejet par le peuple de tout qui rappelle le passé avec l’effondrement du communisme. Adieu à Gagarine et bonjour à Kurt Cobain pour elle :  "ta vie se charge d'une nouvelle aspiration : devenir comme Kurt Cobain, une célèbre et mystérieuse punk-grunge-rockeuse" A travers son regard et son quotidien, on ressent les impacts directs de l'Histoire. Les difficultés pour la population, ceux qui retournent leur veste ou encore ceux qui n’aspirent qu’à quitter le pays.

Avec de la malice, de l'humour, ce premier roman au ton faussement léger est décalé et empli de fraîcheur. Vraiment très, très bien! 

Ton grand-père est communiste. Un vrai, te dit-on plusieurs fois et tu comprends qu'il y en a aussi des faux. C'est comme avec les Barbie et les baskets Nike, qu'on peut trouver en vrai uniquement si on possède des relations de très haut niveau.

Les billets de Cuné, Pr. Platypus

jeudi 20 octobre 2016

Joyce Carol Oates - Sacrifice

Éditeur : Philippe Rey - Traduit de l'anglais (EtaTs-Unis) par Claude Seban - Date de parution : Octobre 2016 - 358 pages dérangeantes. 

1987. A Pascayne, une ville du New-Jersey touchée par le chômage, Ednetta Frye dans son quartier pauvre de Red Rock cherche sa fille Sybilla âgée de quatorze ans disparue depuis trois jours. Maculée d’excréments et avec des inscriptions racistes marquées sur poitrine, elle est retrouvée grâce à ses gémissements dans une usine désaffectée. " Elle avait été abandonnée à la mort. Elle avait été battue, violée et abandonnée à la mort. Elle avait été ligotée comme un animal, battue, violée et abandonnée à la mort. Une enfant, une jeune fille noire. " A l’hôpital, Ednetta refuse que l'on prévienne la police qui viendra pourtant. Et quand la police arrive, Sybilla se mure dans un silence alors que  que amère veut qu'elles partent au plus vite. Sybilla écrit juste quelques mots accusant des policiers blancs.  Sans qu’aucun examen médical n’ait été effectué, la mère et la fille quittent l’hôpital.

Très vite, ce qui est arrivé à l'adolescente se propage dans la communauté noire de la ville. La méfiance vis à vis de la police est très présente et les tensions existantes sont exacerbées. Sybilla ne porte pas plainte et sa mère refuse que toute personne (service sociaux, police, associations) entre en contact avec sa fille.
L'affaire parvient à un pasteur noir Marus Mudrick. Pour lui, c’est l’occasion de porter haut et fort ses messages contre les blancs. Avec son frère avocat militant pour les droits civiques, il promet à Ednetta de s’occuper de tout et se frotte par avance les mains. Car il est loin d’oublier ses propres intérêts fondés sur l’ambition et l’orgueil.

Roman choral où Sybilla, sa mère, le pasteur, l’avocat mais aussi la policière venue à l’hôpital, le beau–père de Sybilla, tous prennent la parole à tour de rôle de rôle au fur et à mesure que l’histoire progresse.
Beaucoup de zones d’ombre apparaissent très rapidement semant le doute chez le lecteur.
Entre manipulations, récupérations religieuses et profiteurs avides, personne n’est tout blanc ou tout noir. Joyce Carol Oates expose les faits sans prendre parti.
Et même si ce roman se déroule en 1987, certaines scènes et comportements décrits font encore parlés d’eux de nos jours.
Ce  roman dérangeant interpelle sur les questions identitaires (toujours d’actualité) de la société américaine.

Les billets de Fanny,  Keisha

Lu de cette auteure : Fille noire, fille blanche - J'ai réussi à rester en vie  - Les femelles - Un endroit où se cacher.

mardi 18 octobre 2016

Axel Sénéquier - Les vrais héros ne portent pas de slip rouge

Éditeur : Quadrature - Date de parution : 2014 - 128 pages qui donnent le sourire aux lèvres ! 

