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mardi 17 avril 2012

Robert Goolrick - Féroces

Éditeur : Pocket - Date de parution : Avril 2012 - 247 pages puissantes et douloureuses...

L’important est le paraître. C’est ainsi que les parents de Robert Goolrick tissaient leurs vies dans  les années 1950 en Virginie. L’argent manquait mais la mère de l’écrivain portait toujours des tenues élégantes pour les cocktails quotidiens. Les adultes discutaient, buvaient et les enfants assistaient à ce spectacle. 

Dans ce livre, l’écrivain revient sur cette parodie de famille qu’était la sienne. Un père professeur à l’université, la pauvreté dissimulée, l’alcool qui a rongé ses parents jusqu’à l’os et sa propre descente. Un non recevoir vertigineux de cette vie et une tentative de suicide à trente-cinq ans.  Des amours furtifs ou sincères mais sans issue et les blessures de l’enfance.  L’auteur écrit comme s’il était un regard extérieur pour révéler au fil des pages l’horreur. Arrive l’insoutenable, ce qui donne envie de vomir.
Aucun pathos dans cette lecture et  de l'humour pour tromper la souffrance. Des parents féroces sous leurs aspects trompeuses, la superficialité qui primait dans cette Amérique où tout n’était qu’apparence. De cette violence insidieuse vécue par le narrateur, la sienne en sera d'autant plus dévastatrice.
 
Ca fait très mal, c’est dur, violent  mais la  lucidité, la sincérité, se ressentent dans cette écriture impeccable.
Une lecture dont on ne sort pas indemne !

J'ai continué. J'ai fait semblant d'être un enfant. Je savais que je jouais la comédie, que je n'étais pas la personne que je montrais. Je bâtissais sans malice une fiction, afin de pouvoir apparaître tel que les autres enfants : poli, avenant et drôle. je savais que je n'étais rien de tout cela. Je sentais bien que je copiais ce visage souriant, que je n'étais qu'une imitation. J'étais un tricheur, une contrefaçon. 

mardi 10 avril 2012

Alexandre Romanès - Un peuple de promeneurs, histoires tziganes


Éditeur : Gallimard -Date de parution : Novembre 2011 - 116 pages et un vent de liberté ! 
 
Ce livre est constitué de réflexions sur la vie des tsiganes : fragments de conversations, anecdotes et pensées. Alexandre Romanès issu de la famille des gens du cirque fait preuve d’humilité et d’une humanité qui atteint les portes du cœur et  de l’esprit !  Sans chercher à donner des leçons ou à endosser l'habit du  philosophe,  il s'agit d'un homme qui invite simplement le lecteur à se poser, à écarter les œillères qui faussent le regard sur autrui. Un sentiment de liberté mêlé à une grande  sagesse se dégage de ce livre écrit avec l'humour, du piquant et  de la sincérité !

J'ai été beaucoup touchée car ce livre porte avant tout sur la différence. A lire, à savourer et  à méditer !

Une belle et grande famille du cirque.Ils peuvent dire qu'ils ont réussi quelque chose : tout le monde les déteste. 

Un journaliste : "Vous les gitans, vous êtes tous des voleurs."
"Vous les français, vous avez volé la moitié de l'Afrique. Curieusement, on ne dit jamais que vous êtes des voleurs".

Le seul compliment qui me fasse plaisir à propos de notre cirque : "Votre spectacle nous donne du courage".

Une lecture dans le cadre de la 10ème édition du prix des lecteurs du Télégramme.


dimanche 5 février 2012

Franck Magloire - Ouvrière


Éditeur : Points - Date de parution : janvier 2012 - 184 pages poignantes !


1972, Nicole cherche du travail pour offrir une vie décente à ses enfants. Elle se présente à l’usine et est  embauchée en tant qu’ouvrière. Ces trente années données à l’usine Moulinex jusqu’à sa fermeture, elle les raconte et son fils écrivain les écrit.

Dans ce livre, il s’agit de la voix de Nicole qui s’élève et quelquefois celle de son fils intervient. Dans les deux premières pages, il  y a cette timidité mêlée à de la pudeur. La peur de ne pas savoir dire et puis, elle se lance et raconte. Comment un matin de l’année 1972, elle a été à l’usine, a décliné son identité et a été embauchée. Un deuxième salaire pour offrir une vie meilleure à sa famille. A Caen, Moulinex fournit de l’emploi à ceux qui comme Nicole n’ont pas fait d’études. Etre ouvrière, c’est pointer à l’heure,  tenir une cadence de tant de pièces à l’heure, laisser sa vie au vestiaire et terminer sa journée fourbue.  Avec des mots simples et justes, Nicole Magloire raconte l’enthousiasme des premières années, les copines et la camaraderie à la pause, puis l’apparition de la main d’œuvre intérimaire, le changement,  le chômage technique et la fermeture de Moulinex en 2001. Portée par une écriture comme dans un souffle, il y a cette dignité du travail. Etre ouvrière n’entraine aucune reconnaissance, pire, quelquefois du mépris. Le corps usé, les articulations abimées par des gestes répétitifs se muent en cri de révolte quand l’ombre de la fermeture plane.  L’espoir que les politiques ne les abandonneront est présent. Pourtant, en 2001, le couperet tombe. Les grèves et  le combat pour conserver son emploi sont vains.  Seul demeure ce sentiment d’avoir été abandonné...

J’ai lu d’une traite ce témoignage poignant par sa sensibilité et par sa dureté. Avec une écriture juste, Franck Magloire rend hommage à sa mère et à toutes ces personnes. Ce livre n’a pas pris une ride car ces thèmes sont toujours d’actualité. 
A lire !

L'usine courbe les corps à l'envi, les soumet à de rythmes endiablés, mais tout en les pressant dans sa mécanique répétitive, elle démasque les visages, désamorce les peurs, elle n'est ni acceptation ni convenance, elle n'est pas politesse, et dans tous les cas, si elle peut parfois réduire au silence, elle ne parvient jamais à broyer les chairs complètement...

samedi 28 janvier 2012

Bertrand Guillot - Le métro est un sport collectif


Éditeur : Rue Fromentin - Date de parution : Janvier 2012 - 170 pages souterraines remplies de fraicheur !

