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vendredi 6 mai 2011

Réflexe

Sur le blog a1000mains, une nouvelle photo est en ligne :


Et voici  ma participation :

Je vais prendre des photos. Cette fois, je ne vais pas changer d’avis.   En descendant les escaliers, j’ai croisé une femme.  Elle m’a regardé, dévisagé l’air surpris. Puis elle a tourné la tête et continué son chemin. C’est vrai que je ne dois  pas être belle à voir. Je cherche de la monnaie dans la poche de mon  pantalon.  Normalement, j’en ai. Il m’en reste des courses de ce matin. Pour une fois, je n’ai pas sorti mon porte-monnaie en rentrant. A croire que j’ai bien fait ou que c’est un signe du destin. Jusqu'à présent,  je n'ai rien dit, j'ai toujours tout caché. Par honte. Oh non, le photomaton est occupé. Je me mordille l’intérieur de la joue. C’est  plus fort que moi. Mais qu’est ce qu’il fait là dedans ? Il ne peut pas pas se dépêcher ? J’ai envie de vomir. Le café tangue dans mon estomac. Je me sens si vide à l’intérieur. Vidée. A bout du rouleau.  Je voudrais disparaître.Tout effacer. Mon portable sonne. Non, je ne vais pas décrocher. Non, je n’écouterai pas le message.  La peur me noue le ventre. Et s’il arrivait. Je suis sûre qu’il a commencé à me chercher dans le quartier. Avant, je me cachais dans le local à poubelles. Je me recroquevillais derrière les poubelles. Et un soir, il m’a retrouvé là. Un de ces fameux soirs. Mon téléphone sonne de nouveau. C’est encore lui. S’il vous plait, faites vite. Je vous en prie. L’homme sort de la cabine. Il sourit mais en levant la tête, il croise mon regard. Il a compris. Il semble sur le point de me parler mais je vais vite dans la cabine. Me dire d’aller à la Police ou à la Gendarmerie. Désolée, Monsieur mais je ne peux pas.
J'ai joué mon rôle mon rôle sur mesure. Mais là, je ne n'en peux plus. Cette fois, il a cogné à la tête. Avec les photos, on ne pourra pas  me dire que je mens. Que mon mari est  gentil , prévenant et doux. Non, pas cette fois. En tirant le rideau, je me sens étrangement en sécurité. De ma main tremblante, j’insère les pièces. Pas la peine de sourire, il  n’y a pas de petit oiseau qui va sortir. Réflexe d’épouse d’un  officier, je me tiens droite pour la photo.

dimanche 17 avril 2011

Le crayon de Dieu

Le poète Aimé Césaire a écrit : Le crayon de Dieu lui-même n'est pas sans gomme.
A partir de cette phrase, les
impromptus littéraires nous invitent à écrire...

Durant plusieurs jours, Dieu avait créé, dessiné la terre, la végétation, les mers  et les animaux. Il s’était attelé à ce  travail avec joie.  Il allait s’offrir un monde harmonieux. Bien entendu, il fixa des règles. Certains animaux en mangeaient d’autres mais l’équilibre régnait. Heureux et satisfait, il contemplait  son œuvre. Les jours passaient et Dieu s’ennuyait. Les distractions lui manquaient. D’humeur bougonne, il apporta quelques modifications ici ou là.  Car heureusement, le crayon de Dieu  lui même n’est pas sans gomme. Pris d’une impulsion nouvelle, il revit sa copie. Il gomma certains animaux  trop imposants et  dessina  l’Homme d’un trait rapide et enthousiaste.  Il peaufina son travail voulant atteindre la perfection artistique. Il travailla encore et encore, gonflé de l’envie de faire toujours mieux. Puis, Dieu remit à l’Homme un livre, une sorte de mode d’emploi. Après tant de travail, il était fatigué et il s’accorda une longue sieste. L’ouïe anesthésiée par l’âge, Dieu n’entendait pas les cris qui s’élevaient de la terre.   Pendant qu’il dormait du sommeil du juste, l’Homme s’était acclimaté très bien et très vite dans son nouvel environnement. Lorsque Dieu se réveilla, il ne put que constater l’effroyable.  Toutes ses belles créations étaient abîmées, détruites. Des espèces animales avaient disparu. Rayées de la surface de la terre.  Les Hommes se querellaient entre eux. Pour avoir toujours plus, posséder, dominer. La pire humiliation pour Dieu  était qu’une poignée d’Hommes s’étaient approprié le droit de décider en son nom.  Il vit des enfants et des adolescents scander  son nom en brandissant des armes.  Le sang coulait, les Hommes s’harponnaient  entre eux  au nom de la Foi. Ces Hommes  avaient détourné les mots  du livre. Consterné, il se demandait que faire. Redessiner, créer à nouveau ? L’Homme serait bien capable de commettre les mêmes erreurs.   La gomme de son crayon était réduite à peau de chagrin.  Et chaque jour qui passait, Dieu était taraudé par une seule question. Dans  les cris et  les pleurs  des Hommes, était ce son propre péché qu’il entendait ?  

dimanche 10 avril 2011

Sur la route des vacances

Gwen nous invite à raconter un départ en vacances en voiture. Et unn seule consigne : "Racontez-ce trajet – pépère ou bien explosif, planifié ou bien complètement improvisé – avec au moins trois personnages et quelques péripéties pour mieux nous amuser… Pas d’autre limitation ce dimanche, profitez-en!"

«  Le trafic routier s’annonce chargé sur les autoroutes du soleil. Des bouchons et des ralentissements sont prévus  dès le milieu de la matinée.  La circulation sera plus fluide sur les axes desservant… ».
 Il n’en fallait pas plus pour que la pater nous sorte son refrain :
-Tu vois, je t’avais bien dit ! Chaque année, c’est la même chose et chaque année, il y en a qui ne comprennent rien ! Au lieu de partir plus tôt et bien non.  On reste dormir, on en profite et après on râle parce que l’on est coincé dans les bouchons.
Il s’adresse à maman qui ne répond pas. D’ailleurs, je me demande si elle l’écoute ou si elle blasée de ses réflexions à la noix.
La radio déverse son flot d’informations. Immuables d’une année sur l’autre en cette journée du 1er août, jour de départ en vacances. Synonyme de plus de 8 heures de voiture coincé avec mon père, ma mère co-automobiliste dont la patience m’épate, moi et mon petit frère.  Bizarrement, le son de mes écouteurs faiblit. Oh non pas ça ! Batterie déchargée ! Ce qui veut dire que je vais devoir  subir la conversation générale. Super,  je suis maudit.
-Eh, regarde, celui qui me double. Non mais, il se prend pour qui au volant de sa grosse voiture ? Monsieur frime dans sa berline allemande. Allez,  vas-y dépasse-moi !
Ce n’est pas de malédiction mais du supplice. Mais, comment maman fait elle pour ne pas lui dire de se la fermer ?
Entendre mon père pendant des heures, c’est rien par rapport à un interrogatoire du FBI. Soit vous avez un mental d’enfer et vous en sortez indemne, soit vous craquez et vous êtes un minus.
-J’espère que cette année nos voisins ne feront pas la rumba tous les soirs. D’ailleurs, je n’hésiterai  pas  à aller dire deux mots aux propriétaires. Sinon,comment on fait pour se reposer ?
Du repos ? Super, je sens que je vais m’éclater ! La plage, les sorties en famille, ne pas faire de bruit pendant la sieste du pater. Le pire : les parties de monopoly ou la promenade au port  pour occuper les soirées!  J’ai passé l’âge, j’ai 16 ans et je compte bien avoir de droit de sortir un peu le soir. Ce sera ma première revendication et s’il n’accepte pas, je jouerai sur la corde sensible avec maman. Avec elle, j’ai plus de chance. Et hors de question de me coltiner le frangin. Ce serait trop la honte !
-Et puis, quand on bosse toute l’année, on les mérite nos 3 semaines de  vacances. Tiens, d’ailleurs, je t’ai raconté que le fils de Pomir a décroché un super boulot grâce à ses relations. Franchement, tu veux que je te dise…
-Tais-toi.
Maman vient de prononcer ces deux mots sur un ton  péremptoire que j’entends pour la première fois.
-Attends, qu’est ce qui se passe ?
-Ce qui se passe ? Je vais te le dire ? Depuis plus de 12 ans,  je supporte ta jalousie, ton aigreur envers les autres cette année alors j’ai décidé que j’avais le droit à de vraies vacances ! Alors, tu te tais ! La lutte des classes les riches, les patrons, j’en ai marre de tout ça !
J’ouvre de grands yeux, même le frangin a délaissé sa revue et me regarde en se demandant si on est  dans la quatrième dimension.
-Non mais, j’ai le droit de dire ce que je pense, quand même ! C’est quoi ça ? Tant qu’on y est, tu veux peut-être prendre le volant à ma place ? Parce que tu crois que conduire pendant 8h00, c’est une partie de plaisir ?
- Justement, j’allais te le demander. Tu te gares dès que tu peux et c’est moi qui conduis dorénavant.
Le pater est rouge violacé à la limite de l’asphyxie. Maman, elle, s’est transformée en super héroïne. Oublié son statut  qui se limite à préparer  les sandwichs et à vérifier qu’on n’a rien oublié. Je ne sais pas à quoi elle s’est dopée ou si c’est la crise de la quarantaine mais je suis sidéré. En tout cas, je suis fier d'elle. Les vacances  s’annoncent pas si mal que ça finalement…

dimanche 3 avril 2011

Collectionneuse de bonheurs

Gwen nous propose du creative writing. A partir de cette photo  qu’elle a prise au musée des Abattoirs de Toulouse, à nous d’imaginer…
J’ai longtemps cherché le bonheur. Moi, je suis vide à l’intérieur. Remplie de vide.  Je ne  sais pas comment on fait pour être heureux. Alors, toute ma vie, j’ai ramassé, entassé celui  des autres.
Mon frère disait que son soda était le meilleur moment de sa journée. Quand il ouvrait sa cannette, j’écoutais attentivement  le bruit libérateur des bulles.  Il fallait que mon vide parte. Je me disais qu'il allair être remplacé par ces bulles. Elles allaient remplir mon ventre et  se répandre dans tout mon corps. Occuper tout le vide, se cogner, exploser et  libérer  de la joie. J'ai gardé une cannette pleine pour le grand jour. Après les cours, j’observais notre voisine. De sa fenêtre, elle  jetait un coup d’œil à ses enfants qui jouaient dans le jardin. Elle était toujours au téléphone. Elle riait, prenait le cordon et  l’enroulait autour de ses doigts. De sa bouche ne sortaient pas des mélopées mais des flots de mots. Des ruisseaux presque ininterrompus  qui semblaient  être le son du bonheur. J’ai prié, supplié mes parents de m’acheter le même téléphone. Quand mon  oncle et ma tante venaient nous voir,  mon cousin avait tout le temps avec lui  sa raquette de ping-pong. Il disait qu’il n’imaginait pas une seule journée sans frapper la petite balle blanche.  Bien plus tard, un homme assis sur un banc sifflotait. Je me suis approchée de lui et je lui ai demandé pourquoi il était heureux. Il m’a répondu « hey, Miss, tu vois ces bottes ? J’ai travaillé dur, j’ai économisé pendant 6 mois pour me les acheter. Maintenant, je suis le plus heureux des hommes sur terre ». J’ai fait de même. Et à chaque personne rencontrée, je leur demandais et elles  m’expliquaient en quoi consistait leur joie.  De la boite en fer de ma grand-mère où elle rangeait ses timbres au pull de ma sœur qui lui portait chance, je les ai tous précieusement conservés.
Aujourd’hui est un grand jour. J’ouvre la valise qui contient tous ces trésors. C’est à mon tour d’être heureuse. J’expire un grand coup. Le vide me pèse. Du bout des doigts, je touche chaque objet, je m’en empare. Je décapsule la cannette mais depuis tout ce temps, le soda n'en est plus un. Les bulles ont disparu. Tant pis, je mime une conversation au téléphone chaussée de mes bottes.  Mais rien. Je ne ressens rien.  J’ai passé des années à chercher le bonheur, à saisir celui des autres  En vain. La nuit vient de tomber. Assise parmi tous les objets éparpillés autour de moi, je viens de comprendre. Même si je n’ai l’ai pas trouvé, je détiens celui de plusieurs personnes. Et, j’ai  réussi à épingler des moments fugaces, rares.  Je suis une collectionneuse d’un genre particulier. Collectionneuse de bonheurs.  

dimanche 27 mars 2011

Les raisons de l'audimat

Gwen nous invite à concocter un texte à partir des ingrédients suivants :
  • la nuit
  • une rue sombre
  • de hauts talons
  • une silhouette furtive
  • et la désagréable sensation de n’être pas seul(e)
Et voici mon texte...

Emma était sortie tard de son travail. La  réunion s’était éternisée mais elle était contente car  son travail avait porté ses fruits. A trente-deux ans, elle présentait une émission sur une des chaines de télévision les plus regardées. Cerise sur le gâteau, son talk-show était diffusé à l’heure où les gens aiment se gaver de sensationnel. Les études de marché étaient formelles : après leur journée de travail, les téléspectateurs voulaient se divertir sans avoir l’impression d’être abrutis.  Elle souriait en s’avançant dans la rue sombre. Le bruit de ses talons aiguilles sur le bitume résonnait. Une gagnante ! Voilà ce qu’elle était ! L’orgueil était un sentiment si délicieux qui renforçait sa satisfaction.  La nuit était tombée depuis longtemps et  elle frissonna car elle ne portait qu’un léger tailleur.  La tête haute, un sourire carnassier aux lèvres, elle avançait tranquillement comme  guerrière repue. Emma se remémorait  les premières émissions. Dès le début, elle avait voulu frapper fort. Capter l’attention des téléspectateurs, les rendre accro à l’émission. Que chaque jour, ils bénissent l’heure de cette grand’messe qu’elle allait leur offrir. C’était chose faite. Un bruit la fit sursauter  et elle avait la sensation étrange que quelqu’un la suivait. Elle avait encore quatre cent mètres à parcourir pour atteindre la station de taxis. Ces rues peu fréquentées manquaient d’éclairage. L’envie de vérifier qu’elle se trompait était la plus forte. Elle se retourna et eut l’impression de voir une silhouette près d’une porte.  « Calme-toi, tu te fais des films », pensa-t-elle. L’émission qu’elle présentait cartonnait. Le concept avait fait exploser l’audimat : le public devait voter pour le reportage qui lui plaisait le plus. Amateurs, professionnels, tout le monde était  prêt à filmer n’importe qui, n’importe quoi. Il faut dire que le gagnant remportait une jolie somme.  Cete fois, elle était certaine, elle entendait des pases pressés.Affolée, elle se mit à courir.

Le lendemain, une vidéo parmi tant d’autres était adressée à la production de l’émission d’Emma. On y voyait une jeune femme frappée à mort par deux individus. Dévisagée, les yeux de la victime exprimaient toute la terreur possible.  Toute l’équipe cherchait à joindre Emma qui était introuvable. En repassant la vidéo, quelqu’un fit la remarque  qu’on pouvait déceler comme une lueur de regret dans ce regard.

samedi 26 février 2011

Seule devant sa glace

Derrière les apparences : voici le thème de cette semaine chez les Impromptus Littéraires.

Elle est arrivée là un peu par hasard. Sans point de chute.  Elle a rejoint le flot des gens qui partent pour démarrer une nouvelle vie. Laisser ses souvenirs et  essayer de les oublier, comme si avant il ne s’était rien passé. Elle s’est échouée  dans cette petite ville de province. On la voit dans sa blouse blanche au liseré  rosé à servir les clients. Derrière le comptoir, elle s’affaire avec  efficacité.  S’occuper les mains lui permet de ne pas  penser.  C’est devenu son échappatoire même si la culpabilité, la douleur ne franchissent jamais  cette porte de sortie. Aimable, polie, jamais désagréable. Elle s’efforce de rigoler aux blagues déjà entendues maintes fois, de s’intéresser au temps qu’on prédit.  Elle sourit  quand on lui demande « une baguette de pain, ma jolie ! Normal, hein ? On est dans une boulangerie ».  Ne s’offusque pas quand les derniers clients débarquent pressés un peu avant  19h30 et s’étonnent, méprisants qu’il n’y ait plus de choix. Les remarques désobligeantes glissent sur elle. Les compliments ou les mots gentils, pareil. Elle s’active du matin au soir. Toujours la dernière partie pour reculer le moment où elle devra  retrouver son studio meublé. Derrière les apparences d’une vendeuse, elle dissimule une vie qu’elle a perdue. Machinalement, elle enlève sa blouse puis se démaquille. Elle se retrouve seule avec elle-même devant sa glace. Sans les artifices dont elle se munit sur la journée, son visage lui renvoie son passé. Violent, douloureux. C’est le moment le plus dur. Celui où elle doit se confronter à ses cauchemars. Elle s’agrippe au lavabo et pleure.  Elle s’effondre sur le sol en murmurant « mon bébé, mon trésor ». Comme si ces paroles pouvaient lui ramener l’enfant qu’on lui a pris. Son enfant.

dimanche 20 février 2011

Autopsie d'un mariage

Alors que Gwen fête aujourd'hui ses 18 ans de mariage, elle nous invite à la  manière des personnages de Blandine Le Callet dans Une pièce montée à raconter, imaginer...

Ah, un mariage supplémentaire pour ma commune. C’est bien ! Avec ça, le village ne va pas mourir. Tous ces jeunes ils feront des enfants qui iront à l’école. Encore que ces deux là, je ne sais pas s’ils en auront. Le marié a l’air d’un nigaud et la mariée n’est pas une beauté, loin de là !  Et le commerce ? J’oubliais ! Ginette qui se plaignait de n’avoir plus personne à sa supérette. Eh bien, ces couples,  ils consommeront. Je souris, allez, ils vont signer le registre et je vais leur faire cadeau d’une bouteille de champagne. Ils seront contents, émus et reconnaissants. Je vois déjà les parents du marié qui lorgnent sur le cadeau. J’ai trouvé une astuce, j’achète du bon champagne sur le compte de la mairie. Je garde la belle boîte et je le remplace par du mousseux premier prix. dans une semaine, c’est l’anniversaire du fiston... ça tombe bien !
Je ne  sais pas pourquoi Monsieur le Maire a voulu que je sois là aujourd’hui. Est-ce qu’il a besoin d’une adjointe pour célébrer un mariage ? Enfin, je ne vais me plaindre. J’ai posé sur la table mon carnet où je les note tous. Ce couple c’est le troisième de l’année. Et bien pas de chance pour eux ! J’applique les statistiques à la lettre : un mariage sur trois finit par un divorce et bien, ce sera vous ! Quel plaisir de barrer  déjà leurs noms. Franchement, les gens devraient réfléchir et se renseigner. Et je peux affirmer  que d’ici moins de deux ans, leur mariage ne sera plus qu'un mauvais souvenir. Oh oui, ils la maudiront cette journée !Je souris à toute l’assemblée, s’ils savaient ce que je pense. Allez oui, c’est le plus beau jour de votre vie, on en reparlera...
Je me demande d’où mon fils a pris ce physique. Sûrement pas de mon côté,  il a l’air d’un poireau ! Comment un homme aussi beau que moi a pu donner ce  résultat ? Désespérant ! Et dire qu’il a fallu payer et l’inscrire sur Internet. Et tout ça pour quoi ? Pour trouver cette grosse dinde qui habitait à moins de 50 kilomètres.  Moi je n’avais que l’embarras du choix, elles me courraient toutes après ! Tiens, la tante du dindon me regarde et je devine l’éclosion d’un sourire. Elle n’est pas trop mal. Mais Ce n’est parce qu’on a 50 ans, qu’on est obligé de faire dans la gaine et la culotte Damart ! Je vise sa fille toute pimpante dans sa petite robe moulante. Oh oui, je devine ses petits seins qui n’attendent que moi … La journée ne sera pas perdue.
Il parait que certaines pleurent lorsqu’elles marient leur fille. C’est idiot. Voilà le maire qui décline son identité «  fille de Monsieur Perron Jean et de Madame Perron Martine ». S’il savait. Personne ne sait. Même pas mon mari. Ma fille est ma croix que je porte depuis 28 ans. Rien qu’à la voir ou la  regarder,  je me sens sale et humiliée. Je n’ai jamais pu aimer cet enfant. Elle m’inspire du dégoût, de la haine. Il y a 28 ans, un soir que je revenais de l’usine, ils m’attendaient près d’un bosquet. J'avais 21 ans. Deux d’entre eux  se sont mis  devant mon vélo et le troisième se tenait près de moi. Il puait l’alcool et puis il a essayé de m’embrasser. J’ai voulu me défendre et les deux autres sont intervenus pour me flanquer par terre. J’ai crié, j’ai pleuré. Je les ai suppliés. Ils n’ont rien voulu entendre. J’entendais leurs rires pernicieux, je sentais leurs souffles d’animaux dans mon cou. Ce qu’ils m’ont laissé, c’est elle. Née neuf mois plus tard alors que j’étais déjà fiancée à Jean. Heureusement qu’on n’avait pas attendu le mariage comme ça il n’a rien su. Non, et personne ne le saura qu'elle représente tout ce mal.

dimanche 13 février 2011

les faux-semblants

Un tableau et à nous de laisser notre imagination tricoter ou broder ! Aujourd'hui, carte blanche chez Gwen. Il n'y a qu' à regarder, se laisser imprégner par cette jeune fille et se demander à quoi elle peut bien penser...

Elle vient de partir après m’avoir annoncé que mon père était ruiné. Je suis affligée, il faut que je le montre.  Que mon visage renvoie toute cette peine soudaine. Comme si le monde venait de s’écrouler. Une jeune fille promise à un bel avenir qui se retrouve sans rien. Je n’ai pas à me forcer. Au contraire, je dois taire mon envie de crier, de hurler devant le choix qui me torture. Il faut que je tienne encore quatre ou cinq minutes. Maximum. Quelques minutes qui me paraissent interminables. Le résultat du laboratoire tournoie dans mon esprit. Enceinte ! Je suis enceinte !  J’ai envie de pleurer. Non pas de bonheur mais parce que ma vie devient compliquée tout d’un coup. Talentueuse, j’ai travaillé dur pour arriver où j’en suis. Promise à une belle carrière, j’ai fait l’erreur de tomber amoureuse. Je croyais qu’il était sincère et qu’il m’aimait vraiment. Quand je lui ai annoncé la nouvelle, il m’a répondu sèchement : « débrouille-toi, je n’en veux  pas de ce gamin ». Une  simple formalité pour lui.  Quand je pose la main sur mon ventre, je n’arrive à m’imaginer qu’il contient la vie. Une vie.  Qu’est ce que je vais faire ? Je dois choisir entre garder cet enfant, renoncer à mon travail ou alors… Je n’ose pas y penser, c’est trop dur. Mon cœur va exploser, alors je mords  violemment  l’intérieur de la joue lèvre. Encore. Jusqu’au sang comme une meurtrière. J’ai envie de me lever, de partir, de tout quitter. Mais je dois continuer, jouer avec  les faux-semblants.
-Coupez ! Fanny tu as été superbe ! La scène est impeccable ! On sent que la chute financière de ton père te dévaste ! J’ai fait un gros plan, c’est du bon boulot ! Allez, tu peux sourire maintenant.
Oui, je peux sourire. J’ai joué mon rôle de personnage. Mais comment être heureuse dans la vraie vie ?  

mercredi 9 février 2011

Ronde

Cette semaine chez les Impromptus littéraires, le thème  "ronde" m'a inspirée...

Femme aux formes amples et généreuses, les autres me perçoivent grosse. Ils emploient le terme ronde pour ne pas me blesser. Je n’entre pas dans les critères actuels où la chair se doit d’être minimale.  La mienne pointe, enfle et s’étale sous ma poitrine. Mon ventre est comme un coussin où il aime poser sa tête. Il peut malaxer mon corps, plonger  saa tête entre mes seins, s’enivrer du  parfum  de ma peau. Sa bouche se pose sur mes lèvres charnues, ses doigts courent, caressent et se perdent dans ma chair rebondie. Il goûte à la volupté, s’abandonne au plaisir avant de rejoindre sa femme. Une femme calibrée aux régimes et aux diktats de la mode. Je lui offre sans aucun remords un corps qu’elle refuse d’avoir.

dimanche 30 janvier 2011

L’arbre et le cœur

Aujourd’hui, chez Gwen, nous avons 30 minutes pour rédiger un texte qui commence par « L’arbre est devant la maison, un géant dans la lumière d’automne » et se termine par « J’espère que mon cœur tiendra, sans craquelures. »
Et voici mon texte : 
L’arbre est devant la maison, un géant dans la lumière d’automne. Cet arbre où j’ai si souvent joué. Je m’approchais du tronc, je levais la tête vers les plus hautes branches. Avec cet espoir d’un jour d’y grimper. Haut, tout en haut. Dès que la voiture s’arrêtait dans la cour, je me précipitais vers l’arbre. J’entrainais ma sœur dans mes jeux et je  n’écoutais pas ma mère : « ne montez pas trop haut ! Faites attention de ne pas glisser». Mémé arrivait sur le pas de la porte et disait « laissez-les s’amuser un peu ». Ma mère était vexée d’être contredite par sa belle-mère.  Elle ne le montrait pas. Papa, à son habitude, était perdu dans ses pensées.  Un jour d’automne comme celui-ci, ma sœur ne voulait pas monter dans l’arbre « c’est mouillé, je vais me salir ». « Tu n’es qu’une poule mouillée, fifille à ta maman ». Elle me regardait, les larmes aux yeux. Cruel, méchant, je la défiais du regard en chantonnant « poule mouillée, poule mouillée, … ». Elle a enlevé son manteau et l’a plié soigneusement. Elle m’a suivi jusqu’ à la plus haute branche. Nos semelles n’accrochaient pas à la mousse humide, il fallait se tenir. Je ne lui ai pas dit. Quand j’ai entendu son cri et le bruit, c’était trop tard. Ma sœur gisait en bas de l’arbre. Tétanisé, je regardais mes parents et ma grand-mère s’agiter, pleurer auprès de son corps. Il n’y avait plus rien à faire, c’est ce qu’a dit un des pompiers. Je ne suis pas revenu ici depuis deux ans. Mémé ne s’en est pas remise, elle en est morte. Maman ne dit rien, papa non plus. Ils sont morts le jour ou Lise est tombée. J’ai enfermé et  calfeutré tous mes pleurs dans mon cœur.  J’ai 14 ans et je suis un meurtrier. Après l’enterrement de mémé, je partirai. J’espère que mon cœur tiendra, sans craquelures.

dimanche 9 janvier 2011

Les loukoums de mémé

Ah, Philippe Delerm et ses textes délicieux ! Gwen  a détourné quelques titres du recueil  "la première gorgée de bière et autres plaisirs  minuscules". A nous de composer …
Je repartais de chez ma mémé avec le poids  de mon mensonge. Puis, je ressortais de ma poche mon malabar tout durci que je mâchais allègrement pour oublier ma culpabilité.
Mon enfance est liée aux  parties de foot avec les copains et aux malabars. Mais, le mercredi après-midi, après avoir couru vaillamment derrière le ballon en me prenant pour Michel Platini,  je passais voir ma mémé. Rituel du mercredi invariable. Mémé m’attendait. A peine avais je sonné, qu’elle m’ouvrait la porte : « Ah, mon petit, dépêche-toi, rentre vite ». Elle me serrait contre elle et le nez enfoui dans jupe, je profitais de ses rondeurs si réconfortantes. Mémé me relevait le menton et détectait à coups sûr l’odeur du malabar. Pourtant, je prenais soin avant de le cracher dans son papier d’emballage  et de le fourrer dans ma poche.
-Oh toi, tu as encore mangé de ces cochonneries ! Je t’ai déjà dit que c’était fait avec les boyaux des animaux ? Non ?!
Eh oui, Mémé, tu me le serinais mais je n’en avais cure.
-Viens-ici, regarde ce que j’ai acheté. Des loukoums ! Et  des vrais qui viennent de chez Monsieur Ali en  bas.
Je regardais mémé en m’efforçant de sourire.  Monsieur Ali était l’épicier du coin où les loukoums trônaient devant la caisse enregistreuse. Alors, quand Monsieur Ali était occupé à peser trois oranges, on passait un doigt sur les loukoums pour récolter la fine pellicule sucrée.
Mémé attendait que je me serve.  Je revoyais tous ces doigts, sales ou qui avaient trainé dans les nez de mes camarades s’échouer sur les loukoums.
J’aimais ma mémé et  la gorge serrée, j’en prenais un. Je me forçais à le manger pour lui faire plaisir. Elle m’observait fière et remplie d’amour.
-Tu es un bon petit, toi ! Allez reprends en un autre, tu es tout maigrichon, va !
-Tu sais, mémé que maman ne serra  pas contente si j’en mange un autre car tout à l’heure je n’aurai pas faim pour le dîner.
-Ah, tu as raison…
Je mentais à ma mémé car un de mes copains m’avait confié un secret. Son grand-frère léchait avec sa langue les loukoums de Monsieur Ali ! D’imaginer cette langue remplie de salive provoquait une réaction de haut le cœur de la part de mon estomac.

Rengaine de saison

28/12
Un homme sort du bureau de tabac. En grande conversation, il parle de mètres de fils en élargissant les bras. Il est sur son petit nuage, un sourire de satisfaction à ses lèvres. Son interlocuteur l’écoute. Dubitatif. De quoi peut-il donc parler ? Des guirlandes installées sur sa maison et dans son jardin. Mais attention, ni dix ni trente ampoules. C’est Monsieur B. dont on parle dans le journal local et au mieux à la télé au journal régional. La consécration. Pour Noël, il transforme l’extérieur de sa maison en Las Vegas miniature. Ca clignote de partout. Vert, rouge, bleu… attention, on s’en prend plein la vue. Il y a même des gens qui se déplacent chaque année pour admirer et prendre en photo son décor lumineux. Alors oui, il est fier Monsieur B.. Noël c’est son heure de gloire. Une préparation entreprise des mois avant. Consciencieux,  il met un point d’honneur à varier ses décorations d’une année sur l’autre. Dans l’article qui lui est consacré dans le journal, il dira qu’au départ c’était pour faire  plaisir à ses enfants. Et qu’au  fil du temps, c’est devenu une passion. Si l’on veut,  pour terminer en beauté, on rajoutera  que c’est sa façon de remplacer les noëls qu’il n’a pas eu. Par contre, motus et bouche cousue sur sa femme qui  ne supporte plus de l’entendre parler de ses guirlandes.  Pareil pour ses enfants qui ont grandi et qui trouvent ça ridicule. Mais bon, l’important c’est de se faire plaisir. C’est ce qu’on dit…

05/01
Bonne année, meilleurs vœux…Rengaine de saison. C’est la période, on en distribue et  on reçoit à la pelle. Gratuitement et même de personnes qu’on ne connait pas. Dans un commerce où j’ai mis les pieds pour la première fois, la vendeuse a ajouté à son au revoir traditionnel  « et bonne année ! ». Elle y a mis du cœur et elle souriait. Alors, oui, je les prends ces vœux même s‘ils ne sont pas pensés ou authentiques.  Parce que si je ne les entendais pas ces mots,  qu'est ce que je ferais?  Eh oui, je bougonnerais le cœur serré.  Tronqués ou sincères, je préfère les entendre finalement. Et tant pi si l’employée de la boulangerie me propose pour la cinquième fois le calendrier.

dimanche 2 janvier 2011

Le séminaire

Premier atelier d'écriture de l'année chez Gwen avec une photo représentant une porte ancienne. A nous de broder autour de cette porte, de ce qu'elle  peut représenter ou cacher...

Annette manquait de confiance en elle. Pour tout et depuis toujours. Lorsque Pauline les convoqua par petits groupes, à son habitude, elle s’exécuta. Elle prit une des chaises et s’assit. Pauline était arrivée depuis un an. En une année, bon nombre de changement s’étaient opérés et Annette angoissait pour l’avenir. Pauline et ses mots anglais qu’elle glissait sans arrêt dans chacune de ses phrases,  son dynamisme surfait  et surtout ses méthodes apprises dans une grande école de Commerce. Des machines qui fabriquaient de jeunes cadres ambitieux, des loups du management  aux dents longues et aiguisées. Pauline en était une avec sa démarche assurée et son  tailleur de couleur sombre. Elle avait mis en place des séries d’atelier pour  renforcer l’esprit d’équipe. Annette écoutait Pauline qui déblatérait son monologue déjà bien rodé :
Vous allez fermer les yeux et imaginez une porte. Derrière cette porte, se trouve votre fort intérieur et toutes vos capacités.  La porte sera peut-être  être lourde mais il ne faut pas se décourager.
Annette se représentait une porte ancienne en bois. Comme celle d’un château fort, une porte en bois solide et épaisse. Elle se disait que cet atelier était une perte de temps  mais elle avait envie de jouer le jeu.  Elle était devant la porte  n’osant pas approcher sa main.  Elle se décida. Une cour s’offrait devant elle. La voix de Pauline poursuivait :
N’ayez pas peur, allez jusqu’au bout.
Encouragée, Annette s’avança sur le sol pavé.  Elle n’osait pas y croire. Toutes les personnes qui l’avaient jusque là humiliée par des remarques, vexée par leur comportement dédaigneux étaient là en rang d’oignons. Têtes baissées à son approche. Annette se sentit prise d’un pouvoir de supériorité. C’était la première fois qu’elle éprouvait ce sentiment inconnu. Elle revit une ancienne institutrice qui l’avait punie alors qu’elle n’avait pas triché, une amie d’enfance qui l’avait trahie, sa boulangère qui en  10 ans était incapable de se souvenir de son nom. Ils étaient tous là. Pauline aussi. Tous imploraient son pardon. Oui, ils pouvaient ! Annette vit des instruments de torture. Enfin, elle allait pouvoir leur rendre tout le mal qu'ils lui avaient fait subir.
Terminé pour aujourd’hui !
La voix stridente de Pauline la fit sortir de son rêve. Avorté, une fois de plus. A cause de Pauline. Elle serra si fort ses mains que les jointures de ses doigts étaient blanches.
Et n’oubliez pas que la semaine prochaine, nous avons le séminaire d’entreprise. Eh bien, Annett , vous êtes toute  souriante ! Vous avez enfin trouvé vos ressources !
Pauline appuya bien sur les deux syllabes  du mot "enfin". Elle toisa Annette du regard. Un regard hautain pour l'écraser comme un vulgaire insecte. Pour une fois, Annette ne rougit pas. Non, elle garda son sourire aux lèvres.  Elle allait en finir. Durant le séminaire, il était prévu un saut à l’élastique. Annette devrait aider à la préparation du matériel. Elle ne sauterait pas  à cause de ses problèmes de santé. Mais, Pauline si. Et, un accident est si vite arrivé…

jeudi 23 décembre 2010

Fausser la réalité

21/12
Rendez-vous chez le coiffeur.  Je n’ai pas de salon de coiffure  attitré. J’aime changer pour ne pas prendre des habitudes et rester une cliente quelconque. La jeune femme me demande « vous êtes en vacances ? ». Nos regards se croisent  par le jeu du miroir. Avec cette question, elle m’offre  la possibilité sans le savoir de m’inventer une autre vie le temps de quelques minutes.  Je peux dire ce que je veux. Mentir, fausser la réalité. Une question simple qui prend l’allure d’une perche tendue vers d’autres existences.  Je réponds « oui » mais je ne soutiens plus son regard. J’ai baissé les yeux…Fin de la conversation.

22/12
Comme chaque année, le marché de Noël occupe la place de la liberté. Baraques en bois et vendeurs de barbe à papa et autres douceurs sucrées. Des chapelets de famille sur trois générations, des grappes d’ado parsèment la  place dans le grincement métallique des manèges. On y vient pour croquer des pommes d’amour, bouches rouges et poisseuses, ou tout simplement pour flâner. Mais les enfants sont là pour le père Noël. Juste avant de gagner mon arrêt de bus, j’observe un couple et son petit garçon qui s’y rendent. Avant de s’enfoncer dans cette masse joyeuse, le petit garçon s’arrête. Il glisse sa main de celle de son père et court vers le père Noël. Un père Noël en bon uniforme et qui de surcroit joue de l’accordéon. L’enfant le regarde, admiratif. Le père arrive et lui dit « non, ce n’est pas le vrai père Noël ». Les mains continuent de jouer des notes qui s’envolent dans le ciel. L’enfant ne semble pas comprendre. Le père insiste « regarde, le père Noël  est là bas ». Tous les trois  rejoignent le marché de Noël. Prendre une photo de son enfant devant ce père Noël ? Non mais, n’y pensez- pas ! Un père Noel qui flotte dans son costume. Pas de ventre rebondi ou de joues rouges mais des pommettes saillantes et  un regard perdu dans le vague.  Hors de question ! Sans compter la coupelle en fer usée où quelques pièces de monnaie gisent….Ca ferait désordre dans l’album de famille.

dimanche 19 décembre 2010

Juste une nuit

Dernier atelier d'écriture de l'année chez Gwen avec comme consigne : Fermez les yeux. Vous vivez sereinement dans une ville grande ou petite. Vous êtes en couple, avez peut-être des enfants, une situation stable. Tout va bien. Jusqu’au jour où vous recevez une lettre. Signée d’un prénom que vous ne connaissez que trop bien. Celui de votre amour de jeunesse, que vous avez perdu de vue depuis dix, quinze, vingt (trente, quarante?) ans. Et cet amour a besoin de vous et vous donne rendez-vous dans une semaine, dans un café, un restaurant, un musée, à deux pas de chez vous… Racontez…


Louise s’occupait de ses rosiers quand le facteur est passé.
-Bonjour Madame Aubret, du courrier pour vous aujourd’hui !
-Oh, merci ! J’attends des nouvelles de ma petite fille. Vous savez celle qui est partie en  Angleterre. Elle a promis de m’écrire.
Le facteur regarde le tampon :
-Ah non, c’est une lettre de France. Bon allez, j’y vais. Bonne journée.
Louise tient la  lettre dans ses mains. Elle  ne reconnait pas dans les lettres appliquées  et rondes l’écriture de  ses enfants ou ses petits-enfants.  Elle pose son sécateur et rentre dans sa cuisine pour l’ouvrir. Elle hésite à se réchauffer un petit café car à son âge, 75 printemps passé, le docteur lui a conseillé d’en boire un peu moins. Lentement, elle décachète l’enveloppe et d’un geste machinal, vérifie que ses lunettes sont sur son nez. Elle lit à voix haute, les sourcils froncés : Chère Louise, tu seras sûrement étonnée d’avoir de mes nouvelles et peut-être que tu ne souviens plus de moi. Moi je ne t’ai pas oublié ni cet été de 1954. J’avais été engagé comme journalier à la ferme de tes parents.
Louise s’interrompt dans sa lecture et  laisse s’échapper un oh mon dieu…
La suite tu la connais. Je suis revenu dans la région depuis peu. J’ai trouvé ton adresse dans l’annuaire et j’aimerai te revoir. Je conduis toujours et je peux venir te rendre visite vendredi en fin d’après-midi. Je n’ai pas oublié le chemin de la maison de tes parents. Si tu veux me voir, utilises-notre signal. Affectueusement, Jean Pontier.
La lettre est posée sur la nappe cirée. