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mardi 1 novembre 2016

Marie Darrieussecq - Etre ici est une splendeur

Éditeur :P.O.L. - Date de parution : Mars 2016 - 148 pages magnifiques ! 

J’ignorais tout de Paula Paula Modersohn-Becker avant ce livre que lui a consacré Marie Darrieussecq. Il s'agit d'une peintre allemande née en 1876 et qui mourut à l’âge de 31 ans suite à son premier accouchement compliqué.
Ce livre n’est pas une biographie classique "j’écris à mon tour cette histoire, qui n’est pas la vie vécue de Paule M. Becker mais ce que j’en perçois, un siècle après, une trace ». L'auteure nous fait découvrir le travail de l’artiste, elle nous transmet également son admiration pour cette femme qu’elle n’a pas connue et qui lui manque. Paula s'affranchit des oeillères dans un monde d’hommes et veut s’émanciper tout en étant partagée par l'envie d'un couple stable et son désir de liberté . Très proche de l’écrivain Rilke époux de son amie Clara, Paula aime Paris et elle y séjourne régulièrement  travaillant dans son atelier, elle est «"une bulle entre deux siècles ». Elle peint, vite , comme un éclat» et à travers sa correspondance et son journal intime, on la devine et on l’imagine. Elle renaît à travers les mots en tant que peintre et que femme.

Voulant être quelqu’un, passionnée et vivant intensément pour la peinture "Un seul but occupe mes pensées, consciemment et inconsciemment"."Oh, peindre, peindre, peindre" , elle fut la première peintre à réaliser des nues de femme et d’elle-même. Montrant ainsi les corps des femmes comme ils le sont sans le désir masculin ajouté.

Avec des réflexions portant sur les femmes, ce livre est vibrant de finesse et de sensibilité.
Magnifique ! 

Les femmes n'ont pas de nom. Elles ont un prénom. Leur nom est un prêt transitoire, un signe instable, leur éphémère. Elles trouvent d'autres repères. Leur affirmations au monde, leur "être là", leur création, leur signature, en sont déterminés. Elles s'inventent dans un monde d'hommes, par effraction.

Les billets d'AlexCath, Laure, MargotteSabine.

Lu de Marie Darrieussecq : Il faut beaucoup aimer les hommes

mercredi 28 septembre 2016

Bérangère Lepetit - Un séjour en France, chronique d'une immersion

Éditeur : Plein Jour - Date de parution : Septembre 2015 - 155 pages  

Janvier 2015, Bérangère Lepetit a gommé de son CV son emploi de journaliste au journal "Le Parisien". Elle y a ajouté une formation quelconque. Le but ? S‘immerger dans le monde de l’agroalimentaire dans le Centre–Finistère. Elle s’inscrit dans une agence d’intérim et elle commence par deux jours à la chaine chez Monique Ranou à Quimper. Ce qu’elle veut c’est l’usine Doux à Châteaulin. En 2013, elle avait couvert les difficultés de l’industrie agroalimentaire dans cette région et elle veut se rendre compte par elle-même du travail à la chaîne. Pendant 4 semaines elle a travaillé à côté des employés de Doux l'entreprise qui exporte ses poulets à travers le monde.

Elle est affectée à l’atelier de conditionnement et travaille en deux-huit " le matin la semaine 1, de 5h30 à 13h00. L’après-midi la semaine 2, de 13h00 à 20h 40. Puis vice-versa." Elle met en carton des poulets (qui peuvent peser jusqu’à 1,6 kg) avec deux pauses ( le temps de boire un café et de grignoter un peu pour tenir). Un travail répétitif, pénible pour "un salaire de 9,61 euros horaire plus 1,068 de prime d’habillage-déshabillage". Là voilà ouvrière vêtue de sa blouse et sa charlotte bleue comme les autres, à pointer, à devoir toujours suivre la cadence. Un monde à part où les chefs sont repérables à la couleur du casque et dont le bureau est appelé "Guillotine". Le travail, le bruit, le froid, la salle de pause  des collègues qui vous donnent des conseils. Elle raconte cet univers où certaines travaillent là depuis plus de trente et attendent un jour la retraite : leur quotidien, la fatigue, l’impression de vivre enfermé dans ce travail, l’emploi précaire via l’intérim.
La venue d‘Emmanuel Macron à l’usine les fera travailler plus tard pour rattraper le retard engrangé. Pour les ouvriers et les ouvrières, le cortège des politiques signifie invariablement des journées à rallonge. Mais rien de plus sauf qu’il faut que tout soit plus que parfait dans l’usine.

J'ai aimé sa démarche  qui s'intéresse aux personnes  ( car d'habitude "ce n'est pas le travailleur qui intéresse le consommateur") et à cette région où j'ai grandi.
"Quand les médias nationaux parlent de la Bretagne, c'est souvent un teinté de folklore. Les pêcheurs en colère, les paysans en colère, les choux-fleurs sur les routes. Depuis les émeutes de 2005, les journaux se sont concentrés sur les problèmes des banlieues, les jeunes des cités, délaissant un peu les zones rurales ou périurbaines qui ont continué à vivre, à se développer dans une forme d'indifférence. À vieillir aussi."

Un témoignage avec beaucoup d'humanité  et sans condescendance pour ces ouvrières et ces ouvrières. Ce livre lève le voile sur ce monde souvent inconnu alors que "l’industrie agroalimentaire était (et est toujours) le premier secteur industriel national".

Je me suis souvent demandé ce que j'avais retenu de cette expérience. Je n'ai jamais eu beaucoup de certitudes mais j'en ai encore moins, maintenant. Les seules qui résistaient ont été durablement ébranlées. Je sais juste que je porte un regard différent sur les gens qui vont arrêter de voter, subissent leur travail et attendre la retraite avec impatience. Je les comprends. Je mange aussi beaucoup moins de poulet et de  jambon.

mardi 2 août 2016

Lydia Salvayre - BW

Éditeur : Points - Date de parution : 2012 - 206 pages sur un homme humain et passionné.

BW ce sont les initiales de Bernard Wallet le compagnon de Lydia Salvayre. Et comme Paysages avec palmiers m’a beaucoup marquée, j’avais envie d’en savoir plus sur Bernard Wallet car dans son récit sur Beyrouth, on devinait entre les lignes une grande sensibilité .
En 2008 à soixante-deux ans, BW a un grave problème aux yeux. S’en suit une opération pour le résoudre et une cécité temporaire. Ancien éditeur chez Verticales (maison d’édition qu’il a fondée) et passionné de lecture, Sylvia Salvayre a couché sur papier leurs échanges, lui a posé des questions alors qu’il était plongé dans le noir (dans les deux sens du terme).
"Excessif " , BW c’est également l’envie de partir collée au corps «"Toujours il dit Je pars, je me tire. ". De son enfance à Clermont-Ferrand et de sa première fugue à treize ans, de ses voyages complètement fous à des passages en prison, de l’escalade avec un culot monstre à ses excès, de sa sélection en course de fond pour les JO de Mexico auxquels il ne se rendra pas à la dernière minute, BW a eu plusieurs vies en une seule.

Entre ses coups de gueule et de belles déclarations d’amour à la littérature  (et comment il la conçoit) "Ce qu'il aime d'emblée dans un texte se situe dans ce que l'auteur tente de dire d'une expérience concrète du froid qui le transit, de la peur qu'il redoute, de la joie qui l’exalte, du chagrin qui le tue ou de la main brûlée qui écrit des phrases sur le feu. Ce qu'ils aime d'emblée c'est le halètement qui dans les mots imprime. Rien d'autre que ce halètement. Rien d'autre que la musique de ce halètement. Rien d'autre.",  on perçoit la complicité, les rires et l’amour qui l'unit à Lydia Salvayre.
Ses excès, ses défauts ("Je suis têtu. Têtu et rancunier. Je ne sais pas accorder mon pardon. Je m'emporte. (...).Je quitte par désespoir. Je punis par désespoir. Je suis injuste par désespoir") et  ses faiblesses : tout y est dit.
Si certains y verront un grincheux, mélancolique et seront dérangés par certains de ses propos (Bernard Wallet ne mâche pas ses mots), j'ai beaucoup (mais vraiment beaucoup) aimé le portait de cet homme imparfait qui "glisse  des coquelicots entres les pages de ses livres", anticonformiste, non lisse et passionné (au sens le plus profond : par les tripes, le cœur et l’âme). 

Car voilà, BW peut s'engager sur une passerelle branlante au-dessus d'un gouffre népalais, tandis que les trois mots injustes d'un médiocre, la volte-face d'un lâche, la morgue d'un idiot, un jugement méchant, un commérages, une indélicatesse, une sournoiserie, une imputation calomnieuse, le laissent anéanti. C'est là sa faiblesse.

Cruelle, violente, voluptueuse, vivifiante, raffinée, grinçante, raffinée, ravageuse, légère, légère, radieuse, délicate, ironique, la littérature nous secoue, elle nous fait mal, elle nous brûle, elle nous caresse, nous revigore, nous désespère, elle nous élève, dit BW hésitant, mais est-ce bien le mot ? en tout cas, elle nous rend à nos forces, à nos foudres, à nos failles, elle nous renvoie à nos dilemmes, à nos impasses, à nos enfers, et dans le même temps, nous en arrache et nous emporte bien au-dessus de nous.

samedi 9 juillet 2016

Bernard Wallet - Paysages avec palmiers

Éditeur : Tristram - Date de parution : Janvier 2016 ( 1ère parution : 1992) - 105 pages indélébiles.

Ne vous fiez pas au titre qui pourrait supposer un décor de vacances : soleil et mers bleues. La préface indique que ce texte est paru en 1984 dans une revue puis qu'il a été publié "dans sa forme définitive" une première fois chez Gallimard en 1992.
En 1976, Bernard Wellet était au Liban et plus exactement à Beyrouth.

Dès les premières lignes, on est plongé dans une ville où la guerre fait rage. Des images, des odeurs, des sons à fois témoignent en quelques lignes de l'horreur. Des scènes écrites non pas lorsqu'il était sur place mais après : "Je ne suis pas encore reparti de Beyrouth. Parfois, je me réveille la nuit au milieu d’atroces combats et je dois allumer ma lampe pour bien vérifier que je suis à Paris, rue Saint-Maur. J’écris pour quitter Beyrouth. J’écris pour que Beyrouth me quitte."
Beyrouth , ville qui l'obsède par ce qu'il y a vu, Beyrouth "sa maîtresse" , "Beyrouth qui lui manque".

De ce rapport obsédant avec cette ville, il n'oublie pas la mort omniprésente qui peut surgir : "Dans Beyrouth, la peur de la mort ne me quitte jamais. Mais c’est une peur qui m’emporte plus qu’elle ne me paralyse. Et il m’arrive parfois d’aller au-devant d’elle de crainte qu’elle ne me surprenne. Dans le dos."

 "J' écris ces souvenirs comme ils me viennent, sans ordre, sans logique" comme pour répondre au chaos de la destruction.Il nous fait part de l'atrocité d'une guerre sans pathos avec une écriture comme au couteau mais non dénuée de poésie.
Un texte qui n'a pas pris une ride, toujours d'actualité et qui donne des pages saisissantes et indélébiles.

Deux fillettes palestinienne ont été ruées par leur poupée. 
Le jouet était piégé. 

Liberté dans le meurtre.
Égalité dans le meurtre. 
Fraternité dans le meurtre. 


Beyrouth me manque 
Beyrouth est une tombe.

Merci à Arnaud (Dialogues) pour ce conseil de lecture.

lundi 20 juin 2016

H. J. Lim - Le son du silence

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Février 2016 - 182 pages d'humilité, de sagesse et de force.

H. J. Lim : ce nom m’était inconnue avant ce livre car je n’écoute pas de musique classique. Mais l’on peut avoir dans les oreilles Bashung, Miossec et de la bonne pop anglaise (comme dans mon cas) et aimer ce livre !
Cette jeune virtuose du piano a quitté son pays la Corée du Sud pour venir étudier en France à l’âge de douze ans. Loin de ses parents, de sa mère avec qui elle est très proche, ne parlant pas un seul mot de français, habitée par sa passion, son parcours n’est pas celui d’un tapis rouge qui se déroule à ses pieds.
Talentueuse, travailleuse, elle ne baisse jamais les bras que ce soit pour étudier une sonate contre l’avis d’un professeur la jugeant trop jeune, pour lever les barrages administratifs ou pour vivre dans un garage en banlieue parisien avec son piano.
Son parcours en France débute à Compiègne, puis à Rouen et enfin il y a Paris et son Conservatoire national de musique auquel elle est admise à seize ans et déclarée émancipée par le tribunal d’instance. Elle doit tout gérer : son travail, ses études et le quotidien d’une adulte.

Ce récit introspectif nous donne une autre vison de la musique " Qu’est ce que la musique ? N’est–elle pas une communication d’âme à âme ? Retrouver la musique dans son état originel, c’est ce que que je désire, que je cherche », « Jouer, ce n’est pas rendre à la perfection l’exactitude des notes. C’est beaucoup plus que cela. » car H. J. Lim veut jouer à sa façon avec son coeur et son âme. " L'exaltation que je ressentais alors à travers la musique, je ne savais pas la tenir, et là où je voyais une faiblesse, j'apprends au Conservatoire à en faire une force.Je ne crois pas à la retenue en musique. "
Mais il nous permet également de comprendre sa vision de la vie, de l’existence , sa soif de liberté, sa " sagesse intérieure " acquise avec principes bouddhistes. H. J. Lim rencontrera des personnes bienveillantes en France qui l’aideront mais sa force intérieure, sa maturité auront été primordiales.

Humilité, communication de l’âme et de la musique, ce livre est éclairé par la luminosité intérieure d’ H. J. Lim . Et c’est beau, très beau. 

La beauté est superficielle, elle ne dure pas. C’est une chose que je sais depuis longtemps. Que le corps n’est qu’un véhicule, et que l’on emporte rien dans la mort ; qu’il est plus intelligent et plus juste de cultiver et de nourrir cette beauté essentielle en soi, invisible et subtile.

Merci à Delphine (Dialogues) de m'avoir parlée de ce livre !

mercredi 1 juin 2016

Edouard Launet - Sorbonne plage

Éditeur : Stock - Date de parution : Mai 2015 - 213 pages très intéressantes !