Le métro est  invariablement associé à la cohue aux heures de pointe, aux gens qui ne sourient pas, à un individualisme souvent  flagrant,  aux retards ou aux perturbations. Mais c’est également un  lieu où les barrières sociales n’existent plus. Actif, touriste de passage, personnes qui font la manche... ces personnes se frôlent, cohabitent le temps de quelques minutes ou plus.

L'auteur a arpenté durant une année le métro  avec son carnet à la main.  Il nous livre des  chroniques de ce monde souterrain. Un monde à part où l’on subit la musique des baladeurs ou alors les conversations téléphoniques, la mauvaise humeur… Et puis, il y a des étincelles de plaisir, des regards échangés sans un mot ou des mercis sincères. Avec beaucoup d'humour, il nous transpose ces scènes avec ces personnages  et ce sont autant de portraits où l'on peut se reconnaître. Par exemple, quand je me rends à Paris,  j'ai les yeux fixés sur le plan de la ligne  de peur de rater mon arrêt ( mais pas en mode "je me cramponne à  mon sac de toutes mes forces" quand même…). Et puis, il y a ces pensées qui traversent l’esprit, ces remarques que l’on aimerait avoir le courage de dire mais que l’on tait. Bertrand Guillot les écrit avec franchise. Sans endosser un costume de robin des bois du métro qui aurait fait régner justice et politesse.  Si le ton se fait quelquefois léger, il n’en demeure pas moins que ce livre est un miroir de nous-mêmes…Car le métro est un théâtre qui se joue tous les jours à ciel fermé.

J’ai retrouvé avec plaisir le sens de d’observation de Bertrand Guillot que j’avais découvert dans b.a.–ba la vie sans savoir lire et cette capacité à s’interroger sur lui-même et les autres. Ce livre s’adresse à tout le monde et non pas qu’aux adeptes du métro parisien ! Pour preuve,  j’ai  vécu certaines situations relatées dans ce livre dans mes bus provinciaux. Cette lecture, si elle donne le sourire aux lèvres, nous pousse également à réviser nos comportements ou attitudes. A lire et à mettre en pratique!

Je repense à ce moment, je revois cette fossette, je me dis qu'elle n' a pas de chance, cette jolie comédienne. Il y a quelques années, tous les sourires du monde lui disaient qu'elle était jolie. Aujourd'hui, elle croit seulement qu'on vient de la reconnaître. Etre connu, on le sait, ça doit être pénible. Etre semi-connu, c'est peut-être pire.

samedi 14 janvier 2012

Jean-Louis Fournier - Veuf


Éditeur : Stock - Date de parution : octobre 2011 - 157 pages d'amour.

Jean-Louis Fournier nous parle de son épouse disparue. Avec le même humour que dans Où on va papa ?, la même sensibilité que dans Il a jamais tué personne, mon papa, il revient sur sa vie. Sa vie avec et désormais sans Sylvie. Humour irrévérencieux ou  tendre pour cacher la tristesse, désinvolture pour tenter de cacher le manque de l’autre. A travers des petite scénettes, des instantanés de vie, l’amour surgit à chaque phrase et est dans chaque mot! Sous son masque, la pudeur est  présente ainsi que l’émotion. Il se moque des clichés, des phrases entendues, des attitudes des uns mais se montre reconnaissant du comportement des autres. Le monde d’emploi du veuf ou de la veuve  n’existe pas et derrière les sourires, l’absence de Sylvie est palpable. Je me suis retrouvée les yeux mouillés d’émotions.   Avec une écriture minimaliste aux formulations dont on se délecte, il nous livre un beau et grand témoignage d’amour.  A son habitude, il rapporte les faits et ses impressions sans chercher à fausser les portraits, à mettre quiconque sur un piédestal.  Et toujours cette même modestie.
Jean-Louis Fournier est pour moi  un grand auteur d'une très grande sensibilité. Grâce à lui, j'ai appris à utiliser l'auto-dérision comme une arme et je lui dois beaucoup.

Merci Monsieur Jean-Louis Fournier et continuez d’écrire !

Elle a été ma cale, elle m’a empêché de tomber, je me suis tenu droit à ses côtés. Elle m’a décapé, elle m’a poli, elle m’a fait briller. En échange, je l’ai fait rire. Pleurer aussi.

Et nous aussi on peut se répéter : Tous les jours, et à tout point de vue, de vais mieux, de mieux en mieux. Tous les jours, et à tout point de vue, de vais mieux, de mieux en mieux. Tous les jours, et à tout point de vue, de vais mieux, de mieux en mieux... 

Les billets de Cathulu ( merci !), Choco, Lucie

samedi 3 décembre 2011

Ahmed Kalouaz - Une étoile aux cheveux noirs

Éditeur : Le Rouergue - Date de parution : Novembre 2011 - 108 pages magnifiques!

Un homme part de Brignogan en Bretagne sur la vieille mobylette de son père pour rejoindre le sud de la France. Un fils qui part revoir sa mère âgée de quatre-vingt quatre ans. Ce voyage est l’occasion de revenir sur ses souvenirs d’enfance brunie par les tâches du racisme, du poids de la différence de ses parents venus d’Algérie.

Dans avec tes mains, Ahmed Kalouaz nous parlait de son père. Ici, tout en pudeur et en délicatesse, il revient sur celle qui lui a donné la vie. Si les odeurs de miel nous chatouillent les narines, elles n’occultent en rien les difficultés d’intégration de ses parents dans la France des années 1950. Si le  pays  avait besoin des bras de son père, il rejetait  leur couleur de peau. Avec une écriture poétique, il  décrit les souffrances de cette mère. Bien qu'elle ne sache pas lire notre langue, elle ne se laissait pas pour autant marcher sur les pieds. Une femme fière d’avoir su élever dignement ses enfants  et qui s’est tournée vers la religion une fois devenue seule. Ce livre est dans la continuité d’Avec tes mains, l’amour pour la mère se trouve dans chaque mot, dans chaque phrase. Cet amour couplé au respect confère à ce livre une intensité rare teintée d’humilité. Merveilleux.

