J'ai réussi à voler du temps au temps aujourd'hui pour l'atelier de Gwen (attention, celui ou celle qui me dénonce aura à faire à moi !).
Elle s’appelle Fleurdelise Bérochu. 43 ans, célibataire, sans enfant. Un écureuil de compagnie. Un deux pièces près de la gare Saint-Lazare. Elle a fait des études, tenu des postes à responsabilité. Elle a connu l’amour mais ça n’a pas marché. Aujourd’hui, elle est Dame Pipi à Paris.Comment est-elle devenue Dame Pipi et pourquoi? Quel est son quotidien et comment le vit-elle? Fait-elle des projets d’avenir? A-t-elle décidé de révolutionner le monde des latrines? L’amour est-il au coin du lavabo?
La consigne a réveillé mon imagination ( sans bornes) et comme l'a dit Gwen : sérieux s'abstenir...
Fleurdelise Bérochu. 43 ans, célibataire, sans enfant. Un écureuil de compagnie qui répond au nom de Pop’s et un deux pièces près de la gare Saint-Lazare. Comme tous les jours, je me rends à mon travail. Cette journée est spéciale car elle dissimule un étrange anniversaire. Plus de six ans ont passé depuis que j'ai quitté mon poste de trader aux Etats-Unis. La voltige des chiffres, la spéculation n’ont aucun secret pour moi. Un salaire très confortable sans oublier des primes qui tombaient quand je choisissais d'appuyer sur mon clavier au bon moment. Un métier masculin où j'avais fait mon trou après avoir mangé des maths, de l’économie et des chiffres. Au pays du rêve, j’avais fait la une d'un magazine : "la Française qui a fait gagner 80 millions de dollars à Cie&Westyoung". Il y a eu un remaniement et un changement de direction. Mon nouveau boss m’avait demandé d’effectuer certaines opérations et ne pas en dire mot. Soit j'acceptais soit je partais. J’ai choisi la deuxième option car je ne pouvais pas spéculer sur le dos de pauvres gens qui à cause moi allaient perdre leur maison. Lee Waston m'avait balancé à la figure " Tant pis pour toi , maintenant tu es grillée dans toutes les compagnies , tu peux te recycler en dame pipi ! " Le salop ! Je vous épargne tous les noms d’oiseaux américains dont je l’ai affublé! Good bye USA pour un retour en terre normande des Bérochu.
C'est en voyant une vache qui broutait tranquillement se débarrasser d' un taureau qui l’approchait de trop près par un coup de corne que j'ai eu mon idée. Et quand mon regard a croisé celui de la vache, elle a meuglé. Un signe du destin m’était donné. Ni une, ni deux, j’ai foncé ! Côté financier, je n’étais pas à plaindre mais il me fallait un capital plus important de départ. Au lieu de me prendre pour une illuminée, mon père m’a rassurée en m’affirmant que j’étais une fille géniale. Il faut dire que mes parents étaient un mélange d’artistes bohèmes ayant monté une pièce à succès et férus de fleur ( mon prénom vient du fait du fait que j’avais été conçue lors d’une promenade champêtre et fleurie). Les latrines de la capitale avaient à bien se tenir car deux mois après, j'aménageais à Paris. J'ai été frappé aux portes des cafés-restaurants situés près de la Bourse. Soignée, sans exigence pour le salaire, discrète mais la serpillière ferme et un CV sans mon passé. En quelques mois, j’étais devenue non seulement experte en matière de prostate mais aussi en mesquineries. Regards dédaigneux de ma clientèle pourtant bien heureuse d'avoir des toilettes propres, j’étais la femme invisible pour beaucoup et un symbole de la médiocrité pour tous ces magnats de la finance.
Certains devaient me prendre pour une simple d’esprit quand je dégainais mon éponge et mon produit WC avec un sourire jusqu'aux oreilles après le passage de clients américains. Ils ne doutaient pas que je venais d’empocher sous le nez de Lee quelques centaines de milliers de dollars. J’étais à la tête de Lat Expert une société d’investissement en bourse. En cinq ans, j’avais entamé sérieusement le chiffre d’affaires de Cie&Westyoung. Car de mon poste de dame pipi, j’étais au courant de tout. Et croyez moi les hommes peuvent parler énormément en se soulageant devant l’urinoir. Futurs projets, opérations à venir, j’étais informée de beaucoup de choses. De ma tablette glissée dans mon magazine vieux de dix ans, j’achetais ou je vendais. Lat Expert a commencé à faire parler d'elle. Mes collaborateurs avaient signé une clause spéciale les interdisant de divulguer mon nom. Un siège social sans personnel, ma société était entourée d’un épais brouillard tout en en restant dans la légalité. Quelquefois mes collaborateurs venaient directement m'informer d’opérations et certains n'ont pas tenu le coup ( l'odeur citronnée du parfum WC ?). Les serveurs pensaient que beaucoup d'hommes étaient tombés amoureux de moi de moi vu le nombre de fois où ils payaient un café sans le consommer pour se précipiter aux toilettes. Là aussi, je m’étais entourée de précautions. Aucune des collaboratrices ne se déplaçait pour ne pas éveiller les soupçons surtout que Cie&Westyoung avait délégué des enquêteurs sur place. Toutes les pistes étaient brouillées et Lat Expert pesait lourd, son nom circulait à New-York. Enfin j'ai pu convoquer la presse financière. Un article de deux pages m’était consacrée : « Une dame pipi règne sur la finance » ! La photo est superbe. Tenant mon balai serpillière et de l'autre main, une éponge serrée dans mes gants plastiques roses. J’ai pris soin bien sûr de l’envoyer à Cie&Westyoung . Depuis, Lee a été viré...
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dimanche 3 mars 2013
dimanche 18 novembre 2012
Vie de phalène
Chez Gwen, les plus téméraires ont écrit un poème, j'ai opté pour un texte où il fallait inclure ces dix titres de Patrick Modiano:
- L’herbe des nuits
- Dans le café de la jeunesse perdue
- Un cirque passe
- Chien de printemps
- Fleurs de ruine
- Vestiaire de l’enfance
- Rue des boutiques obscures
- De si braves garçons
- La ronde de nuit
- La petite Bijou
Dans le vestiaire de l’enfance
Elle va d’un pas hésitant
Passant des bras de sa mère aux jeux avec ses cousines plus
grandes.
Calme, enfant peu bavarde et toujours conciliante
Un cirque passe laissant une traînée d’étoiles dans ses
yeux.
Elle articule une poupée sans savoir que
Dans quelques années,
Accompagnée de si braves garçons elle ira à la ville voisine
Passer ses samedis soirs
L’œil noirci au crayon, et toujours à sa bouche rouge provocante
une cigarette allumée,
Une fois la portière claquée rue des boutiques obscures
Elle enfilera des bas volés à sa mère et une jupe courte
cachée dans son sac.
Menant sa troupe masculine, rougeauds et maladroits, mal à l’aise
sous les néons urbains.
Dans le café de cette jeunesse perdue, elle pensera radieuse
se glisser dans la doublure des jours.
Et vivre plus intensément.
Elle reviendra aux lueurs du jour,
L’herbe des nuits folle humide collant à ses bottes,
Le rimmel coulé sur les joues, les cheveux emmêlés,
Prenant le temps de regarder la campagne se réveiller
D’écouter le silence, d’embrasser d’un regard ce pays qu’elle
trouverait morne, vieillot.
Dans la ronde des nuits passées à refaire le monde sur des
fleurs de ruine,
Elle trouvera la mère assise dans son vieux fauteuil en velours.
Visage pâle et tendu, rongée par l’inquiétude.
Phalène attiré part la lumière, elle aura accumulé des trésors
de strass et de pacotille.
Butin qu’elle aimera imaginer de diamant.
Aux reproches, elle criera
qu’elle veut partir de ce trou.
La mère hochera la tête, lui répétant qu’elle est mineure et elle, elle lui jettera à la face l’absence d’un père, une vie aux vêtements donnés
par les cousines.