Au début du XXème siècle, de nombreux scientifiques venaient en vacances dans les Côtes d’Armor dans un lieu appelé L’Arcouest pas très loin de Paimpol. C’est le poète Anatole Le Braz qui sans le vouloir fit de cet endroit un lieu de villégiature pour ces scientifiques parisiens. Ils y achetèrent ou construisirent des maisons secondaires avec vue sur la baie de Paimpol. Ils faisaient du bateau, s’amusaient. Marie Curie et ses filles puis  avec son gendre Frédéric Joliot-Curie (physicien  et mari d'Hélène),  Jean Perrin le physicien, Pierre Auger mais aussi des mathématiciens, des chimistes "Ce groupe de l'Arcouest, comme on le désigne communément, comptait aussi dans ses rangs estivaux des historiens, mathématiciens, artistes, hommes politiques. Ces personnes éminentes et leurs familles formaient en Bretagne une compagnie d'humanistes : tous se battaient pour la paix, la justice sociale, le progrès humain, la liberté."
Un phalanstère fermé idéaliste qui ne se mêle pas aux habitants et où il faut montrer patte blanche pour y entrer. Les enfants des uns se marient avec ceux des autres : une véritable tribu.
Le reste de l’année, ils sont à leurs travaux et sont politiquement de gauche.

Après les découvertes des époux Curie  concernant l’uranium , nous en sommes sommes à la fission de l'atome.
Et certains s'en inquiètent comme le physicien hongro-américain Leo Szilard. Mais la bombe atomique voit le jour puis on assiste à Hiroshima et Nagasaki en 1945.
En France, l’opinion publique se félicite (le journal "Le Monde" parle "d’une révolution scientifique") mais des voix s'élèvent  « Nous vous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie » écrit Albert Camus dans le quotidien "le Combat" le 8 aout 1945.
"En  Bretagne, le phalanstère accueille la nouvelle dans un mélange de consternation et d’excitation". Car on est un peu jaloux que les Américains aient continué les recherches entreprises initiées en France.
D'ailleurs, Frédéric Joliot écrit : "S'il faut admirer l'effort gigantesque de recherche et de de fabrication réalisé par les Américains, il n'en reste pas moins vrai que les premiers principes de réalisation ont été trouvés en France. Il constitue un appoint de première importance à cette nouvelle conquête de l'homme sur la nature".
Est-ce que la culpabilité surgit chez ces humanistes? On en doute.

A partir de photos, de témoignages, de journaux, Edouard Launet nous raconte cette histoire humaine, scientifique, intellectuelle et politique. Il s’invite dans le récit, pose des questions. Il n’a pas peur d’utiliser l’ironie et quand il parle de travaux sur les atomes, le lecteur n’est jamais noyé ou perdu. Il n’oublie pas les décès des pêcheurs et sait nous rendre toute la beauté de ce lieu des côtes d'Armor et de ces étés insouciants.
Un essai très bien mené et très intéressant ( on apprend plein d'éléments dont certains font froid dans le dos) !

"En 1903, Pierre Curie en recevant à Stockholm le prix Nobel de physique avec sa femme avait ensuite évoqué, hommage de circonstance, les puissants explosifs inventés par Alfred Nobel qui avaient « permis aux hommes de faire des travaux admirables», tout en prenant se souligner une nouvelle fois qu‘une telle invention était aussi « un moyen terrible de destruction entre les mains des peuples vers la guerre ». La conclusion de Pierre Curie fit malgré tout d’un bel optimisme, parce que ce n'était pas le moment d'injurier l'Académie royale des sciences de Suède : « Je suis de ceux qui pensent, avec Nobel, que l'Humanité tirera plus de bien que de mal des découvertes nouvelles ». 

Albert Camus dans le quotidien Le Combat : 
Que, dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d'aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d'idéalisme impénitent, ne songerait à s'en étonner. 


Merci à Delphine (Dialogues) de m'avoir parlée de ce livre.
Le billet de Miscellanées

vendredi 22 avril 2016

Gwénaëlle Aubry - Lazare mon amour

Éditeur : L'Iconoclaste - Date de parution : Janvier 2016 - 76 pages d'une beauté  aérienne 

Car je crois que Plath a été, dans les deux sens du terme, une survivante : pas seulement une qui est revenue d’entre les morts (lady Lazare) mais aussi une qui a vécu à l’excès. "
De la poétesse Sylvia Plath, je ne connaissais que les grandes lignes de sa vie comme sa mort voulue à l’âge de trente ans en 1963. Avec cet essai, Gwénaëlle Aubry non seulement nous permet d’en apprendre plus sur cet auteur mais également sur sa vie, sur son rapport à l’écriture et sa production littéraire.

D’emblée, on ressent combien Gwénaëlle Aubry a été touchée par Sylvia Plath, par la femme dans son rôle d’épouse, de mère, de fille. Toutes ces facettes ont influencé la poétesse pour qui «l’écriture est l’unique salut». Ce texte n’est pas une simple biographie, Gwénaëlle Aubry intercale des extraits des écrits (poèmes, journaux intimes, lettres) de Sylvia Plath, décrit des photos et les situent dans le vie de cette dernière. De sa première tentative de suicide à son mariage avec Ted Hughes, de la solitude à l‘amour qu’elle portait à ses enfants, des succès littéraires de son époux pendant qu’elle essuyait des refus ( « Mais elle offre à Ted l’argent qu’elle gagne, le temps qu’elle perd »), de l'infidélité de son mari à son envie de réussir à concilier son rôle de mère et d’auteur reconnu, la vie de Sylvia Plath est décrite avec un prisme de sensibilité sans égal même pour parler des nombreuses douleurs.  Sans être dupe, Sylvia Plath a écrit : « Je suis horrifiée de rejoindre l’expression du rêve américain dans mon désir d’avoir une maison et des enfants » et de prendre en modèle sa mère « et derrière lui en renfort, toute la cohorte-des-mères-épouses exemplaires, des douces-amères résignées". Dans ces années corsetées pour les femmes,  il fallait du courage et Sylvia Plath en avait.

L’inscrire dans notre époque « après tout, Sylvia Plath est notre contemporaine » et de chercher en elle « le point d’ajustement de l’écriture à la vie. Je ne veux pas la lire à travers sa mort (et donc pas non plus à travers le récit de sa vie). Je cherche à comprendre ce que, par l’écriture, elle a sauvé de la vie et ce qui, de l’écriture, l’a sauvée elle aussi» et à travers elle de retourner le miroir et nous le tendre : « c’est ce qui, de l‘écriture, peut perdre autant que sauver, peut perdre après avoir sauvé. Car écrire, si l’on en fait des livres, ce n’est pas se délivrer : c’est se livrer, pieds et poings liés."

Cet essai m’a donnée le sentiment d'avoir côtoyée Sylvia Plath. Et vous l’aurez compris, les émotions sont palpables.
Gwénaëlle Aubry signe ici un texte fort, d’une beauté aérienne et un très bel hommage à Sylvia Plath. Car il faut admirer et respecter quelqu’un pour en parler ainsi avec son cœur. Comme pour ne pas juger et retransmettre ses émotions avec pudeur et simplicité.

Lu de Gwénaëlle Aubry : Partages

jeudi 7 avril 2016

Maylis de Kerangal - Un chemin de tables

Éditeur : Seuil ( collection Raconter la vie)- Date de parution : Mars 2016 - 102 pages envoûtantes !

Maylis de Kerangal  nous raconte  le parcours atypique de Mauro. Titulaire d’un master de sciences économiques, il accumule des expériences dans les cuisines de différents restaurants en tant qu’autodidacte pour finalement passer un CAP. Le Jeune homme talentueux qui aimait préparer des plats à ses amis suit son instinct. Des horaires à rallonge à un savoir-faire acquis, il n’hésite pas à changer d’établissements. Maylis de Kerangal nous décrit à merveille les gestes, la précision, la rigueur, mais aussi les cadences effrénées, la fatigue, la dureté de cuisine qui exige « qu'on lui sacrifie tout, qu'on lui donne sa vie ». 
A vingt-quatre ans, Mauro ouvre son propre restaurant. Le succès est au rendez-vous. On le suit sur les marchés à la quête de bons produits, dans sa cuisine minuscule.Mais Mauro a faim d’autres expériences. Il part en Asie, y passe plusieurs mois, revient, accumule encore d’autres expériences. Insatiable, rigoureux et passionné.

Sans jamais perdre son lecteur, avec une écriture qui épouse le vocabulaire spécifique d'un métier ou qui détaille un procédé de cuisson, les gestes techniques, elle nous immerge au plus près de Mauro.
Un livre envoûtant ! 

"Ce qui se produit durant ces heures compactées, dans cet espace réduit, est toute la fois une improvisation d'une grande intensité, une expérience sensorielle de haute volée et une confrontation avec la matière - matière organique, vivante, ultra réactive."

Le billet de Cathulu

Lu de cet auteur : Corniche Kennedy - Naissance d'un pont - Réparer les vivants

dimanche 3 avril 2016

Nicolas Delesalle - Le goût du large

Éditeur : Préludes - Date de parution : Janvier 2016 - 320 pages marquantes et passionnantes !

L’auteur a embarqué comme passager sur un cargo et plus précisément un porte-conteneurs le MSC Cordoba durant neuf jours. Un cargo avec son équipage où chacun à un rôle, des tâches à accomplir. Un départ d’Anvers avec comme destination Istanbul. « Le Cordoba, c'est 275 mètres de long et ses 60 000 tonnes se sont glissées avec grâce dans une écluse à leur mesure. C'était la dernière étape avant l'océan, le silence et le vent. Plus de téléphone portable, plus d'Internet, plus de réseaux sociaux, plus de femme, plus d'enfant, plus de parent, plus de famille, plus d'ami, plus rien que l'horizon infini, le bourdonnement du moteur, la houle, les odeurs de graisse, de fioul et l'ennui. »

Un voyage où il se retrouve seul avec lui-même et la route maritime, les conteneurs font jaillir des souvenirs. Reporter, Nicolas Delesalle a parcouru le monde et couvert des conflits. L’Ukraine, la Syrie, l’Afghanistan, le Caire, le Sénégal et d’autres pays encore avec chacun son conflit mais aussi des rencontres et des surprises. Ce voyage sur le cargo lui permet de replonger dans ce qu’il a vécu  et vu et de le raconter avec du recul. Au fil des jours, les membres de l'équipage discutent avec lui  et racontent un de peu  de leur vie, de ces cargos qui les éloignent des leurs.
C’est criant de sincérité et d’humanité. On est à ses cotés à terre ou en mer, et on «vit» chaque situation : grave ou plus légère. Sans pathos avec souvent une pointe d'humour, il y ajoute ses propres réflexions.

Par la magie de la lecture, j’ai embarqué sur ce porte-conteneurs et j'ai rencontré des personnes plus que touchantes là où l'on ne s’y attend pas forcément.
Un livre passionnant et riche qui nous offre un autre regard sur le monde. Une lecture forte et marquante, j'ai frôlé le coup de coeur.

J'ai quitté le village avec l'impression d'avoir touché du doigt l'humanité la plus lointaine de nos canons, de nos carcans. Et puis, en songeant aux rires des gamins devant l'iPhone, aux hommes qui tuent le désespoir dans l'alcool, cette rencontre a pris la forme d'un miroir ou se réfléchissait de chaque côté du tain les mêmes enthousiastes, les mêmes angoisses, la même humanité.
 
Les billets de :  A propos de livresKathel, Laurie litNicole, Séverine

Lu de cet auteur : Un parfum d'herbe coupée

vendredi 25 mars 2016

Alexandra David-Néel - Voyage d'une Parisienne à Lhassa

Editeur : Pocket - Date de première parution : 1927 - 368 pages et un avis en demi-teinte.

En 1923, Alexandra David-Néel âgée de 55 ans entreprend à partir de la Chine un voyage  pour se rendre au Tibet et plus précisément à Lhassa. Accompagnée de son fils adoptif Yongden, elle choisit de se déguiser en mendiante (visage et mains barbouillés de suie, des confectionnées en poil de yak, cheveux noircis à l’encre de Chine) pour ne pas attirer l’attention car ses deux tentatives précédentes ont échoué.
Ils voyagent de nuit sur des chemins peu empruntés, évitent les lieux trop fréquentés et les pèlerins curieux en questions. Ils vivent de l’hospitalité ce qui donne lieu à de très nombreuses anecdotes. La neige, le froid, la faim : rien se semble les arrêter. Car Alexandra David-Néel, femme de caractère  et déterminée, veut réussir à tout prix.

Au bout d’un périple de huit mois soit plus de 3 000 km parcourus, ils arriveront en 1924 à la cité interdite Lhassa où ils séjourneront deux mois. Si ce récit comporte quelques belles réflexions très liées à la spiritualité bouddhiste et permet de se faire une idée du Tibet au début au XXe siècle, je dois dire que je suis restée sur ma faim.
Car il y a une certaine monotonie et Alexandra David-Néel ne détaille pas la fascination qu’exerce le Tibet sur elle par l'ensemble de ses facettes (spirituelle, culturelle).
Malgré des conditions plus que difficiles, Alexandra David-Néel est une aventurière, une pionnière qui a atteint son objectif.

Il n'est pas nécessaire de rouler sur l'or pour voyager et vive heureux sur la bien heureuse terre d'Asie. 

Malgré le froid qui me faisait frissonner, je demeurai longtemps dehors, errant à travers cette sauvage station estivale merveilleusement éclairée par une énorme et brillante pleine lune. Combien je me sentais heureuse d'être là, en route vers le mystère de ces cimes inexplorées, seule, enveloppée de silence, "savourant les délices de la solitude et du calme", comme dit un passage des Ecritures bouddhiques.

mercredi 9 mars 2016

Valérie Rodrigue - Rien ne résiste à Romica

Editeur : Plein Jour - Date de parution : Mars 2016 - 172 pages et une lecture nécessaire.  

Alors que  Romica faisait la manche au même endroit depuis quatre ans, Valérie Rodrigue a remarqué sa présence (car quelquefois, il faut un élément déclencheur pour «voir» que ce que l’on voit sans y prêter attention). La poussette avec l’enfant, les sacs en plastique (« C'est bien le signe d'une vie à la rue, les sacs en plastique») et ce besoin pour la journaliste d’aider cette jeune femme Rom enceinte.
Les Roms sont souvent diabolisés (des voleurs) dans les esprits quand ce n’est pas par les politiques eux-mêmes. En 2010, le président de la République lors de son discours de Grenoble parle  à la fois « des gens du voyage, de la délinquance et des Roms, comme si tout cela était indissociable ». Après ce discours, Valérie Rodrigue participe à l’aide aux devoirs des auprès des enfants roms  et s'implique auprès de Romica, jeune femme mariée très jeune contre son gré puis arrivée en France avec son mari. Ils vivent dans un bidonville sur un terrain boueux appelé le platz dans l'Essonne avec comme logement une cabane. La communauté y est rassemblée avec son chef auquel on paie un loyer.
Romica connaît les expulsions : ce n’est pas la première fois qu’il y a un arrêté préfectoral d’expulsion, les CRS puis les bennes. Alors il faut partir, trouver un autre endroit. Romica enceinte doit être suivie médicalement comme sa fille. Mais il faut lever des barrages et les appréhensions de Romica. Lui faire comprendre qu’elle a des droits, qu’elle peut espérer et vouloir plus d’un cabane car Romica rêve de travailler.