Tu as fait longtemps partie de cette communauté de femmes affublées de leur tablier blanc et qui ont enduré les lessives, debout devant les bassins d’eau froide, pour rincer encore et encore, subir cette litanie du linge, renoncer à votre beauté, à peine le temps de passer une main humide sur vos cheveux, un doigt mouillé sous vos yeux. Au labeur, comme si vous aviez été élevées pour remplir votre  temps de tâches ingrates, toujours à la recherche d’une occupation, d’un coup de balai machinal, d’un coup de chiffon sur la poussière imaginaire.

mercredi 30 novembre 2011

Annie Ernaux - Ecrire la vie

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Octobre 2011 - 1084 pages et un indispensable !

Non pas ma vie, ni sa vie, ni même une vie. La vie, avec ses contenus qui sont les mêmes pour tous mais que l’on éprouve de façon individuelle : le corps, l’éducation, l’appartenance et la condition sexuelles, la trajectoire sociale, l’existence des autres, la maladie, le deuil. Par-dessus tout, la vie telle que le temps et l’Histoire ne cessent de la changer, la détruite et la renouveler. Je n’ai pas cherché à m’écrire, à faire œuvre de ma vie : je me suis servie d’elle, des évènements, généralement ordinaires, qui l’ont traversé, des situations,  et des sentiments qu’il m’a été donné de connaître, comme d’une matière à explorer pour saisir et mettre au jour quelque chose de l’ordre d’une vérité sensible.

Ces phrases sont extraites de la préface ô combien magnifique où Annie Ernaux  présente cette anthologie qui regroupe les armoires vides, la honte, l’événement, la femme gelée, la place, journal du dehors, une femme, je ne suis pas sortie de ma nuit, passion simple, se perdre, l’occupation et les années.Si Ecrire la vie reprend une partie des livres de l'auteure déjà parus, il est  enrichi de photos personnelles et d’extraits du journal intime d’Annie Ernaux. 
Depuis l’âge de seize ans, elle n’a jamais cessé d’écrire. La fille de l’épicerie-café d’Yvetot en Normandie  devenue professeur  a toujours cherché par l’écriture à dénouer ses sentiments vis-à-vis de ses parents et principalement de sa mère. A travers sa vie,  il s’agit des chroniques sociales de notre pays et  de ses changements sur plus de quarante ans. Ses livres sont devenus une part de notre mémoire collective. Des écrits à portée universelle s'inscrivant dans notre patrimoine à tous  et qui reflètent toujours avec justesse les sentiments de cette femme. 

Alors qu’elle était  étudiante elle se fera avorter illégalement en 1963, mariée et mère de famille, elle divorcera et connaitra des aventures  purement charnelles. Elle s’occupera de sa mère atteinte d’Alzheimer, cette mère qui pouvait se montrer dure puis l’instant d’après débordante d’amour. Avec Journal du dehors écrit sur plusieurs années, elle observe :  Il ne s’agit pas d’un reportage, ni d’une quête de sociologie urbaine, mais d’une tentative d’atteindre la réalité d’une époque, - cette modernité dont une ville nouvelle donne le sentiment aigu sans qu’on puisse la définir - au travers d’une collection d’instantanés de la vie quotidienne collective. C’est, je crois , dans la façon de regarder aux caisse la contenu de son Caddie, dans les mots qu’on prononce pour demander un bifteck ou apprécier un tableau, que se lisent les désirs et les frustrations, les inégalités socioculturelles.

J’ai été bouleversée. J’ai pleuré, je le redis. De rage et  de honte.  Une génération me sépare de celle qui su décrire ce que j’ai pu ressentir à l’égard de mes parents  et  celle qui a retracé une partie de mon vécu. Si certains de ses livres sont pour  moi des boomerangs, l’ensemble est une œuvre à portée universelle, déchirante par la précision  de l’écriture. La condition des femmes à travers le parcours d’Annie Ernaux y est inscrite en filigrane.  Jamais  elle  ne s’est endormie sur ses lauriers ou ses acquis, sans cesse, elle continue d’explorer  son rapport à l’écriture. Admirable (et un indispensable pour la fan que je suis!).

samedi 29 octobre 2011

Sophie Fontanel - Grandir

Éditeur : Robert Laffont - Date de parution : 2010 - 145 pages débordantes d'amour sincère...

Pudeur, amour, délicatesse… ce sont les premiers mots qui me viennent à l’esprit après avoir terminé ce livre. En faisant mouche de finesse ou de jeux de mots, Sophie Fontanel parle de l’avancée en âge d’une mère et se glisse dans la peau de la grande fille. A plus de quatre-vingt ans,  les années ont tendance à s’accompagner  de tracas et de peurs :  besoin d’aide, perte d’autonomie, chute, fractures... Et, comme pour contrecarrer le poids des soucis,  l’amour omniprésent  bondit littéralement de chaque page ! Dans ce livre brossé en scénettes, l’auteure use de l’humour, de la tendresse et pose  un regard très juste  sur cette étape de la vie. Ou comment elle s’implique, aide et donne à sa mère de la quiétude. Un zoom sur  cette relation mère-fille avec des moments de complicité qui pétillent et qui comblent largement  les doutes que la fille ressent. Avec ce livre, Sophie Fontanel  légitime les interrogations lorsque les rôles sont inversés avec l'âge et j'applaudis!

Alors, voilà comment j’aime Sophie Fontanel. Au naturel, sans fard,  quand elle range  au  placard les paillettes et  laisse place à l’émotion sincère.  
J'ai été très touchée par cet hymne d'amour très beau et très pudique ! Avec une très nette préférence par rapport à  L'envie.