Elle claquera le porte, ira se blottir auprès de Petite Bijou son chien de printemps trouvé
dans un chemin.
L’épicentre de l’amour maternel sera fendu. Blessé à jamais.
Quelques semaines plus
tard, elle rencontrera un garçon qui la fera rougir.
Une nuit qu’elle passera dans une voiture révélant sa nudité pour s'offrir entière.
Dix-huit et des poussières, la robe de mariée tendue sous le
ventre bien arrondi.
On pensera que c’est beau l’amour, qu’on a toute la vie
devant soi.
L’année suivante, entres les pleurs du petits et le mari
presque jamais là, on regrettera le lycée abandonné.
Et déjà la routine installée. Usante, corrosive et aride.
Les soirées devant la télé et toujours regarder
à la dépense.
A vingt ans, on se dira heureuse en cachant ses larmes dans
les cheveux de l’enfant.
dimanche 7 octobre 2012
Intérimaire de passage
Aujourd’hui, chez Gwen on détourne les pubs. Rien que ça ! Sur les 15 slogans ci-dessous, notre mission d’agent 007 est d’en utiliser au moins 10 dans un texte. Mission acceptée et effectuée…
Faire du ciel le plus bel endroit de la Terre. (Air France)
A l’origine, il y a toujours Francine. (Farine Francine)
Vous êtes vivant, alors vivez! (Cœur de lion)
Vous ne viendrez plus chez nous par hasard. (Total)
Grandir, pour quoi faire? (Renault Modus)
C’est tellement mieux d’être une fille. (Barbie)
Think different/Pensez différemment. (Apple)
A fond la forme. (Décathlon)
Nous vous devons plus que la lumière. (EDF)
Faites pousser vos idées! (Jardiland)
Ça pique pas, ça arrache! (Pimousse)
Je suis pas jolie, je suis pire. (Kenzo)
Quand y’en a marre, y’a Malabar (...)
La vie est une question de priorités (Magnum)
La vie n’est pas en noir et blanc, elle est en or ( Dior)
Mon travail consiste à faire du ciel le plus bel endroit de la terre. Et à chaque vol, je prononce cette phrase magique à destination des clients. Doucement, mais pas trop non plus, avec chaleur comme on me l’a appris. Je dois m’occuper des passagers, devancer leurs questions et leur dire que tout se passera bien. D’ailleurs, il n’y a jamais eu de raté ou d’accident. C’est impossible.
Je suis la meilleure pour repérer les anxieux. Ne croyez pas à une vantardise de ma part mais enfant, j’avais peur en avion alors je les comprends. Avant le décollage, ma mère me donnait un malabar, me disait de fermer les yeux et de compter jusqu’à cinquante. Elle posait sa main sur la mienne et moi je me répétais quand y’en a marre, y’a malabar. Quelquefois je regarde par le hublot. A travers les couches de nuage, j’essaie de distinguer les gens. Je vois une famille où le garçon shoote de toutes ses forces dans un ballon en criant « à fond la forme », son père rit et sa mère caresse les cheveux de sa fille. Au dessin idyllique, j’ajoute une belle maison, un chien et un ciel bleu. Ils sont heureux sans le savoir. Même si la fille s’esquive rapidement devant ce geste trop maternel en se disant je suis pas jolie, je suis pire : une vraie mocheté. Pour le moment, elle n’est pas encore sortie avec un garçon. Toutes les filles de sa classe ont déjà eu un p'tit copain sauf elle. Son père, lui, pense à sa carrière, la vie est une question de priorités. Sa femme peut se plaindre qu’il rentre tard, qu’il est souvent absent mais il n’a pas le choix. De toute manière, à l’origine, il y a toujours Francine. C’est elle qui toujours tout choisi pour eux deux, pour les enfants comme si son avis à lui était sans importance. Justement sa femme pense à la revue "Faites pousser vos idées" qu’elle feuilletait hier soir. Entre deux articles sur la décoration intérieure et des astuces pour embellir son jardin, un docteur parlait d’une nouvelle méthode pour soigner la déprime. Le "Pensez différemment" aiderait les patients à réduire leur consommation d’anxiolytiques. Depuis quelques mois, une fois les enfants partis au lycée et son mari au travail, Francine broie du noir. Pourtant, elle est en bonne santé et mène une vie aisée. Tout a commencé quand elle a surpris son fils et un copain qui s’embrassaient. Elle se souvient du choc, de l’étau qui lui a serré la poitrine. Depuis sa vie semble s’éparpiller. Son fils pense à demain soir. Un copain à lui organise une fête en comité réduit. Ce gars lui vend de la bonne came pour planer. Cette fois, il a un plan d’enfer pour sortir sans pépin. Il a substitué quelques cachets à sa mère, elle en a tellement qu’elle ne pourra pas se rendre compte qu’il en manque. Avant le dîner, il se proposera de mettre le couvert, posera la carafe d’eau dans laquelle il aura pris soin de diluer quelques médicaments. Lui et sa sœur ont remarqué que leur mère était dans un état comateux du matin au soir et qu’elle pleurait facilement pour un rien. Seul leur père semble être aveugle. Pour le moment, le fils s’amuse à jouer son rôle comme dans une pièce de théâtre. Il pense sûrement à une comédie mais je sais qu’ils sont enregistrés pour le vol de demain. J’ai envie de leur dire vous êtes vivant, alors vivez, profitez ! Le fils ne sait pas qu’il est le metteur en scène d’une tragédie. Ma mère disait que la vie n’est pas noir et blanc, elle est en or. Et je croyais qu’elle avait raison. Le jour de mes dix-sept ans, mes parents m’avaient offert un collier en or fin. Il ne me quittait jamais. Quatre mois plus tard, il a virevolté dans les airs quand la voiture est sortie de la route. Ensuite, je me suis retrouvée à bord de cet avion. Mes parents refusent toujours qu’on débranche la machine. L’ensemble du personnel a le même statut que moi. Nous sommes des intérimaires de passage. Ah tiens, un client me fait signe, il semble très nerveux. Embarquer pour la mort n’est pas si facile.
Faire du ciel le plus bel endroit de la Terre. (Air France)
A l’origine, il y a toujours Francine. (Farine Francine)
Vous êtes vivant, alors vivez! (Cœur de lion)
Vous ne viendrez plus chez nous par hasard. (Total)
Grandir, pour quoi faire? (Renault Modus)
C’est tellement mieux d’être une fille. (Barbie)
Think different/Pensez différemment. (Apple)
A fond la forme. (Décathlon)
Nous vous devons plus que la lumière. (EDF)
Faites pousser vos idées! (Jardiland)
Ça pique pas, ça arrache! (Pimousse)
Je suis pas jolie, je suis pire. (Kenzo)
Quand y’en a marre, y’a Malabar (...)
La vie est une question de priorités (Magnum)
La vie n’est pas en noir et blanc, elle est en or ( Dior)
Mon travail consiste à faire du ciel le plus bel endroit de la terre. Et à chaque vol, je prononce cette phrase magique à destination des clients. Doucement, mais pas trop non plus, avec chaleur comme on me l’a appris. Je dois m’occuper des passagers, devancer leurs questions et leur dire que tout se passera bien. D’ailleurs, il n’y a jamais eu de raté ou d’accident. C’est impossible.