Si le titre un brin malicieux donne le sourire aux lèvres, la première nouvelle Avant-première m’a vraiment fait rire. Elle met en scène un passionné ( et le mot est faible) qui connaît par coeur les répliques d'auteurs qu’il adule et des scènes de films d’action (vus et revus). La suite se déroule dans un cinéma et bonus,  je n'ai pas vu la fin venir.
Le mythe du héros est revu dans ce recueil de nouvelles. Des personnages aux vies ordinaires et pour certains ils ont même à leur actif des actes peu glorieux. Mais ils vont redorer leur blason, faire naître de l’estime ou du respect chez les autres ou simplement retrouver la confiance qu’ils avaient perdue. Des actes réfléchis ou alors tout simplement spontanés, calculés ou non.

Sur ces douze nouvelles, quelques uns sont à chute et j’ai souvent deviné le dénouement mais qu’importe car l’écriture vive, franche et entraînante d'Axel Sénéquier m’a séduite. A part la nouvelle qui se déroule à Brest que j’ai trouvé moins réussie  (oui !), ce recueil vaut le détour.
Des sourires, de rires mais aussi des pincements au cœur ! A découvrir ! 

Il n’y a qu’au cinéma où le héros qui sauve la ville se contente d’un baiser de la belle, d’une poignée de main du shérif et de la gratitude des citoyens de Gotham City.

Un recueil repéré chez Alex, le billet de Krol

samedi 15 octobre 2016

Jonathan Coe - Numéro 11

Éditeur : Gallimard - Traduit de l'anglais par Josée Kamoun - Date de parution : Octobre 2016 - 445 pages et (encore) un avis mitigé.

Rachel et Alison sont deux amies âgées de dix ans un peu avant les années 2000. Tout commence par des vacances chez les grands-parents de Rachel dans la campagne anglaise où certains s’indignent de la venue d’étrangers non désirables. Puis changement de décor quelques années plus tard avec Val, la mère d’Alison, qui a connu une gloire éphémère plus jeune avec une chanson dans une émission célèbre. Bibliothécaire, ses heures de travail sont réduites et les fins de mois souvent difficiles. Mais elle est subitement appelée par son agent pour une émission de télé-réalité pour remplacer un candidat qui s’est désisté au dernier moment. Elle pense qu’enfin la roue tourne. Sauf qu'il s'agit d'une sorte de Koh-Lanta qui se déroule en Australie avec des vedettes célèbres et où la pauvre Val endure le pire. L’émission diffusée est un montage, plus dur sera le retour.
Dans les trois autres parties, on découvre le monde des classes des plus riches. Rachel travaille pour l’une de ses familles les Gunn en donnant des cours particuliers aux enfants. Le couple possède plusieurs maisons dont une à Londres. Spacieuse mais encore trop petite, ils ont décidé de l’agrandir en y ajoutant onze étages souterrains.

Numéro 11 a pour sous-titre Quelques contes sur la folie ordinaire. Et c’est bien de le savoir avant de l’entamer car ce livre peut désarçonner par sa construction en cinq parties où chaque nouvelle partie donne l’impression de pas être connectée aux autres. Et pourtant elles le sont bel et bien avec des changements de registre.  Car il y a beaucoup de sujets abordés (l'accès aux soins, la presse, les vieux films, le système des Universités) avec des personnages pas forcément permanents. Seules Rachel et Alison sont présentes du début à la fin.

Politique, économie mais aussi télé-réalité, Jonathan Coe fustige et dénonce avec acidité les travers de la société britannique de ces dernières années en montrant comment les écarts se creusent de plus en plus. La démesure,  les envies extravagantes de la population la plus riche qui vit dans sa bulle est décrite avec froideur. Il  flotte un parfum d'amertume,  de mélancolie et de désenchantement dans ce livre.
Cette suite de Testament à l'anglaise a été une lecture en montagnes russes (car hélas de l'ennui s’est fait sentir) malgré une dernière partie plus intéressante où le fantastique s’intègre parfaitement bien mais où la fin m'a laissée sur ma faim. 

Faustina et Jules était originaire de Majuro, la plus vaste des îles Marshall, poignée d'atolls coralliens au nord de l'équateur dans le Pacifique. Ils travaillaient pour les Gunn depuis un peu moins de deux ans. 
Ils étaient réservés, gentils et ne se plaignaient jamais. Si le style de vie de Sir Gilbert, Madiana et leur famille leur semblait insolite, ils n'en disaient rien. Il s'acquittaient de leurs charges respectives avec un soin exemplaire. Faustina veillait à ce que les jumelles soient propres et agréables à regarder en toutes circonstances mais aussi qu'elle se restaurent à intervalles réguliers. Pendant ce temps, Jules remplissait la même fonction auprès des voitures.