Maintenant, qu'elle oublie tant de choses, elle peut savourer les joies de l'improviste. Je dis que je viens, et puis je viens, mais elle, elle avait oublié que je venais, et pour un peu elle m'applaudirait. Chaque visite est un coup de foudre. Chaque personne, une rencontre nouvelle.


mardi 20 septembre 2011

Linda Lê - A l'enfant que je n'aurai pas


Éditeur : NIL (collection  : les affranchis) - Date de parution : Août 2011 - 64 pages

Après avoir lu L'autre fille d’Annie Ernaux, Je pars àl'entracte de Nicolas d'Estienne d'Orves dans cette collection, le titre très fort de ce livre m’a interpellée. 

Dans cette lettre,  Linda Lê parle à cet enfant qu’elle n’aura pas. Même si son compagnon tente de lui faire changer d’avis, elle se barricade derrière sa propre enfance. Une enfance  marquée par une mère surnommée Big Mother. Et elle évoque un choix pris très tôt : «  déjà à l’époque, je me jurais de ne jamais être mère, pour ne pas donner à mes enfants l’éducation  que j’avais reçue ». Comme pour conjurer sa peur de reproduire  le schéma mère-fille, elle imagine un fils et non une fille.  Ces angoisses  de perpétrer des erreurs  sont tout à fait légitimes et je les ai comprises. Quand elle s’adresse à cet enfant et qu’elle l’imagine grandir, ce sont des passages beaux et  forts. Si criants d'amour que j’ai l’impression que malgré tout une part infime d’elle était  demandeuse de cet enfant. Il s’agit de mon ressenti qui est peut-être erroné.
En terminant cette lettre,  j’ai eu envie de dire à l’auteure : beaucoup de femmes avant de devenir mères (et probablement la majorité)  se sont posées des questions, certaines (dont moi) ont eu cette appréhension de répéter inconsciemment des erreurs. 

Je ressors surtout troublée de cette lecture car derrière les mots de Linda Lê, certaines blessures non  cicatrisées sont  palpables...

Une lecture commune avec Liliba qui nous a permis d’échanger au téléphone sur ce livre (et évidemment sur d’autres choses !). 
Et, un livre supplémentaire pour  le challenge d'Hérisson. 

Edit du 28/09 : 
Je voulais faire un complément à ce billet, celui de Manu m'en donne l'occasion .  Aun moment donné, ma santé ne m’a pas permise d’envisager d’avoir un autre enfant. Deux enfants, des ennuis de santé un re-mariage et tout de suite, il y eu cette question presque malsaine "à quand un enfant? ". Et ça fait mal, très mal quand on sait que l’on ne pourra pas à cause de ses problèmes de santé assumer une grossesse puis répondre aux besoins d’un nourrisson puis à ceux d'un  enfant.  Dans ce cas, c’est un choix forcé de taire son désir d’enfant. Les raisons médicales, les questions étant trop importantes : aggraver son état pour satisfaire ce désir d'enfant.  Et, il s'agit aussi d'une une très grande preuve d’amour envers cet enfant que l’on n’aura pas…

samedi 3 septembre 2011

Florence Aubenas - Le quai de Ouistreham

Éditeur : Points - Date de parution : Septembre 2011 - 238 pages

Le sujet de ce livre est connu. Alors, je vais faire bref. En 2009, pendant six mois, Florence  Aubenas, 48 ans,  a laissé son emploi de journaliste pour s’immerger dans un autre monde. Six mois de terrain à faire des heures comme femme de ménage.

Je suis un peu agacée avec ce livre. Alors, non, je n’irai pas applaudir  Florence Aubenas pour avoir vécu six mois de petits boulots. Six mois de précarité. Non. Pourquoi ? Parce que je préfère garder mes applauidssemnt pour ceux qui le font toute leur vie ( ceux de mon entourage et ceux que j'ai pu rencontrés).
L’auteure parle de la crise de 2008 et y associe la précarité. Et là je dis stop ! Bien avant la crise de 2008, le précarité existait mais elle a évolué. Les CCD, les missions d'intérim sont devenus des heures de travail. 
Je n’ai rien appris avec  ce livre. Il suffit de sortir de chez soi, d’écouter les gens pour comprendre et de constater qu’à partir du vingt du mois, certains supermarchés dits de hard discount sont pratiquement vides.
Et là, je vais encore une fois de plus parler de ma propre expérience. Si vous voulez, vous avez le droit de zapper et de vous rendre au paragraphe en gras. Roscoff dans le Finistère : connu pour ses choux-fleurs  mais aussi pour ses ferrys. Une personne de ma famille y a travaillé plusieurs été durant ces études comme femme de ménage. Oui, tout est chronométré : tant de minutes pour  nettoyer une cabine entre débarquement et embarquement. Pendant ce temps là, j’étais à l’usine en 2/8 sur une chaîne de congélation. Cadence à suivre, 3 paires de chaussettes et des gants pour essayer de ne pas avoir froid. Debout tout le temps.   Et à la pause, remplir le seau d’eau chaude pour pouvoir y tremper ses bottes. Cinq étés puis les aléas de  vie ont fait que je me suis  retrouvée moi-même malgré mes diplômes en  situation précaire quelques mois.
Compter les centimes, se ronger les sangs quand une facture tombe et la solidarité qui existe entre personnes de galères… Florence Aubenas le raconte, je suis entièrement d’accord. Sans oublier Pôle emploi et certaines aberrations.
Mais, par moments, j’ai eu l’impression qu’elle découvrait cette vie. Comme si avant elle ne savait pas que c’était aussi dur pour certaines personnes. Voilà ce qui m’a agacée et choquée…
Par contre, ce livre a le mérite d'exister et de décrire parfaitement la vie de millions de français.  Un petit rappel : 8 millions de français survivent ( et le terme ne convient pas) avec 954 Euros par mois...
Le billet de Lucie qui renvoie à d'autres liens.

