jeudi 24 novembre 2016

Stewart O'Nan - Des anges dans la neige

Éditeur : Editions de L'Olivier - Traduit de l'anglais (États-Unis) par Suzanne V. Mayoux - Date de parution - Août 2016 (1ère parution : 1997) - 288 pages sensibles et attachantes. 

1974, Pennsylvanie, Snow Angels. Tandis qu’Arthur quatorze ans participe à une répétition de fanfare de l’école, un coup de feu déchire le silence. Annie Marchand séparée de son mari Glenn vient d’être tuée. Quinze plus tard, Arthur ne peut s’empêcher d’y repenser comme à chaque fois quand il vient voir sa mère. Annie était leur voisine mais aussi sa baby-sitter quand il était plus petit. Une autre époque où ses parents étaient heureux.

Arthur l’adolescent mal dans sa peau s’adonne à la fumette pour encaisser sa nouvelle vie : son père parti, la maison vendue alors qu'il connaît son premier grand amour.
Tout allait bien pour Annie et Glenn  jusqu'au jour où lui s'est retrouvé sans travail. La goutte d’eau pour elle fatiguée de son boulot de serveuse et de s’occuper de leur fille.  Glenn s'est  réfugié dans la religion et dans l'alcool pour s'échouer  un peu plus.  En vain. Tout comme il tente de reconstruire sa famille.

Indéniablement cet auteur possède ce talent à narrer ses vies ordinaires. Il sait attirer notre attention et nous entrer dans l’intimité de ses personnages qui nous semblent si proches. Des vies qui basculent, qui se déchirent décrites avec une humanité et une empathie qu’on a mal avec eux, que forcement on s’attache à eux.
Sans jamais verser dans le pathos ou dans un apitoiement quelconque, Steward O’Nan fait preuve de sensibilité et de justesse. 

Dans les bacs de la rentrée littéraire, il y avait bien deux livres de Steward O’Nan (l'autre étant Deniers feux sur Sunseet) mais ce roman paru en  août est en fait son premier roman.

Je n’aime pas retourner chez nous. Cela m’empêche de cultiver la nostalgie, qui est dans ma nature.

Lu du même auteur : Chanson pour l'absente - Emily - Les joueurs - Nos plus beaux souvenirs - Un mal qui répand la terreur

mercredi 23 novembre 2016

Helen Ellis - American housewife

Éditeur : La Martinière - Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Brissaud - Date de parution : Juin 2016 - 206 pages à ne pas bouder ! 

Elles sont américaines et habitent le quartier de. Les femmes au foyer décrites par Helen Ellis dans ces douze nouvelles habitent le quartier l’Upper East Side à New-York ou alors un état du Sud. Elles sont jeunes ou plus âgées et font voler en éclat le vernis des apparences. Car le ton est ironique, un brin acide ou encore impolitiquement correct mais délicieusement piquant.

Des deux voisines qui se disputent par mails sur la décoration du palier à une auteure en mal d’inspiration sponsorisée par une marque de tampon et qui n’a pas bien lu le contrat avant de le signer ou encore la participante à un club de lecture, on découvre d’autre femmes bien différentes de celles enfermées dans des carcans (il ne faut pas se fier aux apparences et se rappeler que "derrière toute femme d’exception, il y a un peu de gras sur les fesses").

Sans temps mort, Helen Ellis plonge ses personnages dans le décalé voire l'absurde.
Ca dézingue au vitriol et j'aime ça.

Et que c’est bon de sourire en pensant que c’est vache mais bien vu !

Nous autres gens mariés, nous avons tous un petit rire d’époux. Un petit rire d’époux est un rire forcé que nous réservons aux moments où notre conjoint fait une gaffe que nous sommes censés trouver adorable.

Les billets de Cath, Cuné.

lundi 21 novembre 2016

Olivier Bordaçarre - Accidents

Éditeur : Phébus - Date de parution : Octobre 2016 - 204 pages et une déception.

Paris, Sergi vit dans l’appartement voisin de sa sœur Julia est artiste peinte et va bientôt exposer dans le quartier du Marais. Julia, psychanalyste reçoit ses patients à son bureau dans son appartement. Son mari Paul  est un homme au foyer et s'occupe de leurs filles. Quand Sergi aperçoit une femme à la chevelure rousse sortir de l’appartement de sa cœur, l'interdiction de sortir avec les patientes de se sœur tombe à l'eau. Il va tout faire faire la revoir. En parallèle, on suit Roxanne photographe défigurée au visage par un accident de voiture.