Je suis la meilleure pour repérer les anxieux. Ne croyez pas à une vantardise de ma part mais enfant, j’avais peur en avion alors je les comprends. Avant le décollage, ma mère me donnait un malabar, me disait de fermer les yeux et de compter jusqu’à cinquante. Elle posait sa main sur la mienne et moi je me répétais quand y’en a marre, y’a malabar. Quelquefois je regarde par le hublot. A travers les couches de nuage, j’essaie de distinguer les gens. Je vois une famille où le garçon shoote de toutes ses forces dans un ballon en criant « à fond la forme », son père rit et sa mère caresse les cheveux de sa fille. Au dessin idyllique, j’ajoute une belle maison, un chien et un ciel bleu. Ils sont heureux sans le savoir. Même si la fille s’esquive rapidement devant ce geste trop maternel en se disant je suis pas jolie, je suis pire : une vraie mocheté. Pour le moment, elle n’est pas encore sortie avec un garçon. Toutes les filles de sa classe ont déjà eu un p'tit copain sauf elle. Son père, lui, pense à sa carrière, la vie est une question de priorités. Sa femme peut se plaindre qu’il rentre tard, qu’il est souvent absent mais il n’a pas le choix. De toute manière, à l’origine, il y a toujours Francine. C’est elle qui toujours tout choisi pour eux deux, pour les enfants comme si son avis à lui était sans importance. Justement sa femme pense à la revue "Faites pousser vos idées" qu’elle feuilletait hier soir. Entre deux articles sur la décoration intérieure et des astuces pour embellir son jardin, un docteur parlait d’une nouvelle méthode pour soigner la déprime. Le "Pensez différemment" aiderait les patients à réduire leur consommation d’anxiolytiques. Depuis quelques mois, une fois les enfants partis au lycée et son mari au travail, Francine broie du noir. Pourtant, elle est en bonne santé et mène une vie aisée. Tout a commencé quand elle a surpris son fils et un copain qui s’embrassaient. Elle se souvient du choc, de l’étau qui lui a serré la poitrine. Depuis sa vie semble s’éparpiller. Son fils pense à demain soir. Un copain à lui organise une fête en comité réduit. Ce gars lui vend de la bonne came pour planer. Cette fois, il a un plan d’enfer pour sortir sans pépin. Il a substitué quelques cachets à sa mère, elle en a tellement qu’elle ne pourra pas se rendre compte qu’il en manque. Avant le dîner, il se proposera de mettre le couvert, posera la carafe d’eau dans laquelle il aura pris soin de diluer quelques médicaments. Lui et sa sœur ont remarqué que leur mère était dans un état comateux du matin au soir et qu’elle pleurait facilement pour un rien. Seul leur père semble être aveugle. Pour le moment, le fils s’amuse à jouer son rôle comme dans une pièce de théâtre. Il pense sûrement à une comédie mais je sais qu’ils sont enregistrés pour le vol de demain. J’ai envie de leur dire vous êtes vivant, alors vivez, profitez ! Le fils ne sait pas qu’il est le metteur en scène d’une tragédie. Ma mère disait que la vie n’est pas noir et blanc, elle est en or. Et je croyais qu’elle avait raison. Le jour de mes dix-sept ans, mes parents m’avaient offert un collier en or fin. Il ne me quittait jamais. Quatre mois plus tard, il a virevolté dans les airs quand la voiture est sortie de la route. Ensuite, je me suis retrouvée à bord de cet avion. Mes parents refusent toujours qu’on débranche la machine. L’ensemble du personnel a le même statut que moi. Nous sommes des intérimaires de passage. Ah tiens, un client me fait signe, il semble très nerveux. Embarquer pour la mort n’est pas si facile.
lundi 17 septembre 2012
Sea, Sex and Sun
L'atelier d'écriture a repris hier chez Gwen. Le sujet est : Vous – ou votre personnage alter-ego – êtes là sur la photo, parmi
les gens présents autour de cette piscine. Votre présence en ces lieux
est le résultat d’un tirage au sort qui vous a fait gagner le gros lot :
une semaine de vacances dans hôtel-club de luxe! Mais tout ce que vous
aviez imaginé avant le départ s’est trouvé balayé par la réalité…
Racontez!
De Claire A Céline
Lundi 14h00
Bonjour Céline, je viens tout juste arrivée à l’hôtel donc ce mail sera rapide. Pour le moment, il n y a pas grand monde. A vrai dire, c’est même assez désert mais le jeune homme à la réception m’a dit que deux avions remplis de touristes arrivaient demain midi. Et il a eu un sourire coquin. Tu me connais et j’ai rougi aussitôt. Ces sous-entendus laissent imaginer que ces quinze jours risquent d’être animés. Ma chambre fait au moins le double de mon studio. Si tu savais combien je suis heureuse que tu m’aies offert ce voyage alors que c’est toi qui l’avais gagné. Je vais aller profiter de la piscine. Finalement, j’ai écouté tes conseils avisés pour n’emporter que des tenues légères (et ravaler ma pudeur). J’ai vu que tu avais remplacé mes maillots de bain par des petits strings. Oh, quand même, j’espère que je ne vais pas apparaître comme une dévergondée. Mais comme tu le disais un concours au titre de 3S à part Sea, sex and sun, il faut s’attendre à ce que ma vie sentimentale décolle.
De Claire A Céline
Mardi 11h00 :
La nuit a été terrible, je me suis faite littéralement dévorée pas des moustiques. Mais, tout à l’heure, on a frappé à ma porte. Et devine ? Un photographe m’attendait !!! Tu ne m’avais pas dit qu'une partie de mon serait immortalisé sur papier glacé. Tellement émue, j’ai failli pleurer ! Par contre, lui n’avait pas l'air aussi content que moi. Je ne sais pas pourquoi… Tu as fait tant de mystères autour ce gros lot pour me préserver le maximum de surprises ! Je file me changer pour la première séance même si le photographe a dit que tout était prévu et qu'il fallait que je sois prête pour l'arrivée des autres touristes! C'est tout simplement incroyable !!!! Je vis un conte de fées !
De Claire A Céline
Dimanche 20h00 :
Tu t’étonnes de ne pas avoir eu de mes nouvelles ? En fait non, je ne pense pas. Les touristes sont arrivés enfin je dois préciser les membres de l’association Strasbourgeoise des Sexagénaires amis de la Saucisse. Tu le savais n’est ce pas ? Moi qui croyais échapper à mes petits vieux de la maison de retraite, je me retrouve coincée avec ces hommes qui passent leur temps à me peloter. Je ne peux même pas me défiler avec mon petit string ! Que te dire des photos où revêtue d’un costume en caoutchouc représentant une saucisse géante sous 40 degrés minimum, je dois sourire auprès de cette joyeuse compagnie ? Je transpire, ma peau part en lambeaux. Les soirées sont le pompon et mes nuits sont des enfers. Ils viennent à me harceler ivres morts et me raconter des blagues salaces. Jeudi, j’ai refusé de sortir de ma chambre. Le directeur de l’hôtel est venu en hurlant et en agitant sous mon nez trois pages en langue locale. La vue de ta signature a été un choc. Là on m’attend pour le dîner car si je ne descends pas, ils viennent ouvrir ma porte. Ambiance fête de la bière sur fond de chenille et de danse des canards Je ne me suis jamais sentie aussi humiliée! Pourquoi m’as-tu fait ça ? Pourquoi ?
Lundi 9h10
De Céline à Claire :
Te souviens-tu du jour de mon mariage ? Enfin, le jour qui aurait dû être le plus beau de ma vie. Je vais te rafraichir la mémoire. A l’église tellement émotive que tu aies, tu t’es mise à pleurer et Romain est allé vers toi. Tu es sortie pour te remettre de tes émotions et de peur de gâcher la cérémonie, tu t’es éclipsée. Sauf que Romain a eu ce qui s'appelle un coup de foudre et il a refusé de me dire oui devant les 250 convives. J’ai raconté à Romain que tu étais une inconnue et les filles du service m’ont soutenue. Je t’ai menti, préférant te laisser croire que c’est moi qui avais changé d’avis. Sotte comme tu l’es, tu m’as crue. Depuis deux ans, tu es devenue mon obsession. Mon cauchemar. Chaque jour, je me fais violence pour ne pas craquer. Ca m’a permis d’attendre et de trouver le meilleur moyen de me venger. Quand il y a quelques mois, j’ai trouvé cette annonce « cherche JF belle, serviable et souriante pour animer la sortie annuelles des 3 S ». J’ai envoyé ta photo en louant tes qualités et en refusant le salaire proposé ! Tellement naïve tu as avalé cette histoire de gros lot. A chaque fois que je t’accompagnais dans les boutique, je frissonnais de plaisir rien qu’à t‘imaginer dans cette situation. Ah et au fait, ton séjour risque de se prolonger. Des grèves aériennes sont prévues semaine prochaine. Et quand tu reviendras (si un jour tu reviens), je serai partie. Alors ce voyage prend-le comme mon cadeau d'adieu. Et pour l'humiliation, bienvenue au club! Ciao Saucisse !