mardi 16 août 2011

Cécile Huguenin - Alzheimer mon amour

Éditeur : Editions Héloïse d'Ormesson - Date de parution : Juin 2011 - 125 pages

Dans ce récit tout en sobriété, Cécile Huguenin nous parle son couple alors que son mari est atteint d’Alzheimer. Un couple où la mémoire de Daniel s’est effilochée jusqu’à tout oublier même leur amour. Sans pathos et dans une écriture très belle,  l’auteure nous décrit les différentes phases sur trois années. La déclaration de la maladie avec  Daniel qui butte sur un mot dont il ne parvient plus à se souvenir. Puis les oublis de plus en plus fréquents.  elle va connaître l’indifférence, la froideur d’un corps médical. Mais, Cécile va se battre pour que leur amour continue. Se battre pour aider Daniel, le garder avec elle. Ils iront même jusqu’à déménager à Madagascar se raccrochant à des espoirs vains.  Vient le temps le temps de l’acceptation de la maladie comme pour toute autre maladie. Sur ce  parcours parsemé d’embûches, elle nous décrit les désillusions et  combien l’aidant se retrouve souvent désarmé et seul. L’état de Daniel s’aggravant, elle doit accepter de le placer dans une structure spécialisée. Avec un personnel soignant attentif et qui considère chaque patient comme un individu.
J’ai terminé cet hymne d'amour le cœur serré. On ne peut qu’être touché par cette lecture qui nous permet de mieux comprendre ce que vivent les familles des patients atteints d’Alzheimer. J’ai noté plein de passages : magnifiques, tendres ou douloureux.

Nous, « les accompagnants, « les aidants », nous arrivons tous avec au cœur la même souffrance du fardeau et le même déshonneur de la capitulation. Nous pénétrons dans la zone de non-retour, déchirés par l’ambivalence insupportable de désirs contradictoires, être soulagé sans abandonner. La culpabilité nous ronge, la honte frémit à fleur de peau, les larmes nous brouillent la vue. Enfant dénaturé qui ne peut plus assumer son parent. Conjoint démissionnaire. C’est ainsi que nous nous sentons, harassés du chemin parcouru mais animés d’un regain d’énergie qui surgit au dernier moment comme la colombe du magicien sort de son chapeau.
Un grand merci à Brize pour ce livre voyageur.
Le billet de Kathel renvoie à toutes celles qui l'ont lu.

samedi 4 juin 2011

André Gardies - Derrières les ponts

Editeur : COMEDIA - Date de parution : Avril 2011 - Nombre de pages : 147

Ce livre a été lu dans le cadre  d’un partenariat avec les agents littéraires.

L'auteur revisite son  enfance dans les années 50. Une enfance en Provence, élevé par l'oncle maternel. A travers de courts chapitres,  il pose son regard sur le monde qui l'entoure.

Ce récit écrit à la troisième personne m’a rappelé les livres de Philippe Delerm. On y retrouve ces détails infimes, ces instants du quotidien captés et immortalisés par les mots. A partir d’un objet ou d’un lieu, l’auteur nous raconte ses souvenirs. Mais ici, le  narrateur porte le poids d’une culpabilité. Le narrateur n’a plus ses parents : sa mère est morte lors de naissance et cinq années plus tard, son père la rejoint.  L’enfant est élevé par un oncle et une tante, il a rejoint une famille et doit y trouver sa place. Dans le contexte des années 50, il s’agit de son enfance qu’il nous faite revivre. Les effluves de la mémoire sont  teintées de nostalgie au charme désuet mais ô combien attachant. Et, il nous fait de ses propres émois. Avec beaucoup de pudeur. L’éveil de l’adolescence  qui s’amorce, les premiers contacts avec le sexe opposé et sa place dans une famille qui devient la sienne. L’écriture est travaillée, riche, très riche. J’ai visualisé chaque scène. Et j’ai un avis mitigé sur ce point. Car l’écriture paraît à force peu naturelle comme si l’auteur avait  tourné et retourné des formulations.

Il s’agit d’une lecture agréable mais qui, je pense, aurait suscité plus d’intérêt de ma part si justement elle était apparue plus intemporelle. Beaucoup d’éléments nous replacent dans les années 50 et aussi, je suis restée insensible à certains souvenirs.
Une lecture en demi-teinte dans l'ensemble.

LES W-C
En dépit de leur appellation et d'un bel euphémisme, les lieux d'aisance, en ce temps-là, étaient toujours inconfortables : réduits obscurs et humides au fond d'une cour, guérite plantée à l'autre bout du jardin, abris précaires aux matériaux hétéroclites, installations sommaires de plein-vent (un trou, deux planches), à quoi il convient d'ajouter les innombrables, les inopinés et souvent ingénieux points de chute que le besoin, l'imagination, la poussée de l'urgence surtout, inventaient subitement au milieu des taillis, dans l'encoignure d'un mur de clôture, au pied d'un talus, derrière un tronc d'arbre ou parmi les hautes herbes, toujours chatouilleuses.
Par un miracle constant, les portes, lorsqu'il y en avait, ne fermaient jamais. Cela donnait naissance à une véritable poétique du bricolage : cordelette que l'on tirait à soi en l'agrippant afin de préserver un équilibre périlleux, clou recourbé faisant office de targette et que concurrençaient les bouts de ficelle usés par le frottement, les chevilles de bois taillé, remplacées bien souvent par de simples bâtonnets ramassés avant d'entrer, la chaînette rouillée dont les anneaux cédaient un à un, ou encore le crochet vissé dans lequel bleuissait l'index. Lorsque le temps, l'usage ou la négligence avait eu raison de toute cette ingéniosité, il ne restait plus, bras tendu, accroupi, en équilibre sur la pointe des orteils, qu'à tirer la porte vers soi, la tenir d'une main crispée tout en guettant les moindres bruits et crier avant qu'il ne soit trop tard : " y a quelqu’un !".

mardi 31 mai 2011

Ahmed Kalouaz - Avec tes mains

Éditeur : Le Rouergue ( Collection La brune) - Date de parution : 2009- 110 pages et un coup de cœur !

