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samedi 20 juillet 2013
Elisabeth Tova Bailey - Les nuits mouvementées de l'escargot sauvage
Éditeur : Autrement - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie-Cécile Mouraux - Date de parution : Avril 2013 - 161 pages et des poissons d'eau dans les yeux...
L'auteure Elisabeth Tova Bailey a été longtemps clouée au lit à cause d'une maladie sans nom. Ses forces physiques envolées, une vie sociale qui s'émiette, et une maladie sur laquelle les médecins n'ont pas su mettre d'étiquette. Lorsqu'une une amie lui offre un pot de violettes à mettre dans sa chambre, ce cadeau en révèle un autre. Un escargot s'y trouve. Elisabeth Tova Bailey aménage un terrarium pour lui et cet escargot va devenir son centre d'observation, un "compagnon" qui va l'aider sans le savoir à traverser une période difficile.
Dans ce récit tout en sensibilité avec des pointe d'humour et truffé d'informations sur ce gastéropode, l'auteur nous livre ses réflexions. Et je me suis retrouvée à mettre un post-it à chaque page car ce livre a résonné en moi. Le regard de l'auteure, ses pensées sur la vie, sur le temps ce luxe rare dont elle dispose et dont elle ne ne peut en profiter, les visites de médecins en médecins, l'isolement qu'elle décrit ont trouvé écho en ma personne à cause de mon vécu. Des paragraphes si justes qui ont été un miroir.
Les parallèles établies sont étayées d'information sur l'escargot et sur son mode de vie. Et ce sont autant d'étincelles dans les yeux et dans le coeur !
Alors oui, cet essai a colonisé mes yeux de poissons d'eau tant il m'a touchée mais il m'a apportée ce sentiment d'être comprise.
Jamais nombriliste ou versant dans le pathos, avec une écriture sans fioritures et aux accents poétiques, ce livre est un vrai rayon de soleil !
Mon lit était un île dans la mer désolée de ma chambre. Je savais pourtant que d'autres comme moi était confinés chez eux, par la maladie, ou par une blessure, dans un village ou dans des villes, partout dans le monde. Allongée là, je me sentais liée à eux tous. Nous formions nous aussi une sorte de colonie d'ermites.
Quand on est bonne santé, la vie semble avoir un sens, une raison évidente. Il est effarant de voir à quelle vitesse la maladie balaie ces certitudes.
Les billet de Cathulu, Dominique, Mango
jeudi 18 juillet 2013
Joyce Maynard - Une adolescence américaine
Éditeur : Philippe Rey - Traduit de l'anglais ( Etats-Unis) par Simone Arous - Date de parution : Avril 2013 - 233 pages et un livre hérisson..
Ce livre a été écrit en 1972 par Joyce Maynard alors qu'elle n'avait que dix-neuf ans. Un an plus tôt, cette jeune fille s'était retrouvée sous les feux de rampe grâce à un article paru dans le New York Times. Devenue un modèle représentatif de la jeunesse américaine, des centaines des lettre lui parviendront. Parmi elles, une de J.D. Salinger, l’écrivain de L’attrape-cœurs. Sa relation avec J.D. Salinger a fait l'objet d'un livre Et devant moi, le monde. Une adolescence américaine s'inscrit dans la suite de son article sur la jeunesse américaine. Paradoxalement, Joyce Maynard se trouve souvent en décalage avec les jeunes de son âge. Et avec regard doublé d'une certaine distance, elle nous offre le portait de toute une génération dans un contexte politique, social et culturel.
Sans s'arrêter à l'observation, elle parle d'elle. La jeune fille avec ses préoccupations de fille, son enfance, ses envies professionnelles, son rapport à l'écriture. Brisant certains idées reçues en décrivant sa génération "nous sommes fatigués, souvent plus par ennui que par dépenses physique, vieux vant d'être sages, connaissant le monde non pour m'avoir parcouru mais pour l'avoir vu à la télévision. Chaque génération pense qu'elle est spéciale. (...). Ma génération se distingue davantage par ce que nous avons manqué que par ce que nous avons gagné car, dans un certain sens, nous sommes à la foi les premiers et des derniers. Les premiers à considérer la technologie comme allant de soi. Les premiers à grandir avec la télévision. (...). Nous avions les Beatles, mais pas ceux de l'époque où ils étaient mignons et se ressemblaient tant avec leurs costumes assortis et leurs chansons qui vous faisaient pleurer. Ils nous sont tombées dessus comme une mauvaise blague - plus vieux, barbus, mal accordés. Nous avons hérité de la guerre du Vietnam juste après le début de la vague - trop tard pour brûler les cartes d'incorporation et trop tôt pour ne pas être incorporés. "
Une génération qui n' a pas connu les problèmes d'argent et qui sans renier l'argent " jouait au pauvre et vivait en riche", qui a consommé de la drogue ( l'auteure dit avoir goûté mais sans y trouver d'intérêt).
Une période où être populaire au lycée signifiait être influent, exister aux yeux des autre. Rien n'a changé....
Le culte du paraître toujours et encore, celui de la minceur entrainera Joyce Maynard dans le cercle de l'anorexie.
De ce témoignage ancré dans l'Histoire, l'intemporalité et l'universalité de certains sujets sont frappants. Tout comme le regard mature et les réflexions de Joyce Maynard. Un livre devenu hérisson par le nombre de marque-pages que j'y ai inséré..
L'avant-propos rédigé à l'occasion de la sortie de ce livre en France par l'auteure est touchant par sa sincérité.
Je ne me lasse pas de lire cette auteure ( Baby love , Et devant moi, le monde, Les filles de l'ouragan), de la découvrir avec ce sentiment particulier de nouer un lien comme avec Annie Ernaux.
Les billets de Gwordia, Sylire
mercredi 29 mai 2013
A.M. Homes - Le sens de la famille
Éditeur : Actes Sud - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Yann Gentric - Date de parution : Avril 2013 - 235 pages riches et creusées!
1992. La mère biologique d’A.H. M. Homes veut la rencontrer. Au bout de trente deux années de silence, elle veut connaître sa fille. Informée depuis toujours de son adoption par ses parents adoptifs, A.M. Homes doit faire face à la requête de sa mère biologique qui se fait insistante, pressante.
Dans ce récit autobiographique, l'auteure revient sur cette fracture dans sa vie déclenchée par la demande de sa mère biologique. Elle se retrouve très vite harcelée par cette femme qui veut à tout prix la rencontrer et nouer une relation avec elle. Non désirée, son père biologique était déjà marié à l’époque, ses parents adoptifs qui venaient de perdre un enfant l’ont adoptée. Elle creuse, cherche à trouver et à comprendre sa place dans cette nouvelle famille composées de deux pères et de deux mères. Sa mère biologique fantasque tente de gommer ces années comme si de rien alors que son père biologique orgueilleux et blessant refuse de parler d’elle aux siens. Mais elle veut remonter le fil de cette famille à travers les archives pour découvrir ses ascendants. Piquée du virus, elle se jette à corps perdu dans la généalogie. Ses recherches l'amènent à des personnes qui ne sont pas forcément de sa propre famille. Qu'importe, ils lui sont liées par leur humanité, par leur histoires que ces dossiers racontent.
Ce récit réfléchi, riche et profond explore les sillons des racines familiales pour faire le jour sur ce qui nous construit et nous définit. Une quête identitaire où l'honnêteté de l'auteure est frappante. J'ai beaucoup aimé cette lecture pleine de sens et porteuse de réflexions!
Le récit fragile, fragmentaire, la trame ténue, l'intrigue de ma vie se trouvent brusquement remaniés. Me voici confrontée au fossé qui sépare la sociologie de la biologie : au collier chimique de l'ADN, qui se porte tantôt comme un magnifique ornement - notre droit de naissance, notre histoire-, et tantôt comme un collier étrangleur.
Des billets et des avis différents Au bonheur du jour, Jostein , Zarline
mardi 7 mai 2013
Yann Quéffélec - Dictionnaire amoureux de la Bretagne
Éditeur : Plon - Date de parution : Mai 2013 - 780 pages riches et une très belle déclaration d'amour !
Me voilà bien embêtée pour parler de ce livre car il faudrait que j'en cite chaque page tant cet ouvrage est une mine incroyable de découvertes, d'histoire de la Bretagne où Yann Quéffélec raconte la sienne et celle de sa famille, son attachement, ce cordon ombilical que tout breton possède avec sa région où la culture, les traditions l'ont nourri.
Comme le dit si dans la préface bien Georges Dottin, professeur à l'université de Rennes : "ce tout ondoyant et divers, est fait pour déconcerter les critiques qui cherchent à enfermer un peuple dans un formule étroite" .
"Ma Bretagne est d'Armor, le pays dans la mer. Ma Bretagne fut un royaume, il n' y a pas si longtemps. Ma Bretagne est le pays des marins. Ma Bretagne n'oublie jamais les périls en mer. Ma Bretagne est le pays des femmes vraies, le pays des épouses et des veuves. Ma Bretagne est un pays qui chante à travers les âges. Ma Bretagne est le pays des écrivains. Ma Bretagne est le pays d'une langue bretonne qui faillit s'en aller d'une mort programmée par l'Etat, - qui mourut quelque temps d'ailleurs, et qui lutte aujourd'hui pour sa résurrection. Ma Bretagne est le pays des lumières et des peintres, les mangeurs de lumière venus en chemin de fer à la belle époque comme Gauguin ou Méheut. Ma Bretagne est le pays des Pardons, la fête estivale du péché célébré sous la bannière de sainte Anne, bonne mère ! Ma Bretagne est le pays des souvenirs, les miens et ceux des anciens qui m'ont raconté l'Armorique d'avant les moteurs, la Bretagne mal aimée, vexée, réduite au silence, La Bretagne de Bécassine en délicatesse avec l'Etat français. Ma Bretagne est mon pays usuel, mon pays définitif, j'y naîtrai toujours".
Ma Bretagne est un patchwork où les tradition côtoient la modernité. Nous avons su prendre le vent en poupe à l'image des grand skippers comme Eric Tabarly, l'industrie et l’agriculture y sont présentes. Et qui dit agriculture dit l'élevage intensif porcin, nitrate et phosphore et cette douloureuse ambivalence à résoudre. A la différence de Yann Quéffélec qui est né et a grandi l'Aber Idult (Finistère nord), ma Bretagne est celle du Poher région du centre Bretagne celle des terres et le sang de plusieurs générations de paysans coulent dans mes veines, elle est aussi elle est celle de de Brest mêm' la cité du Ponant et de son histoire " Il était une fois un bombardement. Il était une fois une ville brestoise effacée par ce bombardement. Il était une fois un grand terrain vague au bord de la mer, d'un bleu bien particulier , ce jour là - un bleu qui bleuit la voix des conteurs. Il se disait mais il n'y avait personne, qu'une ville existait à cet emplacement , la veille, une ville heureuse et blanche comme dans les prophéties où des sauterelles de feu s'abattent en rangs serrés sur la cité coupable, jusqu'à ce qu'il n'en reste rien, pas même une petite larme pour humecter sa mémoire".
Une ville dont je suis suis tombé amoureuse et que je trouve belle contrairement à certains. Et ce malgré sa météo, sujet éternel de conversations et qui peut fâcher en Bretagne, où quand on parle du Sud, il faut comprendre sud-finistère ou le pays de Vannes.
Et y a tant à dire sur ma Bretagne ! L'Ankou, les chantiers navals, les Saints, le lien celte, la mer, les druides, ses îles, ses grèves et les marées noires qui s'y abattirent en les souillant de pétrole.
Yann Quéffélec né en 1949 parle de son père Henri avec amour et fierté, de sa mère, de ses oncles et tantes comment il a grandi, façonné comme tout breton par sa région. Une Bretagne en pleine mutation mais attachée aux traditions, à sa géographie, à son histoire. Un livre truffé d'anecdotes, d'humour et d'amour !
Vous comprendrez que je pourrais vous en parler des heures durant de ma Bretagne car je suis fière de mon patrimoine culturel et de ma région. Il faut que je vous dise aussi aussi que quand j'entends le son d'un biniou ou d'une bombarde, un frisson me parcourt le dos et pourtant je ne suis pas une adepte de musique traditionnelle.
Et regardez-bien, lors de rassemblements n'importe où dans le monde , il y a toujours un Gwen Ha Du ( le drapeau breton) qui flotte au dessus des têtes ( j'en ai vu durant les derniers JO...). Les bretons sont un peuple voyageur, ils sont plus de cinq millions à travers le monde.
" L' appartenance - abusement qualifiée d'identité -, voilà bien la force innée qui l'attache à la tribu, breton qu'il est avant d'être français, européen. Ce n'est pas un repli, c'est un ancrage. (..) Il n'y pas d'identité bretonne au sens freudien, sanguin. "Le "questionnement identitaire" enjeu dont on nous rabat les oreilles, accapare la planète entière en train de jouer son destin sur tous les fronts."
Pourtant personne ne pourra empêcher un breton de parler de ses origines ou de les couper.
Ce dictionnaire est un livre indispensable dans lequel je me replongerai parce qu'il m'a faite vibrer d'émotions (entre sourires, larme à l’œil en pensant à mes propre souvenirs), qu'il m'a permis d'apprendre certains points de l'histoire que j'ignorais et que surtout il témoigne merveilleusement de tout l'amour que je porte à ma Bretagne !
Je termine avec cette invitation : "entrez dans la danse avec les Bretons, chantez avec eux, et vous éprouverez pour le monde un paisible sentiment d'amitié." On vous attend...
samedi 27 avril 2013
Pierre Vavasseur - Deux enfants
Éditeur : Editions du Moteur - Date de parution : 2011 - 36 pages et une jolie surprise !
1970, le narrateur a 10 ans. Lui et ses parents vivent dans la promiscuité dans un quartier populaire et ouvrier de la Bresse. Depuis son accident, son père est lent, gauche dans ses mouvements, ralenti dans ses pensées. Un homme dont tout le monde se moque, sa femme en premier. Pourtant, elle est bien contente qu’il ramène un salaire. C’est elle qui gère l’argent, le dépense et siffle ses remarques acerbes, méchantes. Une femme impudique, grossière et qui ne se cache pas. Son fils l’a déjà vu avec un autre homme que son père. Quand elle lui annonce qu’ils vont partir tous les deux habiter chez son nouvel amant, il pense d’abord à son père. Qui va s’en occuper ? Il lui reste une journée avec lui avant que sa mère ne revienne le chercher en car. Et pour lui, il décide que cette journée doit être aussi belle que la vie insouciante et heureuse. Enfant de chœur, il a volé 500 Francs dans les troncs de l’église. Ils se font faits beaux, tous deux engoncés dans leurs habits du dimanche. Il doit rassurer son père qui s’inquiète de l’absence de sa femme, passer outre le regard des autres car l’enfant amène son père au restaurant et à la fête foraine.
A travers les yeux de cet enfant, on découvre une réalité peu glorieuse. Une famille que n'en est pas une mais où l'amour de ce fils pour son père est bien plus puissant que toutes les hontes ressenties. Une partie du vécu de l'auteur rendue très justement car sans pathos ou misérabilisme. Dans un langage simple voire cru et des dialogues où les mots sont à moitié avalés, Pierre Vavasseur nous transmet ses ressentis et ses pensées à dix ans. Le contexte social et l'époque ne sont pas en reste et émaillent habilement ce récit.
A vrai dire je ne m'attendais à ce tour de force qui nous offre autant d'émotions et de réflexions en aussi peu de pages. On est bien loin du nombrilisme qui caractérise souvent ce type de récit.
Une bien jolie découverte que je ne suis pas prête d'oublier pour ce petit livre qui déborde de tendresse et d'amour !