De Claire A Céline
Lundi 14h00
Bonjour Céline, je viens tout juste arrivée à l’hôtel donc ce mail sera rapide. Pour le moment, il n y a pas grand monde. A vrai dire, c’est même assez désert mais le jeune homme à la réception m’a dit que deux avions remplis de touristes arrivaient demain midi. Et il a eu un sourire coquin. Tu me connais et j’ai rougi aussitôt. Ces sous-entendus laissent imaginer que ces quinze jours risquent d’être animés. Ma chambre fait au moins le double de mon studio. Si tu savais combien je suis heureuse que tu m’aies offert ce voyage alors que c’est toi qui l’avais gagné. Je vais aller profiter de la piscine. Finalement, j’ai écouté tes conseils avisés pour n’emporter que des tenues légères (et ravaler ma pudeur). J’ai vu que tu avais remplacé mes maillots de bain par des petits strings. Oh, quand même, j’espère que je ne vais pas apparaître comme une dévergondée. Mais comme tu le disais un concours au titre de 3S à part Sea, sex and sun, il faut s’attendre à ce que ma vie sentimentale décolle.
De Claire A Céline
Mardi 11h00 :
La nuit a été terrible, je me suis faite littéralement dévorée pas des moustiques. Mais, tout à l’heure, on a frappé à ma porte. Et devine ? Un photographe m’attendait !!! Tu ne m’avais pas dit qu'une partie de mon serait immortalisé sur papier glacé. Tellement émue, j’ai failli pleurer ! Par contre, lui n’avait pas l'air aussi content que moi. Je ne sais pas pourquoi… Tu as fait tant de mystères autour ce gros lot pour me préserver le maximum de surprises ! Je file me changer pour la première séance même si le photographe a dit que tout était prévu et qu'il fallait que je sois prête pour l'arrivée des autres touristes! C'est tout simplement incroyable !!!! Je vis un conte de fées !
De Claire A Céline
Dimanche 20h00 :
Tu t’étonnes de ne pas avoir eu de mes nouvelles ? En fait non, je ne pense pas. Les touristes sont arrivés enfin je dois préciser les membres de l’association Strasbourgeoise des Sexagénaires amis de la Saucisse. Tu le savais n’est ce pas ? Moi qui croyais échapper à mes petits vieux de la maison de retraite, je me retrouve coincée avec ces hommes qui passent leur temps à me peloter. Je ne peux même pas me défiler avec mon petit string ! Que te dire des photos où revêtue d’un costume en caoutchouc représentant une saucisse géante sous 40 degrés minimum, je dois sourire auprès de cette joyeuse compagnie ? Je transpire, ma peau part en lambeaux. Les soirées sont le pompon et mes nuits sont des enfers. Ils viennent à me harceler ivres morts et me raconter des blagues salaces. Jeudi, j’ai refusé de sortir de ma chambre. Le directeur de l’hôtel est venu en hurlant et en agitant sous mon nez trois pages en langue locale. La vue de ta signature a été un choc. Là on m’attend pour le dîner car si je ne descends pas, ils viennent ouvrir ma porte. Ambiance fête de la bière sur fond de chenille et de danse des canards Je ne me suis jamais sentie aussi humiliée! Pourquoi m’as-tu fait ça ? Pourquoi ?
Lundi 9h10
De Céline à Claire :
Te souviens-tu du jour de mon mariage ? Enfin, le jour qui aurait dû être le plus beau de ma vie. Je vais te rafraichir la mémoire. A l’église tellement émotive que tu aies, tu t’es mise à pleurer et Romain est allé vers toi. Tu es sortie pour te remettre de tes émotions et de peur de gâcher la cérémonie, tu t’es éclipsée. Sauf que Romain a eu ce qui s'appelle un coup de foudre et il a refusé de me dire oui devant les 250 convives. J’ai raconté à Romain que tu étais une inconnue et les filles du service m’ont soutenue. Je t’ai menti, préférant te laisser croire que c’est moi qui avais changé d’avis. Sotte comme tu l’es, tu m’as crue. Depuis deux ans, tu es devenue mon obsession. Mon cauchemar. Chaque jour, je me fais violence pour ne pas craquer. Ca m’a permis d’attendre et de trouver le meilleur moyen de me venger. Quand il y a quelques mois, j’ai trouvé cette annonce « cherche JF belle, serviable et souriante pour animer la sortie annuelles des 3 S ». J’ai envoyé ta photo en louant tes qualités et en refusant le salaire proposé ! Tellement naïve tu as avalé cette histoire de gros lot. A chaque fois que je t’accompagnais dans les boutique, je frissonnais de plaisir rien qu’à t‘imaginer dans cette situation. Ah et au fait, ton séjour risque de se prolonger. Des grèves aériennes sont prévues semaine prochaine. Et quand tu reviendras (si un jour tu reviens), je serai partie. Alors ce voyage prend-le comme mon cadeau d'adieu. Et pour l'humiliation, bienvenue au club! Ciao Saucisse !
dimanche 3 juin 2012
Ah... La fête des mères!
Comme chaque année, à la même époque, ma boîte aux lettres est remplie
de divers prospectus débordant d’idées cadeaux pour la fête des mères.
En faisant le tri, j’ai remarqué que le choix n’est guère varié et
représente ce que devrait être la maman idéale (ou plutôt l'épouse
parfaite).
Le matin, vous vous levez de bonne heure en écoutant votre musique préférée car vous avez désormais un radio-réveil station Ipod. Vous êtes vêtue de votre toute nouvelle nuisette en satin, car évidemment, votre gamin de 6 ans préfère vous voir en tenue de nuit sexy plutôt qu’avec votre vieux pyjama en coton que vous adorez tant. D’ailleurs, vous l’avez gardé et vous le cachez dans votre armoire derrière les piles de draps car il est hors de question que vous vous en sépariez.
En sortant de votre douche, vous vous épilez les jambes et les aisselles en hurlant de douleur. Mais, vous êtes attendrie que votre ado préfère vous voir avec des jambes à l’aspect satiné, douces comme une peau de bébé, sans aucune éraflure ou pansement. Eh oui, car auparavant vous aviez toujours l’habitude d’utiliser un rasoir que vous piquiez à votre mari.
Vous n’oubliez surtout pas de vous parfumer et de mettre tous les bijoux et breloques ornés de petits cœurs où sont gravés des « maman, je t’aime ». Vous êtes émue que votre fiston de quinze ans ait sacrifié son argent de poche du mois pour ce cadeau plutôt que de s’acheter le dernier jeu vidéo dont il parlait tant.
Direction la cuisine, où vous vous lancez dans la confection du pain et des yaourts « maison » sans oublier de faire un jus de fruits frais grâce à votre nouvelle centrifugeuse. Puis, au lieu de penser « oh, zut, je dois faire du repassage ! », vous vous dites « chouette ! Je vais m’éclater avec ma centrale vapeur ».
Les trois bacs à linge qui débordent ne vous font plus peur, au contraire vous êtes ravie de repasser les grenouillères de votre petit dernier âgé de six mois. Vous savez que les enfants sont de plus en plus précoces, mais vous n’en revenez toujours pas que votre petit bout de chou ait réussi avec ses gazouillis à faire comprendre à son père qu’il préfère des bavoirs sans aucun faux plis.
Enfin, vous préparez le déjeuner pour tout ce petit monde. Et là, vous n’avez aucune excuse pour ne faire des gâteaux ou des tartes pour le dessert car vous avez eu un tout nouveau robot multifonctions
Votre après-midi, vous le passez à dépoussiérer tous les bibelots, les vases et les cadres photos que l’on vous a offert à l’avant-dernière fête des mères. Vos enfants et votre mari sont censés savoir que vous détestez faire du ménage, mais ils avaient dû oublier. Vous ne ronchonnez pas car bien entendu c’est l’intention qui compte.