Parler de toi, mon père, c’est remonter un fleuve en pirogue. A l’heure de ces premières lignes lancées sur le papier, je cherche le lieu où tu pourrais être en 1932. Ce sera le début. Il en faut un, puisque ces pages à venir, maintes fois repoussées, timidement viennent enfin à moi. 
Ce livre débute par ces lignes. Et à leur lecture, j’ai eu cette conviction intime que j’allais accéder à un bonheur rare et intense.  Comment parler de ce livre qui continue de m’habiter ? Comment trouver les mots justes comme Ahmed Kalouaz est parvenu à le faire ?
A partir de photos et  de souvenirs, Ahmed Kalouaz nous raconte la vie de son père. Né en 1917 en Algérie, son enfance a été marquée par la dureté de la vie : un père mort à la guerre, une mère qui l’a abandonné.   Une enfance exploitée et passée à travailler pour pouvoir manger.  La seconde Guerre mondiale lui fera porter la tenue des tirailleurs pour notre mère patrie. En 1952, il quitte l’Algérie pour venir s’installer en France. Le pays a besoin d’hommes et de bras.  Il fait venir sa famille mais les événements le rattrapent et  les Algériens sont montrés du doigt. Puis les années 1970 où le travail se fait rare alors qu’il y a la famille nombreuse à élever.
Au début de l’exode, le mot France voulait dire de l’argent et de la nourriture. Ce sont au fil des ans des enfants, beaucoup d’enfants. Avec ces naissances, le mal du pays se transforme. Parce nous prenons place naturellement ici, votre pays de cocagne se dérobe sous vos pieds, s’effiloche.
Court récit mais d’une intensité  poignante qui prend aux tripes et à la gorge.  L’auteur n’enjolive pas  ou ne noircit pas le tableau. Dans cet hommage vibrant  et intelligent à son père, Ahmed Kalouaz  va plus loin que de poser  les jalons d’une vie. Tout en pudeur, les meurtrissures apparaissent. Difficultés de deux générations à trouver leurs places alors que les désillusions sont nombreuses.  L’auteur met en garde contre le fanatisme religieux, un refuge pour de nombreux jeunes qui ont perdu l’espoir.  Ce livre est d’une telle intensité que j’ai eu les larmes aux yeux.
Un coup de cœur sincère pour ce livre qui rend hommage à des hommes bien souvent oubliés.
Pendant que nous allions à l’école, tu demeurais dans la classe des dominés, tout ce qui était digne d’être montré ne pouvait qu’être le fruit du travail de tes mains.
Les billets de Fransoaz, Sylire et Yv.
Et une nouvelle : Ahmed Kalouaz publiera en novembre prochain le deuxième volet de ce livre consacré à sa mère.

vendredi 27 mai 2011

Lionel Duroy - Colères

Editeur : Julliard - Date de parution : Mars 2011 - 211 pages


Je ne pensais pas lire ce livre. En discutant avec une de mes libraires, elle m'a donnée envie de découvrir par moi-même l'histoire de Marc. Un homme dont les angoisses l'empêchent de dormir, un homme qui s'est investi à corps et âme dans son autobigraphie, un homme dont le fils l'a arnaqué. Son propre fils. La colère l'envahit et il écrit. Il écrit sa colère légitime,cherche ce qu'il a pu rater dans l'éducation de son fils. 


Auteur de son état, l'écriture lui permet de rester debout quand d'autres s'effrondrent. A travers Marc, il s'agit de Lionel Duroy qui se livre. Entièrement, sans artifice. Le poids de son enfance a laissé des empreintes indélébiles, il cherche des liens. La peur d'avoir reproduit certaines erreurs de ses parents est là. Peur qui prend aux tripes et qui ronge. Sa femme décide de prendre ses distances, une de ses filles ne souhaite qu'une chose  : partir. Quand tout s'effondre, Lionel Duroy écrit. Certains diront auto-apitoiement, sensiblerie, égoïste et grand déballage de vie, je n'ai rien vu de tel. L'écriture permet à Lionel Duroy de rester debout, forme salvatrice qui provoque des remous et creuse des failles intérieures. Il porte et  assume les chaos portés et engendrés par son écriture avec sensibilité. 


J'ai lu ce livre en apnée, en une seule fois. il s'agit d'une introspection émouvante toute en pudeur qui m'a beaucoup touchée !

jeudi 26 mai 2011

Nicolas d'Estienne d'Orves - Je pars à l'entracte

Éditeur : NIL ( collection : Les affranchis) - Date de parution : mars 2011 - 73 pages

Quel plaisir de découvrir un autre livre de la nouvelle collection les affranchis après celui d'Annie Ernaux L’autre fille. Le principe est le même : l’auteur a carte blanche pour écrire la lettre qu’il souhaite.  Nicolas d’Estienne d’Orves s’interroge : écrire à qui ? Son père, son banquier, Dieu ? Non, il va écrire à un ami prénommé lui aussi Etienne.  Plus qu’un ami, un frère, une moitié avec qui il a tout partagé :  la complicité, l’arrogance de l’adolescence, les études et la passion des Arts.  On pourrait croire à la belle amitié sans faille. Erreur, le ton est très vite donné : « tu avalais mon oxygène, avant d’aspirer celui des autres ».  Trente années d’une amitié qui s'est métamorphosée petit à petit. Adulé, son ami Nicolas  s‘érigeait en maître à penser.  A l'âge adulte, il refusait de travailler par principes, répugnant l'argent. Un être figé dans ses idéaux . Et puis, la claque survient. Sans prévenir.  Nicolas s’est suicidé et le mot soulagement est employé.  Au lieu d’en dresser un portrait  baigné de compassion, Nicolas d’Estienne d’Orves  nous décrit comment Nicolas s’était enfermé dans une gangue utopiste sans jamais pouvoir s’en sortir. L’auteur ne se donne pas le beau rôle, non, il nous parle de cette amitié  devenue égoïste et destructrice,  avec toute l’ambigüité qu’elle peut revêtir.
Avec un style impeccable flirtant avec l’impertinence, l’auteur nous livre un texte fort et sincère. Remarquable.
J’ai été soufflée…
Je respire mieux car je ne tens plus  t'étouffer à chaque pas, te confire dans tes humiliations, suffoquer de rage, de dépit, d'aigreur, de frustrations. Le spectacle de  tes impuissances avait fini par me faire un mal intime, et c'est aussi pour ça que je ne t'appelais plus. Tu étais devenu un autre sans jamais changer.
Si je vous parle de ce livre ce n’est pas par hasard. Et oui, car aujourd’hui  débute l’opération Nationale A vous de lire 2011  dont le thème est cette année , vous l’aurez deviné, la correspondance.