La beauté n'est pas un repère d'enfance. Et pour un gamin, la beauté masculine encore moins. Pourtant je le trouve beau tête nue. Il en est même plus droit. Plus haut. Plus fort, je ne sais pas.C'est tout de même une frêle chose, calcinée à contre-jour.
Ce livre fait partie de la 11ème sélection du prix des Lecteurs du Télégramme.
dimanche 21 avril 2013
Annick Cojean - Les proies
Éditeur : Le Livre de Poche - Date de parution : Avril 2013 - 299 pages et une plongée dans le harem de Kadhafi.
Kadhafi était toujours entouré de ses gardes du corps celles qu’il appelait ses amazones. De belles jeunes femmes, souriantes dans leur treillis militaire et semblant éprouver admiration et respect pour le « Guide » La réalité est bien autre. En 2011, Annick Cojean a enquêté sur le rôle de femmes et les viols durant la révolution qui a suivi le printemps arabe. Il faut savoir qu'en Libye "le viol était pratique courante et fut décrété arme de guerre". Elle a rencontré Soraya dont la vie a été saccagée par Mouammar Kadhafi.
La première partie de ce livre reprend le témoignage de Soraya. Alors qu’elle avait 15 ans, Mouammar Kadhafi s’est rendu à son école. La visite n'était qu'une mascarade déguisée pour trouver de nouvelles filles. Il a posé sa main au-dessus de la tête de Soraya. Un geste pour désigner qu’il la voulait pour lui. Soraya a été enlevée à sa famille et est devenue une esclave sexuelle pour Kadhafi comme d’autres jeunes filles. Violée, battue, humiliée,... L’horreur est à son paroxysme. L’inimaginable apparaît dans ce récit car Kadhafi était un monstre, un pervers mégalomane, un insatiable prédateur. Filles ou garçons, tous étaient des proies. Soraya a vécu cet enfer durant cinq longues années séquestrée à bab Al-Azizia. Lors de visites ou de déplacements officiels, les esclaves de Kadhafi endossaient le rôle des amazones gardes du corps.
Dans la seconde partie du livre, Annick Cojean revient sur le témoignage d’autres femmes qui comme Soraya ont été esclaves de Kadhafi. Les anciennes amazones sont rejetées par les leurs car leur honneur a été bafoué à tout jamais. L’auteure décrit toute la difficulté de son enquête durant laquelle elle a tenté de percer ce lourd silence qui entourait les pratiques de Kadhafi. Même après la mort du tyran, le sujet reste tabou. On apprend que Kadhafi offrait de l'argent et des bijoux à des femmes de diplomates contre leurs faveurs ou qu’il recrutait ses proies à l’extérieur de la Libye. Pire, il possédait également un appartement au sein même de l'université. Depuis sa mort, les femmes espèrent un avenir plus clément où elles puissent se faire entendre.
Ce livre est un véritable uppercut. Je suis sortie de cette lecture habitée par l'indignation, la révolte et l'écœurement. Combien ont-elles été à être des objets sexuels pour Kadhafi durant ses quarante années de pouvoir? On a laissé agir cet homme à sa guise, personne n'a voulu dévoiler ces actes qui étaient pour certaines personnes libyennes ou étrangères un secret de polichinelle. Les intérêts économiques ont été plus importants une fois de plus que la vie de jeunes femmes.
J'apporterai juste un bémol sur la construction à proprement parler du livre. L'auteure ne suit pas une chronologie précise ce qui s’avère un peu gênant dans la lecture. De plus, elle revient plusieurs fois sur certains mêmes faits sordides, des passages très durs à la limite de l’insoutenable.
Les proies est le livre de ces femmes victimes d’un monstre. Espérons qu’il ouvre les yeux et délie les langues même si la « diplomatie » politique et les intérêts financiers sont toujours prioritaires...( mais cet espoir est sans doute utopiste).
Ce livre fait partie de la 11ème sélection du prix des Lecteurs du Télégramme.
lundi 15 avril 2013
Salman Rushdie - Joseph Anton
Éditeur : Plon - Traduit de l'anglais par Gérard Meudal - Date de parution : Septembre 2012 - 726 pages denses et un plaidoyer pour la liberté !
Le 14 février 1989, la vie de Salman Rushdie auteur des versets sataniques bascule. Il apprend par un journaliste que l'Ayatollah Khomeini a lancé une fatwa contre lui. Désormais sa tête a un prix. Durant neuf longues années, sa vie et celle de sa famille sont bouleversées. Il est placé sous protection policière en permanence et devient Joseph Anton un personnage clandestin. Sa liberté est réduite à néant. Son domicile ressemble à une forteresse, le peu de ses déplacements doit être approuvé par la police. Il est comme un prisonnier alors qu'il n'a commis aucun délit. S'il trouve du soutien auprès de ses amis, de certains écrivains ou de personne connues, son cas embarrasse à plus d'un niveau. Sur les places politiques, on lui offre un soutien déguisé devant les journalistes. Mais la diplomatie et les relations avec l'Iran sont pour certains pays plus importantes que le cas Salman Rushdie. Au fil du temps, les médias s'insurgent du coût de sa protection payée par le contribuable, certains de ses éditeurs font marche arrière pour la publication des versets sataniques en livre de poche et d'autres prennent le risque. La fatwa est une pieuvre qui s'étend à tout ce qui touche l'auteur et son livre. Si chaque 14 février est un anniversaire particulier, l'opinion publique semble lassée mais Salman Rushdie continue à se battre pour la liberté. Un combat qui mobilise tant d'énergie que l'auteur n'écrit plus ou presque. Sa vie d'homme, d'époux, de père, d'auteur et d'homme est en affectée. Face à des moments de solitude, il ne perdra jamais espoir ni son sens de l'humour. En 1999, la fatwa est levée et Joseph Anton n'est plus mais la fondation 15 Khorad offre aujourd’hui 3,3 millions de dollars pour son meurtre...
Dans ce livre dense qui fourmille de détails, l'auteur a choisi de s'exprimer à la troisième personne. Sans se placer sur un piédestal, il se montre tel qu'il est toute franchise avec ses faiblesses et en revenant sur les erreurs qu'il a commises.
Malgré quelques longueurs, j'ai très vite été passionnée par ce livre qui interpelle et qui est une véritable mine de réflexions sur la liberté d'expression, l'Islam intégriste, les intérêts politiques qui peuvent hélas prendre le pas sur la vie d'un homme.
Un plaidoyer pour la liberté à mettre entre toutes les mains ! Un livre hérisson tant j'y ai inséré de marque-pages...
Il commençait à apprendre la leçon qui allait lui rendre la liberté : se laisser emprisonner par le besoin d'être aimé revenait à être enfermé dans une cellule où l'on éprouve d'infinis tourments et dont il est impossible de s'échapper. Il fallait qu'il comprenne qu'il y avait des gens qui n el'aimeraient jamais. Il pouvait toujours expliquer patiemment son travail, préciser clairement les intentions qu'il avait eues en écrivant, ils ne l'aimeraient pas. Les esprits qui ne raisonnaient pas, qui se laissaient guider par la foi absolue imperméable au doute ne pouvaient pas être convaincus par des arguments raisonnables. Ceux qui l'avaient diabolisé ne diraient jamais : "Au fond, il n'est pas Démoniaque". Il fallait qu'il se fasse une raison. De toute façon, lui non plus n'aimait pas ces gens-là. Du moment qu'il revendiquait clairement ce qu'il avait écrit et déclaré, du moment qu'il était en accord avec son travail et ses prises de positions publiques, il pouvait supporter d'être détesté. (...) Ce qu'il avait besoin de savoir précisément maintenant, c'était pourquoi il se battait. La liberté de parole, la liberté d'imagination, la fin de la peur et cet art ancien et magnifique qu'il avait le privilège de pratiquer. Mais aussi le scepticisme, l'irrévérence, le doute, la satire, la comédie et la jubilation profane. Il ne fléchirait jamais dans plus dans la défense de toutes ces choses.
L'histoire de sa petite bataille, elle aussi, touchait à sa fin. (...) il aurait été facile, après tout ce qui lui était arrivé, après l'énormité du crime commis contre la ville, de se laisser à haïr cette religion, aussi bien que ses fidèles, au nom de laquelle ces actes avaient été commis. (...) Il prit le parti de croire en la nature humain et dans l'universalité de ses droits, dans sa morale et dans sa liberté, et de résister aux sirènes du relativisme qui était la source même des invectives de ces armées de religieux (..) et de leurs compagnons de route.
De nombreux billets sur Babelio
Le 14 février 1989, la vie de Salman Rushdie auteur des versets sataniques bascule. Il apprend par un journaliste que l'Ayatollah Khomeini a lancé une fatwa contre lui. Désormais sa tête a un prix. Durant neuf longues années, sa vie et celle de sa famille sont bouleversées. Il est placé sous protection policière en permanence et devient Joseph Anton un personnage clandestin. Sa liberté est réduite à néant. Son domicile ressemble à une forteresse, le peu de ses déplacements doit être approuvé par la police. Il est comme un prisonnier alors qu'il n'a commis aucun délit. S'il trouve du soutien auprès de ses amis, de certains écrivains ou de personne connues, son cas embarrasse à plus d'un niveau. Sur les places politiques, on lui offre un soutien déguisé devant les journalistes. Mais la diplomatie et les relations avec l'Iran sont pour certains pays plus importantes que le cas Salman Rushdie. Au fil du temps, les médias s'insurgent du coût de sa protection payée par le contribuable, certains de ses éditeurs font marche arrière pour la publication des versets sataniques en livre de poche et d'autres prennent le risque. La fatwa est une pieuvre qui s'étend à tout ce qui touche l'auteur et son livre. Si chaque 14 février est un anniversaire particulier, l'opinion publique semble lassée mais Salman Rushdie continue à se battre pour la liberté. Un combat qui mobilise tant d'énergie que l'auteur n'écrit plus ou presque. Sa vie d'homme, d'époux, de père, d'auteur et d'homme est en affectée. Face à des moments de solitude, il ne perdra jamais espoir ni son sens de l'humour. En 1999, la fatwa est levée et Joseph Anton n'est plus mais la fondation 15 Khorad offre aujourd’hui 3,3 millions de dollars pour son meurtre...
Dans ce livre dense qui fourmille de détails, l'auteur a choisi de s'exprimer à la troisième personne. Sans se placer sur un piédestal, il se montre tel qu'il est toute franchise avec ses faiblesses et en revenant sur les erreurs qu'il a commises.
Malgré quelques longueurs, j'ai très vite été passionnée par ce livre qui interpelle et qui est une véritable mine de réflexions sur la liberté d'expression, l'Islam intégriste, les intérêts politiques qui peuvent hélas prendre le pas sur la vie d'un homme.
Un plaidoyer pour la liberté à mettre entre toutes les mains ! Un livre hérisson tant j'y ai inséré de marque-pages...
Il commençait à apprendre la leçon qui allait lui rendre la liberté : se laisser emprisonner par le besoin d'être aimé revenait à être enfermé dans une cellule où l'on éprouve d'infinis tourments et dont il est impossible de s'échapper. Il fallait qu'il comprenne qu'il y avait des gens qui n el'aimeraient jamais. Il pouvait toujours expliquer patiemment son travail, préciser clairement les intentions qu'il avait eues en écrivant, ils ne l'aimeraient pas. Les esprits qui ne raisonnaient pas, qui se laissaient guider par la foi absolue imperméable au doute ne pouvaient pas être convaincus par des arguments raisonnables. Ceux qui l'avaient diabolisé ne diraient jamais : "Au fond, il n'est pas Démoniaque". Il fallait qu'il se fasse une raison. De toute façon, lui non plus n'aimait pas ces gens-là. Du moment qu'il revendiquait clairement ce qu'il avait écrit et déclaré, du moment qu'il était en accord avec son travail et ses prises de positions publiques, il pouvait supporter d'être détesté. (...) Ce qu'il avait besoin de savoir précisément maintenant, c'était pourquoi il se battait. La liberté de parole, la liberté d'imagination, la fin de la peur et cet art ancien et magnifique qu'il avait le privilège de pratiquer. Mais aussi le scepticisme, l'irrévérence, le doute, la satire, la comédie et la jubilation profane. Il ne fléchirait jamais dans plus dans la défense de toutes ces choses.
L'histoire de sa petite bataille, elle aussi, touchait à sa fin. (...) il aurait été facile, après tout ce qui lui était arrivé, après l'énormité du crime commis contre la ville, de se laisser à haïr cette religion, aussi bien que ses fidèles, au nom de laquelle ces actes avaient été commis. (...) Il prit le parti de croire en la nature humain et dans l'universalité de ses droits, dans sa morale et dans sa liberté, et de résister aux sirènes du relativisme qui était la source même des invectives de ces armées de religieux (..) et de leurs compagnons de route.
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lundi 18 mars 2013
Guillaume de Fonclare - Dans tes pas
Éditeur : Stock - Date de parution : Janvier 2013 - 94 pages bouleversantes ...
Dans son précédent livre Dans ma peau, Guillaume de Fonclare nous racontait son quotidien, sa cohabitation avec la maladie , un combat vain par avance où il a fallu faire le deuil d'un corps sain et surtout d'une "vie normale". Il en ressortait une justesse, un regard et des réflexions sur nos aspirations.
Depuis son meilleur ami Serge s'est suicidé. Après avoir avoir déposé ses filles à l'école, Serge s'est rendu à son travail comme d'habitude. Il est monté au 5ème étage, a enlevé sa veste et s'est défenestré. Un homme qui avait gravi pas à pas l'échelle hiérarchique du travail, qui avait été obligé plus que les autres de montrer de quoi il était capable. Lui qui n'était pas bardé de diplômes. Guillaume de Fonclare et Serge se connaissaient depuis la fac, souvenirs d'une amitié tissée depuis longtemps, de vacances passées ensemble et de confidences.
Quand l'auteur a choisi coûte que coûte de vivre, d'obliger son corps à des exercices quotidiens, son meilleur ami lui s'est donné la mort sans aucune explication. Une colère légitime et des questions sont posées : pourquoi ne s'était-il pas confié ? Est ce-que que ses filles porteront-elles une culpabilité plus tard ? Le constat de la pression du travail où l'on se doit toujours d'être le plus performant est présent.
Si Guillaume de Fonclare s'interroge, jamais il ne juge l'acte de son ami mais lui rend hommage. C'est en cela que l'on reconnaît toute l'humanité et la sagesse de cet homme. Une justesse de ton pour un livre bouleversant, digne et qui pousse à réfléchir sur le sens de la vie.
Forcément, je me suis reconnue dans des passages... Et cette lecture comme d'autres l'ont fait m'a éclairée, autant de graines de semées qui vont jalonner mon parcours et m'aider. Inutile de préciser que j'ai eu les yeux remplis de poissons d'eau.
Depuis dix ans, jour après jour, muscle après muscle, membre après membre, mon corps prends congé de moi. (… ) Je souffre jour et nuit, sans que personne ait réussi à ce jour l’exploit de savoir de pourquoi. De mon médecin traitant aux spécialistes, d’un CHU de province aux hôpitaux parisiens, j’ai divagué de consultation en consultation ; on cherche, on cherche, et on ne trouve pas. On élimine des hypothèses et on fait d’autres; on fait des examens, on refait des examens, on voit le Pr Untel qui saura dire, peut-être, et qui enverra vers un autre Pr Untel, après avoir constaté son impuissance à comprendre. Myopathies, neuropathies, maladies auto-immunes, gènes défaillants, mitochondries rétives, vacuoles absconses, on scrute, on dissèque, on compare, mais rien n’y fait. Il y a bien des signes, des défaillances aux noms barbares (...) qui sont les symptômes d’une foule de choses, sans qu’aucun soit suffisamment «franc » pour qu’il vienne formellement « caractériser » une pathologie. Mon corps est un menteur et il me fuit."
De toi , je n'ai rien appris du mystère de la vie, et celui de la mort s'est fait plus épais. Cependant, c'est le murmure de ta voix qui m'encourage à exister et à demeurer debout; malgré toutes les difficultés, et l'énigme de ta fin m'encourage à vivre pleinement; rien n'est assuré pour quiconque, joie, bonheur, tristesse ou désespérance.
jeudi 14 mars 2013
Leymah Gbowee avec Carol Mithers - Notre force est infinie
Éditeur : Belfond - Date de parution : Octobre 2012 - 344 pages
En 1989, Leymah Gbowee âgée de dix-huit ans doit tirer un trait sur ses rêves d’études supérieures et sur l’avenir de pédiatre qu’elle projetait. Son pays le Liberia est en proie à une guerre civile menée par Charles Taylor. Ce n’est qu’un début, le pays durant quatorze longues années est mis à feu et sang. Des enfants soldats, des femmes violées, une population obligée de fuir. Leymah Gbowee connaît la séparation d’avec les siens, un mauvais mari qui la trompe et l’exil. Si elle se bat pour nourrir ses quatre enfants, elle s’engage aussi auprès de son peuple. Agir sur le terrain auprès des femmes, ces épouses, mères ou sœurs qui manifesteront en 2003 pour que des négociations sur la paix aient lieu.
J’aurais dû vibrer à cette lecture en me disant que cette femme peut nous apprendre beaucoup de choses. Tant de détermination et de courage pour Lyemah Gbowee qui n’a pas honte de ses défauts ou de ses moments de faiblesse. Mais son récit passé entre les mains de Carol Mithers a glissé sur moi.
Je suis restée imperméable au style scolaire, à cette mise en avant sur la scène de certains aspects de la vie de femme de Leymah Gbowee. L’esprit d’analyse, la globalité d’une situation se sont faits ressentir par leur cruelle absence. Le tout au profit de certains points qui sont plus à même d’amener des larmes dans les chaumières qu’une véritable réflexion ou à pousser des femmes à se prendre par la main et à se dire « je peux le faire ».
jeudi 21 février 2013
Fulvio Ervas - N'aie pas peur si je t'enlace
Éditeur : Liana Levi - Date de parution : Février 2013 - 268 pages et un voyage extraordinaire dans tous les sens du terme!
Un voyage improbable aux Etats-Unis qui a pourtant eu lieu et qui se poursuivra même en Amérique Latine. Plus de trente-huit mille kilomètres à sillonner les routes d’Amérique en Harley Davidson durant les vacances scolaires d’été avec Andrea son fils âgé de dix-sept ans. Inimaginable, déconseillé par certains médecins car Andrea est autiste. Coupé du monde réel, il a ses manies qui surprennent, dérangent. Enlacer et toucher les personnes au ventre, réduire en confettis des feuilles, ranger les objets selon son idée à lui. Andrea est imprévisible mais son père Franco Antonello a décidé qu’il avait le droit à ce voyage.
Ce livre à lui seul abat bien des frontières et des préjugés. Même si ce road-movie possède tous les ingrédients de l’aventure, Franco Antonello a préparé ce voyage, répéter à Andrea ce qu’il fallait faire en cas d’urgence ou ne pas faire comme s’éloigner de lui. Les Etats-Unis comme cadeau d’anniversaire d’un père à son fils et également une façon de conjurer un peu l’autisme. Des kilomètres avalés, des lieux mythiques, des rencontres surprenantes, des instants magiques mais aussi les mauvais jours où rien n’allait. Etre confronté aux côtés sombres de l'autisme, dormir dans des hôtels ou sous des tentes, rencontrer un chaman, découvrir l’Amazonie. Andrea qui communique très peu à l’oral écrit sur un ordinateur. Autant de phrases brèves où la douleur d’être différent, l’amour de la vie, son regard sur le monde sont des petits poèmes à elles seules. Ce formidable récit raconte les liens d’amour entre ce père et ce fils, les craintes de Franco pour l’avenir, les tentatives pour sortir Andrea de son monde parallèle et surtout ce qu'Andrea apporte aux gens qu'il côtoie. Malgré ses lubies, l' inattendu dans un pays qu'ils ne connaissent prend différentes facettes. L'auteur Fulvio Ervas a prêt sa plume pour ce livre et rend au plus juste les interrogations, l'amour de Franco, l'émerveillement. Ce voyage a permis au père d'Andrea de dépasser certains de ses doutes et de nous démontrer que bien des barrières ne sont pas accrochées aussi solidement qu'on ne le pense.
Cette belle aventure humaine, épique regorge d'humour, d'émotions et de surprises ! Un sourire aux lèvres et cette sensation unique d'être quelqu'un d'autre après avoir tourné la dernière page !
Je suis en prison dans les rêves de liberté. Andrea veut guérir.
samedi 16 février 2013
Michelle Perrot - Mélancolie ouvrière
Éditeur : Grasset - Date de parution : Octobre 2012 - 184 pages qui m'ont laissée sur ma faim...
Aidée par Gérard Mingat dans ses recherches, l'auteure dresse un tableau de la France ouvrière et syndicaliste du début du 20ème siècle dans le Dauphiné.
De nombreuses références à d’autres ouvrages, un style très scolaire et j’ai eu l’impression de lire un rapport de travail. La dernière page tournée, la vie de cette femme courageuse et engagée reste hélas aussi énigmatique. Dommage !
Une lecture commune avec Hélène qui n'a pas aimé.
mercredi 16 janvier 2013
Fabrice Luchini - Fragments d'un discours amoureux de Roland Barthes
Éditeur : Audiolib - Date de parution : 2011 - 1h10 d'écoute transportée par la voix de Fabrice Luchini !
Je ne connaissais pas le texte de Fabien Barthes Fragments d’un discours amoureux. Avec ce livre audio, j’ai pu le découvrir où par son talent de conteur Fabrice Luchini le rend vivant. Fragments d’un discours amoureux n’est pas un roman mais comme son titre l’indique une suite de réflexions sur les différents comportements ou situations liés à l’amour. L’absence, l’altération, l’angoisse… Des tableaux dépeints avec une acuité précise.
Fabrice Luchini ne lit pas cet essai mais lui insuffle densité, émotions par son intonation, par le débit de sa voix qui s’accorde, se pose sur ces mots. Ce livre audio a été un moment magique, une parenthèse qui m’a laissée habitée par la voix de Luchini.
Seul inconvénient avec le livre audio : il est difficile d’insérer des marque-pages et il y a beaucoup, beaucoup de passages qui m’ont interpellée. Et comme je l’ai écouté en marchant, je n’ai pu écrire quelques extraits. Je pense aussi à la tête des gens que j'ai croisés sur mon chemin alors que j'affichais une mine concentrée car ce texte demande de l'attention...
J'ai beaucoup, beaucoup aimé : le thème, la palette de sentiments qui s'en dégage ! Un vrai plaisir! Voilà qui m’a donnée envie d’écouter d’autres livres…
Leiloona , Valérie ont beaucoup aimé , Antigone et Cynthia sont d’avis différents.
Un extrait ci-dessous:
Une lecture audio dans le cadre du challenge de Valérie :
mardi 18 décembre 2012
Lionel Tran - No présent
Éditeur : Stock - Date de parution : Septembre 2012 - 283 pages
Début des années 1990, le narrateur abandonne rapidement la fac. Dans le quartier de la Croix-Rousse à Lyon, il crée collectif un Tabula rasa. L’art, les idées libres pour changer le monde.
1971 est l’année de ma naissance du narrateur, la mienne également. Je fais partie de la même génération que Lionel Tran. Quand lui a tout plaqué, je me suis cramponnée à mes études. "Les études, c’est l’avenir" phrase répétée par ceux et celles qui n’en en avaient pas fait et qui étaient cloisonnée à des boulots nécessitant pas (ou peu) de qualification particulière. Pourtant, on ressentait l’onde du chômage et le spectre des filières bouchées. A quoi aller ressembler l’avenir ? En y repensant, je ne savais pas.
Le narrateur revient sur ces années où il croyait avoir fait le bon choix. Celui d’une révolte à sa manière avec d’autres, une rébellion contre une société, ses diktats et ses normes. Avec l’Art comme fer de lance et bouclier. Mais ses compagnons sont plus paumés que réellement intéressés par la création. Il n’empêche que tous les jours il se force à écrire. Seul but pour ne pas sombrer car ses amis peu à peu s’échouent dans les drogues ou quittent cette marginalisation. Et puis il y a un déclic. Celui de son propre regard changé. Forcément, la remise en question est amère et les désillusions nombreuses. Claquantes.
Ce journal de ces années est entrecoupé par les évènements sociaux de l'époque et les souvenirs d’enfance du narrateur. Une mère baba cool confortée dans ses pensées idéologiques et imposant ses choix et ses amants à son fils. Et ces mots de sa part Je regrette. Si j'avais su que le contexte évoluerait comme ça, je me serais fait avorter. ( Oui ,en déclaration d'amour maternel c'est un genre...). Un uppercut.
L’ensemble est un journal autobiographique où l’on se prend en pleine figure les questions de l’auteur. Mais il s'agit avant tout d'un énième récit d’un désenchantement où Lionel Tran a l’honnêteté d’écrire ses erreurs. Néanmoins, ce livre a réveillé en moi le souvenir d'années où j'avançais à tâtons en espérant de ne pas m'être trompée.
Le personnage de sa mère m'a fait halluciner. Est-ce qu'elle qu'elle a joué un rôle dans le parcours de son fils par son mode de vie ? Vaste débat et là n'est pas la question.
Tout ce qui comptait c'était se sentit bien dans sa peau , avoir du temps pour soi, se cultiver et avoir des amis. Il y avait cette idée qu'une conscience éveillée pouvait changer le monde. Nous étions persuadés d'avoir de la chance.
Merci à Dialogues croisés pour la découverte.

samedi 10 novembre 2012
Sandra Kollender - La tête à toto
Éditeur : Steinkis - Date de parution : Janvier 2012 - 154 pages qui m'ont lassée et pire qui ne m'ont pas touchée...
Sandra Kollender a un
petit garçon atteint d’une maladie rare
et détectée tardivement le syndrome de West. Maladie handicapante, invalidante qui ne permet à Noé comme les autres enfants
Quand à la roulette russe, le handicap et la maladie vous tombent dessus , il y a deux façons de réagir : adopter l'auto-apitoiement et attendre la compassion ou alors se battre et être optimiste.
J’ai toujours considéré l’humour, l’auto dérision comme des armes redoutables pour parler du handicap
et de ses nébuleuses cohortes. Démarches qui s’apparentent à un combat plongé
dans la jungle des papiers, des médecins
manquant d’humanité, le regard et l’incompréhension d’autrui. Il faut un moral d’acier,
une bonne dose d’humour pour y faire face. Ce dernier est même nécessaire pour ne pas sombrer quand le handicap, la maladie
sont obscurs, progressifs et que l’avenir ressemble à un point
d’interrogation. Si je me suis retrouvée
dans certaines situations comme vouloir jeter un médecin par la fenêtre ou le
traiter intérieurement de tous les noms oiseaux, l’auteur dans ses descriptions complique des
démarches qui sont déjà malheureusement assez complexes.
Bien que Sandra Kollender pointe du doigt les dysfonctionnements de prise en charge en matière d'handicap, l'humour et le fun (mot qui revient souvient dans ce court texte) surchargent grossièrement le trait de pinceau.
A vouloir rendre à tout prix son récit drôle, le texte en devient par moment lourd, excessif. L’écriture proche de l’oralité, trop vive, les digressions soi disant humoristiques ( les trop de la balle … très peu pour moi) m’ont lassée. Et pire, je n'ai pas été touchée.
Etant moi-même atteinte d’une maladie invalidante et handicapante, en comparaison, j’étais sortie « grandie » après la lecture de Où on va Papa ? de Jean-Louis Fournier.
Dommage qu'en annexe, l'auteur n'ait pas jugé utile de joindre le lien d'un site sur cette maladie peu connue.
A vouloir rendre à tout prix son récit drôle, le texte en devient par moment lourd, excessif. L’écriture proche de l’oralité, trop vive, les digressions soi disant humoristiques ( les trop de la balle … très peu pour moi) m’ont lassée. Et pire, je n'ai pas été touchée.
Etant moi-même atteinte d’une maladie invalidante et handicapante, en comparaison, j’étais sortie « grandie » après la lecture de Où on va Papa ? de Jean-Louis Fournier.
Dommage qu'en annexe, l'auteur n'ait pas jugé utile de joindre le lien d'un site sur cette maladie peu connue.
lundi 8 octobre 2012
Claude Arnaud - Qu'as-tu fais de tes frères ?
Editeur : Le livre de poche - Date de parution : Août 2012 - 377 pages et un très beau témoignage !
Claude Arnaud est issu d’un milieu bourgeois. Ses frères aînés Pierre et Philippe sont
brillants et se destinent à de hautes études. Leur père est un homme rigide et autoritaire tandis que leur mère est douce et
compréhensive. Claude et ses frères passent
les étés en Corse dans la famille maternelle.
Loin des conventions et des étiquettes. Mai 68 se profile et Claude âgé de douze
ans se précipite dans cette brèche de
liberté. Se découvrir, se rebeller contre le modèle du père et celui d’une
France sur la sellette.
Dans ce récit autobiographique, Claude Arnaud nous raconte comment il a vécu les évènements
de Mai 68 et l’implosion de sa famille. Hubert Arnaud avait sûrement planifié le
destin de ses quatre fils : Pierre, Philippe, Claude et Jérôme le petit
dernier. Claude admire ses deux aînés,
brillants et intelligents. En Mai 68, Claude âgé de seulement de douze ans rejoint les mouvements protestataires. Il
hurle des slogans, distribue des tracts et s’insurge. Son père tente de rétablir l’ordre
tant bien que mal alors que sa mère tombe
gravement malade. Les aînés découvrent eux-aussi cette liberté soudaine, cette
possibilité de vivre comme bon leur semble. Claude devient Arnulf rangeant au placard l’autorité d’un père. Sexualité,
drogues, politique.. Claude touche à tout. Sans aucune limite. Il évolue comme un
électron libre, avide et ayant la vie devant lui. La famille n’en est plus
une. Le cancer a emporté sa mère, Pierre devenu un clochard s’est isolé dans une
bulle de folie et Philippe est parti à l’étranger
sans but précis.
Avec une écriture directe et sans fioriture, Claude Arnaud nous fait revivre tout
ce qui a été semé dans le sillage d'une époque. On y trouve la fougue de
la jeunesse, le non d’une France, la liberté proclamée et déclinée. Avec recul et honnêteté, il revient sur sa vie et celle de ses frères.
Frères de sang ou d’une génération avec des combats pour des idéaux et des espoirs. Un très beau témoignage où la sincérité est vibrante !
Ma génération s'est pensée en bloc, il n'y avait de place que pour les collectifs, les communes et les groupes. La solidarité était censée faire taire les intérêts privés, l'ambition, la jalousie. Qui aurait osé dire que le nuage stupéfiant où nous vivions n'était pas la "vraie vie"?
Le billet de Mango
mercredi 26 septembre 2012
Michaël Ferrier - Fukushima
Éditeur : Gallimard - Date de parution : Mars 2012 - 263 pages et un avis mitigé
Michaël Ferrier enseigne et habite à Tokyo. Il nous livre ce qu‘il a vécu, vu et ressenti en 2011.
Sur le bandeau il est écrit l’horreur nucléaire donc j’ai été très surprise qu’une bonne partie du livre concernait les tremblements de terre. Deuxième surprise qui m’a fait craindre le pire est le style pompeux employé au début pour décrire le séisme : les verres à pieds font des claquettes, les assiettes des castagnes. (..)Saint-John Perse tombe le premier. « S’en aller ! S’en aller, Paroles de vivant !». Celui qui peint l’amer au front des plus hauts caps , qui marque d’une croix blanche la face des récifs, ne résiste pas plus quelques secondes à la bourrasque : le Saint-Léger s’envole. Vigny le suit de près, et Lamartine, et même Rimbaud qui prend la tangente sur sa jambe unique avec une facilité déconcertante, poursuivi par Verlaine et ses sanglots longs. Heureusement, l’auteur ne s’en tient à dix pages de ces métaphores ronflantes pour laisser place à un style différent. Il raconte le premier tremblement, comment il est perçu dans ce pays habitué à ce genre de manifestations terrestres, puis les répliques. Incessantes, encore plus dangereuses. Il le raconte en tant que français habitant à Tokyo mettant en parallèle les réactions des Tokyoïtes différentes. Eux ne cèdent pas dans un premier temps à la panique. Puis, dans la seconde partie l’auteur se rend à un village-frontière limite de la zone interdite. Il constate l’effroyable étendue des dégâts du tsunami et ce qui n’a pas été dit par le gouvernement. La demi-vie mode d’emploi, dernière partie du livre concerne la catastrophe de Fukushima. Et la, j’ai eu envie de crier au scandale, aux mensonges. La mascarade d'un gouvernement et ses silences. Fukushima ? Sujet tabou. Il s’agit de cette dernière partie sans concession qui m’a le plus intéressée.
Des nombres étayent ce livre montrant ô combien que les conséquences de Fukushima inscrite dans l’année 2011 n’en sont qu’à leurs débuts et demeurent inquantifiables pour la planète et pour les habitants.
Mon avis est mitigé car j’ai trouvé que la vie de couple de l’auteur n’avait pas sa place dans ce récit et que l’auteur utilisait un peu trop l’effet choc pour nous décrire une région dévastée après le tsunami. L’auteur utilise l’ironie pour démontrer que la communication gouvernementale et la réalité sont opposées.
Malgré ces bémols, ce témoignage nous éclaire sur la catastrophe de Fukushima et sur l’utilisation du nucléaire. Mais voilà j'ai trouvé qu'il manquait un je ne sais quoi à ce témoignage..
Face à ces chiffres, comme on ne sait plus quoi faire, on fait n'importe quoi. Le 14 mars, le ministère de la Santé et du Travail augmente la dose maximale autorisée pour les travailleurs de centrale de cent millisieverts pour cinq ans... à deux cent cinquante millisieverts par an! C'est vrai, quoi à à bon, des normes si ce n'est pour les transgresser? En avril, il fera encore mieux : il élèvera la dose maximale pour les enfants à vingt millisieverts par an... ce qui est tout simplement le taux maximum en France ( et pour la Commission internationale de protection radiologique) auquel on peut exposer les travailleurs du nucléaire!
dimanche 23 septembre 2012
Darin Strauss - La moitié d'une vie
Éditeur : Rivages - Date de parution : Août 2012 - 204 pages sobres et fortes!
A dix-huit ans, Darin Strauss roule en direction du minigolf avec des amis. Il percute une jeune fille à vélo. Celine
Zilke s’est brusquement déportée vers la gauche et il n’a pas pu l'éviter.
Tous deux étudient dans le même lycée et habitent la même ville. Celine décèdera à l’hôpital. Bien que tout le monde ait affirmé que l’accident
était inéluctable, la vie de Darin Strauss a été modifiée à tout jamais.
Là où certains s’épancheraient en pathos à la recherche de
compassion, Darin Strauss nous livre un
récit qui frappe par son honnêteté. A trente-six ans , l'auteur
revient sur l’accident et sur ses suites qui ont bouleversé à jamais sa vie. Le
choc, la cycliste renversée, les
premières pensées et très vite la culpabilisation d’être celui qui a enlevé une vie à quelqu’un
de son âge. La mère de la jeune fille lui demandera de vivre désormais pour eux deux et le jeune homme ne pourras pas accepter. A quelques semaines de la fin des cours au lycée,
il devient celui que l’on se désigne par regard ou celui à qui l'on confie brièvement quelques mots souvent gauches. Lui-même se
perd, ne sait quelle attitude adopter et l’université sera pense-t-il une échappatoire. Mais il ne
peut pas s’empêcher de penser à elle, d’imaginer qui elle serait devenue. La notion d’être directement ou non le responsable de la mort de Celine est là. Il a maintes fois visualisé la collision, calculé et recalculé le temps qu’il lui aurait
fallu pour dévier son volant. Comme pour se rassurer de n’être pas
coupable alors que son innocence a été prouvée. Une innocence remise en question quand les parents de la jeune fille voudront lui intenter
un procès. Il ressassera ses pensées, légitimes ou non. La culpabilité et sa gangue de silence l'empoisonneront. Sa future femme sera la première à l'écouter. Elle l’encouragera à écrire ce récit pour
accepter d’être celui qu’il est et de vivre enfin.
Ce témoignage dont la vocation première était cathartique est un face à face sans tricherie avec soi-même. Tout en explorant les mécanismes de la conscience, les émotions, la sobriété et l'honnêteté de l'auteur rendent ce livre bouleversant et saisissant ! Une lecture en apnée totale !
Ce témoignage dont la vocation première était cathartique est un face à face sans tricherie avec soi-même. Tout en explorant les mécanismes de la conscience, les émotions, la sobriété et l'honnêteté de l'auteur rendent ce livre bouleversant et saisissant ! Une lecture en apnée totale !
Le camouflage était devenu ma seconde nature. Mes amis ne voulaient pas savoir. Qui aurait voulu savoir "ça"? Pas moi c'est certain. Tout ce que je voulais, c'était examiner mes suppositions à la loupe, observer chaque facette, chaque éclat de ma fausse pierre précieuse.
mercredi 8 août 2012
Rithy Panh avec Christophe Bataille - L'élimination
Éditeur : Grasset - Date de parution : Janvier 2012 - 330 pages bouleversantes...
Le 17 avril 1975, les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh
la capitale du Cambodge. Rithy Pahn est âgé de treize ans :du jour au
lendemain, je deviens « un nouveau
peuple », ou, expression plus affreuse encore, « un 17 avril ». Trente
ans plus tard, il raconte, témoigne de ce qu’il a enduré sous le régime de Pot
Pot.
Pour la réalisation de son film "S21, la machine de mort Khmère rouge », Rithy Phan a rencontré des survivants comme
lui mais également des bourreaux, des tortionnaires dont Duch le responsable du
centre S21. Un centre où étaient accomplis des tortures, des exécutions, des prises
de sang massive (allant jusqu’à vider
entièrement la personne de son sang), des viols. Lors de ces entretiens avec Duch, documents à l’appui,
il lui pose des questions. L’homme nie ou se réfugie derrière la doctrine, se
complait dans le mensonge. Pire, il lui
arrive de sourire. Rithy Pahn n’abandonne pas et cherche de comprendre avec
patience.
De 1975 à 1979, les Khmers rouges ont organisé des déplacements massifs de la population : la première décision politique du nouvel ordre est d’ébranler la société : déraciner les habitants des villes ; dissoudre des familles, mettre fin aux activités antérieures – professionnelles en particulier ; briser les traditions politiques, intellectuelle, culturelles, affaiblir physiquement et psychologiquement les individus. L’évacuation forcée a eu lieu simultanément dans tout le pays et n’a souffert aucune exception.
De 1975 à 1979, les Khmers rouges ont organisé des déplacements massifs de la population : la première décision politique du nouvel ordre est d’ébranler la société : déraciner les habitants des villes ; dissoudre des familles, mettre fin aux activités antérieures – professionnelles en particulier ; briser les traditions politiques, intellectuelle, culturelles, affaiblir physiquement et psychologiquement les individus. L’évacuation forcée a eu lieu simultanément dans tout le pays et n’a souffert aucune exception.
Le
Kampuchea démocratique a affamé la population : la faim est le premier
des crimes de masse – si difficile à établir avec certitude, comme si ses
causes même étaient mangées, tout était soumis à l’Angkar où l’individu était réduit à néant : c’est un état
de « non habeas corpus ». Je suis sans liberté, sans pensée, sans
origine, sans patrimoine, sans droits : je n’ai plus de corps. Je n’ai qu’un
devoir : me dissoudre dans l’organisation . Chacun était renommé
pour effacer l’individualisme, pour déshumaniser un peu plus l’être humain. Pour l’Angkar, il n’y avait
pas d’individus. Nous étions des éléments.
Travailler sans relâche, obéir,
se taire : Rithy Pahn l’a vécu. En quelques semaines, il a perdu sa famille tous emportés par
la cruauté et la folie des khmères rouges. J’étais sans famille. J’étais sans
nom. J’étais sans visage. Ainsi je suis resté vivant, car je n’étais plus rien.
Il a frôlé la mort, sauvé de de la maladie. Il a vu des enfants périr à
ses côtés, a transporté des cadavres dans des charniers.
Tout est raconté sans pathos, sans
auto-apitoiement, sans haine mais avec justesse et une forme de sagesse que
seuls ceux qui ont connu le pire possèdent. Entre les mots, on ressent la
douleur. Brute et ineffaçable. Certains passages
sont très durs, à la limite de l’insoutenable mais il fallait écrire noir sur blanc ce qui s’est
réellement passé. Rithy Pahn a rassemblé des documents, vérifier chaque élément et chaque point pour que personne ne puisse dire que le S21 n’était qu’un « détail » de
l’histoire ou que les 1,7 millions de morts n’étaient pas aussi nombreux. L’auteur
soulève des questions sur la passivité de l’ONU, sur les relations des Etats-Unis
et de la Chine avec ces criminels, sur la France qui n’a toujours pas dit ce
qui s’était passé dans son ambassade en avril 1975.
Quelques éléments de mise en forme m’ont gênée à ma lecture. L’auteur cite Louis Althusser, j’aurais aimé qu’il précise que c’était un philosophe (ce que j'ignorais). De même, des extraits de la plaidoirie de Jacques Vergès sont mentionnés mais sans la date du procès.
Quelques éléments de mise en forme m’ont gênée à ma lecture. L’auteur cite Louis Althusser, j’aurais aimé qu’il précise que c’était un philosophe (ce que j'ignorais). De même, des extraits de la plaidoirie de Jacques Vergès sont mentionnés mais sans la date du procès.
Il n’en demeure pas moins que
ce livre est un document bouleversant, capital et nécessaire, une pierre à l'édifice de la mémoire
collective !
lundi 11 juin 2012
Aurélie Lévy - Ma vie pour un Oscar
Éditeur : Plon - Date de parution : Juin 2012 - 152 pages distrayantes !
Camille, une parisienne de vingt-deux, rêve de briller sous les projecteurs. Elle s’envole pour Los Angeles où elle est embauchée en tant qu’assistante personnelle de John Bogus, une star du cinéma américain. En attendant le rôle de sa vie, elle doit être disponible vingt-quatre-heures sur vingt-quatre-heures pour John Bogus.
L’auteure raconte dans ce livre son propre récit. Et oui, sous les pseudos de Camille et de John Bogus, il s’agit d’Aurely Lévy et d’un acteur très connu. Au départ, Camille est ébahie par ce luxe cette démesure et s’étonne des caprices de John Bogus, elle pense rester elle-même. Non, Los Angeles ni John Bogus ne déteindront pas sur elle ! Déterminée, mégalo, elle veut réussir. Et bien, elle se trompe. La voilà à s’alimenter de soja, à faire partie de ceux qui gravitent autour de cette star et Camille perd pied peu à peu avec la réalité. De la cérémonie des Oscars à un voyage (soi-disant) humanitaire avec John Bogus en Afrique, l’auteure n’hésite pas à se moquer d’elle-même pour nous montrer les dérives excessives des stars et les coulisses du quotidien. Mais, jusqu’où pouvons-nous aller pour à aller pour apaiser notre soif de notoriété ou de reconnaissance?
Même si on aurait aimé qu’elle creuse plus par moments, l’auteure préfère jouer la carte de légèreté. Mais, il s'agit d'une lecture distrayante et la satire fait (forcément) sourire!
Le car-wach, les mani-pedis, les balayages capillaires, massages réflexologiques et autres yogas Bikrma, Iyenger, Ashtanga ou Hatha sont autant de stratagèmes que les Californiens ont trouvé pour cultiver leur moi intérieur et maintenir un taux de consommation digne d'un Etat gouverné par un ex-star du porno reconvertie en RoboCop du déficit budgétaire.
Le billet de Cathulu
vendredi 18 mai 2012
Blanche de Richemont - Manifeste vagabond
Éditeur : Plon - Date de parution : Mai 2012 - 124 pages magnifiques !
A trente-trois ans, je pose mes valises et m’interroge :
cela fait des années que tu cours sur les routes après un sens ; existe-t-il ?
Parviendras-tu encore à échapper à ton époque ou céderas-tu au désenchantement
? Partir encore. Mes longues marches dans le désert ont guéri des blessures
mais le mot “ailleurs” est devenu une obsession. Comme si je ne pouvais jamais
revenir. A chaque retour, il me faut de nouveaux rêves pour tenir. Le voyage
est devenu un esclavage. Alors, j’ai compris qu’il devait servir une autre
dimension : intérieure. Le véritable vagabond ne serait pas celui qui prend la
route, mais celui qui part chercher son âme. Ces pages sont l’écho de cette
quête.
J’ai lu puis relu ce livre en me demandant comment vous en
parler car j'ai puisé de la force dans les mots de Blanche de Richemont.
A la base de ces voyages, il y un abîme de douleur. Le suicide son frère âgé
de quinze ans. Une blessure béante, des questions et l’envie de partir
ailleurs. Blanche de Richemont a d'abord voyagé dans le Sahara puis en Inde. Toujours avec modestie,
pour apprendre et recevoir. Au Sahara, les heures de marche se sont succédées des jours durant, le corps épuisé, meurtri
et le désert qui s’offrait à sa vue à
perte de vue. Après ce premier voyage, elle dit :
Je ne suis pas allée dans le désert pour guérir du deuil
mais pour chercher un sens qui me permette de survivre. Je l’ai trouvé dans un
retour aux sources. Cette vie simplifiée m’a rendue plus forte car elle m’a
soumise aux lois de la terre et non à celle des hommes, toujours discutables.
Aucune vérité humaine qui ne soit éternelle, aucune en laquelle je puisse
croire désormais.
Les retours réclament des départs. Partir pour éviter l’amour,
partir toujours pour cette quête de la paix
intérieure. La remise en question est toujours présente car « on ne fuit
rien dans le désert. La route nous ramène toujours à nous-mêmes ».
Le récit est émaillé de citations de romanciers qui un jour
ont tous pris la route Sylvain Tesson, Jünger, Kerouac donnant une portée riche
de sens à la définition de la liberté. Le voyageur se fait éclaireur, libre
physiquement et spirituellement mais toujours soumis à la nature. De ses parcours, elle a découvert une autre vie. L’auteure ne se fait
pas moralisatrice ou donneuse de leçons. Simplement et à son tour, elle nous
transmet ce qu’elle a reçu et appris.
Une lecture en apnée totale, riche d'enseignement, magnifique où l'humanité, la simplicité se
déploient dans chaque ligne !
Avec des mots qui touchent le cœur et l'esprit, ce livre est une fenêtre ouverte sur nous-mêmes et sur les autres !
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