Votre journée n’est pas totalement finie, hélas, non pas encore…. Il vous reste à faire du vélo d’appartement puis du rameur pour entretenir votre corps sculptural et votre silhouette. Quoi de plus normal que votre fille de dix ans vous préfère svelte et sans un gramme de cellulite.
Et, je dis non!!!!
Maman oui mais pas un robot-super-woman!
Le matin, vous vous levez de bonne heure en écoutant votre musique préférée car vous avez désormais un radio-réveil station Ipod. Vous êtes vêtue de votre toute nouvelle nuisette en satin, car évidemment, votre gamin de 6 ans préfère vous voir en tenue de nuit sexy plutôt qu’avec votre vieux pyjama en coton que vous adorez tant. D’ailleurs, vous l’avez gardé et vous le cachez dans votre armoire derrière les piles de draps car il est hors de question que vous vous en sépariez.
En sortant de votre douche, vous vous épilez les jambes et les aisselles en hurlant de douleur. Mais, vous êtes attendrie que votre ado préfère vous voir avec des jambes à l’aspect satiné, douces comme une peau de bébé, sans aucune éraflure ou pansement. Eh oui, car auparavant vous aviez toujours l’habitude d’utiliser un rasoir que vous piquiez à votre mari.
Vous n’oubliez surtout pas de vous parfumer et de mettre tous les bijoux et breloques ornés de petits cœurs où sont gravés des « maman, je t’aime ». Vous êtes émue que votre fiston de quinze ans ait sacrifié son argent de poche du mois pour ce cadeau plutôt que de s’acheter le dernier jeu vidéo dont il parlait tant.
Direction la cuisine, où vous vous lancez dans la confection du pain et des yaourts « maison » sans oublier de faire un jus de fruits frais grâce à votre nouvelle centrifugeuse. Puis, au lieu de penser « oh, zut, je dois faire du repassage ! », vous vous dites « chouette ! Je vais m’éclater avec ma centrale vapeur ».
Les trois bacs à linge qui débordent ne vous font plus peur, au contraire vous êtes ravie de repasser les grenouillères de votre petit dernier âgé de six mois. Vous savez que les enfants sont de plus en plus précoces, mais vous n’en revenez toujours pas que votre petit bout de chou ait réussi avec ses gazouillis à faire comprendre à son père qu’il préfère des bavoirs sans aucun faux plis.
Enfin, vous préparez le déjeuner pour tout ce petit monde. Et là, vous n’avez aucune excuse pour ne faire des gâteaux ou des tartes pour le dessert car vous avez eu un tout nouveau robot multifonctions
Votre après-midi, vous le passez à dépoussiérer tous les bibelots, les vases et les cadres photos que l’on vous a offert à l’avant-dernière fête des mères. Vos enfants et votre mari sont censés savoir que vous détestez faire du ménage, mais ils avaient dû oublier. Vous ne ronchonnez pas car bien entendu c’est l’intention qui compte.
Votre journée n’est pas totalement finie, hélas, non pas encore…. Il vous reste à faire du vélo d’appartement puis du rameur pour entretenir votre corps sculptural et votre silhouette. Quoi de plus normal que votre fille de dix ans vous préfère svelte et sans un gramme de cellulite.
Et, je dis non!!!!
Maman oui mais pas un robot-super-woman!
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dimanche 1 avril 2012
De génération en génération
Allez un peu d'écriture chez Gwen.
Les mots à placer sont : écaille – morue – chaloupe(r) – glace – anémone – filet – étoile de mer – queue de poisson – rouge – merlan – balise – fish and chips…
Quand la vieille Macleod se rendit auprès de Kate pour l’aider à accoucher, elle trouva son mari Tom qui répétait tout haut « Faites que ça soit un fils ».
-Tom , je crois que le Seigneur vous a entendu. Vous avez un garçon ! Et il frétille, un vrai poisson !
Tom embrassa sa femme et ses enfants et alla payer sa tournée au pub. Dans ce village flanqué entre la mer et les landes, les hommes pratiquaient la pêche de génération en génération. Pour Tom, l’avenir était tracé. Il enseignerait à Tommy les techniques, lui révélerait les coins où l’on trouve des merlans et des morues. Tommy en grandissant ne montrait aucune envie pour la pêche et préférait de loin la compagnie de sa mère. A l’âge où les autre garçons s’amusaient à repêcher des étoiles de mer sur les galets ou à jouer avec les anémones, Tommy observait attentivement comment sa mère reprisait les vêtements et en confectionnait d’autres. Ses doigts glissaient sur le tissu, son habileté était si grande que rapidement elle put dégager un petit complément de salaire avec ses commandes. Un jour où la mer s’écrasait contres les rochers avec rage, Tom lorgnait sur son fils qui jouait avec ses sœurs.
-Fiston, viens ici. Tu vois la balise rouge là-bas ? C’est là que pour la première fois mon père m’a amené avec lui et avant c'était son père qui l'avait amené. Dès que la mer sera calme, tu viendras avec moi, d’accord ?
Tommy hocha la tête pour ne pas blesser son père.
-Et va aider ta mère à écailler le poisson, un homme sur un bateau doit savoir tout faire : vider les entrailles ou démêler un filet.
A ces mots, Tommy eut la nausée mais n’osa pas le contrarier car son père était capable d’entrer dans des colères terribles surtout quand il s’était arrêté au pub. Les mois où le salaire de Kate les aidait à joindre les deux bouts étaient de nombreux. Tom était blessé dans sa fierté. Il était temps que Tommy puisse venir travailler avec lui. Deux mois plus tard, il fit ses premiers pas aux cotés de son père. Il chaloupait à chaque coup de vent, une vague lui dit perdre l’équilibre et il renversa un seau rempli de queux de poissons.
-Bon dieu, Tommy, tu ne pouvais pas faire attention, c’était pour le patron du Fish and chips !C’est toi qui va me payer peut-être ? Si tu passais moins de temps dans les jupes de ta mère, tu ne serais pas aussi madadroit qu’un gosse de six ans !
Lorsqu’ils rentrèrent, Tom déposa son fils et partit se saouler. Kate avait compris que Tommy était différent des autres. A de nombreuses reprises, elle avait surpris le reflet de sa silhouette dans la glace de sa chambre. Il aimait toucher les tissus, détailler les coutures des vêtements. A l’âge de dix-sept ans, après une énième dispute avec son père, Tommy partit pour la ville. Seule sa mère était au courant. Dans son sac, elle avait déposé quelques billets et lui avait souhaité bonne chance. Tom se mit à boire plus souvent tandis que Tommy travaillait dans un atelier de couture. Le soir, il couchait sur papier les modèles qui lui venaient à l’esprit. Audacieux, il présenta quelques uns de ses croquis à son employeur qui les trouva de mauvais goût. Il ne découragea pas et trois ans plus tard, il était reconnu pour son talent. Ces modèles devinrent la coqueluche de ces dames tandis que son père encaissait les railleries. Quand Tommy invita ses parents à la ville, seule sa mère vint. Il sut que jamais son père ne lui pardonnerait. Au même moment, Tom trouva dans une vieille vareuse tous les articles de journaux qui étaient consacrés à son fils. Avec fureur, il les réduisit en miette. Lorsque Kate rentra le lendemain soir, elle ne trouva ni Tom ni son bateau. Quelques heures passèrent, la mer rendit son corps comme si elle-même n’en voulait pas.
Les mots à placer sont : écaille – morue – chaloupe(r) – glace – anémone – filet – étoile de mer – queue de poisson – rouge – merlan – balise – fish and chips…
Quand la vieille Macleod se rendit auprès de Kate pour l’aider à accoucher, elle trouva son mari Tom qui répétait tout haut « Faites que ça soit un fils ».
-Tom , je crois que le Seigneur vous a entendu. Vous avez un garçon ! Et il frétille, un vrai poisson !