 

jeudi 31 mars 2011

Annie Ernaux - L'autre fille

Éditeur : NIL - Date de parution : Mars 2011 - 78 pages sincères et touchantes...

La  collection Les affranchis propose aux auteurs d’écrire une lettre. Pas n’importe quelle lettre. Celle qu’ils n’ont jamais écrite.
Annie Ernaux écrit à sœur aînée décédée à l’âge de 6 ans, avant sa naissance. Une sœur dont elle a appris par hasard l’existence. Annie Ernaux est âgée de 10 ans lorsqu'elle surprend une conversation  un soir d’août 1950 entre sa mère et  une cliente. Des mots pesants, lourds de conséquence qu’elle n’aurait pas dû entendre : A la fin, elle dit de toi "elle était plus gentille que celle-là". Celle-là, c'est moi. Et avec cette  écriture sans mots inutiles, Annie Ernaux touche juste.  Qu’y a-t-il derrière gentille ?  Une sœur dont ses parents ne lui ont jamais parlé ni ouvertement ou à demi-mots.  Le poids, la douleur  de la maladie qui emporte un enfant ou celui  de regarder la fille qui « remplace » l’autre.  Sujets tabous pour ses parents. Alors, elle remonte le cours de l’histoire familiale, cherche à comprendre. L'auteure revisite son statut d'enfant d'unique et recolle les fragments des souvenirs. 
Annie Ernaux m’a touchée une fois de plus, j’ai tourné la dernière page  la gorge serrée. Sans fioriture et avec des mots  très justes, délicats, comme elle sait le faire si bien,  elle nous fait cadeau d’une très belle lettre. Récit dont la sincérité, la teneur  m’ont ébranlée…  
Tu n’as d’existence qu’au travers de ton empreinte sur la mienne. T’écrire, ce n’est rien d’autre que faire le tour de ton absence. Décrire l’héritage d’absence.
Les billets de Cathulu et celui de  Laure qui renvoie à d’autres liens.

jeudi 10 mars 2011

Joyce Maynard - Et devant moi, le monde

Éditeur : Philippe Rey - Date de parution : 06/01/2011 - 463 pages

1972, à 18 ans Joyce Maynard signe un article sur la jeunesse américaine pour le New York Times Magazine qui connait un énorme succès. Des centaines des lettes lui parviendront. Parmi elles, une de J.D. Salinger, l’écrivain de L’attrape-cœurs. A partir de cette lettre, la vie de Joyce Maynard va changer à tout jamais.

Dans ce livre, Joyce Maynard raconte sa vie. Et quelle vie…Un père alcoolique, une mère qui la pousse à écrire à tout prix. Très vite, Joyce comprend qu’à l’extérieur, il faut donner une image d’une famille parfaite même si ce n’est pas le cas. Et, il s’agit déjà d’une jeune fille fragilisée à 18 ans qui tombe dans l’anorexie. Maigrir et rester très mince deviennent son obsession. Etudiante en première année à l’université de Yale, mal dans sa peau, son article au New York Times Magazine lui vaut un certain succès. De quoi raviver au passage l’égo de sa chère maman. Joyce reçoit une lettre flatteuse de l’écrivain J.D. Salinger et tombe sous le charme de la voix de cet homme de 53 ans. Ils s’écrivent à un rythme effréné et pour Joyce, Salinger est enfin quelqu’un qui la comprend ! La suite, on la pressent. Joyce quitte tout et part s’installer avec Salinger qui se passionne pour la naturopathie, l’homéopathie et s'impose un régime de vie alimentaire très strict. Tombée dans les mailles du filet et en adoration pour lui, Joyce devient sa «proprieté ». Salinger entreprend de la façonner psychologiquement, il est son gourou et va se monter de plus en plus autoritaire au fil des mois. Les problèmes vont surgir et l’écrivain la jettera comme une malpropre. Comment sortir indemne d’une telle relation ? Impossible. Malgré les blessures, les traumatismes, elle va recommencer une nouvelle vie. Repartir de rien et essayer de se reconstruire.

Je ne sais pas ce qui c’est passé avec cette lecture… J’ai envie de dire que dès le départ les dés étaient pipés. Parce que ce livre a trouvé de nombreux échos en moi, trop peut-être d'ailleurs. Bizarrement, je ne suis pas ressortie bouleversée de cette lecture. Peut-être à cause du ton suffisamment détaché. Oui, je sais, ça fait beaucoup de "peut-être" !
Une chose est certaine, la pudeur perle entre chaque ligne de ce récit.  La manipulation psychologique,  les conséquences de l'alcoolisme, l'engrenage de l'anorexie sont décrits avec beaucoup de justesse...

"Pendant 18 ans j'ai vécu dans la terreur de quitter mes parents tout en rêvant de m'échapper". Une phrase qui en dit long...

