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dimanche 14 novembre 2010

Rupture

Aujourd'hui, chez Gwen le thème est la lettre de rupture. Et voici mon texte :


Tu vois je t’écris. T’ai-je par le passé adresser une lettre ? Je ne le pense pas. Ah, le passé et les souvenirs qu‘il charrie… Quand on m’a présenté à toi, je n’étais qu’un bébé. Ne sois pas vexé si je ne me rappelle pas de cette rencontre.  Enfant, on m’a souvent parlé de toi. Je t’avoue que pour moi tu étais alors quelqu’un de mystérieux. Mais je crois que j’avais compris que tu m’aimais. On me le répétait tellement que j’y aie cru. Voilà comment notre histoire a commencé. Je me demande que ce que tu pensais de moi à l’époque. Etais-je à tes yeux qu’une enfant insignifiante ? Ou alors m’aimais-tu vraiment ? Ah, je t’embête avec mes questions ! D’ailleurs, je n’ai fait que t’en poser. Des questions qui sont restées sans réponse. Je me souviens de tes paroles que je buvais littéralement. J’avais tellement confiance  en toi ! Tu m’incitais à t’écouter, à te lire et à penser à toi. J’ai puisé au plus profond moi pour être à la hauteur de te ses espérances. Je n’attendais pas en retour que tu me gâtes ou que tu me chérisses. Non, rien de tout cela. Je faisais  ce tu te demandais de faire. Le doute s’est emparé de moi et je pense que tu t’en souviens parfaitement. Tu me parlais d’amour alors que des enfants mourraient sous les bombes ou de faim. Je t’en ai voulu ! Toi et tes beaux discours, pourquoi n’agissais-tu pas ?

Pour couronner le tout, tu restais constamment de marbre à mes questions. Bien entendu, ta famille a essayé de recoller les morceaux.  Ils parlaient comme toi. Mais vois-tu, ces mots qui avant me remplissaient de bonheur me laissaient perplexe.  Pire, j’y étais devenue hermétique. Alors oui, mon amour s’est  transformé  en révolte et en colère envers toi ! Comment pouvais- je continuer à t’aimer ?  A certains moments, j’ai essayé de  te reparler et de te croire. En vain. J’ai choisi de séparer mon chemin du tien. Je ne sais plus prier.

jeudi 11 novembre 2010

Par la fenêtre

Le blog à 1000 mains propose un nouveau sujet. A partir du dessin réalisé par Marlène, nous devons donner libre cours à notre imagination…

Elle regarde par la fenêtre la neige qui virevolte. C’est la première fois qu’elle en voit.  Tout est si nouveau pour elle. Ce pays et ses habitants. Elle n’a pas visité la ville et elle comprend juste quelques mots d’anglais. Tout ce qu’elle devait savoir  lui a été  signifié par des signes ou plutôt par des mouvements de la main nerveux, rapides. Elle est restée deux semaines dans un studio avec d’autres filles. Enfermée. Une fenêtre qui donnait sur un mur. Certaines pleuraient, d’autres semblaient être plongées dans une torpeur continuelle. Autant de mots soupirés entre deux sanglots ou criés dans des langues étrangères. L’Américain qui était venu au village cherchait des filles. De belles filles et jeunes.  Sa mère, le visage fermé écoutait le traducteur. Elle hochait la tête, refusait fermement. Sa mère lui avait fait signe d’obéir, l’homme avait  tâté ses bras et regardé ses dents. Il semblait satisfait et souriait. Sa mère s’était fâchée quand on avait demandé si sa fille était vierge. Bien sûr, quelle insulte! L'Américain avait sorti des billets. Elle avait compris que devant tant d’argent sa mère accepterait. Pendant qu’elle rassemblait quelques affaires, sa mère lui avait dit : « l’homme a dit que tu auras un meilleur avenir dans son pays. Tu vas partir avec lui ».   
Maintenant,  elle contemple les grandes rues. Les gens paraissent minuscules. Autant de petits points noirs qui bougent sur les trottoirs. Elle entend la porte qui s’ouvre. La peur l’empêche de se retourner. Des pas louds  avancent vers elle. Un homme, l’haleine chargée d’alcool lui souffle dans le cou. Il lui parle. Elle ne comprend pas. Il s’énerve, braille. Il lui empoigne le bras violemment et lui désigne le lit. Elle réalise ce qu’il attend d’elle. Elle pleure, le supplie. L’homme l’écrase de tout son poids. Il lui caresse les seins, l’embrasse à pleine bouche. Elle tourne la tête, essaie de se dégager.  L’homme lui donne une gifle. Si violente que son nez saigne. La main de l’homme lui arrache sa culotte. Elle ne veut plus penser alors elle s’imagine au village. Avec ses frères et  sa mère.

dimanche 7 novembre 2010

Circulez y'a rien à voir !