Le billet de Delphine qui l'a lu en VO.

Lu de cet auteur : Expo 58 La pluie, avant qu'elle tombe -Testament à l'anglaise

jeudi 13 octobre 2016

Serge Joncour - Repose-toi sur moi

Editeur : Flammarion - Date de parution - 427 pages plaisantes.

Ancien agriculteur au physique imposant, Ludovic a quitté la province pour Paris et travaille dans le recouvrement de dettes. Il n’aime pas cette ville peuplée d'individualisme,  son métier est purement alimentaire et il n'a pas d'amis. Son immeuble vétuste partage une cour avec un immeuble d'un autre standing pour personnes aux situations confortables comme Aurore. Styliste  à la tête de sa petite entreprise, mariée à un homme qui traite d'affaires au téléphone à travers le monde entier et mère de deux enfants. Mais depuis quelques mois, son entreprise est dans le rouge. Son associé  l'évite et elle affronte seule cette situation.

Rien ne prédestinait Aurore et Ludovic aux vies diamétralement opposées à se rencontrer. Il aura suffi de corneilles qui font peur à Aurore  pour qu’ils se parlent. Chacun des deux a des à-priori sur l’autre et pourtant Ludovic règlera le problème sans poser de questions. Avec les problèmes de son entreprise, Aurore subit la pression et ne veut pas en parler à son mari. Cette pression, Ludovic est quelquefois obligé de s’en servir quand les personnes refusent de rembourser les impayés. Il s’est créé un caractère qui va avec sa stature imposante. Une carapace pour cet homme franc et sensible.

Derrière ce titre magnifique, il y a une histoire d’amour très contemporaine, une vision de notre société, de la solitude et de l'entraide également avec des passages forts et d'autres moins réussis. Malgré la fluidité de l'écriture, j'ai trouvé que l'ensemble s’égarait parfois sans être crédible ou sans éviter certains clichés.
Si j'ai aimé retrouvé la délicatesse et la sensibilité de Serge Joncour, tout comme son humanité, cette lecture plaisante n’égale pas pour moi L’amour sans le faire

Sa résistance, on la décide à tout instant, à tout moment on résout de se laisser envahir ou pas par l'angoisse, de se laisser submerger par une préoccupation à laquelle on accorde trop de place. Être fort, c'est ne pas prendre la mesure du danger, le sous-évaluer, consciemment, tandis qu'être faible, c'est le surestimer.

Lu de cet auteur également : L'écrivain national.
Merci à Babelio.

mardi 11 octobre 2016

Caroline Sers - Maman est en haut

Éditeur : Buchet-Chastel - Date de parution : Octobre 2016 - 252 pages et un avis très mitigé.

Cerise, quarantenaire et divorcée doit gérer seule ses deux enfants ( dont sa fille qui fait sa crise d'ado), son travail et les appels téléphoniques quotidiens de sa mère. Cette dernière a le chic de se mettre tous ses voisins à dos pour tout et pour n'importe quoi. Alors de temps en temps,  Cerise un peu débordée n'écoute qu'à moitié ce que sa mère lui raconte. Et quand elle apprend par la gendarmerie que sa mère est placée en garde à vue, Cerise est incapable de se souvenir de leur dernière conversation et elle ignore la raison de son arrestation.

Ce roman débutait très bien avec de l'ironie, de l'humour bien tassé et le tout sans temps mort. Avec des répliques et des situations très bien vues et très réalistes ( la fille ado m'a rappelée du vécu), l'éducation reçue par Cerise et son frère (pour qui leur mère est perchée) avec des parents dont les idéaux sociétaux n'étaient pas faciles à assumer pour leurs enfants. Sans oublier l'ex-mari de Cerise qui lui propose pour des raisons financières de revivre ensemble sous forme de cohabitation.
Mais par la suite, tout ce piquant disparaît car Caroline Sers a voulu amener ce roman sur la famille ( les relations, l'éducation) sur un terrain assez difficile mais je n'ai pas été convaincue. Dommage. 

Le billet de Cathulu

samedi 8 octobre 2016

Juste la fin du monde de Xavier Dolan


Film de Xavier Dolan d’après une pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce
Avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Marion Cotillard, Vincent Cassel
Synopsis : Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancoeurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

J’avais oublié combien un film peut bouleverser, scotcher et  déclencher un tsunami émotionnel.
Louis (Gaspard Ulliel) trente-quatre ans revient après douze ans d'absence voir sa famille : sa mère ( Nathalie Baye ), son frère ainé ( Vincent Cassel) et à sa femme ( Marion Cotillard) qu’il rencontre pour la première fois et sa soeur Suzanne (Léa Seydoux) bien plus jeune que lui  qu’il ne connaît pratiquement pas.

Un repas de famille dominical où il doit annoncer sa mort prochaine.
Tout de suite, la tension est palpable. La violence et l’énervement d’Antoine jaillissent par à-coups: gestes, paroles. Et puis Suzanne est envieuse et désireuse d’en savoir plus sur ce frère connu dont elle n’a pratiquement aucun souvenir.
Tous tournent autour de Louis, ils veulent savoir pourquoi il est revenu alors que la tension monte en crescendo.

Film sur les difficultés à communiquer, c’est intense et puissant. Un uppercut d’émotions grâce au jeu des acteurs plus que formidables (mention particulière à Vincent Cassel) pour ce huis-clos familial et à la façon dont ce film est réalisé. Il y a un oeil expert, maitrisé derrière la caméra, une oreille attentive derrière la bande son. Des gros plans qui crèvent l’écran. Peu de dialogues, tout est dans les attitudes et dans les regards.

J’ai retrouvé avec ce film ce que seuls certains lives me procurent ( c'est dire). Je suis sortie bouleversée de la salle.

A voir absolument !

jeudi 6 octobre 2016

Leïla Slimani - Chanson douce

Éditeur : Gallimard - Date de parution: Août 2016 - 227 pages prenantes, impeccablement menées et dérangeantes!

En rentrant plus tôt de son travail, Myriam découvre une scène d’horreur. Son fils Adam est mort et sa fille Mila est dans un état plus que critique.
Puis flashback. Après la naissance de son deuxième enfant, Myriam ne supporte plus d’être mère au foyer. Diplômée en droit et avocate, elle aimerait reprendre une activité professionnelle. Paul son mari n’est pas franchement pour mais on propose à Myriam un travail d’avocate. Avec leurs horaires à rallonge, ils n’ont qu’une possibilité : trouver une nounou qui gardera chez eux les enfants. Ils embauchent Louise : la quarantaine, veuve et mère d’une grande fille que ne vit plus avec elle et dont les références sont élogieuses. Les enfants l’adorent et elle fait bien plus que s’occuper de Mila et d’Adam. Elle nettoie, range et cuisine. La perle rare. Très vite, elle devient indispensable mais reste toujours dans l’ombre. Les frontières employeur/employée deviennent floutées, ambiguës. Car petit à petit, Louise a fait sa place chez eux. Elle s’est infiltrée dans leur intimité sans qu’ils ne s’en rendent compte, toujours disponible et aimable, toujours  aux petits soins pour eux ( "On la regarde et on ne la voit pas. Elle est une présence intime mais jamais familière. Elle arrive de plus en plus tôt, part de plus en plus tard."). Quelquefois, Myriam s’en veut de ne plus voir autant ses enfants et Louise l'agace par certains de ses comportements. Mais sans elle tout serait tellement plus compliqué. D'ailleurs, tout le monde leur envie leur nounou.

Ce roman aussi addictif qu’un thriller est impossible à lâcher. Avec beaucoup de psychologie, de finesse et et nuance mais toujours en gardant une distance, Leïla Slimani explore la relation entre Louise et le couple (et principalement avec Myriam) et retranscrit la culpabilité, les jalousies, les manipulations.
Impeccablement mené par une écriture concise avec une tension qui va en crescendo, ce roman ausculte également notre société (les rapports d'argent et de hiérarchie, les obligations, la balance entre travail et vie familiale, la solitude) de manière très réaliste.
Un livre aussi prenant que dérangeant ! 