Les billets de Cathulu, Cynthia, Gwen ( merci pour le prêt !)

mercredi 26 janvier 2011

Bertrand Guillot - b.a.-ba la vie sans savoir lire

Éditeur : rue fromentin - Date de parution : 13/01/2011 - 218 pages

« Donner de son temps pour aider les autres ». Consacrer quelques heures par semaine pour apprendre à lire et à écrire à des adultes. En 2008, Bertrand Guillot l’a fait sans formation préalable mais avec beaucoup de motivation et l’envie d’aider.  Il raconte cette formidable aventure humaine.
3 100 000 de personnes en France sont illettrées. Soit 9% de la population de 18 à 65 ans ayant  été scolarisée dans notre pays. Et,  ce chiffre ne prend pas en compte les personnes  qui ont appris une autre langue ou un autre alphabet à la base.  Sujet sensible et tabou sur lequel les institutions préfèrent fermer les yeux. Heureusement, il y a des bénévoles. Des gens comme Bertrand Guillot qui se lancent avec de la motivation et de la volonté. Et il en faut ! 
Sans jamais tomber dans le larmoyant, avec humour et beaucoup de pudeur, Bertrand Guillot m’a fait sourire et m’a émue !  Là où certains auraient cherché à cacher leurs erreurs commises, lui ose les dire. Simplement.  Et, le professeur apprend lui-aussi. Derrière les visages d’Amadou, de Bah, de Nabil ou de  Philomène, ce sont autant de situations différentes : emplois précaires, chômage. Et les problèmes rencontrés au quotidien.  Comment remplir un papier administratif ou déchiffrer une facture, une adresse ? Alors oui, quelquefois Bertrand Guillot s’est senti découragé mais quelle joie quand un mot est prononcé correctement ! J’ai soutenu de tout cœur ces élèves et ce livre m'a beaucoup touchée.  
Alors, j'ai juste envie de dire  bravo à tous ces gens formidables : à ceux qui aident et  à ceux qui poussent la porte pour apprendre !

L'avis de Cuné.

samedi 22 janvier 2011

Dany Laferrière - Tout bouge autour de moi

Éditeur : Grasset - Date de parution : 05/01/2011 - 179 pages

Que faisiez-vous le 12 janvier 2010 ? Difficile d’y répondre. Dany Laferrière lui s’en souvient.  Il se trouvait à Port-au-Prince sa ville natale  à l’occasion du festival Etonnants Voyageurs. A 16h53 alors qu’il était au restaurant, la terre s’est mise à trembler. Une minute plus tard, la ville était dévastée. Haïti venait de connaître un séisme.
Il m’est difficile de parler de cette lecture tant elle est saisissante. Pas de pathos ou de sensationnel mais de la pudeur et de la sobriété. Ce livre ne dresse pas avec chiffres à l’appui des constats. Les visions sombres ou apocalyptiques n’y ont pas non plus de place. Dany Laferrière a écrit ce qu’il voyait, ce qu’il ressentait dans un carnet. Présent au moment du séisme, il est revenu à Haïti quelques jours plus tard.  Et ce sont autant de portraits, de tableaux justes et ciselés qu’il nous livre. Des textes où le  sang-froid  de l’auteur est impressionnant et où la réflexion dépasse l’émotionnel.  En sa compagnie, on suit le quotidien de sa famille.  Il nous invite aux funérailles de sa tante mais aussi à des moments simples où la vie reprend le dessus.  Bien sûr, il nous fait partager les craintes, la peur des survivants mais aussi la solidarité et surtout la dignité de toute une population. Une dignité qui ne peut engendrer que du respect. La terre a tué mais la culture permet de se relever.
Un livre tout simplement remarquable...

Je m'attendais à entendre des cris, des hurlements. Rien. On dit en Haïti que tant qu'on n'a pas hurlé, il n'y a pas de mort. Quelqu'un a crié que ce n'était pas prudent de rester sous les arbres. En fait, c'était faux, car pas une branche, pas une fleur n'a bougé malgré les quarante-trois secousses sismiques de cette première nuit. J'entends encore ce silence. 

jeudi 23 décembre 2010

Annie Ernaux - Les années

Éditeur : Gallimard - Date de parution : 14/01/2010 - 254 pages

Extrait de la quatrième de couverture :Au travers de photos et de souvenirs laissés par les événements, les mots et les choses, Annie Ernaux nous fait ressentir le passage des années, de l'après-guerre à aujourd'hui. En même temps, elle inscrit l'existence dans une forme nouvelle d'autobiographie, impersonnelle et collective.
Je crois que cet extrait de la quatrième de couverture résume on ne peut mieux ce livre. Et quel livre ! A partir d’une première photo sépia qui représente un bébé en 1941 à  des photos de famille qui jalonnent sa vie, Annie Ernaux nous livre une chronique sociale et culturelle de notre pays. La facilité  aurait été de s’en tenir  à des faits historiques et  politiques. Elle va beaucoup plus loin étayant ce récit d’une multitude de détails. La France après guerre, les classes moyennes, le changement des mentalités, la soif de consommation et surtout la place de la femme. Des femmes ayant accès aux études, qui travaillent et qui ont des enfants mais aussi le droit à l’avortement. Son parcours n’est plus personnel, le « je » s’efface et fait place  à  « on », « nous ».  Une narration représentant le chemin de  femmes et  d’une génération.  L’histoire personnelle de l’auteure se glisse à travers les années.  Cette lecture ouvre les portes de notre mémoire et des souvenirs que je croyais oubliés ont surgi… L’écriture percute, on revit  tous ces changements si nombreux effectués en quelques dizaines d’années.
Une fois de plus et bien qu’en étant plus jeune qu’Annie Ernaux, je me suis retrouvée dans ce livre sur bien des points. Un livre indispensable qui m’a fait vibrer … Je pense que ce livre s’adresse à tout le monde car  il s’agit d’une autobiographie collective.
Le progrès était dans l’horizon des existences. Il signifiait le bien-être, la santé des enfants, le savoir, tout ce qui tournait le dos aux choses noires de la campagne et à la guerre. Il était dans le plastique et le Formica, les antibiotiques et les indemnités de la sécurité sociale, l’eau courante sur l’évier et le tout- à-l’égout, les colonies de vacances, la continuation des études et l’atome. Il faut être de son temps, disait-on à l’envi, comme une preuve d’intelligence et d’ouverture d’esprit.
Merci à Canel qui m’a offert ce livre, il y a bien des mois. J’ai attendu de le lire mais j’ai profité de chaque mot de ce livre….. et un de moins dans ma PAL ! Alors qu'est ce qu'on dit Antigone?
De nombreux avis chez l'ami BOB

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