Valérie Rodrigue va devoir gagner la confiance de Romica, comprendre les règles des Roms (qui parfois freinent Romica), leur culture et leurs valeurs, tordre le cou aux préjugés que ce soit du côté des Roms ou de ses amies. Elle découvre la complexité, les aberrations de l’administration. Et des barrages, il y en a beaucoup mais ensemble, elles vont les lever : de l'Aide médicale d'état à la scolarisation des enfants, de l'obtention d'une formation à un emploi.

Ce récit d’une amitié et de l’intégration réussie de Romica est tout simplement formidable parce que Valérie Rodrigue peint une réalité sans chercher à l’embellir. L’auteur n’oublie pas de parler du travail des bénévoles, des réussites comme des échecs. Et puis, il y a des phrases qui font froid dans le dos, les Roms sont stigmatisés comme d’autres le furent à d’autres époques pour leurs origines avec les conséquences que l’on connaît. Une lecture plus que nécessaire à mes yeux !

Inutile d'être très perspicace pour deviner que les Roms des Balkans sont posés sur les routes par la nécessité, comme autrefois les Portugais ont fui leur pays, la dictature et la misère. Si les Roumains ou les Bulgares construire des abris sous nos axes autoroutiers, est-ce au non nom d'un mode de vie nomade ou d'une pauvreté extrême ? Qui quitte son pays, qui dort dehors par plaisir ?

Qui s'intéressait à Romica ? A toutes les Romica qui se battent pour s'en sortir, pour tirer leur famille, et leur communauté vers le haut ? La réussite, la volonté, le chemin parcouru, c'est moins sensationnel que le trafic de cuivre, de carburant, la prostitution, les vols à l'arraché ou les cambriolages.

vendredi 26 février 2016

Aymeric Patricot - Les vies enchantées - Enquête sur le bonheur

Editeur : Plein jour - Date de parution : Janvier 2016 - 224 pages à lire  !

Aymeric Patricot ne nous livre pas un (énième) livre de recettes, de philosophie, de modes de vie pour atteindre le bonheur. Car à la vaste question qu’est-ce que le bonheur, chacun a ses réponses. Et quoi de mieux que donner la parole à des anonymes aussi différents par leur style de vie et qui expliquent ce qu’est le bonheur pour eux. Mais avant l’auteur différencie six groupes : le bonheur par expansion, par dispersion, par opposition, par sublimation, par synthèse, par dilution.
De celle qui s’occupe de son jardin avec amour et s’y épanouit au dragueur insatiable amoureux de l’amour physique en passant par le poète, le réactionnaire  à une jeune fille dont la foi la rend heureuse mais aussi celui dont les billets de banque procurent une satisfaction sans nom.... Vous l’aurez compris, tous ces personnages si différents en quelques pages nous expliquent leur bonheur.

On peut être surpris ou trouver des fragments qui résonnent ou qui nous touchent, mais ce livre nous ouvre les yeux sur les autres et sur nous-mêmes. Il y a ceux qui ont changé de vie, d’autres pour qui le chemin était tout tracé, d’autres qui se remettent en question mais tous autant qu’ils sont par leur sincérité et leur témoignage ne nous laissent pas indifférents. Et forcement on se pose des questions sur notre façon de concevoir le bonheur. Au fil des personnages rencontrés, Aymeric Patricot dépeint des portraits d’écrivains célèbres comme Montaigne, Aragon, Beauvoir, Céline, Proust et Colette et leur rapport au bonheur ( un régal!).

Certains de ces anonymes puisent leur bonheur dans la mise en avance de soi ou dans le vice ou le cynisme. Ces personnes existent comme celles pour qui le bonheur personnel passe par celui de l’autre (en tant que personne humaine) ou par la liberté. Pour ces anonymes, le bonheur   prend différents aspects et est souvent au final non figé (car dans une vie beaucoup de choses peuvent changer).

C’est vivant, surprenant également et j’ai beaucoup aimé comment Aymeric Patricot de façon très subtile glisse quelques réflexions toujours très appropriées.
Hyper intéressant, cet essai joyeux et gai nous amène à nous interroger  sur nos bonheurs  et c'est très réussi ! A lire et à relire. 

L'humaniste
Quelque chose est toujours possible, d'autant plus si nous travaillons en groupe. Fort de cette foi dans l'œuvre commune des hommes, je cherche toujours à entrevoir chez autrui la part essentielle d'humanité, la part excellente avec laquelle échanger. 

Le maniaque 

L'effet est magique. Travaillant perpétuellement sur ma vie, je la connais :  je la trouve sous mon stylo, sous mon clavier, dans mes fichiers… Elle a cessé de m'angoisser pour me fasciner tout à fait. Je la dissèque comme un bel animal ressuscitant chaque jour  sous mon scalpel. Je ne ressens plus ni tristesse ni nostalgie. Les jours défilent et je m'en réjouis  : je m'approche d'une vision plus globalisante - et  donc presque parfaite- de ma propre vie.

Le poète
La réalité me pose problème. Je ne vous dirai rien sur l'histoire de ma famille car cela n'expliquerait pas le rapport très particulier que j'ai au monde, ou ça l'expliquerai mais sans restituer la nature exacte de ce que je ressens. Quoi qu'il en soit, à mes yeux, le quotidien ne va pas de soi.(...) Je n'en reviens toujours pas que l'homme puisse réduire son comportement, dans certaines circonstances qui ont tendance à se multiplier, à quelque chose d'aussi dépourvu de bienveillance. Nous jouons tellement de rôles ! Moi-même, je donne des cours pour acquérir un statut social. Je séduis beaucoup pour me prouver des choses à moi-même et montrer à tous comment je comprends les règles qui nous régissent et comme je peux réussir à les transcender – croyez-moi, je suis très lucide à cet égard. Mais ce qui m'a toujours peiné, c'est que la plupart des gens n'arrivent pas à marquer de distance par rapport à ces masques. Ils les prennent très au sérieux. Jamais d'ironie de leur part, jamais d'élan vers un autre domaine que la plus reproduction des codes, cette espèce de machine.(...) Alors la poésie c'est la grande échappatoire. Non pour fuir la réalité mais pour la trouver. Ce sont des élans travaillés pour produire le même effet sur le lecteur, c'est-à-dire la sensibilisation d'entrer en communication avec les courants essentiel de nos vies, la vie pleinement comprise et pleinement vécue. 

Le cynique
Chaque jour, je m'abandonne. Je me laisse aller à vivre et j'accepte le grand affaissement vers la mort. Que voulez-vous, je n'arrive pas à mentir. Je souffrirais de trop jouer le jeu. On me dit cynique, je me considère comme réaliste. Personne ne me croit lorsque je me déclare heureux; je suis profondément heureux, pourtant. (....) Ma pensée caustique est une cure de jouvence.

La paysagiste
Je n'ai jamais été déçue. Je pensais me divertir, les jardins sont entrés dans ma vie. Leur fanfare m' a fait oublier certaines déconvenues. Mieux, elle a pris la place d'autres passions.(...)Encore une fois, je ne m'oublie pas dans ce jardin : je grandis mon corps à ses dimensions et je les laisse entrer en moi. C'est un bonheur instinctif, comme privé de parole.

Lu de cet auteur : Les petits Blancs, un voyage dans la France d'en bas.

samedi 23 janvier 2016

Mary Dorsan - Le présent infini s'arrête

Editeur :P.O.L - Date de parution : Août 2015 - 720 pages qui bousculent. 