Tom embrassa sa femme et ses enfants et alla payer sa tournée au pub. Dans ce village flanqué entre la mer et les landes, les hommes pratiquaient la pêche de génération en génération. Pour Tom, l’avenir était tracé. Il enseignerait à Tommy les techniques, lui révélerait les coins où l’on trouve des merlans et des morues. Tommy en grandissant ne montrait aucune envie pour la pêche et préférait de loin la compagnie de sa mère. A l’âge où les autre garçons s’amusaient à repêcher des étoiles de mer sur les galets ou à jouer avec les anémones, Tommy observait attentivement comment sa mère reprisait les vêtements et en confectionnait d’autres. Ses doigts glissaient sur le tissu, son habileté était si grande que rapidement elle put dégager un petit complément de salaire avec ses commandes. Un jour où la mer s’écrasait contres les rochers avec rage, Tom lorgnait sur son fils qui jouait avec ses sœurs.
-Fiston, viens ici. Tu vois la balise rouge là-bas ? C’est là que pour la première fois mon père m’a amené avec lui et avant c'était son père qui l'avait amené. Dès que la mer sera calme, tu viendras avec moi, d’accord ?
Tommy hocha la tête pour ne pas blesser son père.
-Et va aider ta mère à écailler le poisson, un homme sur un bateau doit savoir tout faire : vider les entrailles ou démêler un filet.
A ces mots, Tommy eut la nausée mais n’osa pas le contrarier car son père était capable d’entrer dans des colères terribles surtout quand il s’était arrêté au pub. Les mois où le salaire de Kate les aidait à joindre les deux bouts étaient de nombreux. Tom était blessé dans sa fierté. Il était temps que Tommy puisse venir travailler avec lui. Deux mois plus tard, il fit ses premiers pas aux cotés de son père. Il chaloupait à chaque coup de vent, une vague lui dit perdre l’équilibre et il renversa un seau rempli de queux de poissons.
-Bon dieu, Tommy, tu ne pouvais pas faire attention, c’était pour le patron du Fish and chips !C’est toi qui va me payer peut-être ? Si tu passais moins de temps dans les jupes de ta mère, tu ne serais pas aussi madadroit qu’un gosse de six ans !
Lorsqu’ils rentrèrent, Tom déposa son fils et partit se saouler. Kate avait compris que Tommy était différent des autres. A de nombreuses reprises, elle avait surpris le reflet de sa silhouette dans la glace de sa chambre. Il aimait toucher les tissus, détailler les coutures des vêtements. A l’âge de dix-sept ans, après une énième dispute avec son père, Tommy partit pour la ville. Seule sa mère était au courant. Dans son sac, elle avait déposé quelques billets et lui avait souhaité bonne chance. Tom se mit à boire plus souvent tandis que Tommy travaillait dans un atelier de couture. Le soir, il couchait sur papier les modèles qui lui venaient à l’esprit. Audacieux, il présenta quelques uns de ses croquis à son employeur qui les trouva de mauvais goût. Il ne découragea pas et trois ans plus tard, il était reconnu pour son talent. Ces modèles devinrent la coqueluche de ces dames tandis que son père encaissait les railleries. Quand Tommy invita ses parents à la ville, seule sa mère vint. Il sut que jamais son père ne lui pardonnerait. Au même moment, Tom trouva dans une vieille vareuse tous les articles de journaux qui étaient consacrés à son fils. Avec fureur, il les réduisit en miette. Lorsque Kate rentra le lendemain soir, elle ne trouva ni Tom ni son bateau. Quelques heures passèrent, la mer rendit son corps comme si elle-même n’en voulait pas.
dimanche 19 février 2012
Le poids de la justice
Cette journée avait interminable. Ennuyeuse. Je passais mon temps à écouter mon Maître, à lui donner un dossier mais jamais à donner mon avis. Il me manquait mon diplôme pour enfin pouvoir moi-même trancher. Exercer le poids de la justice. En rentrant chez moi ce soir là, je n'avais pas le moral au beau fixe. Vincent, mon compagnon était parti depuis quinze jours en déplacement. Et pas de nouvelles de sa part depuis trois jours. L'ascenseur en panne et quatre étages à devoir monter à pieds chargée comme une mule, c'était le bouquet final. Sur mon palier, un homme était assis mais dès qu'il m'avait entendu arriver, il s'était levé.
- Bonsoir, Mademoiselle Moret, dure journée ?
Surprise totale, je ne le connaissais pas. Sa voix était condescendante, mielleuse.
- Si vous vendez le dernier aspirateur en vogue ou des cours de cuisine ou que sais je encore, vous perdez votre temps, je suis désolée. Permettez moi de passer afin que je rentre chez moi.
- La future juge est de mauvaise humeur.
- Future juge ou non, ma journée et terminée. Alors, soyez gentil de partir.
- Oh, mais vous avez le temps de discuter cinq minutes quand même.
- Je vous prie poliment de me laisser tranquille ou je devrais appeler la police.
- Tout de suite les grands mots ! Non, vous n'allez pas appeler qui que ce soit mais m'écouter.
Sa voix avait changé de ton ainsi que l'expression de son visage. Il s'agissait d'un ordre. Mon portable était dans la poche de mon manteau et je l'effleurais.
- Mon nom est Mauviel mais cela ne vous évoquer rien, j'imagine?
- Oui, en effet.
- Mon frère ou mon demi-frère s'appelait Pertes. Vincent Perthes.
J'hochais la tête, aucun de ces noms ne me disait rien.
- Laissez-moi vous rafraîchir la mémoire. Quand vous étiez étudiante en fac de droit à Bordeaux, vous avez participé à des soirées, n'est -ce pas Mademoiselle Moret ?
- Sûrement et alors ?
- Je parle de soirées spéciales avec votre amie Julie.
Oh non ! Quelqu'un était au courant ! Il y en avait eu que quelques unes juste pour pour me permettre d'acheter certains livres. Etudiante boursière, mon quotidien était assez précaire.
- Vous savez ces soirées grassement payées, vous ... cédiez aux caprices d'hommes. Mon demi-frère Vincent qui est actuellement en voyage avec son épouse a toujours été friand de jolies femmes jeunes. Je le surveillais, vous comprenez en tant qu'aîné, c'était mon devoir. Aussi, je faisais une petite enquête sur ses compagnes d'une nuit. On n'est jamais trop prudent.
- Et que voulez-vous?
- Actuellement, le juge avec lequel vous collaborez, votre mentor, a un dossier entre les mains qui me concerne. Une affaire où il soupçonne un détournement d'argent. Mon nom n'apparaît pas clairement mais tôt ou tard, il remontra la piste liée à l'entreprise Dejard. Je vous demande de supprimer ces pièces et en échange, personnes à l'école de magistrature ne saura rien de vos anciennes activités.
Je pouvais dire adieu à mon diplôme ou alors supprimer une pièce à conviction.
- Vous semblez vous voûtez Mademoiselle Moret. Est-ce le poids de la justice qui est si lourd ?
Je n'allais pas tout abandonner. Non pas maintenant.
- Vous.. nous ne direz rien à mon compagnon.
- Non, bien entendu. Mais par contre, nous allons conclure un petit marché. Dorénavant, et si d'aventure, mon nom se retrouvait dans un palais de justice, vous ferez en sorte qu'il disparaisse.
- Très bien.
- Ah oui une dernière chose, mon frère m'a affirmé que vous étiez la meilleure. J'aimerai juste pouvoir confirmer.
J'avais envie de vomir, cet homme était un salop de la pire espèce.
- Vous ne m'ouvrez pas la porte ?
D'une main tremblante, je sortis la clé de mon appartement.
Il s'agit de ma participation à l'atelier de Gwen dont la consigne était la suivante :
Vous rentrez d’une journée éreintante, la tête pleine d’idées sombres et là, sur le seuil de votre maison (ou de votre appartement), vous découvrez un homme, assis et qui semble vous attendre. Vous ne le savez pas encore mais il va bouleverser votre vie…
- Bonsoir, Mademoiselle Moret, dure journée ?
Surprise totale, je ne le connaissais pas. Sa voix était condescendante, mielleuse.
- Si vous vendez le dernier aspirateur en vogue ou des cours de cuisine ou que sais je encore, vous perdez votre temps, je suis désolée. Permettez moi de passer afin que je rentre chez moi.
- La future juge est de mauvaise humeur.
- Future juge ou non, ma journée et terminée. Alors, soyez gentil de partir.
- Oh, mais vous avez le temps de discuter cinq minutes quand même.
- Je vous prie poliment de me laisser tranquille ou je devrais appeler la police.
- Tout de suite les grands mots ! Non, vous n'allez pas appeler qui que ce soit mais m'écouter.
Sa voix avait changé de ton ainsi que l'expression de son visage. Il s'agissait d'un ordre. Mon portable était dans la poche de mon manteau et je l'effleurais.
- Mon nom est Mauviel mais cela ne vous évoquer rien, j'imagine?
- Oui, en effet.
- Mon frère ou mon demi-frère s'appelait Pertes. Vincent Perthes.
J'hochais la tête, aucun de ces noms ne me disait rien.
- Laissez-moi vous rafraîchir la mémoire. Quand vous étiez étudiante en fac de droit à Bordeaux, vous avez participé à des soirées, n'est -ce pas Mademoiselle Moret ?
- Sûrement et alors ?
- Je parle de soirées spéciales avec votre amie Julie.
Oh non ! Quelqu'un était au courant ! Il y en avait eu que quelques unes juste pour pour me permettre d'acheter certains livres. Etudiante boursière, mon quotidien était assez précaire.
- Vous savez ces soirées grassement payées, vous ... cédiez aux caprices d'hommes. Mon demi-frère Vincent qui est actuellement en voyage avec son épouse a toujours été friand de jolies femmes jeunes. Je le surveillais, vous comprenez en tant qu'aîné, c'était mon devoir. Aussi, je faisais une petite enquête sur ses compagnes d'une nuit. On n'est jamais trop prudent.
- Et que voulez-vous?
- Actuellement, le juge avec lequel vous collaborez, votre mentor, a un dossier entre les mains qui me concerne. Une affaire où il soupçonne un détournement d'argent. Mon nom n'apparaît pas clairement mais tôt ou tard, il remontra la piste liée à l'entreprise Dejard. Je vous demande de supprimer ces pièces et en échange, personnes à l'école de magistrature ne saura rien de vos anciennes activités.
Je pouvais dire adieu à mon diplôme ou alors supprimer une pièce à conviction.
- Vous semblez vous voûtez Mademoiselle Moret. Est-ce le poids de la justice qui est si lourd ?
Je n'allais pas tout abandonner. Non pas maintenant.
- Vous.. nous ne direz rien à mon compagnon.
- Non, bien entendu. Mais par contre, nous allons conclure un petit marché. Dorénavant, et si d'aventure, mon nom se retrouvait dans un palais de justice, vous ferez en sorte qu'il disparaisse.
- Très bien.
- Ah oui une dernière chose, mon frère m'a affirmé que vous étiez la meilleure. J'aimerai juste pouvoir confirmer.
J'avais envie de vomir, cet homme était un salop de la pire espèce.
- Vous ne m'ouvrez pas la porte ?
D'une main tremblante, je sortis la clé de mon appartement.
Il s'agit de ma participation à l'atelier de Gwen dont la consigne était la suivante :
Vous rentrez d’une journée éreintante, la tête pleine d’idées sombres et là, sur le seuil de votre maison (ou de votre appartement), vous découvrez un homme, assis et qui semble vous attendre. Vous ne le savez pas encore mais il va bouleverser votre vie…
dimanche 12 février 2012
Une vie et un sac
Par habitude, je ne lève pas les yeux. Je me contente de fixer
le bout de mes baskets et le bitume. Je m’ampute des bruits environnants : moteurs de voiture,
discussions, déchargement des camions de marchandises. Je me concentre pour ne plus
entendre que mon cœur et ma respiration. De mes bras, j’enveloppe
mes genoux pliés. Retour à la position fœtale et j’oublie la rue, je retrouve
un semblant de matrice. Au printemps ou
en été, je recherche un banc et je m’y
allonge quelques instants. Jamais trop longtemps de peur d’être délogée. Les
yeux fermés, la chaleur du soleil m’envahit peu à peu et gagne tout mon corps.
Pour un peu, j’oublierais qui je suis.
Son parfum et le refrain
qu’elle a chantonné m’ont fait lever les
yeux. A la vue de son manteau, j’ai su qu'il s'agissait d'une femme dont le corps n’avait rien à voir avec celui d’une jeune fille.
Une femme qui pourrait être la mère que je n’ai pas eue. Elle devait sûrement rentrer
chez elle, retrouver son mari et ses enfants.
Les embrasser avec amour. J’imaginais sa peau douce, son corps aux formes
épanouies et protectrices. Quand elle s’est retournée, je me
suis contractée. Des traits sévères dessinaient son visage. Elle m’a jaugée puis elle a sorti
de sa poche un mouchoir en boule. Sale. Elle l’a laissé tomber dans la coupelle où je
laisse toujours quelques centimes. J’ai regardé le mouchoir effectué sa
descente et son air satisfait. D’un coup sec, j’ai tiré sur la laisse. C’est le signal d’attaque que j’ai appris à Doy. Il a sorti les crocs, retenait un aboiement. Au lieu de partir, elle est restée là et a dit
en me toisant parasite de la société. Je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai failli lâcher la laisse pour que Doy lui
renvoie tout son orgueil, lui fasse ravaler son attitude de Madame-bien comme-il-le-faut. De que de droit me jugeait-elle? Je ne suis à la charge de personnes, je n'ai aucun compte à rendre à quiconque. Ma vie est ce qu'elle est, une vie où chaque journée la peur existe. Chaque matin, je me demande ce que je vais pouvoir manger et où dormir quand la nuit tombera. Mon chien s’est approché suffisamment d’elle et elle a déguerpi. Pas en chantonnant cette fois mais en criant que je l'avais menacé. Ni une ni deux, j'ai ramassé ma vie contenue dans un sac. Maintenant, il
ne me reste plus qu’à trouver un autre endroit avant que la police débarque. Je
ne veux pas avoir d’ennuis même si je n’ai plus rien. Sauf ma liberté.
Il s'agit de ma participation à l'atelier de Leiloona à partir de cette photo :
![]() |
| Copyright Kot |
dimanche 22 janvier 2012
Deux inconnues
Elle avait depuis longtemps préparé ce qu’elle allait dire.
Les phrases s’étaient imprimées en elle, il fallait qu’elle aille la voir. Elle lui avait téléphoné en fin de matinée et
dit qu’elle avait une course à faire dans le quartier. Passe pendre un café lui
avait-elle répondu. Au déjeuner, elle regardait son assiette, l’estomac noué,
impossible d’avaler quoi que ce soit. Quand elle avait sonné à l’interphone,
ses mains étaient moites. Sa sœur se tenait dans le salon. Elle l’écoutait distraitement se demandant
comment elle allait le lui dire. Elle puisait du courage car les sœurs s’aident.
Dans une famille, on peut compter sur les siens. Elle avait toujours craint et
admiré sa sœur aînée. Nerveuse, elle jouait avec la cuillère de sa tasse. Elle inspira
pour se lancer et dit qu’elle et son mari allaient divorcer. Sa sœur s’était
arrêtée, la dévisageait. Sourcils froncés, elle lui demandait pourquoi. Parce
que je ne l’aime plus, j’ai l’impression de vivre avec un étranger. Et les enfants, tu y as pensé ? Bien sûr, elle y avait pensé.
Depuis des mois, elle se posait des questions. Les retournait dans tous le sens.Mais quand elle regardait son
mari, elle ressentait de l’indifférence. Leurs conversations relevaient de l’organisation.
Ils ne partageaient plus rien et quand
il voulait la toucher, elle se dégageait
brusquement. Elle ne supportait plus cette mascarade. Il avait vite compris pourquoi elle se dérobait. Si au départ il s’était montré
conciliant, il était revenu sur sa position. Réclamant des explications à n’en
plus finir. Elle lui répétait qu’elle se fanait, qu’elle s’étiolait.
Tu ne penses
qu’à toi une fois de plus ! Sa sœur lui avait jeté la phrase au visage.
Les mots la mordaient. Avec Gilles, ça avait été pareil, tu te rends compte, deux
mariages et deux échecs ! Voilà, c’était dit. Comment sa sœur pouvait-elle
la juger ? Elle se dit qu’elle avait fait une erreur en venant la voir. Jamais
elles n’avaient été proches ou solidaires. Un bref instant, elle se revit
enfant timide et sa sœur qui lui ordonnait de lui obéir, je suis la plus grande
tu dois m’écouter. L’adolescente gauche qu’elle était avançait à tâtons
dans l’ombre de sa sœur. Quand elle demandait conseil à sa mère, celle-ci lui
répondait as-tu posé la question à ta sœur. Elle voyait toujours ses choix et décisions
devant être approuvées par elle. Comment
pouvait-elle espérer de la compréhension ? Elle se leva et prit ses
affaires. Tu connais le chemin pour un va-t-en, pars de chez moi. C’est ce que j’ai de mieux à faire. Elle fut
surprise de s’entendre prononcer cette phrase. Il s’était mis à pleuvoir. Elle baissait la
tête et pleurait. La pluie se mélangeait à ses larmes. La fêlure était nette et
profonde, elle savait désormais qu’elle et sa sœur étaient deux inconnues. Elle
regarda sa montre, il fallait qu’elle se dépêche d’aller travailler. Arrivée
devant l’immeuble, pour la première fois elle regarda différemment la plaque où était inscrit
son nom suivi de la mention psychologue. Elle venait de gagner en assurance.
Il s'agit de mon texte pour l'atelier de Leilonna inspiré de la photo suivante :
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| Copyright Kot |
dimanche 15 janvier 2012
Coupable
Quand il avait reçu le courrier, il avait été pris d’un
sentiment de stupéfaction. Il était convoqué au tribunal en tant que juré
populaire. Plusieurs jours à assister à
des procès et à donner son opinion sur des affaires. Son directeur de thèse
avait bien entendu compris et accepter son absence quelques jours au
laboratoire. Les deux premières journées s’étaient relativement bien passées. Encore que mal à
l’aise, il n’arrivait pas à s’enlever de l’esprit que son avis comptait. Un avis qui pouvait
mettre derrières les barreaux un innocent. Peu à peu, il s’était détendu.
Il
revenait du tribunal. Comme frappé d’incrédulité par ce qu’il avait vu et
entendu. L’affaire concernait une jeune fille de dix-sept ans décédée quelques
jours avant de passer son bac. Une association s’était portée partie civile.
Les parents avaient été entendus. La mère austère semblait renfermée sur
elle-même. Le teint violacé du père était la preuve évidente de son penchant
pour l’alcool. Lorsque l’avocat posa des
questions à la mère, il fut abasourdi par ses réponses.
- Mais Madame, vous aviez du vous apercevoir que Léna avait
maigri quand même ?
-Oui
- Mangeait-elle aux repas ?
- Non, enfin si…un peu.
- Et à aucun moment vous avez pensé à appeler un médecin ?
- Je me disais que c’était à cause du bac et puis, elle était
en forme !
- En forme ?! 35 kilos pour 1mètre 71 ? et elle
était en forme ?
- Je.. je ne sais pas… La mère sortit un mouchoir et y enfonça
sa tête.
- Lui montriez-vous des preuves d'amour? de l'affection ?
- C'était ma fille,naturellement je l'aimais.
- Vous ne répondez pas à ma question. L'embrassiez-vous par exemple ?
- ...
- Lui montriez-vous des preuves d'amour? de l'affection ?
- C'était ma fille,naturellement je l'aimais.
- Vous ne répondez pas à ma question. L'embrassiez-vous par exemple ?
- ...
La jeune fille fut décrite comme une bonne élève. Bien sûr,
au lycée tout le monde s’était aperçu qu’elle maigrissait. Mais ses résultats étaient constants, aucun malaise ou aucune absence. Personne ne fit
rien.
Le père dit qu’il avait essayé à plusieurs reprises de lui
demander de manger un tout petit peu. Un yaourt au moins. Elle refusait. S’obstinait.
Léna était morte. En huit mois, elle avait perdu vingt
kilos. Les docteurs évoquèrent
différentes raisons: la peur d’échouer à l’examen, un mental très fort et le contexte familial. A
ces mots, le père releva la tête. Pas la mère. La jeune fille s’était confiée à
sa meilleure amie en disant que son père était alcoolique et qu’elle ne
supportait plus tout ça. Elle ne voulait absolument pas rater son bac. De le voir rentrer ivre titubant, les yeux vitreux. Les disputes avec sa
mère. Une fois son bac en poche, elle serait libre. Elle partirait enfin pour
ses études. Il avait compris le désespoir de Léna et il était en colère. Pour lui, la part de responsabilités des parents était évidente dans le décès de leur fille.
Il était sorti du tribunal la bouche sèche. Un goût métallique
dans la gorge. Dans le métro, il ouvrit son courrier. Une enveloppe retint son
attention. Un laboratoire pharmaceutique lui proposait un emploi à mi-temps. Un
projet dont l’étude était la fabrication de nouveaux coupe-faim. A cet instant,
il eut l’impression que tous les voyageurs le regardaient, le jugeaient
coupable. Il ferma les yeux, se sentit mal. Le goût métallique se renforça laissant place à l'envie de vomir. Il fallait qu’il sorte prendre l’air au plus vite. Il avait besoin de cet emploi. Mais seule la photo de Léna deux mois avant son décès l'obsédait. Des pommettes saillantes, des joues creusées et des yeux ternes.
Il s'agit de mon texte pour l'atelier d'écriture chez Leiloona à partir de la photo suivante :
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lundi 19 décembre 2011
Comme avant
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Joli photo, non ? Et voici ma participation à l’atelier d’écriture chez Leiloona (deux semaines de suite, je m’épate !)
Il l’a suivi de loin. Quand elle s’est levée de table, il n’a rien dit. Pas même essayé de l’en empêcher en posant sa main doucement sur son bras. Sa sœur a soupiré fortement avant de se lancer dans des conseils qui ressemblaient plus à des récriminations « c’est ta femme Paul, tu ne devrais pas laisser agir de la sorte. Chaque année, c’est la même chose, avant oui je pouvais comprendre mais là, non ! ». Calmement, il a posé sa serviette et à son tour s’est levé. En prenant sa veste, il s’est retourné vers elle et lui a dit tu n’as jamais compris et tu ne comprendras jamais. Son beau-frère lui fait un léger signe de la tête, un signe pour lui dire va la rejoindre Paul, c’est ton devoir, occupe-toi de ta femme.
Il la regarde marcher. Elle avance tranquillement la tête relevée vers le ciel. Arrivée devant la cabine, elle y entre sans hésiter. A à cet instant précis, il serre les poings fortement et les jointures de ces phalanges deviennent blanches. Il ne voit que son dos mais il sait qu’elle a décroché le combiné et composé un numéro. Il trompe l’attente en regardant les gouttelettes de pluie s’écraser dans la lumière des réverbères.
Quand elle s’accroupit, il la rejoint. Elle pleure. Du combiné pendu dans le vide, une voix répète inlassablement le numéro demandé n’est plus en service. Il lui dit c’est fini, ça va aller, on va rentrer, viens. Il la prend dans ses bras, embrasse ses cheveux.
C’est son anniversaire. Aujourd’hui, elle a vingt-huit ans. Et à chaque anniversaire, elle téléphone à son frère jumeau. Depuis douze ans, en ce jour important, elle lui raconte ces petites choses de sa vie ou un souvenir d’enfance qui lui est revenu à l’esprit. Elle parle à un téléphone en dérangement ou à une tonalité qui sonne occupée. Il est mort. Frère et sœur complices, ils avaient l'habitude de partager ce jour ensemble. Pour le moment, elle a encore besoin de perpétuer ce geste. Comme avant.
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