De cet auteur, j’avais lu et beaucoup aimé Dernier désir où la tension était implacable, un livre très addictif et très bien mené.
Ici, tout est sans aucune surprise (inutile d’avoir lu des tonnes de romans/policiers psychologiques pour établir les rapprochements et ce qui va se tramer). Autre bête noire : les personnages n’évitent pas les clichés. De plus, j'ai ressenti des moments un peu maladroits comme si l'auteur n'arrivait pas à établir un équilibre dans son livre entre les thèmes qu'il aborde.

Une déception pour ce livre reçu avec Babelio qui n'a pas su m'intéresser. Dommage.

lundi 14 novembre 2016

Harry Parker - Anatomie d'un soldat

Editeur: Bourgois - Traduit de l’anglais par Christine Lafferière - Date de parution : Août 2016 - 407 pages puissantes et touchantes !

Lors d’une mission dans un pays jamais nommé, le capitaine Tom Barnes pose le pied sur une mine artisanale. Gravement blessé et ayant perdu une jambe, il est rapatrié en Angleterre où les médecins sont obligés d’amputer son autre jambe.

Au lieu de passer par un récit classique, l’auteur  fait parler des objets. Quarante-cinq en tout "conçus pour assister, observer ou nuire" pour raconter l’histoire de ce soldat : le drame, la convalescence et la reconstruction. Sans suivre une linéarité et sans pour autant perdre le lecteur, à travers quarante-cinq chapitres, chaque objet (garrot, mine, sac à main de sa mère, une paire de baskets d’un jeune insurgé, gilet pare-balle, , prothèse, engrais ayant servi à la construction d’une mine) rend compte des comportements et des sentiments. Et on se prend des émotions en pleine figure ! La peur, la douleur, l'acceptation, les moments de doute l’espoir mais aussi de l’humour.
Raconté du point de vue des soldats mais aussi des insurgés et de la population, il n’y pas de vainqueur ou de héros. Juste des hommes.
Sans pathos, intense,  j’ai eu la gorge serrée d’émotions), ce livre est lumineux car c’est un homme qui au-delà des difficultés rencontrées ( physique, psychologiques) se reconstruit.

Un premier livre absolument maitrisé, réussi et puissant! Anatomie d'un soldat et pour moi la bonne surprise de cette rentrée littéraire. Un  roman qui sort des sentiers battus par son approche et par la qualité du style.  J'ai été plus que touchée !

L'auteur Harry Parker a perdu ses deux jambes en sautant sur une mine en 2009 en Afghanistan.

Il en mourrait d'envie : l'envie folle d'être de retour là où il était hors de danger, où il n'avait aucune responsabilité et n'était pas exercer à faire quoi que ce soit de tout cela. Là où il n'avait plus à mener quiconque de l'autre côté de la porte. Il regrettait d'avoir à le faire. C'était son moment intime de lâcheté, avant que la journée ne devienne réelle. Il a laissé cette lâcheté se répandre et en fut gêné, même si personne n'en saurait jamais rien.

- Vous, les gars, vous êtes tellement courageux. 
- Pas courageux, a dit Tom. J'ai seulement marché sur le mauvais bout de terrain. 

 Le billet de Jérôme

samedi 12 novembre 2016

Rencontres d'Eric Vuillard et de Laurent Mauvignier chez Dialogues

Dialogues nous concocte de belles rencontres au café de la librairie. Fin octobre, Eric Vuillard est venu parler de son nouveau livre 14 Juillet. Et la semaine dernière, c’était au tour de Laurent Mauvignier (auquel je suis fidèle) pour Continuer. J’avais enregistré les questions-réponses mais damned mon portable a eu un petit souci… Donc je vais retranscrire de mémoire et brièvement ces deux rencontres.

Ecrivain et cinéaste, Eric Vuillard dans son nouveau livre s’intéresse au 14 juillet du point de vue de la foule. Il a beaucoup lu sur le sujet et il s’est intéressé à cette émeute populaire sans chef et victorieuse (chose peu fréquente dans l’Histoire). Pour lui, citer les noms (il s’est plongé dans les archives) des gens du peuple était important car ce sont des noms de famille de gens ordinaires.
Eric Vuillard est passionnant et passionné !