Il y a deux semaines,  Gwen nous a lancé un défi : écrire 10 lignes penfant deux semaines. 10 lignes quotidiennes sans thème imposé . Voilà le résultat :
Dimanche 24/10
J’ai répondu présente à cet atelier d’écriture : 10 lignes à écrire par jour durant deux semaines. Mais  là je me pose la question : sur quoi vais-je écrire ? Sur le quotidien, les fifilles ados ou par ce qui me passe par la tête ? Je l’avoue, je n’en sais strictement rien. Dévoiler mes  pensées, les mettre par écrit sans vernis ou artifice …  Dans ce cas, c’est se montrer tel que l’on est au plus profond avec ses failles, ses tourments et ses espoirs. Et peut-être prendre des risques. Je l’ai trop appris à mes dépens par le passé pour me montrer à nue. Alors, je garderai ma carapace qui me sert d’armure. Non, j’écrirai sur les gens que je croise. Chaque jour, je commencerai à tresser une histoire sur ces passants anonymes. Une histoire courte de 10 lignes. J’ancrerai ma fiction  à  partir d’éléments  de la réalité : leur attitude, leur expression.  Elle me plait cette idée ! Et pour le titre, on verra ça plus tard. Mine de rien, j’ai déjà écrit mes  10 lignes …
Lundi 25/10
Une vendeuse dans un magasin de cosmétiques. Vêtue de noir, queue de cheval et un maquillage qui a dû lui demander beaucoup de temps. Je l’observe. Très à l’aise avec les clientes, elle s’active cherchant un fond de teint puis un vernis.  A quoi peut ressembler son visage une fois enlevé son masque d’apparat ?  Que cache-t-elle derrière ce teint à l’aspect parfait et uniforme ? Sa vie est-elle aussi lisse que sa peau ? Parce qu’après tout, on peut trouver honteux le massacre des bébés phoques et gagner honnêtement sa vie en travaillant. Le compte en  banque ne se remplit pas tout seul à la fin du mois et la vie est chère, si chère.  Heureusement en tant qu’employée, elle bénéficie d’une réduction sur l’ensemble du magasin. On ne fait pas de petites économies comme lui serinaient ses parents à longueur de temps. Et  sa mère ajoutait : «  ne te maquille jamais trop »…
Mardi 26/10
Une petite gare près de Brest ou les TGV passent sans s’arrêter. Juste sous ma fenêtre de TER l’employée de gare est  sur le quai, prête à donner le signal de départ. Elle sourit cette jeune femme de moins de 30 ans. Un collègue masculin lui a-t’il fait encore une remarque vulgaire, dégoulinante de sous-entendus? Tous les jours, elle les entend ces railleries grasses, salaces. Au début, elle rougissait. Il en profitait pour la taquiner. Evidemment, c’est gentil. Entre collègues, on plaisante c’est bien connu. De la méchanceté ? Non, mais vous allez chercher ça où ?  Oh je vous  vois venir avec vos grands mots savants et le harcèlement. Quoi ? ici. Non, n’y pensez pas … Demandez le-lui à la petite, si on l’embête. Hein, Valérie, ce ne sont que des plaisanteries ? Ben oui, vous voyez, elle ne dit pas le contraire. Et puis, si on ne peut pas rire un peu, où va-t’on ? Bon, vous m’énervez maintenant. Allez, circulez, y’a rien à voir ...
Mercredi 27/10
Le salon de coiffure. Le lieu par excellence où certaines racontent leur vie. A la différence de chez le psy, tout ce qu’elles disent  est approuvé par des oh et des ah dubitatifs qui encouragent d’avantage le récit.  J’écoute. Ou plutôt, je suis obligée d’écouter une cliente qui raconte ses dernières vacances à une jeune apprentie. Des aigues dans la voix et des « si vous saviez » ponctuent son récit. Et si la coiffeuse au lieu de boire ses paroles en était jalouse. Aigrie, rancunière de toutes ces vies souvent embellies qu’elle entend à longueur de journées. Il y aurait la phrase en trop  qui ferait  déborder la coupe de la jalousie. Un écœurement de toutes ces existences qu’elle vit par procuration. Elle y pense de temps en temps à quitter son boulot. Mais pour faire quoi ? Tout compte fait, elle préfère continuer à faire des permanentes et des couleurs. Elle continue de sourire  aux clientes. Faire semblant de s’intéresser à ce qu’elles racontent est un art.
Jeudi 28/10
Au rayon fruits et légumes au supermarché, deux personnes âgées qui discutent. De quoi parlent-elles? Du décès d’une connaissance commune et des enfants qui viennent pour la Toussaint. Celle qui est la plus petite ressemble à un moineau. Un coup de vent et elle s’envolerait. Aucun de ses deux enfants à elle ne vient.  « Entre le travail, leur vie, ils ont bien assez à faire. » Elle le dit comme pour s’en convaincre. L’autre ne dit rien. Un silence comme pour dire «  c’est dur, je le sais ». Le petit moineau baisse la tête, cherche son mouchoir dans sa poche. Elle le serre dans sa main puis le passe sur ses yeux. Pas un mot d’échangé entre elles. Finalement, elle dit « bon, je vais y aller ».  Elle marche à petits pas, la tête engoncée dans ses épaules. Son dos est vouté. Le poids de la solitude semble bien lourd quand on vieillit. 
Vendredi 29/10
10n30, devant la boulangerie, une conversation entre deux hommes. Teint rubicond  qui vire au mauve, je soupçonne une utilisation importante du lever de coude. Bingo ! « On va boire un coup ? » « Ah ben oui, tiens ». Ils s’en vont vers le bistrot du coin. Vont-ils opter pour le verre de rouge, une bière  ou le petit verre de blanc ? A peine 11h00, c’est encore trop tôt pour un apéro. Encore que. Les épouses attendent en regardant l’aiguille de l’horloge qui continue  sa course. Ca prend vraiment du temps d’aller acheter du pain. Ou alors elles ont l’habitude. Elles savent que vers midi, ils rentreront avec  l’haleine empestant l’alcool. Elles soupireront, une remarque qui en enchaînera un autre,  puis les voix s’élèveront. Elles crieront  «  je n’en peux plus ! ». Les portes claqueront, le déjeuner refroidira. Ou elles s’enfermeront dans un silence et feront comme si de rien n’était. Une fois de plus.
Samedi 30/10
Une fillette devant une vitrine de magasin. Potirons, sorcières et chauves-souris illuminent son regard. Sa mère lui dit de se dépêcher. Mais elle veut encore profiter cette féérie. Bien campée, elle ne bouge pas. Agacée, la mère la  tire par la  manche de son blouson. « On y va ».Ce n’est pas une question mais un ordre. Ferme et sans appel. Elles partent. La fillette a perdu ses étincelles dans ses yeux. Ce soir, elle n’aura peut-être pas le droit d’aller frapper aux portes des voisins. Déguisée et changeant sa voix pour dire« Des bonbons ou je vous jette un sort ». Non, ce sera la télé ou les éternelles disputes de ses parents. Assoiffée de rêves, elle pioche où elle peut. Elle se fabrique déjà  des histoires, des mondes parallèles où les parents s’aiment. On la dit réservée, introvertie et timide. Quand le monde réel est trop  moche, on s’en échappe à partir de trois fois rien…
Dimanche 31/10
La patronne d’une crêperie à Carhaix. Elle  est de mauvaise humeur car a dû ouvrir un dimanche à cause du festival du livre. Son seul jour de repos à elle. On le lui  a pris, bouffé et jeté. Franchement, un festival du livre en plein centre bretagne. Pour qui ? Tiens d’ailleurs, elle a une réservation pour une petite dizaine de personnes. Elle a décidé de ne pas se compliquer la tâche. Et s’ils optent tous pour des  crêpes spéciales, elle  va rater son feuilleton à la télé.  Elle ne va pas s’embêter pour quelques personnes qui lisent. Franchement, il y en a qui ont du temps pour lire alors qu’elle, elle n’a pas de temps. Elle doit fait tourner sa boutique. Comme si c’était facile d’avoir un commerce et de faire du chiffre. Ella va leur dire qu’elle ne fera que des crêpes simples. Contents ou pas contents, elle s’en fiche. Elle risque de rater le début de sa série et ça se serait le pompon. 
Lundi 01/11
Mon père. Je lui ai apporté des roses. Il risque de rigoler  tout  bas et me dire « qu’est ce qu’en ai à faire de tes fleurs ? ». Tant pis, j’ai pris le risque. Cela fait un peu plus de trois  semaines que je ne l’ai pas vu. Quand j’arrive, il ne dit rien. Moi non plus. Il n’a jamais été un adepte des mots ou des gestes remplis d’amour ou d’affection. Quand j’essayais d’arpenter  ce terrain, il s’esquivait toujours. Aujourd’hui, non plus, il n’en dira pas. Son nom est gravé sur une plaque en métal. Mon père est là dans ce jardin des souvenirs. Et moi, je me tiens devant  ce mur avec mes roses à la main. Il y a tellement de choses que j’aurai voulu lui dire…Maintenant, je ne peux plus. Je suis tellement remplie de larmes et de vide que j’ai l’impression de tanguer. J’aurai tellement voulu un jour, une seule fois l’entendre dire qu’il m’aimait ou qu’il était fier de moi. Ces mots là n’étaient pas son langage. C’était tabou. Oh, papa,  je voulais juste te dire que je t’aimais…
Mardi 02/11
Fin de la grève des éboueurs. Des camions sillonnent la ville. Sur le chemin de la bibliothèque, au pied d’une barre d’immeubles,  une femme rajoute un énième sac à ceux qui sont déposés par terre. Un camion poubelle arrive, deux éboueur sortent, pressés. La femme à un visage ridé, creusé de sillons multiples. Impossible de lui donner un âge. Elle fume nerveusement. Elle regarde avec dédain les éboueurs et les interpellent d’une voix rauque « Non mais, vous avez vu comment c’est ! Putain, c’est nos impôts qui vous payent alors vous feriez mieux de bosser !». Le plus jeune est sur le point d’ouvrir la bouche mais son collègue lui pose sa main sur l’épaule. Combien de fois aujourd’hui ont-ils été pris à parti par des gens ? Ce soir, quand ils rentreront chez eux, le plus jeune ira à la salle de sport pour se défouler. Evacuer  toute ces remarques en soulevant des kilos de fonte, la mâchoire contractée. Pour le plus âgé, ce sera une journée comme il a en déjà connu.
Mercredi 03/11
Au supermarché ce matin. Peu de monde dans les allées,  il est tôt. Deux femmes discutent. Habillées élégamment, elles font parties de la même classe sociale. Elles sont l’une en face de l’autre, la proximité favorise l’épanchement des confidences. L’une mange avidement les paroles de l’autre. Elles en oublient leur caddie.  Celle dont les nombreux bracelets s’entrechoquent à chaque mouvement lui annonce le divorce d’une amie. L’effet surprise est garanti, elle s’en délecte. La suite est impressionnante :   le mari qui a un bon travail pourquoi le quitter ? Et la maison ? Aucune d’elle ne demande comment va leur amie. Non, c’est secondaire. La nouvelle va se répandre avec frénésie. Chacun y apportera son grain de sel : la valeur pécuniaire, les vacances à l’étranger… Tout va être jaugé, calibré en monnaie sonnante et trébuchante. Après, peut-être que quelqu’un s’intéressera à ce que ressent cette femme. Et encore…
Jeudi 04/11
J’arrête la ma participation. Aujourd’hui et une journée morte sans sortie. Difficile de parler de quelqu’un quand on n’a vu personne. J’au respecté la consigne que je m’étais fixée. Observer des gens et broder autour en dix lignes…

mercredi 20 octobre 2010

Langue de vipère

Cette semaine chez les impromptus littéraires,  le thème est langue de vipère...de quoi délier bien des langues.

Quand on me demandait quel était mon travail, je répondais toujours ce mot :
-Chasseur.
Les gens surpris me dévisageaient  et enchainaient aussitôt :
-Chasseur de tête ?
-Oui, en quelque sorte…
Je préférais cette appellation à celle de mon vrai job : journaliste  en  freelance. Car dans mon métier, la discrétion était une des qualités primordiales comme la patience et l’anonymat. Je chassais du gros gibier pour alimenter les revues et les journaux à scoop.  La traque des people et des politiques. Les suivre, les filer et au moment importun faire la photo qui fera sensation ou qui déclenchera un scandale. Révéler au public leurs faiblesses et  leurs relations douteuses. Dans ma branche, j’ai vite  obtenu le surnom de langue de vipère car pour obtenir mes photos, je réclamais de rédiger l’article. Montrer sur papier glacé  les vices et  les défauts ne me suffisait pas, j’aimais accompagner  la photo de  mes mots dénonciateurs.  Et un jour, je l’ai prise, elle, en filature. Trop parfaite, une vie  trop rangée pour cette  jeune actrice. J’ai cherché longtemps et j’ai fini par trouver la faille. Son petit ami la trompait avec une autre. Elle l’a appris en même temps que  madame-tout-le-monde dans les journaux. Sauf que durant ces mois à l’observer, j’ai fini par tomber amoureux d’elle. Je la connaissais sur le bout des doigts : ses fleurs préférées,  ses habitudes jusqu’au  petit sillon qui se formait  sur son front quand elle  était anxieuse.  
Pour elle, j’ai tout largué. Je suis maintenant journaliste dans un quotidien  où j’officie à la rubrique chiens écrasés. Plus de planque mais interview à domicile (s’il vous plait) de Madame  S. qui a vu la voiture volée de Monsieur P.. Je joue mon nouveau  rôle à merveille. Et quand l’adrénaline du scoop me manque, je sors mon appareil photo. Je sais tout du voisinage : le retraité de l’immeuble d’en face qui mate des films pornos quand sa femme est à son club de bridge, la femme du premier qui sort la bouteille de whisky dès que ses gamins sont à l’école…
Elle ne sait rien de mon passé et personne de mes anciennes fréquentations se risquera sur ce terrain, ils savent que  la langue de vipère est toujours là. Quelque part à l’affut.  
Tout le monde a  des petits secrets, il suffit juste de gratter un peu pour les découvrir.  

dimanche 10 octobre 2010

Le génie du livre...

Qui dit dimanche dit l'atelier d'écriture chez Gwen.