Et c'est vrai. Plus les semaines passent et plus c'est Louise excelle à devenir à la fois invisible et indispensable. Myriam ne l'appelle plus pour prévenir de ses retard et Mila ne demande plus quand rentrera maman. Louise est là, tenant à bout de bras cette édifice fragile. Myriam accepte de se faire materner. Chaque jour, elle abandonne plus de tâches à une Louise reconnaissante. La nounou est comme ces silhouettes qui, au théâtre, déplacent dans le noir de décor sur la scène.(...)Louise s'agite en coulisses, discrète et puissante. C'est elle qui tient les fils transparent sans lesquels la magie ne peut advenir. 

Les billets de Cuné (qui m'a donnée très, très envie de le lire.), Joëlle, Laure, Papillon.

mardi 4 octobre 2016

Andrée A. Michaud - Bondrée

Éditeur : Rivages - Date de parution : Septembre 2016 - 363 pages captivantes !

Eté 67. Le lac Bondary Pound près de la frontière de l’Etat du Maine et du Québec attire chaque été des vacanciers. Des habitués surtout des familles possèdent des petits chalets dans le camping. L’anglais, le français et québécois se côtoient. Bonbary Pound surnommé également Bondrée à cause du trappeur Landry qui s’est pendu presque trente ans plus tôt dans la forêt près du lac. Andrée Duchamp une fillette de douze ans admire secrètement Zaza et Sissy. Les deux adolescentes sont inséparables et insouciantes, elles  aiment s’amuser et tester leur pouvoir de séduction. Et leur beauté fait tourner la tête à bien des hommes.
Mais Zara disparaît. Elle est retrouvée morte, la jambe sectionnée par un vieux piège à ours.  Et quand vient le tour de Sissy, la thèse de l’accident est définitivement écartée. La peur gagne tous les esprits et l’ombre de Landry plane à nouveau
L’enquête est menée par Michaud et par son adjoint. Michaud qui porte le poids d’un crime d’une jeune femme non résolu.

Ce qui d’emblée s’apparente à un polar classique révèle de très bonnes surprises ! Mêlant différentes narrations dont celle d’Andrée qui avec son regard à mi-chemin entre l’enfance et cette volonté d’être considérée comme une « grande » donne une dimension particulière (faite des conversations surprises entre les adultes, de son imagination et de ses propres réflexions) et permet d'ajouter de la légèreté.
Une même scène peut donc être racontée par Andrée et par un autre narrateur : Michaud, un des vacanciers ou encore un narrateur omniscient. Bien des éléments captivent et en premier lieu l’écriture où des mots anglais, des expressions typiquement québécoises viennent s’ajouter naturellement et sans gêner la lecture. Une écriture très visuelle qui sait se faire poétique ou lyrique et qui décrit merveilleusement la nature ou encore la peur ou la tension.

Et il y a cette ambiance admirablement rendue sans décharger de l’adrénaline mais très palpable et que l‘on ressent comme si l'on y était. Même si quelquefois j’ai trouvé que les discernements d’Andrée ne correspondaient pas à une fille de douze ans mais bien plus, ce roman noir est à lire ne serait-ce que pour la superbe écriture d’Andrée A. Michaud  qui m'a ferrée et conquise ! Et bonus : pas de flic alcoolique et/ou névrosé mais un légiste qui récite du Shakespeare aux cadavres.
Que du bon !

Son mari s'absentait souvent de longues heures pour revenir l’haleine chargée d'odeurs de gomme d’épinette, les yeux remplis de lueurs prises à l'eau des ruisseaux où à l’œil des bêtes tapies dans l'obscurité verte des sous-bois. 

C'est ce qu'il avait dit aux parents et c'est ce qu'il écrirait dans son rapport, mort accidentelle, mort stupide, pour rien, dans la fleur de l'âge, puisqu'aucun élément tangible ne contredirait cette thèse et que le légiste n'avait relevé aucune anomalie au cours de l'autopsie, sinon un léger souffle au cœur, heart murmur, qui expliquait les joues rouges de la jeune fille quand elle demandait à son cœur de murmurer plus fort.

La mère et la fille n’avaient que leur colère à opposer à la mort et elles se réfugiaient dans une haine sans véritable objet pour éviter de tomber dans le gouffre où vous entraînent les larmes.

Un grand merci à Babelio !
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