Eric Vuillard


Laurent Mauvignier dans son précédent livre Autour du monde parlait du voyage et de la mondialisation. Il avait envie de renouer avec des personnages sur un temps plus long. Ici, le voyage dure plus de trois mois et l’introspection, le paysage sont présents. Ecrire une histoire entre deux générations lui tenait à cœur.  Il n’est jamais allé au Kirghizistan (il s’est renseigné sur ce pays) et pour lui ce qui compte c’est que le lecteur ait le sentiment d’y être. Ce qui l‘intéresse, c’est de parler de l’intimité de ses personnages. Les moments d écriture (principalement la nuit) sont aussi des moments où il n ‘écrit pas et où il accueille les personnages, les situations, les émotions. Pour lui, ce sont les images qui font les personnages (il a visualisé le personnage de Sybille dans son peignoir). Il dépose dans ses romans des situations anecdotiques vécues qu’il appelle ses petits cailloux.
Laurent Mauvignier est un auteur très accessible dont on sent la sensibilité et l'envie d'explorer l'humain.
Une rencontre remplie d'émotions !
Laurent Mauvignier


Merci Laurence, merci Dialogues!

vendredi 11 novembre 2016

Hugo Boris - Police

Editeur : Grasset- Date de parution : Août 2016 - 198 pages et un avis très, très mitigé. 

Trois policiers et une mission qui sort de l’ordinaire en fin de journée. Conduire au centre de rétention de Roissy un homme pour une expulsion du territoire. Dans la voiture, Virginie qui a repris du service après son congé maternité outrepasse ses fonctions et ouvre l’enveloppe contenant le dossier de l'homme. Elle lit que dans son pays le Tadjikistan, il a été torturé. Il est calme et ne dit rien assis à l’arrière. Ses deux autres collègues policiers Erik et Aristide sont plongés dans leurs pensées.

"Il n’y a pas marqué assistante sociale, ni avocate, ni infirmière. Il y a marqué police" sur son uniforme et pourtant Virginie doute de ce qu’ils font. A la rigueur mais la suite, ces trois policiers qui sont prêts à laisser partir cet homme : je n’y ai pas cru un seul instant. Certes, Hugo Boris dépeint parfaitement le quotidien de ces policiers.
La fatigue, le travail peu gratifiant qui colle à la peau où "l’on se prend de plein fouet, sans filtre, tous les problèmes dans lesquels se débat ce pauvre monde". En plus,  on  a l'impression d'être dans cette voiture de police, de ressentir l'atmosphère .
Pour moi, ce sont les seuls points positifs de ce livre. Et je trouve dommage que l'auteur n'ait pas développé le personnage du clandestin.

Le billet de Laure qui renvoie à plein d'autres liens.

Lu de cet auteur : Trois grands fauves

jeudi 10 novembre 2016

Nickolas Butler - Des hommes de peu de foi

Éditeur : Autrement - Traduit de l'anglais ( Etats-Unis) par Mireille Vignol - Date de paeution : Août 2016 - 532 pages sympathiques.

Eté 1962, Nelson treize ans, enfant solitaire,  passe une semaine dans un camp de scouts dans le nord du Wisconsin. Il devient très vite le souffre-douleur des autres scouts et des monteurs loin des valeurs inculqués (la loyauté, le courage, l’entraide). Mais être celui qui sonne du clairon et obtenir des insignes lui suffit car il est quelqu’un de foncièrement bon et d’honnête. 1996, Nelson dirige désormais le camp de Chippewa après avoir combattu au Vietnam. Et son ami Jonathan y emmène son fils Trevor âgé de seize ans. Jonathan veut que son fils qu’il trouve coincé et trop sérieux (il est amoureux au point de d’envisager l’avenir avec sa copine Rachel) profite de la vie. En compagnie de Nelson, il l'entraîne avant le début du camp  dans un club de tripteaseuses. 2019, Nelson est un homme âgé à la santé déclinant toujours responsable du camp. Il a dû céder sur certains points comme Internet pour ne pas mettre la clé sous le porte. Rachel la veuve de Trevor  passe la semaine avec son fils venu à contrecœur.

Ici, Nickolas Butler  ne fait pas l’apologie du scoutisme dans ce roman. Plus subtilement à travers trois générations, il revient sur les valeurs importantes à nos yeux que l’on veut transmettre à nos enfants. Il décrit des pères imparfaits (défaillants, cyniques ou misogynes, menteurs ou trompeurs) ayant été scouts dans leur jeunesse. Le camp lui-même n’est pas exempt de violence et les plus faibles sont persécutés par les plus forts. Nelson et Trevor sont deux personnages loyaux qui tous les s’engageront dans l’armée et y laisseront un lourd tribu comme si c'était la possibilité pour eux. Rachel le seul personnage féminin le plus développé m'a touchée (elle incarne parfaitement la mère seule qui élève son ado de fils du mieux qu'elle peut). Les questions qu’est-ce un bon père, un bon mari, un bon fils et un bon patriote sont abordées mais jamais sans que l’auteur ne fasse la morale et le tout avec une écriture fluide.

Un roman sympathique  plein d’humanité (seul petit bémol : quelques longueurs dans la première partie) avec un petit goût de nostalgie. 

Être un Eagle Scout c'est un peu comme un tambour-major de la fanfare du lycée ou délégué de promo. Totalement inutile.

Les billets d'Eva, HélèneJostein, Sandrine

Lu de cet auteur : Retour à Little Wing

mardi 8 novembre 2016

Catherine Cusset - L'autre qu'on adorait

Editeur : Gallimard - Date de parution : Août 2016 - 291 pages très touchantes.

A vingt-six ans Catherine Cusset rencontre Thomas l’ami de son frère de six ans son cadet. Leur relation durera quelques mois et elle laissera place à une amitié. En 2008, Thomas âgé de trente–neuf ans se suicide. Dans ce livre, l'auteure s’adresse à Thomas pour nous nous raconter qui il était. Etudiant en lettres, il rate le concours d’entrée à une grande école prestigieuse. Pourtant Thomas est intelligent, cultivé, affamé de musique (en particulier le jazz), cinéphile et passionné de Proust. Tant pis, à vingt-trois ans, il décide de construire son avenir aux Etats-Unis qui lui offre une place à Colombia et la possibilité de préparer une thèse sur son auteur favori.

Il découvre New-York, il aime s’amuser et sortir, profiter de la vie avec excès. C’est un séducteur, un homme qui plait aux femmes. Après Colombia, il postule dans d’autres universités renommées pour enseigner mais les meilleurs postes lui échappent. Des universités plus petites l’acceptent. Spécialiste de la littérature et du cinéma, il devrait publier ses recherches ce qu'il remet toujours à plus tard. Et quand  il veut s'y mettre,  une immense fatigue s'abat sur lui l'empêchant de faire quoi que ce soit. Des périodes durant lesquelles il coupe les ponts avec tout le monde et où il boit de trop. Il accumule les échecs professionnels et sentimentaux. Mais le Thomas aimant la vie reprend toujours le dessus. Il vient souvent en France et sa soeur le pousse à consulter. Ses changements d’humeur ont un nom : la bipolarité "C'est la maladie, pas toi, qui a ruiné ta carrière. Le découvrir est un soulagement". Mais Thomas finira par baisser les bras.

Catherine Cusset ne mélange pas ses sentiments et ses ressentis au récit (hormis dans l’épilogue). Et de cette façon, c’est Thomas qui est au centre de l’histoire. En choisissent le «"tu" dans la narration, elle montre son amitié affectueuse, sincère tout en restituant la densité et la fragilité de son ami.
Proust, la musique sont en filigrane dans ce livre sur la réussite sociale, sur cette maladie difficile à démasquer.  Catherine Cusset rend un bel hommage à son ami. J'ai été très touchée.

Echouer, il n'y a pas de verbe dont la multiplicité de sens soit plus approprié à ton cas : 1) ne pas réussir; 2) toucher le fond par accident et couler; 3) s'arrêter dans un endroit par hasard et sans l'avoir voulu. On pourrait même dire, pour citer Beckett ("Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaye encore. Essaie encore. Echoue encore. Echoue mieux) que tu échoues de mieux en mieux. 

Si tu aimes tant Proust, c'est pour son intuition fondamentale : la vie véritable est dans les fragments de temps qui échappent au temps. La fameuse madeleine n'est rien d'autre que la rencontre du présent et du passé qui permet de sortir de l'angoisse de la mort en n'étant ni dans le passé ni dans le présent mais entre les deux.

Les avis de Cuné, Joëlle, Livrogne

Lu de cet auteur : Un brillant avenir - Indigo 

lundi 7 novembre 2016

Dermot Bolger - Ensemble séparés

Éditeur : Joëlle Losfeld Editions - Traduit de l'anglais (Irlande) par Marie-Hélène Dumas - Date de parution : Août 2016 - 367 pages prenantes.

Nous sommes en 2007 dans une banlieue devenue très en vue de Dublin, Alice et Chris y habitent depuis longtemps dans une petite maison. Parce qu’Alice ne supporte plus d’y vivre, son mari tente d’acheter ailleurs mais les prix ne font que grimper car l’Irlande est à son tour gagnée par la frénésie spéculative de l’immobilier. Si Chris aime toujours sa femme, Alice s’est détachée de lui et s’est enfermée dans une bulle dépressive. Leur voisin Ronan propose à Chris de s’associer avec lui dans une affaire immobilière incluant les deux jardins mitoyens. Affaire qui selon lui permettrait à Chris de réaliser le rêve de sa femme et de sauver ainsi son couple.

Trois personnages et des tempéraments différents. Chris très influençable et assez crédule, Alice assez froide voire dure envers son mari et qui voit dans un changement de lieu la possibilité de tourner une page sur un drame dont elle responsable. Et enfin Ronan manipulateur aux dents longues, peu scrupuleux et avide d’argent, divorcé et remarié à une femme philippine plus jeune que lui. Chris va accepter l’offre d’association immobilière de Ronan mais un ouvrier clandestin employé illégalement (comme tous les autres) meurt sur le chantier.
S'étendant sur des tranches durant deux ans,  la fièvre de l’argent dans cette Irlande contemporaine et ses conséquences sont très bien décrites tout comme les conditions des immigrants et des immigrés, l’introspection du couple, le poids ou la place de la famille. J'ai trouvé très intéressant le personnage d’Alice : sa complexité, ce qu’elle a vécu (elle qui aura tenté de s’installer au Canada, fille unique qui a beaucoup sacrifié pour ses parents) et comment à cinquante ans elle regarde l’avenir.
L'auteur manie l’ironie, la causticité et n’est pas tendre avec ses personnages.
Malgré deux bémols (la naïveté de Chris a eu tendance à m’agacer et quelques longueurs), ce roman dont la construction fait la part belle à la psychologie est prenant ! 

Alice gardait de ses parents l'image ineffaçable d'une femme et d'un homme qui se tenaient la main, stoïques - elle allongée et lui ainsi assis-, attendant la mort aussi tranquillement qu'ils auraient attendu le bus 46A pour aller au Gaiety voir Maureen Potter.

Lu de cet auteur : Une seconde vie

vendredi 4 novembre 2016

Julia Heaberlin - Ainsi fleurit le mal

Éditeur : Presses de la Cité - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Cécile Leclere - Date de parution : Septembre 2016 - 558 pages et une déception.

A l’âge de seize ans,  Tessa a échappé de peu à un tueur. Les autres jeunes filles enlevées n’ont pas survécu. Le criminel les avait laissées dans une fosse avec des marguerites. Son témoignage à a conduit un jeune homme dans les couloirs de la mort. Vingt ans plus tard Tessa est une jeune femme et mère d’une ado. Mais un matin elle découvre dans son jardin des marguerites jaunes fraîchement plantées.

Les jeunes filles mortes hantent toujours Tessa par leurs voix. Alternant passé avec le choc traumatique (ses entretiens avec un psy) et présent où elle revient sur ses accusations, ce livre n’a pas su m’accrocher et me convaincre. Trop lent sans susciter une tension, des détails à foison sans intérêt ou sans importance pour l'intrigue et une écriture trop banale. Curieuse de connaitre le dénouement et parce que le sujet de la peine de mort est un des thèmes de ce thriller, j’ai poursuivi ma lecture. C’était une erreur. Déçue.

Le billet de Valérie

jeudi 3 novembre 2016

Alain Claude Sulzer - Post-scriptum

Éditeur : Jacqueline Chambon - Traduit de l'allemand par Johannes Honingmann - Date de parution : Septembre 2016 - 279 pages et une très découverte ! 

1933. Acteur autrichien connu en Allemagne, Lionel Kupfer presque cinquantenaire séjourne dans un hôtel alpin en Suisse en attendant de tourner sous peu dans un prochain film. Ce n’est pas la première fois qu’il y vient entre deux tournages. Le personnel est discret mais il peut mesurer l‘étendue de sa notoriété. Au bureau de poste du village, un jeune homme Walter espère le rencontrer car il l’admire. Dans ce luxueux hôtel, Lionel s’ennuie et attend des nouvelles de son amant Eduard.