« À mes collègues, à nos patients et leur famille. C’est écrit parce que c’est notre histoire mêlée. C’est le récit de vies difficiles, méconnues, à la marge. Pour affirmer que vous existez. Que nous existons ensemble. Garder le silence était impossible. Vous dire ce livre aussi. » Ces quelques lignes sont la postface et quand on les lit, après avoir terminé ce livre, ces mots de Mary Dorsan prennent tout leur sens.
La narratrice est infirmière psychiatrique dans un appartement thérapeutique en banlieue parisienne qui accueille des adolescents. Certains y restent jour et nuit, d’autres n’y viennent que quelques jours par semaine ou moins. Une étape qui peut durer de plusieurs semaines à plusieurs années. Ils souffrent de troubles psychiatriques de problèmes familiaux, comportementaux et de l’attachement. A la marge de la société, de l’école, cet appartement thérapeutique est leur point d’ancrage avec une équipe médicale pour les aider, les écouter. L’équipe médicale doit gérer l’imprévisible, la violence physique et/ou verbale qui couve et qui peut éclater à tout moment. Les écouter, essayer de les faire parler et de dire ce qu’ils ressentent mais aussi les faire respecter les règles, les réconforter si nécessaire ou interdire, leur proposer des activités intérieures et extérieures (sorties au musée, à la mer), repérer les signes d’une crise qui va se produire et savoir y mettre fin.
Et nous lecteurs, on se retrouve immergés pendant une année comme dans un huis clos avec ces adolescents : Thierry, Jean-Marc, Roberto, Pablo, Hisham, Romuald et Aurélie. On découvre une violence inattendue ( comme Thierry qui tous les jours étale ses selles dans sa chambre, dans les sanitaires), des adolescents qui souffrent d’être rejetés par leur parents mais aussi des moments de calme. Mais rien n’est figé, une journée sans problème peut tourner en une soirée catastrophique. Et dans ce livre, Mary Dorsan ne s’intéresse pas qu’aux patients, elle inclue l’équipe médicale car « on ne peut pas parler que des patients sans parler des soignants». Des doutes, du ras-le-bol, de la peur, des liens (tendus par moments) entre collègues ou ce qui les lie mais aussi des sourires, une coordination obligatoire entre eux, l’appréhension pour certains de reprendre le travail après des vacances et comment la violence les affecte.  «J’écris pour une publication. Pour des lecteurs inconnus qui voudront bien se sentir touchés pour que quelque chose change. En eux. Dans leur regard. Leur cœur. La société.»

Mary Dorsan est un pseudonyme, la narratrice est l’auteure et donc infirmière psychiatrique. Elle réussit avec sobriété à nous décrire la complexité de son travail. Un premier livre puissant qui bouscule également, servi par une écriture qui touche au plus près des relations, d’une situation, des ressentis.

dimanche 3 janvier 2016

Abnousse Shalmani - Khomeiny, Sade et moi

Editeur : Grasset - Date de parution : 2014 - 331 pages engagées ! 

1983, Téhéran. Si Abnousse Shalmani n’est qu’une fillette de six ans, elle refuse de porter le voile et de couvrir son corps. Et elle court les fesses à l’air dans la cour de récréation. C’est son premier refus aux lois dictées par les « barbus » dans un pays où les femmes n’ont aucune liberté (et sont considérées comme des « objets dangereux »). Deux ans plus tard, sa famille réussit à quitter l’Iran et à s’installer à Paris.

Par ce qu’elle a vécu en Iran, elle qui croit si fort en la République et en la laïcité tombera de haut en voyant des femmes se voiler par choix. Son père lui a transmis son amour des livres et si elle lit d’abord Victor Hugo et Zola, elle découvre la littérature libertine puis Sade. Cet auteur est un choc, une révélation pour elle.

Dans ce livre autobiographique qui alterne des épisodes de 1983 jusqu’en 2013, avec fougue et sans manier la langue de bois, Abnousse Shalmani défend et revendique la liberté de toutes les femmes à travers le monde (qui va du droit d'aller à l'école à celui d'être traitée sur un même pied d’égalité que les hommes) en l'émaillant de réflexions et d'exemples.
Et même si je n’ai pas adhéré à tous ses propos  (la symbolique de la coupe de monde de foot remportée par la France par exemple) ce qu’elle écrit sur les religions et la place de la femme ( et de son corps) sonne juste et percute.  Les impacts  du 11 septembre ou encore la montée du Front national : Abnousse Shalmani  n'a pas froid aux yeux et signe un livre engagé  !

C'est l'ignorance qui fait monter la température des acariâtres, c'est l'ignorance qui est la matière première des barbus. L'ignorance qui est perte de repère, qui est danger, qui est assassin. L'ignorance qui n'est jamais qu'une excuse pour taper plus fort, pour tourner le dos à l'Autre, pour rester enfermé dans des certitudes faciles. (...) Que chacun a toujours la tentation de piocher dans son ignorance pour clamer sa vérité.

Les billets de Delphine, Keisha

jeudi 10 décembre 2015

Laure Murat - Relire

Editeur : Flammarion - Date de parution : Septembre 2015 - 304 pages ultra passionnantes ! 

Pourquoi relit-on ? A quoi s’apparente la relecture : « répétition, reprise, réinterprétation, redécouverte, refuge » ? Aiguise-t-elle le sens critique, y a t’il du re-plaisir ? Est-ce pour retrouver la personne que l’on était à la première lecture ? La relecture peut être « une opportunité unique pour prendre la mesure de l’écoulement du temps, de la vivacité et de l’obsolescence du souvenir » ou « relire, c’est élire, se créer son propre univers. On relit comme on se construit une personnalité, à l’aide d’identifications répétées, raison pour laquelle, entre autres, l’enfant pratique la relecture avec tant de passion ». Relire est-ce picorer dans un livre déjà lu ou alors le lire encore de la première à la dernière page ? Pour son enquête sur la relecture, Laure Murat a adressé un questionnaire à deux cent personnes qui baignent qui baignent dans le milieu : des auteurs, des traducteurs, des éditeurs, des comédiens, des universitaires, .... .
Dans un premier temps et à partir des réponses, Laure Murat nous livre sa synthèse. Entre autres, on apprend que Proust (à qui une question du questionnaire est consacrée) figure en haut du palmarès de l’auteur le plus relu suivi de Flaubert. Montaigne, Nietzsche et Wool se partagent la troisième position. Mais Laure Murat ne nous fournit pas que des noms, des chiffres et des proportions. Car elle donne les réponses complètes de son questionnaire de quelques uns des interviewés: Annie Ernaux, Céline Minard, Jean Echenoz, Agnès Desarthe et d’autres.
On entre dans l’intimité du rapport à la lecture et c’est un pur régal !

De l’enfance et des livres qui y sont associés, du parcours aux habitudes de lecteur, les interviewés ont souvent apporté des anecdotes et se sont prêtés au jeu des réponses avec franchise. Sans oublier de l’humour avec Philippe Forest ou Eric Chevillard qui à la question se relire répond : « Faire l’archéologie de soi-même ? ». Et une mention spéciale au traducteur Bernard Hoepffner qui m’a décomplexée car comme lui je n’ai jamais lu (et donc relu ) Proust.

Cet essai est ultra passionnant et enrichissant car relire englobe plusieurs facettes (et on peut se retrouver par « fragments » dans certaines des réponses).
Un essai à lire par tous ceux pour qui « La littérature, c’est vivre intensément » (que l’on soit relecteur ou non) !

Les billets de Cuné, Dominique, Keisha

mercredi 22 juillet 2015

Marie-Hélène Lafon - Traversée

Éditeur : Guérin - Date de parution : mars 2015 (date de première parution : 2013) - 48 pages qui m'ont touchée-coulée

Publié à l'initiative de la Fondation Facim à l'occasion des 13e rencontres en pays de Savoie dont Marie-Hélène Lafon était l'invitée d'honneur, ce court texte est un bijou. L'auteure y parle de la géographie de son pays si intimement lié à ceux qui le travaillent "comme une borne en terre le paysan est fiché dans le paysage et chevillé au pays, l'un l'autre se travaillent mutuellement au corps, entre tension et passion, vocation et résignation, patience et vaillance"."Le travail est un rapport au corps du pays et ses gestes habitent le paysage, l'animent de façon nécessaire parce qu'utile, ou inversement."
Fille de paysans d'une région où coule la rivière La Santoire, ses origines l'ont nourrie. Certains les bâillonnent, tentent de les oublier, chez Marie-Hélène Lafon elles sont présentes tout comme son pays dans chacun de ses livres : "L'immuable géographie de mes livres dessine un pays archaïque, un pays haut, pelu, bourru, violemment doux, ardemment rogue, perdu et retrouvé toujours, quitté et lancinant. Des hommes et des femmes, et quelques enfants, y vivent, y travaillent, ils habitent dans des maisons qui font corps autour d'eux, les bêtes sont nombreuses et vivaces, les apprivoisées et les autres."
Elle connaît la rivière, la vallée, chaque pré tout comme le travail de ses parents "Les enfants, dont je suis, participent à ces travaux, portent les outils, les piquets, le rouleau de fil et voit comment donner à la clôture la bonne tension. Aujourd'hui encore, cette métaphore du fil tendu et du piquet me vient naturellement quand il s'agit de dire le travail de la phrase, et le juste équilibre à trouver entre majuscule initiale et point final".
Son pays est incrusté sous sa peau, il coule dans ses veines et dans ses mots " Je sais seulement que la regardeuse d'enfance est devenue une travailleuse du verbe, assise à l'établi pour tout donner en noir et blanc sur les pages des livres". Son pays et Marie-Hélène Lafon sont indissociables.

L'humilité qui s'en dégage, la puissance et cette  simplicité si belle de ce qu'elle nous transmet avec amour et sincérité m'ont prises à la gorge.  Un texte qui m'a touchée-coulée.

Si j’osais, si j’osais vraiment, si j’avais moins de peur et davantage de force, on ne passerait pas par les histoires, le roman la nouvelle, on n’aurait pas besoin de ces détours et méandres charnus, on ne raconterait rien et le blanc monterait sur la page jusqu’à la noyer de silence. On ferait ça, on serait à l'os de l'étymologie, dans le poème des choses nues et réveillées, le vent, les arbres, le ciel, les nuages, la rivière, les odeurs, le feu, la nuit, les saisons. Il s’agirait de restituer un monde, de le donner à voir, mais aussi à entendre, écouter, deviner, humer, flairer, sentir, goûter, toucher, embrasser, à pleins bras, de toute sa peau, page à page pas à pas, comme on marche, et ma place serait là, enfoncée dans les pays et dans la rumination lente du verbe.

Le billet de Sabine  ( la tentatrice)
Lu de cette auteure : Joseph - L'annonce - Les pays

mercredi 15 juillet 2015

Wendy Holden - Naître et survivre

Éditeur : Presses de la Cité - Traduit de l'anglais ( Grande-Bretagne) par Karine Reignier-Guerre et Agathe Peltereau-Villeneuve Date de parution : Mai 2015 - 442 pages saisissantes. 

Priska, Rachel et Anka trois ont été déportées en 1944 à Auschiwtz. Ces jeunes femmes ne se connaissaient pas et chacune avait une vie, une famille en Tchéquie, en Pologne et en Slovaquie. Leur dénominateur commun est celui d'être enceinte quand elle arrivent à Auschiwtz pratiquement en même temps. Un camp de concentration où le docteur Joseph Mengele traquait les plus faibles mais aussi celles qui étaient enceintes à qui il réservait la mort. Mais les trois femmes sont passées à travers les mailles du filet et il faut se les imaginer (comme c'est décrit dans le livre) debout et devant répondre à la question posée en allemand "Etes-vous enceinte?"  avec sur elles les yeux inquisiteurs de Mengele (qui n'hésitait à pincer les tétons de certaines femmes pour déceler une grossesse). Elles ont su répondre non pour protéger la vie qu'elles portaient sans que le doute ne puisse s'installer. On pourrait croire qu'elles sont sauvées à cet instant mais Auschiwtz n'est qu'une étape de ce qu'elles vont endurer. Elles seront transférées à  l'usine d'armement de Freiberg où elles travaillent de douze à quatorze heures par jour. Réduites à être des esclaves et sous-alimentées.
La défaite pour les Allemands approche et  elles voyagent dans des wagons à bestiaux non couverts dans des conditions inimaginables durant seize jours pour arriver à Mauthausen. Priska et Rachel ont déjà accouché et Anka donnera la vie à Mauthausen. C'est la mort qui les attendait mais le destin a tourné  :  la chambre à gaz ne fonctionne plus. Le suicide d'Hitler sonne la débâcle et les soldats désertent Mauthausen où quelques jours plus tard la Croix-Rouge arrive puis enfin un escadron d'Américains.

Si certaines pages sont vraiment très dures jamais ce livre ne verse dans le pathos ou dans la surenchère de l'horreur. Extrêmement bien documenté dans les faits historiques, ce récit s'attache et demeure au plus près de ces femmes. Et après la libération, on ne les quitte pas. On découvre l'appréhension du retour qui fut loin d'être facile. Les trois enfants ont survécu et grandi, aimés par ces mères bien plus que courageuses.
Ce récit (enrichi de photos) fait mal, vraiment mal (l'humiliation, la souffrance, l'indifférence de certains civils) et puis il y a l'humanité de certaines personnes, incroyable et généreuse, qui fait également pleurer. Saisissant et très poignant.

Il n'y a pas de mots pour décrire ce dont nous étions témoins et la façon dont nous vivions (...). Parfois je me dis : " Comment as-tu pu t'en sortir?"

Les billets de Cuné (que je remercie), Sandrine

mardi 30 juin 2015

Philippe Rahmy - Béton armé

Éditeur : Folio - Date de parution : Mai 2015 - 181 pages hors normes et  fascinantes !

Dans la préface, Jean-Claude Rufin écrit ceci : " Peu de textes, en nous transportant aussi loin nous ramènent aussi profondément en nous-mêmes". Car si ce livre est un récit de voyage, il renferme beaucoup plus.
En 2011, Philippe Rahmy est invité en résidence d'écriture à Shanghai. Et c'est la première fois qu'il voyage, lui qui est atteint de la maladie des os de verre. Il nous livre ses impressions, des notes sur ce qu'il voit, la ville et les individus.
Shanghai la sirène lui dévoile ses multiples facettes. Philippe Rahmy se mélange à la foule pour être au plus près de la population et s'immerger dans cette ville. Et ce sont autant de situations, de scènes étonnantes, paradoxales dans différents lieux que son regard nous transmet. Mais ce livre va plus loin que de simples descriptions. De façon complètement naturelle, il revient aussi sur ce qu'il a vécu comme son enfance où sa mère lui faisait la lecture, son rapport à la littérature : "ces textes ne m'ont pas seulement ouvert l'esprit. Ils sont aussi devenus mon corps. Comment la littérature, toutes de nuances et de faux-fuyants qui ne nous aide pas à comprendre la vie, mais à en faire notre demeure, qui nous désoriente avec bonheur, multipliant les chemins des écoliers et les occasions de faire l'école buissonnière sur la ligne droite qui mène du berceau à la tombe, aurait-elle le pouvoir de commander la matière ? Je l'ignore. J'en ai fait l'expérience. Je m'en émerveille chaque jour". 

L'homme au corps fragile décrit sans tabou la ville. La beauté côtoie la fragilité, la modernité d'une ville grouillante presque insaisissable avec ses contradictions, sa violence, sa politique. Avec une écriture singulière, très belle, il met à nu la ville. Il nous transmet le pouls de cette ville, par ses réflexions, ses ressentis mais aussi également son autoportrait sans fard avec  intelligence et sincérité.
Un texte d'une puissance rare, un livre qui interpelle profondément et durablement !

Shanghai est le mensonge produit par la rencontre de deux force égales et opposées. Quand on s'élance au-devant la mégapole chinoise, il ne s'agit pas seulement d'un nouveau obstacles à surmonter, plus grand et plus parfait, comme le serait un Sphynx soudain dressé au bout de la piste d'atterrissage, qu'il suffirait d'amadouer par quelque belle phrase ; il s'agit d'abord d'un plaisir qui s'abat sur soi avec brutalité, (...) comme peut-être en éprouver le chasseur quand une bête sauvage jaillit de l'herbe haute devant lui. 

Jamais je n'ai vu se dessiner, comme ici, l'avenir du monde. Shanghai est le chemin le plus court entre hier et demain. 

Les besoins fondamentaux de l'homme, l'autonomie, la connaissance, le plaisir sont réduits à la consommation et au travail. 

Pour comprendre les vieux pays, il faut lire les textes. La Chine est un fossile sans mémoire. Tous les textes écrits avant la dynastie Qin (221–206 av. J.-C.) ont été brûlés. 

La littérature nous accorde un sursis. Ce qu’on écrit dépasse ce qu’on est. 

  
Shanghai et moi nous partageons bien un ancêtre commun. Je ne l'ai pas croisé dans les rues. Tout se passe comme si mon écriture l'avait traqué  jour après jour, triant ce que j'avais sous les yeux. Je comprends pourquoi il m'a été impossible de faire le récit objectif de ce séjour. Ce que je cherchais se trouve pour part dans cette ville et pour part à l'intérieur de moi.

Merci Arnaud pour ce conseil de lecture.

vendredi 26 juin 2015

Rosa Montero - La Folle du logis

Éditeur : Métailié - Traduit de l'espagnol par Bertille Hausberg - Date de parution : 2004 - 200 pages complètement géniales et qui donnent envie de lire encore plus !

Précipitez vous sur le livre si n'est pas encore fait ! Keisha m'en avait parlé à plusieurs reprises et je la remercie d'avoir insisté car cet essai est brillant, bourré de réflexions et passionnant !
L'auteure nous parle d'écriture, d'écrivains, de l'imagination et cite  Rimbaud, Truman Capote, Tolstoï, Stevenson et bien d'autres encore. Et par des exemples, elle nous raconte ce lien qu'ils entretiennent avec l'écriture, la notoriété pour certains et ce qu'il a pu en découler et comment ils travaillent. Au passage, elle remet les pendules à l'heure en éclairant la vie de certaines épouses d'écrivain notamment Mme Tolstoï, se rebiffe contre le fait que les livres n'ont pas le temps de vivre, décrie que le valeur d'un livre se mesure au nombre d'exemplaires vendus, et nous donne son opinion sur les écrivains dites féministes.
Et l'ensemble est fluide, très fluide, avec des exemples ou des contre-exemples car elle parle d'elle d'également.

Ah, malicieuse Rosa Montero qui nous raconte trois fois la même histoire : sa rencontre avec un acteur M. dans les années 70 et  chaque fois, la version diffère. Et la folle du logis c'est-à-dire l'imagination selon Sainte Thérèse d'Avila? Rosa Montero lui rend hommage car elle est la source de l'écriture et elle omniprésente dans nos vies.

J'ai souri, j'ai noté plein de livres cités et j'ai tout aimé ! Passionnant, enrichissant, ce livre devenu hérisson m'a procurée des étincelles de plaisir et de bonheur car cet essai est complètement génial ! 

Parler de littérature, c'est donc parler de la vie; de la nôtre et de celle des autres, de bonheur et de la douleur. Et c'est aussi parler d'amour car car la passion est la plus grande invention de nos vies inventées, l'ombre d'une nombre, le dormeur rêvant qu'il dort. Et, tout au fond, au-delà de nos fantasmagories et de nos délires, momentanément contenue par cette poignée de mots comme la digue de sable d'un enfant barre la route des vagues sur la plage, la Mort, si réelle, montre le bout de ses oreilles jaunes. 

La réalité est toujours ainsi : paradoxale, incomplète, débraillée.

Lire, c'est vivre une autre vie.

Les billets de Cuné, Dominique, Keisha, MiorMiss LéoPhilisine...

Lu de cette auteure : Belle et sombre -Instructions pour sauver le monde L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir

lundi 22 juin 2015

Tatiana de Rosnay - Manderley for ever

Éditeurs : Albin Michel - Héloïse d'Ormesson - Date de parution : Février 2015 - 457 pages au plus près de Daphné du Maurier. 

Avec son patronyme qui sonne français, Daphné du Maurier est une écrivain britannique qui connut la gloire et dont plusieurs romans furent portés à l'écran.
Née au début du XXème siècle , Daphné du Maurier a toujours baigné dans le milieu artistique avec une enfance privilégiée.
Fille d'un acteur de théâtre reconnu et petite-fille d'un écrivain, timide en société, garçon manqué ( elle s'invente un double masculin) , elle décide très jeune de devenir écrivain. Mais avant, elle va découvrir la France de son grand-père au cours de ses études dans un pensionnat. Cette belle adolescente s'éprend de la directrice et découvre les émois de l'amour. Son besoin viscéral d'écrire est toujours présent et ce sont  d'abord des nouvelles qui la feront connaître.
"Rebecca" sera son plus grand succès et surtout lui permettra d'accéder à la renommée internationale. Bien qu'attachée à sa liberté, elle se marie et devient mère de famille. Entre son mari très souvent absent et ses obligations, elle continue d'écrire en Cornouaille dans le manoir de Menabilly un lieu auquel elle très attachée . 
Souvent qualifiée par la presse d'écrivain romanesque, certains de ses romans seront très mal accueillis. Qu'importe, elle a appris à se forger une armure face aux critiques.

Ce livre va plus loin que la simple biographie. Tatiana de Rosnay creuse, détaille la genèse de chaque œuvre tout comme la vie de celle qu'elle admire. Ses joies mais aussi ses tourments. Et il y aurait beaucoup à dire sur ce livre tant la vie de cette écrivain fut riche sur la plan professionnel et personnel.
On est au plus près de Daphné du Maurier : de ses états d'âme, de sa détermination et de sa passion de l'écriture !

Je sais bien que nous sommes des enfants gâtées et que je ne devrais pas me plaindre, je devrais être heureuse d'être en famille, en vacances, mais il y a ce vide profond en moi et je ne sais comment le combler. Cette sensation reste en permanence, pourquoi ? Je ne puis rien dire aux autres, ils ne me comprennent pas, ils me trouvent d'une humeur changeante, fatigante, trop amère pour mon jeune âge. C'est quand même terrible d'être déjà lassée par la vie, non ?

Les billets d'Asphodèle, BladelorCuné, Eva, Karine:), Miss Alfie
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