La consigne est la suivante :
Aujourd’hui, nous allons plonger dans la fiction la plus pure. Comme vous êtes toutes, pour la plupart des blogueuses, vous savez ce qu’est un livre voyageur… Imaginez justement que ce matin, vous en ayez reçu un. Vous ne l’avez pas ouvert tout de suite. Vous l’avez posé dans un coin, préférant attendre un moment de calme pour vous plonger dans les premières lignes… Maintenant, ça y est, vous êtes seule, installée confortablement et vous ouvrez le livre-voyageur… Et voilà qu’en sort une sorte de brume. Et au fil des secondes, cette brume prend de plus en plus de consistance. Abasourdie, vous voyez un homme apparaître. Vous avez en face de vous le génie du livre-voyageur…

J'ai opté pour un texte très personnel :

La pétarade de scooter du facteur retentit.  J’entends le bruit sourd d’une enveloppe qui tombe dans la boîte aux lettres. Je la soupèse, c’est un livre. Je la prends avec moi et je rejoins ma chambre.  C’est l’heure de me reposer mais avant un peu de lecture. Qu’est ce que je vais lire ? Je regarde l’enveloppe posée au pied de mon lit et je l’ouvre. La couverture comporte juste un titre « une vie » et deux initiales C.C. pour le nom de l’auteur. Pas de quatrième de couverture ou d’autre indication. Intriguée, je commence la lecture :
Dimanche 22h50. Le téléphone sonne une première fois. A peine deux minutes plus tard, la sonnerie  retentit à nouveau.  Un appel à des heures tardives ou matinal est signe de mauvaise nouvelles. La gorge serrée, elle décroche. Il s’agit de sa mère. Elle a reconnu sa voix mais  le ton est différent de celui d’habitude. Il traine des pleurs retenus, étouffés  et  elle pressent  le pire. Son cœur bat comme un fou et le combiné tremble dans sa main.
- Ton  père est décédé.
Voilà, elle l’a dit. Cette phrase,  elle  l’a souvent imaginée et  elle savait que sa mère emploierait ces mots là.
Depuis cinq ans, elle s’est préparée en l’entendre  sauf que cette fois, elle n’est  plus dans  l’imaginaire. Tout lui signifie qu’elle est dans la réalité : son mari qui semble désemparé, sa fille aînée qui dévale brusquement l’escalier en demandant ce qui se passe.
Je pose le livre, je ne comprends pas. Ces mots sont mon histoire que je viens de vivre. Les larmes me montent aux yeux. Je nage en plein délire. Ce n’est pas possible ! Je referme le livre brusquement et je m’enfouis sous ma couette.  Une brume semblable à un brouillard envahit toute la chambre mais abasourdie, je ne réagis même pas. Une silhouette se dessine et un homme apparait. J’inspire, j’expire, je ferme les yeux  quelques instants et tout va rentrer dans l’ordre. Il ne peut pas en être autrement. La fatigue de ces derniers jours me joue des tours ou je dois être  en train de somnoler. Je vais me réveiller et quand j’ouvrirai les yeux, tout sera redevenu normal.
L’homme se retrouve assis à mon bureau et me regarde.
- Bonjour, je suis le génie des livres voyageurs.
Ce n’est qu’un rêve, j’en suis certaine.
- Je ne savais pas que les livres possédaient des génies.
- Mais, que crois-tu ? Que les livres ne sont que des histoires, des mots ? Des échappatoires, des occasions de vivre d’autres vies par procuration ou d’apprendre? Non, ils sont bien plus que cela.
- Je ne comprends pas.
- La lecture t’a souvent servie à t’évader  mais aujourd’hui elle va t’aider. Ce livre est le tien, c’est à toi de le continuer et de raconter.
- Qu’est ce que vous attendez de moi ?
- Je te connais, je sais comment tu fonctionnes et seuls les mots que tu écriras  te permettront de faire ton deuil. La décision t’appartient mais pour surmonter le décès de ton père, tu sais qu’il faut que tu écrives tes souvenirs, tes regrets et ta peine.
Il me tend un crayon, le livre s’ouvre tout seul à la première page. Le texte est toujours là mais il est  écrit  à la première personne.
- N’oublie pas que ce livre est le tien et que personne d’autre ne le lira, tu peux écrire tout ce que tu veux.
J’hésite puis finalement je prends le crayon.  Et j’écris « Le cycle de la vie débute dans des cris de joie, aujourd’hui ce sont des cris de douleur. Je vais libérer tous mes sanglots en t’écrivant  tout ce que j’aurai voulu te dire alors que je n’ai pas eu le temps. »
Je relève la tête, l’homme a disparu et je continue d’écrire…

dimanche 3 octobre 2010

Fragments poétiques

J'ai peiné aujourd'hui à l'atelier d'écriture de Gwen.

Elle nous a proposé un texte de Philippe Jacottet, extrait du recueil « Leçons »:
Une stupeur
commençait dans ses yeux : que cela fût
possible. Une tristesse aussi
vaste comme ce qui venait sur lui
qui brisait les barrières de sa vie
vertes, pleines d’oiseaux
lui qui avait toujours aimé son clos, ses murs
lui qui gardait les clefs de la maison

Avec comme consigne :  Imaginez que c’est un morceau de papier que vous avez trouvé par terre. Des fragments ont disparus, des lignes intercalaires ont été effacées. Amusez-vous alors à reconstituer le texte dans son entier. Vous avez le droit de prolonger les vers, d’ajouter des lignes entre celles qui existent, mais par contre, vous devez garder la structure du poème et les vers doivent rester disposés tels qu’ils sont là. C’est à vos mots de s’adapter à ce cadre.

La poésie n'est pas mon fort, je vous laisse juger du résultat :


Une stupeur le frappait. Un coup violent s’enfonça dans sa poitrine le laissant abasourdi. Le panorama des images de sa vie commençait dans ses yeux : que cela fût réalisé aussi vite le rendait furieux. Le dégoût l’assiégeait à la vue de ce qui avait été avant sa maison. Un foyer  qui était imprégné de souvenirs  De ses mains, il y avait posé chaque pierre. Autant de soirées et de week-end-end passés à monter des cloisons, à faire la plomberie,  Il en était fier et dans les yeux de sa femme, il trouvait réconfort et admiration. Ils auraient pu être heureux, la maison se serait remplie de rires d’enfants, elle aurait résonnée de bonheur.  Le jour où son entreprise congédia du personnel, son nom était inscrit  dans le  lot de ceux qui se retrouvent sans lendemain. Il fit son possible. Même si l’emploi ne courait pas les rues dans la région, il répondait aux quelques offres avec espoir.  Puis, lentement et sournoisement, la mélancolie fit son effet. Le matin, il se levait avec  peine, le regard vide. Une tristesse aussi apparue car leurs économies  étaient au plus bas. Ce fut les huissiers et leur pouvoir vaste comme ce qui venait sur lui qui brisait les barrières de sa vie vertes, pleines d’oiseaux lui qui avait toujours aimé son clos, ses murs lui qui gardait les clefs de la maison. A présent, il regardait  sa maison occupée par d’autres personnes. Une balançoire dans le jardin, de nouveaux rideaux aux fenêtres, des rosiers fraîchement mis en terre, tous  ces éléments étaient la preuve que ce n’était plus sa demeure. Immobile sur le trottoir d’en face, il comprenait qu’une page de sa vie venait de se tourner.

dimanche 19 septembre 2010

Les repas de famille - suite

Gwen nous fait travailler dur aujourd'hui ! La suite des consignes c'est .

Si vous avez raté le premier épisode , c'est ici.

Et mon texte :

Après le départ précipité d’Oliver et d’Hélène, Huguette déclare :
-Excusez-moi quelques instants, je vais aller  me reposer.
Marie aussi fidèle qu’un chien de chasse l’accompagne à sa chambre :
-Vous avez besoin de quelque chose, belle-maman ? je vous apporte un verre d’eau.
-Non, merci Marie, juste mon sac à mains.Ca va aller.

Marie s’exécute et  retourne à la salle à manger.
Huguette prend son sac et sort son portefeuille. Derrière son chéquier, se trouve une photo encornée.  Sur la première, de jeunes mariés s’y embrassent, le bonheur dans les yeux.  De son doigt, elle caresse la tête de la femme et murmure :
-Mon dieu, pourquoi  a t-il fallu que tu prennes Lise ? Elle était si douce. Avec Olivier, ils formaient un si beau couple. Pourquoi elle ? Tu aurais  mieux fait de me rappeler à toi.

De ses yeux sombres, des larmes coulent.  Elle pensait  qu’Oliver serait resté veuf après la mort de Lise.  Ca a été un choc quand deux après, il lui a présenté  Hélène et sa fille Chloé. Pour elle, Hélène prenait la place de Lise et Chloé était la petite file qu’Olivier et  Lise auraient dû avoir.  Elle regarde la photo des enfants de Jean et de Marie.  Endimanchés et sourires de convenance. Chaque année, la photo change seuls les  sourires figés restent.  

De son portefeuille, une lettre pliée en quatre tombe sur le lit. Elle la relit. Son médecin lui a prescrit une batterie   d’examens  à faire.  En même temps, elle défait son foulard et touche la boule qui est apparue à  son cou depuis plusieurs mois. Elle a encore grossi. Elle n’en a parlé à personne. L’ordonnance date de deux mois. Les premiers examens ont révélé un cancer à un stade très avancé.   

Elle sort une petite photo de Chloé. Elle l’observe. Chloé dessine sur une feuille allongée à même le sol.  Elle sourit et hoche la tête.

Puis, elle  ajoute la photo de  Chloé à la place d’honneur avec celle de ses petits-enfants.

Un silence embarrassé règne  dans la salle à manger. Marie parle de tout et de rien et s’efforce de sourire. Mais rien n’y fait.  L’ambiance est devenue pesante.
Marion se lève :
-Bon eh bien, vous remercierez maman pour  cet adorable déjeuner mais je préfère retourner à l’hôpital. Jean, excuse-moi mais tu es  un vrai con ! Salut la compagnie !

Sa nièce Caroline n’en a pas perdu une miette. Elle quitte la table, prétextant un mal de ventre pour aller s’assoir au salon. Il lui suffit de fermer  les yeux pour s’imaginer être dans la chambre de Quentin. Depuis six mois, ils sortent ensemble mais c’est un secret. Caroline trouve des excuses pour passer chez lui sans la semaine. Fils unique, ses parents ne rentrent que très tard le soir. Ils se voient  toujours  lui. Quentin a deux ans de plus qu’elle. A ses yeux, il est différent des autres garçons. D’ailleurs, à part David, il ne se mêle  pas trop  aux autres.

Au début, ils s’embrassaient timidement puis, elle l’a laissé glisser ses mains sous son chemisier et défaire  son soutien-gorge.  A chaque rendez-vous, Quentin  ferme les volets, allume sa lampe  de chevet et met la musique. Elle se sent bien dans sa chambre où les murs sont recouverts de posters et d’affiches de groupes de Rock. Rien qu’à penser à ses mains qui caressent ses seins, elle rougit. Ils n’en ont jamais  parlé mais elle sait que Quentin veut qu’ils le fassent. Elle a un peu peur, elle appréhende  mais elle en a envie elle aussi.  Elle se mord les lèvres, ravale sa salive.
Demain soir, elle ne sera plus une petite fille.  

mercredi 15 septembre 2010

Récréation du mercredi

Toujours chez Gwen, la récration du mercredi fait son apparition.

Le thème d'aujourd'hui :
Le cœur régulier. Le premier mot. Retour aux mots sauvages. Antoine et Isabelle. Apocalypse bébé. L’insomnie des étoiles. Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants. La carte et le territoire. Naissance d’un pont. La vie est brève et le désir sans fin. Une année chez les Français. Une forme de vie. Le testament d’Olympe. Six mois, six jours.
Ces titres vous disent quelque chose? C’est normal. Il s’agit là de la sélection du Prix Goncourt des lycéens. Je vous propose d’en choisir une dizaine parmi eux et d’écrire une courte histoire avec. 

Ce qui donne :

-Gigi, tu descends mon lapin ? Tu vas être en retard pour l’école !
Un garçon brun, sac à dos sur les épaules et mine renfrognée descend de l’escalier fraichement ciré.
-Eh ben, qu’est ce qu’il y a mon cœur ?
Le premier mot qu’il lui vient à l’esprit est ferme-là mais comme il est bien élevé, il se contente de dire :
-Rien ! Je voudrai juste que tu arrête de m’appeler Gigi, c’est tout… c’est franchement nul !
-Oh, mon petit garçon n’a pas assez dormi, allez en voiture !

Gigi a à peine le temps d’attraper son manteau que sa mère est déjà installée au volant. La radio est allumée et Isabelle chantonne.
-Tu entends mon lapin ? c’est Gigi Goldman ? Ah, la journée s’annonce belle, je te le dis.

Son Gigi s’est blotti à l’arrière avec sa console de jeux en main, il s’active à son jeu préféré au nom d’Apocalypse Bébé où le héros n’a que la carte et le territoire pour faire face aux méchants. Et que je te dégomme des monstres et des chanteurs des années 80!
La mère d’Isabelle n’avait qu’un crédo : la chanson pour être heureuse ! Et Isabelle a hérité de cette manie. Pas une journée se passe sans qu’elle fredonne ou ne chante. Ce n’est pas rien pour rien que ses enfants se prénomment : Jeanne, pour Jeanne Mas, Claude pour Claude François et Jean-Jacques dit Gigi pour Jean-Jacques Goldman.

Elle est heureuse de vivre Isabelle. Pétillante, une vitamine C sur jambes qui ne se plaint jamais. D’ailleurs, elle le dit à qui veut l’entendre « il faut voir la vie en rose et de pas s’apitoyer sur soi. La vie est brève et le désir sans fin ». Agée de 42 ans, elle a la vitalité d’une fille de 20 ans. Antoine et Isabelle sont mariés depuis 22 ans et jamais leur couple n’a jamais battu de l’aile.

Arrivée devant l’école, elle accompagne Gigi bien qu’il soit en CM2, lui flanquant deux grosses bises bien sonnantes, papote un peu avec quelques mères et repart aussi sec. Antoine est commercial et souvent absent de la semaine et Isabelle gère tout. C’est bien simple, tout le monde l’admire de la boulangère, à ses voisins en passant par ses amis. Sa maison est un modèle de propreté à faire pâlir de jalousie Monsieur Propre.

Mère au foyer, elle ne voit pas le temps passer. Son emploi du temps est réglé à la minute près entre Gigi à amener et à chercher à l’école, les activités extrascolaires, les courses, le linge… et ses deux ados : Louise 17 ans et Claude 14 ans. Sitôt rentrée, elle s’active à la cuisine : débarrasser la table du petit-déjeuner. Louise a renversé la moitié de son verre de jus d’orange à côté de la table, Claude a laissé derrière lui une armée de céréales sortant d’un paquet éventré sauvagement? Ce n’est pas grave ! Elle essuie, elle range en écoutant l’émission "Une année chez les Français "à la radio . L’émission traite des problèmes actuels : crise, chômage mais aussi d’autre sujets sur l’infidélité, les enfants qui battent leurs parents. A chaque fois, Isabelle soupire en se disant qu’elle a vraiment de la chance ! Puis, elle passe un coup de balai et en profite pour muscler ses fessiers Et une, deux, trois, on contracte….Aucune raison de se laisser aller !

Au contraire, passée la quarantaine, il faut s’entretenir encore plus. Etre plus vigilante vis-à-vis du carré de chocolat, du morceau de gâteau qui s’incrustera dans les hanches ou dans les cuisses. Puis, elle s’affaire dans les chambres et la salle de bains, range après ses enfants en chantant. Elle récupère la chaussette sale qui traîne sous le lit, le mouchoir en papier tombé à côté de la poubelle et en étant toujours de bonne humeur.

Elle nettoie, elle débusque du coin de l’œil le grain de poussière que personne n’a remarqué sauf elle. Ses enfants ne font aucun effort. Pourquoi en feraient-ils d’ailleurs ? Leur mère est toujours affublée d’un chiffon et de son aspirateur tel un terminator ménager. Elle conçoit la vie aussi nette qu’une surface aseptisée, brillante et récurée, une forme de vie qui convient à toute la famille.

Six mois, six jours plus tard, Isabelle n’a plus le moral. Son Gigi va d’ici peu entrer au collège. Ses enfants ont grandi si vite. Rien ne va pas plus ! Elle se traine, n’a plus de goût à rien et la maison est sens dessus dessous. Isabelle se rend compte que bientôt ses enfants n’auront plus besoin d’elle. Antoine l’a poussé à aller consulter le médecin. Car lui et les enfants en ont marre de manger des plats surgelés. Louise qui n’avait jamais approché de près ou de loin un fer à repasser a dû s’y mettre. Claude a découvert que les céréales n’allaient pas toutes seules dans la poubelle. Et Gigi demande à ce qu’on l’appelle son lapin.

Le médecin n’a rien trouvé d’anormal à ce cœur régulier mais juste une tension un peu basse. Il lui a prescrit des anxiolytiques et depuis tout va mieux. Les pilules du bonheur lui font tellement de bien qu’elle en abuse. Du matin au soir, elle est sur son petit nuage. Ses gestes sont un peu ralentis, son regard hagard mais ni son mari ses enfants ne se plaignent. Toutes les tâches ménagères sont faites et en silence. Fini la chansonnette ! Quand Isabelle ouvre la bouche, elle annone des mots étranges, des prophéties, des discours et répète  » parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants ».

D’ailleurs, Antoine se demande bien pourquoi il ne l’avait pas amené plus tôt chez le médecin …

dimanche 12 septembre 2010

Les repas de famille

Le thème de l'atelier d'écriture de Gwen aujourd'hui est sur les repas de famille.
Petit récapitulatif :
Depuis que vous êtes marié(e), c’est tous les dimanches le même rituel. Vous êtes de corvée de gigot pour le déjeuner chez Belle-Maman. Celle-ci a, en effet, décrété que vous étiez le (la) seul(e) qualifié(e) pour le découper dans les règles de l’art. Alors avec une certaine complaisance, vous vous levez et empoignez couteau et fourchette géants et entamez, avec une sauvagerie dissimulée, le massacre du gigot aillé. Au fur et à mesure de votre tâche, vous distribuez les tranches dans les assiettes qui se tendent. C’est l’occasion pour vous de passer en revue cette famille…

Alors que les conversations vont bon train, faites donc le portrait rapide des convives assemblés là (douze plus vous, bien sûr!). Quelques lignes pour chacun, l’idée est de brosser les portraits rapidement, à la manière d’un peintre, en essayant de faire ressortir les traits marquants ou les petits détails qui en disent long...

J'ai débordé, je le sais !Mais bon, voici mon texte :

-Hélène, vous découpez le gigot bien entendu ! me dit ma belle-mère. Comme si je n'avais pas vu son sourire en coin et l'étincelle sournoise dans ses yeux.
Je lui rends un grand sourire. Olivier pose sa main sur mon genou sous la table. Un signe pour que je ne bronche pas et que je le fasse sans faire d'histoire. Ce sera un massacre, elle le sait et moi aussi. Si elle m'a désignée c'est pour me mettre à l'épreuve. Une fois de plus. La végétarienne que je suis, se lève de sa chaise et inspire pour se donner du courage. Je m'y prends maladroitement. Ne pas fléchir. Je lève la tête du plat et je la vois qui tapote des doigts sur la nappe.
-Eh bien Hélène ! Le gigot va être froid. Vous ne voudriez quand même pas nous priver de notre repas.

Premier petit pic que j'encaisse sans broncher.
Cette fois, je m'applique. Mon estomac se serre de dégoût et d'appréhension.
-Belle-maman, je vous sers?
Son regard va du plat à mon visage. Va t’elle oser me dire que mes tranche ont l'air d'être découpées avec une tronçonneuse?
J'attends.
-Hélène, ce serait bien d’y mettre un peu du vôtre... Un tel gigot ! Monsieur Hamon le boucher de la place St Louis me l'avait spécialement mis de côté . Quel gâchis!

Je ravale ma salive. Aujourd'hui, je serai plus forte qu'elle.
-Belle-maman, votre assiette, je vous en prie.

Eh oui, je dois appeler Huguette par ce mot froid rempli de distance "belle- maman". Les mots créent des abîmes. Pire des barrières.
Le vouvoiement est obligatoire et de rigueur.
Mince, j'ai oublié que je dois la servir à l'assiette.
Elle me fixe, attend. Quand je me penche près d'elle, j'entends sa respiration fielleuse, son parfum aigre. Un visage long et sec comme toute sa personne. Des pommettes hautes et des lèvres minuscules. Ses ridules auteur des yeux ne lui confèrent aucune tendresse. Pire, ils la rendent encore plus froide. Droite comme un i sur sa chaise, elle me lance un merci sec, glacé suivi d'un long soupir que tout le monde a entendu.
Personne n'ose lui ne faire la remarque. Au mot Saint Louis, les joues de ma belle-sœur se rosissent :
- Vous savez, belle-maman que le prêtre de Saint Louis m'a remercié pour mon aide aux cours de catéchisme et pour la composition florale que j’ai réalisé pour la messe.

Assis à côté d'elle, son mari Pierre prend le relais :
-Mais ma chérie, tu es une fée, la bonté même.
Jean, l'aîné des enfants, 40 ans et commandant de vaisseau. Militaire dans l'uniforme et dans l'âme. Son épouse, Marie, 38 ans ; mère au foyer qui lui a donné quatre enfants. Marie et son éternel chemisier, son gilet, sa jupe juste à la longueur genou. Un visage rehaussé d'un éternel serre-tête. Comme elle le dit, elle voue sa vie à l'éducation de ses quatre enfants : Pierre-Louis, les jumelles Anne-Sophie et Caroline, et Jean-Baptiste.
Jean ne m'aime pas et c'est réciproque. Sa conversation se limite à peu de choses où les mots rigueur, discipline reviennent sans cesse.
Marie se trémousse sur sa chaise et lui chuchote :
-Je crois que tu peux annoncer la bonne nouvelle !

Jean se lève et d'un ton magistral annonce :
-Pierre-Louis a été admis au lycée Naval, dit-il fièrement.
Belle-maman tressaute et pose la main sur son cœur :
-Ton grand-père aurait été fier de toi.

Pierre-Louis l'ainé des petits enfants. Bon élève et arrogant , le fils à papa et à maman. Il sait se montrer l'enfant parfait en famille. Par contre, avouer qu'il fume en cachette et qu'il a déjà pris une première cuite, jamais! Il s'en vante fièrement sur Facebook. Certes, un garçon intelligent mais qui ne sait pas qu'Internet est le nouveau téléphone arabe. Comme son frère et ses sœurs, il est scout. Chez cette branche de la famille Kerguin, c'est une tradition comme la messe du samedi soir.

Ses sœurs Anne-Sophie et Caroline sont les modèles miniatures de leur mère. A 14 ans, elles s’habillent pareilles. Le visage d’Anne-Sophie a perdu les rondeurs de l’enfance et montre les premières prémices de l'adolescence. Elle parle très peu, c'est un enfant secrète. Caroline est toujours souriante et se moque éperdument de tout. Arrivée à l’école, elle va troquer sa jupe et son chemiser contre un jean taille basse et un t-shirt.
-Jean-Baptiste, tes coudes !
Ah, Jean -Baptiste, 10 ans, l'éternel rêveur qui désespère ses parents. Ce gamin aime la campagne et les vaches. Son rêve serait de tenir une ferme. Quand Marie l'a appris, elle en a pleuré.
L'été dernier, il a passé une semaine avec les scouts dans l'Ardèche. Et il s'y est découvert une passion pour l’agriculture.
Comme c'est Marie qui l'avait inscrit depuis Jean la tient responsable.
Marie expie sa faute en brûlant un peu plus de cierges et en répétant des "mais que va-t-on faire de cet enfant?"

-Jean-Baptiste ! Tu te tiens correctement !
Son père est prêt à se lever. Il a hésité mais non, il s’est retenu pas devant la famille.

Mon beau-frère, Hugues, prend la défense de son neveu :
-Mais laisse un peu tranquille cet enfant.

Pour calmer le jeu, je demande à Hugues son assiette.
Jean et Hugues, deux frères que la politique et les idéologies séparent. Gauche et droite ne font pas bon mariage. Hugues, 36 ans, est professeur un quartier où les familles triment. Il aurait pu enseigner dans une école plus prestigieuse mais non. Il veut aider les gamins, les aider à s’en sortir par l’enseignement. C’est par obligation qu’il se rend aux repas de famille. Comme moi.
Jean dit :
-Quand tu auras des enfants…

Phrase assassine et lâche quand on sait qu’Hugues et Annie mariés depuis plus de 10 ans essaient d’avoir un enfant.
Annie ne réagit pas. Les yeux perdus dans le vide, elle s’est enfermée dans la bulle de valium depuis que la dernière FIV a échoué. Son corps qui ne veut pas donner la vie l’a brisée.

La porte s’ouvre brusquement et Marion apparait. C’est la cadette.
Elle embrasse tout le monde et dit à la cantonade :
-Désolée pour le retard, une urgence à l’hôpital.

Brune, grande et élancée, 32 ans et médecin. Marion me fait un clin d’œil, signe que l’urgence était un homme avec qui elle a passé la nuit. Elle veut profiter de la vie, en jouir. Comme elle m’a dit, elle voit trop de drames aux urgences. Le mariage, elle n’y pense pas. C’est une croqueuse d’hommes en tout genre et une épicurienne. Sa mère la sermonne sur le temps qui passe, lui prédit qu’elle finira vieille fille. Et alors ? lui rétorque dans ces cas là, Marion. Où est le problème ?
Marion se sert elle-même. Belle-maman n’apprécie pas et soupire. Une fois de plus.
Chloé, ma fille âgée de 5 ans, me tend son assiette.
-Attend, je vais d’abord servir papa.

Belle-maman sursaute et ouvre la bouche. Tel un serpent prête à cracher son venin.
-Hélène, je suis peut-être vieux jeu mais Chloé n’est pas la fille d’Olivier. Il s’agit de son beau-père.
Je n’ai pas eu le temps de réagir qu’Olivier lui répond :
-Ma chère mère, que ça te plaise ou non, je considère Chloé comme ma propre fille. Je l’élève depuis qu’elle a deux ans au cas où tu l’aurais oublié.
Merci mon chéri !

Belle-maman n’a jamais accepté qu’Olivier « se mette en ménage » selon ses termes, avec une femme qui avait déjà un enfant. Pour elle, Chloé n’est pas sa petite fille et ne le sera jamais. Elle la considère comme une pièce rapportée.
Jean lève la tête de son assiette et dit d’une voix acérée:
-Surtout que la couleur n’aide pas.

Chloé me regarde et me demande :
-Qu’est ce qu’il veut dire ?
-Rien, ma chérie…
Ma voix tremble et le sang me monte à la tête. Chloé, ma fille dont la peau mate, les yeux noirs et les cheveux frisés dérangent.
Belle-maman jubile :
-Hélène, vous ne mangez pas ? Ah, j’avais oublié que ne mangiez pas de viande.
Je la fixe du regard. Olivier se lève et dit :
-On s’en va.

Les larmes aux yeux, je serre Chloé contre moi.

lundi 6 septembre 2010

Ah l'amour...

Trouvé chez Fattorius, ce petit jeu qui consiste à écrire ce qu'est  devenu ce couple :

Ils se sont rencontrés sur Meetic mais il faut dire que l’émission l’amour est dans le pré à jouer un rôle considérable dans leur rencontre. Sonia a été poussée par ses copines qui trouvaient que c’était carrément trop chou et très tendance que Vincent soit berger bio en Auvergne. Et oui, le bio, le retour à la nature sont In. Sonia a démissionné de son emploi d’agent immobilier à Paris pour s’installer avec Vincent à la ferme. Qui dit couple dit sacrifices, Sonia s’en est rendue compte. Adieu sa séance hebdomadaire de french manucure en institut et le lèche-vitrine. Pour traire des biquettes, nul besoin d’avoir du vernis à ongles. Et puis d’abord, le maquillage c’est plein de cochonneries ! Et oui , Vincent lui a inculqué les règles d’une vie saine. Adieu au parabène, aux petits plats surgelés et réchauffés en 3 minutes au micro-ondes. En six moins elle a maigri, son corps a dû s’adapter aux graines de tournesol et au tofu… Le matin, elle se lève à cinq heures pas pour prendre le train de banlieue mais pour charger la fourgonnette (une des seules concessions au monde actuel) afin d’aller faire les marchés. Les écharpes et les bonnets qu’elle tricote y sont vendus en même temps que les fromages de chèvre. Quelquefois, elle a la nostalgie de Paris, de son air pollué et d’un bon gros hamburger mais elle aime Vincent. Lui, il est content ! Il a trouvé une femme qui l’aide gratuitement et qui lui tient chaud au lit. Mais surtout, il s’est rendu compte que ses tricots se vendent bien, très bien. La nuit, quand Sonia dort (avec bonnet, deux doudounes et chaussettes), il se lance dans des calculs d’investissement pour installer, puis délocaliser en Chine,  sa future petite entreprise…

Ses yeux brillent de cette lueur que seule l’envie d’argent fait naitre.

dimanche 5 septembre 2010

Atelier de Gwen

Le Blog de Gwen étant dans les choux, je vous joins le thème d'aujourd'hui récupéré sous mon GR :

Bonjour!
ah, que je suis contente de vous retrouver! J’espère que vous avez, tous et toutes, passé de belles vacances et que vous êtes, ce dimanche, dans une forme olympique! C’est reparti pour une année d’atelier d’écriture, dans l’allégresse et la gaieté. Pour échauffer votre plume, j’ai pensé à un petit exercice directement inspiré du jeu que certains ont pu voir chez Mango ou Aifelle : un générateur de titres aléatoires. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu, c’est ici.

Voici deux listes de mots. Prenez-en un dans chaque, créez un titre puis, à la manière d’une quatrième de couverture, résumez le contenu de votre ouvrage. Cette quatrième de couv’ peut être limpide, ésotérique, ratée, mystérieuse, dithyrambique, déjantée… Vous n’oublierez pas de dire quelques mots de l’auteur, bien sûr!

Liste 1 : Le théâtre. Le vertige. La tentation. La forêt. La chapelle. Biographie. L’imagination. Le divan. L’âme. La poupée. L’ombre. Le palais. L’amertume. Anatomie. Politique. L’or. La mélodie. Mélancolie.

Liste 2 : d’un curé, d’une insoumise, des rats, de l’enfer, des idoles, de Mr X, d’une blonde, des racailles, d’un puceau, des spectres, des crachats, du monstre, des étoiles, des chiens, des clowns, de ma mère, des fous.

Vous pouvez laisser votre créations en commentaire ou bien les envoyer à atelier@skriban.eu

Bonne inspiration!
Gwen

Pourquoi courons-nous ?

Reprise de l'atelier d'écriture chez Gwen !

Aujourd'hui, écrire à partir d'une série de mots au choix une quatrième de couverture...

Et voici donc la quatrième de couverture en exclusivité de Pourquoi courons nous? ( attention, j'ai déposé un copyright pour le titre et l'histoire !)

Après sa biographie émouvante écrite en 1990, Corentine Le Bellec signe son premier roman «Pourquoi courons-nous ? ».
Livre inspiré par une chanson de Miossec « les joggers du dimanche », ce roman met en scène des personnages qui courent autour d’un lac. Des pas réguliers, martelant le sol aux petites foulées en passant par les grandes enjambées. Pourquoi courons –nous et après quoi ? C’est la question que se pose Corentine Le Bellec à travers ces quatre personnages féminins.

Mathilde, trentenaire, est cadre à responsabilités, son embonpoint est son obsession. Elle compense une vie sentimentale inexistante par son statut de femme autoritaire. Redoutée par ses collègues, elle est une proie facile pour les vendeurs de poupées aux silhouettes parfaites. Mal à l’aise dans sa peau, elle déverse son amertume au travail.

Il y a Eva, la jeune retraitée, dont on ne sait peu de choses et qui est venue s’installer depuis dans la région. Riche propriétaire roulant sur l’or, les commérages vont bon train sur sa fortune. Tous les jours, elle trottine autour du lac en fredonnant une mélodie d’une autre époque.

Sophie, mariée depuis six ans et femme au foyer, désespère de ne pas avoir d’enfant. Lors de son jogging matinal, elle va prier à la chapelle et demander à Dieu d’exaucer son désir avant de passer sa journée à nettoyer une maison aseptisée, diluant sa mélancolie dans la javel.

Elles se croisent au gré de leur jogging, s’observent se saluent d’un sourire jusqu’ au jour où l’arrivé de Marie va tout bouleverser. Marie, à l’anatomie parfaite, femme brillante et épanouie qui conjugue une carrière politique et gère l’éducation de ses quatre enfants avec brio.

Sans se l’avouer, elles courent toutes après un idéal. Lors des joggings, les pensées, les blessures, les amertumes et les jalousies remontent à la surface...

Corentine Le Bellec est reconnue pour sa biographie relatant son enfance et son adolescence intitulée Mes gênes baignés d’alcool . Certes, ce livre lui a  valu le Goncourt mais aussi de nombreuses fâcheries avec sa famille. N’oublions pas que sans concession, elle a écrit « qu’elle a vécu dans un patelin paumé de 2000 âmes plus connu pour son ratio bar/habitant que pour sa chappelle du 16ième siècle ». Il y a cinq ans, elle a publié un recueil de nouvelles intitule Je-tu-elle mettant en scène des femmes. Avec son écriture sensible mêlant ironie et humour, Corentine Le Bellec dit « à travers mes livres, je confesse, je distille peu à peu des éléments de ma vie ».

vendredi 3 septembre 2010

La surprise du vendredi soir

C'est  la ( non) rentrée chez les impromtus littéraires avec comme thème : Et si je ne rentrais pas ?

Et si je ne rentrais pas ? L’idée me traverse l’esprit comme tous les soirs depuis plusieurs mois. Aux feux rouges, je regarde les autres conducteurs. A ma gauche, le conducteur profite de l’arrêt pour téléphoner, il sourit en observant sa dentition dans son rétroviseur. Peut-être que sa femme vient de lui annoncer ce qu’il considère comme une bonne nouvelle du style « mon chéri, je t’ai préparé ton repas favoris pour ce soir » ou alors il se réjouit de retrouver sa maitresse dans un des hôtels qui bordent le périphérique. File de droite, une femme très jeune. Vingt-cinq ans à vue de nez, elle tapote des doigts sur son volant en regardant tous les trois secondes le feu. Pressée de récupérer le petit chez la nourrice ou de rejoindre ses copines pour une soirée entre filles ? Chacun après sa journée de travail rentre chez soi. Et moi là dedans. Qu’est ce que je fiche ? J’ai un poids dans l’estomac, le trac de rentrer à la maison et d’y retrouver ma femme. Tous les jours, je me promets que le soir même je vais lui annoncer que je ne n’en peux plus de cette vie là. Que notre couple c’est du passé. Après quatre années de sentiments, je ressens de l’indifférence. Pas de haine juste ce désintérêt total froid et silencieux. Je dis juste alors que le la colère aurait été préférable. Elle m’aurait donné le courage de lui parler, de déverser ou de lui jeter à la figure tout ce qui ne va pas. Mais il n’y a pas de problème, je n’ai rien à lui reprocher. Mon épouse est charmante, attentionnée mais je ne l’aime plus. Les premiers temps, j’ai crû à un de ces creux que traversent certains couples. Mais, cette indifférence a pris de plus en plus de place. Elle m’aime tellement qu’elle pense que je suis fatigué et me conseille de lever le pied au travail. Quand elle cherche à m’embrasser je me raidis instinctivement. Au lit, c’est le pire. Je joue le jeu, quel beau salop je fais ! Oh, je me dégoûte tellement de ne pas lui dire la vérité ! Je m’invente des réunions qui n’en finissent pas, des nouveaux projets qui me sont confiés. Pour gagner une ou deux heures sur la soirée. Je m’enferme dans mon bureau en disant à me collègues que je veux pendre de l’avance sur un dossier. Personne ne trouvait ça suspect jusqu’ à aujourd’hui. Le directeur est venu me voir en me disant :
"Paul, je ne sais pas où vous en êtes de votre vie privée qui d’ailleurs ne me regarde nullement. Mais fuir vos ennuis et vous cacher au travail n’est pas une solution. C’est un conseil d’homme à homme. "

Un homme, je crois ne plus en être un mais un lâche, oui. Mince, je suis déjà arrivé devant notre maison !
Bon, j’inspire et j’expire profondément. On est vendredi, je vais lui dire ce soir. Un vendredi c’est bien, ça lui laissera le week-end pour accuser le choc. Demain matin à la première heure, je partirai. Allez, ce soir, je me jette à l’eau. Tiens, aucune lumière d’allumée.


- Catherine, c’est moi. Catherine !

- Ah mon chéri, viens là et ne dis rien. J’ai une surprise pour toi !

-Il faut qu’on parle.

-Chuutt, c’est toi pour une fois qui va m’écouter.

Catherine pose son doigt sur ma bouche et me prend la main. Elle la pose sur son ventre. Non, je commence à comprendre.Non!
Ses yeux sont remplis de larmes :

-Je suis enceinte, cette fois, c’est sûr. On va avoir un bébé.

-...

-Tu ne dis rien, oui, je sais c’est l’émotion. Oh je suis tellement heureuse ! Alors mon chéri, tu n’embrasses par ta femme adorée ?

J’ai toujours détesté les surprises…

mercredi 4 août 2010

Le cahier

J’écris le soir en cachette. Quand les enfants sont couchés et que la nuit s’est pose sur la ville, je sors mon cahier et mon crayon de sous mon matelas. Personne ne connait l’existence de mon cahier. J’ai menti pour l’avoir. Lucie, l’aînée des enfants, en avait un tout neuf posé sur son bureau. Comme tous les jours, je faisais le ménage dans sa chambre et la couverture bleue a attiré mon regard. J’ai posé mon chiffon, j’ai caressé les feuilles blanches, lisses et aussi douces que de la soie. Ce bleu me rappelait le ciel sous lequel j’ai grandi. Un ciel immense où le soleil projetait sa chaleur du matin au soir sur les hommes et les bêtes. J’étais toute seule mais j’avais peur que quelqu’un n’arrive par surprise. Mon cœur battait comme un fou, mes mains étaient moites. Je l’ai mis sous mon chemiser et je me suis dépêchée d’aller le déposer sous ma couverture. Le soir, Lucie pleurait de ne pas trouver son cahier. On m’a demandé si j’avais touché à ses affaires. En baissant les yeux, j’ai répondu non. On a consolé Lucie, on lui a dit que le lendemain qu’elle en aurait un autre tout aussi beau. Et elle l’a eu. On a supposé que le cahier avait été perdu à l’école. C’était la première fois que j’avais un cahier à moi, je l’ai serré fortement contre ma poitrine et j’ai décidé d’écrire mes souvenirs pour ne pas oublier d’où je viens.

Je suis arrivée en France il y a quatre ans. De Paris, je ne connais que la Seine sale que l’on voit par la fenêtre du salon, les toits grisâtres et le bruit étouffé de la ville. Je sors très peu, juste que quand c’est nécessaire : amener ou de chercher les enfants à l’école. Je nettoie, je lave, je récure, je frotte et j’astique. Toujours et encore. A force, ma peau porte l’odeur de la javel en permanence et mes mains sont devenues rêches. Ici, je suis invisible, inexistante pour tout le monde.

Un soir, alors que j’apportais à Madame sa tisane, Monsieur lisait son journal. Il l’a froissé bruyamment en disant « Encore des étrangers qui viennent chercher du travail en France ! Mais qu’est ce qu’ils croient ? Qu’ici, il y a du travail pour tout le monde et que c’est l’Eldorado ? ». Puis, il m’a regardé en me parlant « Fatia, pourquoi ils ne comprennent pas ça dans ton pays ? C’est vrai que toi tu as une bonne place ». Madame l’a interrompu « Oh, mon chéri quand même ! Ton humour est un peu déplacé ».

Voilà pourquoi j’ai volé le cahier. Pour tout raconter même si je ne sais pas très bien écrire. Je n’ai pas demandé à venir en France, je n’ai pas demandé à être vendue comme un simple animal. Une fois couchée, je pleure en pensant à mes frères et à ma jeune sœur. Quand ma mère est décédée, mon père m’a confié à ma tante. Pour lui, j’étais une bouche en moins à nourrir mais pour ma tante j’en étais une de trop. Elle m’a trouvé une place de bonne chez des gens à la ville et mon salaire lui était versé. Un soir, ces gens de la bonne société recevaient un couple de français. La femme a dit qu’il leur faudrait une jeune fille comme moi chez eux. Une bonne à tout faire qui ne dit rien. Deux mois après, j’étais dans un avion pour Paris. On ne m’a pas laissé revoir ma famille, ma tante m’a dit que cet argent servirait pour ma jeune sœur. Depuis, je suis devenue leur chose, leur propriété. C’est Madame qui détient mon passeport et ma liberté.

vendredi 30 juillet 2010

Le corps de l'écrivain

Dernier thème avant les vacances chez les Impromptus Littéraires...


Seule une faible lueur parvient à se glisser à travers les barreaux dans ce trou. Une paillasse humide, une couverture mitée, un vieux seau en plastique et une chaise branlante, voilà ce que j’ai dans ma cellule. Les mots m’ont conduit ici. Oser écrire la vérité sur mon pays, sur sa politique et la corruption ne m’a valu que des ennuis. Mon premier livre a causé de grands effrois dans les sphères dirigeantes. On me l’a fait comprendre. Roué de coups par des soldats, j’entends encore le bruit cinglant du fouet sur mon dos. J’ai serré les dents, les soldats ont juste rigolé, satisfaits de leur travail. Ma femme m’a soigné et m’a supplié de me taire. Jamais ! De mon vivant, je dirai ce que mes yeux voient. Ma langue ne dit jamais un mot, ce sont mes mains qui parlent, qui décrivent l’envers du décor. J’ai quitté ma femme pour sa sécurité, je me suis enfui loin de chez moi pour crier au monde ce qu’il ne sait pas.
Pendant des mois, je me suis caché. Ecrivant le jour et la nuit comme envahi d’une fièvre jusqu’ à m’écrouler de fatigue. Mon corps tremblait et j’exultais ma rage par les mots aussi durs et cruels soient-ils. Un voisin a été alléché par le prix de la dénonciation. Mon nom contre de la nourriture pour sa famille affamée. Quand les soldats m’ont arrêté, il a détourné son regard du mien. Eméchés, titubant sous l’effet de l’alcool, deux des soldats m’ont brulé les mains avec leurs mégots de cigarettes et cassé les doigts.
-Regarde tes mains, elles ne pourront plus jamais te servir pour cracher sur notre gouvernement !

Jeté comme un chien dans ma cellule, je subis depuis des humiliations de la part des gardes. Mes mains portent les stigmates d’avoir voulu lever le voile sur l’obscur. Mon corps est devenu l’ombre d’un vieillard qui s’allonge sur le sol pour lécher une gamelle.
Mais, je crois encore en la force des mots, c’est ce qui m’empêche jour après jour de sombrer dans la folie.

jeudi 22 juillet 2010

Trop de monde

Trente-huit ans de mariage ! Est ce que vous vous rendez compte de ce que ça représente ? Trente-huit ans à servir, à cuisinier des repas, à laver et à repasser du linge. Et tout ça pour qui ? Pour mon mari ! Courber l’échine devant Monsieur, acquiescer à toutes ses volontés et ses désirs sans piper un mot. Trente-huit ans de bons et loyaux services signés devant Monsieur le Maire et Monsieur le curé sans jamais s’entendre dire un merci ou un s’il te plaît. Juste des mots aboyés du matin au soir « quand est ce qu’on mange », « où sont mes lunettes », « je trouve jamais rien dans cette maison ». Mais le pire, c’est cette même phrase qu’il n’a jamais cessé de répéter. Le matin, la radio collée à son oreille, il écoute les informations. Aux mots crise, chômage, licenciement, il pose bruyamment son bol de café et déclare solennellement « tout ça, c’est parce que y’a trop de gens sur cette planète ».
Je m’éclipse, je le laisse parler tout seul. Je secoue la tête de désespoir car même pour les séismes ou les tremblements de terre, il n’a que ces mots à la bouche. Depuis deux ans qu’il est à la retraite, son acrimonie n’a fait que s’empirer. Quand il travaillait, il se plaignait pour tout et pour rien. Ce sont les gars des syndicats qui étaient contents, il était toujours le premier dans les piquets de grève. Tout juste s’il savait pourquoi il était là et pour quelle cause, il criait à plein poumons des slogans. Déverser son fiel lui suffisait. Ma matinée, je l’occupe à aller faire quelques courses pour lui préparer ses repas. Pendant que j’épluche les légumes, il lit le journal et ne cesse de ronchonner. Il peste, se gratte la tête et ensuite il prononce sa phrase fétiche. A le voir, on le croirait devant une assemblée quelconque buvant comme du petit lait ses paroles et applaudissant sa conclusion finale. Heureusement pour moi, je travaille à partir de 12 heures trente, j’échappe donc à la grand’messe télévisuelle de treize heures.

Le soir, il remet ça comme un vieux disque bloqué sur le même sillon. Il charrie son aigreur, il la cultive et la sème partout. J’étouffe de cet air vicié. Dans six mois, je serais à la retraite. Je devrais être contente et bien non. Les voyages resteront des espoirs que j’aurais nourris inutilement pendant des années. Monsieur ne va pas bouger de chez lui. Aller autre part et pour faire quoi ? Constater qu’il y a trop de monde partout. Il a brisé mes rêves, avorté mes désirs. Nous n’avons pas eu d’enfants car il n’en voulait pas. Il m’a ôté cette chance de voir mon ventre s’arrondir au fil des mois, de cajoler et de donner de l’amour. Pourquoi je ne l’ai pas quitté ou pourquoi suis-je restée? A force, ll a déteint sur moi. Ses paroles se sont muées chez moi en peur, en angoisses de l'inconnu. il fallait que ça cesse et que je me libère de son emprise.

(...)

Alors ce soir, pendant qu’il marmonnait devant sa télé, j’ai pris le grand couteau de la cuisine et je l’ai tué. (...) Désormais, je suis libre. Je n’éprouve aucun remord en voyant sa tête livide penchée sur le canapé. Pas même de la haine ou de satisfaction, juste de l’indifférence. J’éteins la télé. Je savoure ce silence. Derrière les persiennes, le monde m’attend. J’ouvre la fenêtre, l’air frais m’ampute de tous mes souvenirs.

Ma nouvelle vie commence.

Texte non publié en intégralité

vendredi 16 juillet 2010

Amour, gloire et beauté ....



Amour, passion ravageuse, gloire et beauté, des hommes aux physiques de rêve dignes de Dieux Grecs, des femmes sensuelles (croisement d'une barbie, d'une gazelle et d'un top-model)... Ils reviennent !!!!

Scènes d'amour torrides, sensualité, attention, ça va chauffer !!!!

Eh oui, je me suis inscrite chez Fashion et Chiffonnette, non pas pour lire un Harlequin, mais pour écrire une nouvelle digne de ce nom...

Attention, les Harlequinades 2010 seront agrémentées de ma plume et de mes fantasmes...

mercredi 30 juin 2010

Reine d'un jour

-Lise ! Lise !!!!

Lise ne répond pas. Excédée sa mère monte les escaliers et ouvre la porte de la chambre sans frapper. Pourtant, la consigne est claire. Sa mère doit d’abord frapper et ensuite attendre patiemment qu’elle réponde.

-Mais, m’man, ça va pas d’entrer comme ça !

Lise est assise sur son lit occupée à appliquer un vernis à ongles rouge pailleté. Sa chambre est typique de celle d’une adolescente : des vêtements éparpillés un peu partout, un bureau jonché de magazines, d’hebdomadaires et de CD. Les murs sont recouverts de publicité pour des parfums comme pour masquer la tapisserie rose, seul vestige de l’enfance.

-Tu vas me faire le plaisir de ranger ta chambre ! Mais d’abord tu descends pour m’aider à préparer le repas.
-J’peux pas !

Lise agite ses doigts nonchalamment. Elle a lu dans une de ses revues qu’il faut bouger lentement ses mains pour que le vernis sèche correctement. Lise respecte à la lettre tous les conseils des rubriques beauté. Hors de question de rater sa manucure, son emploi du temps est très chargé ce soir : shampoing puis masque revitalisant pour ses cheveux. Lise ne pense et ne vit que pour ces diktats de l’apparence. Sa bible de chevet se résume à un cahier où elle colle soigneusement toutes ces astuces. Mais ce soir, elle lira l’hebdomadaire dont elle raffole. Il est arrivé ce matin au courrier et Lise attend impatiemment de découvrir quelle sera l’affaire de la semaine. Meurtre ? Enlèvement ? Blottie sous sa couette, elle se délecte de ces abominations.