Alors qu’ils sont de deux mondes opposés, Walter et Lionel vont faire connaissance et entamer une liaison. Walter porte à Lionel un amour sincère et démesuré mais la venue d'Eduard va tout bouleverser. Il est venu apporter une nouvelle à Lionel : le prochain film où il devait jouer se fera sans lui car il est juif. Lionel s‘exile aux Etats-Unis où son nom ne lui ouvre aucune porte.

Se déroulant sur plusieurs époques, ce roman possède indéniablement un charme élégant. La finesse de l’écriture (et donc l’excellente traduction nous immerge) par des focus dans la vie de Lionel mais également dans celle de Walter. C'est précis sans tomber dans les excès de détails et l'auteur dépeint à le panel des sentiments et des émotions  : l'amour, la jalousie, l'orgueil blessé tout comme la honte, la stupéfaction  (je pense par exemple à la mère de Walter qui découvre l'horreur des camps de concentration) ou encore la sensualité d'une voix. Et le titre prend tout sa signification dans les dernières pages.

A travers  ces destins, Alain Claude Sulzer dépeint l’homosexualité interdite, les différences de classe sociale. Une belle découverte ! 

Il jouait. Il jouait la comédie, comme s'il savait que la semaine allait un jour forcément atteindre les masses qui étaient à ses pieds comme au début. Il jouait comme s'il était filmé, comme si ce qui se déroulait ici obéissait aux instructions d'un scénario et d'un réalisateur invisible. Procéder à des changements, c'était du domaine du possible. Quand certains détails ne collaient pas, on modifiait les passages concernés. On rejouait la scène une deuxième, une troisième fois.(...) Jouer - simuler–redonnait à Kupfer le semblant d'assurance qu'il avait perdu l'espace d'un instant. une attitude assurée et des gestes assez réfléchis pour paraître naturel étaient indispensables. Un dernier geste à l'ancienne avant de sortir du plan, avant le nouveau départ incertain, le brouillard impénétrable. Dans le temps, il aurait glissé l'oeillet à sa boutonnière. Mais "dans le temps", c'était fini pour toujours. Le passé était contenu dans le geste qu'il avait omis de faire.

mardi 1 novembre 2016

Marie Darrieussecq - Etre ici est une splendeur

Éditeur :P.O.L. - Date de parution : Mars 2016 - 148 pages magnifiques ! 

J’ignorais tout de Paula Paula Modersohn-Becker avant ce livre que lui a consacré Marie Darrieussecq. Il s'agit d'une peintre allemande née en 1876 et qui mourut à l’âge de 31 ans suite à son premier accouchement compliqué.
Ce livre n’est pas une biographie classique "j’écris à mon tour cette histoire, qui n’est pas la vie vécue de Paule M. Becker mais ce que j’en perçois, un siècle après, une trace ». L'auteure nous fait découvrir le travail de l’artiste, elle nous transmet également son admiration pour cette femme qu’elle n’a pas connue et qui lui manque. Paula s'affranchit des oeillères dans un monde d’hommes et veut s’émanciper tout en étant partagée par l'envie d'un couple stable et son désir de liberté . Très proche de l’écrivain Rilke époux de son amie Clara, Paula aime Paris et elle y séjourne régulièrement  travaillant dans son atelier, elle est «"une bulle entre deux siècles ». Elle peint, vite , comme un éclat» et à travers sa correspondance et son journal intime, on la devine et on l’imagine. Elle renaît à travers les mots en tant que peintre et que femme.

Voulant être quelqu’un, passionnée et vivant intensément pour la peinture "Un seul but occupe mes pensées, consciemment et inconsciemment"."Oh, peindre, peindre, peindre" , elle fut la première peintre à réaliser des nues de femme et d’elle-même. Montrant ainsi les corps des femmes comme ils le sont sans le désir masculin ajouté.

Avec des réflexions portant sur les femmes, ce livre est vibrant de finesse et de sensibilité.
Magnifique ! 

Les femmes n'ont pas de nom. Elles ont un prénom. Leur nom est un prêt transitoire, un signe instable, leur éphémère. Elles trouvent d'autres repères. Leur affirmations au monde, leur "être là", leur création, leur signature, en sont déterminés. Elles s'inventent dans un monde d'hommes, par effraction.

Les billets d'AlexCath, Laure, MargotteSabine.

Lu de Marie Darrieussecq : Il faut beaucoup aimer les hommes
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