Sa mère hausse les épaules :
-Mais, ma pauvre fille ! Quand est-ce que tu vas te mettre un peu de plomb dans la tête ?! Tu ferais mieux de penser à tes études …

En avançant, elle pose le pied sur un article au titre racoleur : « une jeune fille torturée par son beau-père ».


-C’est quoi ce torchon ? Un ramassis d’horreurs! Et puis je t’ai déjà dit : tout ce qui est écrit dans les magazines, c’est pas vrai !

Lise l’interrompt sèchement :
-Qu’est ce que tu en sais toi, d’abord ?
Les épaules basses, la mine découragée, sa mère tourne les talons pour disparaitre dans sa cuisine.

Lire reprend sa lecture : pour des jambes fines et musclées, rien ne vaut ces quelques exercices à faire chez soi vingt minutes par jour. Allongez-vous de biais, levez la jambe…Lise soupire. Est-ce qu’elle en a besoin ? Non. Elle trouve ses jambes parfaites comme tout le reste de son corps. L’entretenir, le sublimer encore pour le grand jour, celui où elle ira à Paris détrôner les mannequins actuels. Elles peuvent profiter de cette gloire éphémère. Dans cinq jours, Lise aura 16 ans et elle déjà prévu son avenir. Prendre la poudre d’escampette, quitter ce village paumé et devenir celle que les grands couturiers vont s’arracher. Son esprit est nimbé de paillettes et de rêves acidulés sous l’œil des photographes. Ils la voudront tous, oui, elle, Lise Lurin, future égérie de la mode. Ils se mettront à genoux pour la supplier … Lise rêve ces moments de conquête depuis toujours. Ce sera son tour de parader sur les podiums et de faire la couverture des magazines. Paresseuse, distraite en classe, Lise au fil des années s’est construite un avenir de top-modèle.

Enfant, on lui distribuait des « oh, elle est mignonne ». Fièrement, elle souriait et affichait un air candide. Devant la glace, elle s’essayait à rendre encore plus attendrissant son joli minois.

Maintenant, elle sent le regard des hommes sur elle. Elle aime savoir qu’ils la désirent. Son visage parsemé de tâches de son est empreint de fraîcheur. Ses lèvres rondes et pleines invitent à l’offrande d’un baiser. Ses yeux noisette pétillent de l’impudence de la jeunesse. Il n’y a qu’à la voir marcher, silhouette gracile ondulante dont les reins dansent à chaque pas. Elle met en évidence ses formes par des vêtements seyants et ses longs cheveux blonds bouclés courent dans son dos. La sensualité se dégage dans chacun de ses gestes. Lise est consciente de son pouvoir de séduction. D’ailleurs, elle ne possède que cet attrait physique mais à ses yeux, c’est l’essentiel. Dans son bled, ses admirateurs se résument au facteur qui lorgne sur sa poitrine, au boucher qui la dévore des yeux et à quelques garçons qu’elle juge sans intérêt. Elle ne se retourne pas à leur sifflement, ne daigne même pas leur accorder un regard. Port de tête altier, elle avance comme une reine semant la jalousie et récoltant des remarques. Frivole, elle ne prête pas garde aux piques de méchanceté : celle-ci terminera à faire le trottoir ! elle ferait mieux de travailler plutôt que d’allumer les hommes.
Lise a la tête remplie de robes faites sur mesure, de maquillage et de gloire.

Ce soir, Lise entortillée dans ses douces pensées boude son assiette.
-Lise arrête de rêvasser ! Et mange avant que ça refroidisse !

Lise soupire, passe sa langue sur ses lèvres charnues :
-Je n’ai pas faim… et puis c’est trop gras !
-Pardon ?! Mademoiselle fait sa difficile maintenant !
-Tu crois que les mannequins mangent des pâtes et du gruyère peut-être?

Elle soupire et affiche une moue dédaigneuse.
-Mannequin… Lise il serait temps que tu penses à travailler, tiens d’ailleurs chez nous, il cherche du monde.

Lise coupe sèchement sa mère.
-Je serai mannequin … tu peux dire ce que tu veux ! Mais moi j’ai de l’ambition !

Sa mère pose brusquement sa fourchette et lui répond violemment :
-De l’ambition ? Quelle ambition… ce n’est pas parce que les hommes te reluquent que tu es mieux qu’une autre ! J’ai honte de toi si tu veux tout savoir !
-Lâche-moi ! Et alors, parce que toi tu bosses dans une usine à trier des poulets, je devrais peut-être faire comme toi ??

Lise n’en revient pas que sa propre mère puisse douter de sa beauté. Les pommettes en feu, elle se lève, renverse son assiette sur la table et part en courant s’enfermer dans sa chambre.
Petite fille capricieuse, vexée au plus profond de son amour propre, elle sort de son armoire le sac qu’elle a déjà préparé depuis une semaine. Elle y rajoute ses trousses de maquillage et ses certitudes orgueilleuses. Ce sac représente son chemin vers sa destinée auréolée d’or et d’argent. La gare la plus proche est à une bonne heure de voiture, elle a prévu se s’y rendre en stop puis d’y attendre le prochain train pour Paris. Avec ses économies, elle pourra tenir une quinzaine de jours. Pour la suite, elle ne se fait pas de soucis.

Sa mère frappe à sa porte :
-Bon Lise, je vais travailler … à demain.
Elle ne répond pas.
Dès qu’elle entend la voiture démarrer, elle patiente une demi-heure au cas où sa mère aurait oublié quelque chose. Elle sort, laissant ses clefs sur la table de la cuisine. Son regard se pose une dernière fois sur la maison. Je reviendrai riche, je les épaterai et tous ceux qui m’ont méprisée s’en mordront les doigts…

Lise suit la longue frise des arbres. Le soleil lèche encore les toitures du hameau en cette soirée d’août.
Arrivée à la nationale, elle dépose ses affaires à ses pieds et lève son pouce. Un camion passe et klaxonne, Lise n’a pas froid aux yeux, elle est une adepte du stop pour aller faire du lèche vitrine. Au bout d’une demi-heure, elle a vu défiler trois camions, un tracteur et une voiture où les enfants étaient entassées à l’arrière. A la vue des camions, elle fait comme si de rien n’était. Elle se glisse dans la peau d’une jeune fille ingénue qui se promène au bord de champs par une belle soirée d’été.

Maintenant, elle aperçoit une voiture blanche. C’est bon signe, les commerciaux ont souvent des voitures de cette couleur. Le conducteur, soleil de lunettes sur le nez a mis son clignotant.

La vitre teintée s’abaisse :
-Je vous dépose ? Vous pouvez mettre votre sac dans le coffre si vous voulez.

En moins de deux, Lise est assise côté passager avec ses magazines sur les genoux. L’homme descend le son de la radio pour entamer la conversation. Souriant, bronzé, costard-cravate, Lise le trouve charmant.
- Et vous allez où ?
- A la gare puis je prends le train pour Paris.
- Vous avez votre billet ? Non parce que j’y vais moi aussi à Paris !
- Sans blague…
- Si, si, je vous assure… Ca ne me dérange pas de vous y emmener.

Lise sourit, ses yeux scintillent de mille feux. Sa nouvelle vie commence dès maintenant. Elle en est certaine. Elle n’éprouve aucun remords à s’être disputée une fois de plus avec sa mère. Demain matin, elle se promet de l’appeler pour qu’elle ne s’inquiète pas trop. Au détour de la conservation d’usage, elle apprend que le conducteur s’appelle Jean-Marc et qu’il est commercial pour une boîte d’aluminium.

Lise a remarqué qu’il ne portait pas d’alliance :
-Et vous êtes marié ? Vous avez des enfants ?
Son visage s’est rembruni. Apparemment, elle a posé une mauvaise question.
-Non… enfin c’est compliqué. Et vous, un p’tit copain ? Une jolie fille comme vous ne doit pas manquer de prétendants ?
Lise rigole :
-Je suis libre comme l’air !
-Mais pourquoi vous allez à Paris au fait ?
Si elle raconte qu’elle est partie de chez elle, il risque d’appeler la police et ce sera retour à la case départ avec une interdiction de sortie.
-Je rejoins ma copine. On a va faire nos études à Paris, on a eu toutes les deux notre bac en juin. Mes parents viendront un peu plus tard m’apporter le reste de mes affaires… On a décidé d’y aller un peu plus tôt avec ma copine pour se familiariser avec notre logement, le métro… Enfin voilà.

Ne pas en dire plus. Lise ment avec aplomb et ne laisse rien transparaitre. Jouer avec les mots, emberlificoter la réalité parce qu’elle est moche, Lise y excelle et manie la tromperie avec brio.

L’obscurité recouvre peu à peu l’autoroute, Lise s’assoupit et s’endort. Quand elle ouvre les yeux, elle se rend compte qu’il fait nuit noire. Le moteur est éteint et Jean-Marc n’est pas dans la voiture. Il a dû aller se dégourdir les jambes. Lise aimerait bien aller faire pipi mais ils se sont arrêtés dans un chemin de campagne. Impossible d’ouvrir la portière, Lise commence à avoir peur. Elle avale sa salive, respire un grand coup et essaie les autres portes. Prisonnière dans l’habitacle, elle commence à crier « ohh… s’il vous plaît ».

Jean-Marc arrive. Il a troqué sa chemise blanche contre un bleu de travail. Il se penche vers la vitre. Sans ses lunettes de soleil, Lise voit enfin ses yeux. Brillants et vifs comme ceux des pervers et des bourreaux de ses magazines.

Bientôt, la photo de Lise fera les gros titres. Reine d’un jour… Elle a en a tellement rêvé.
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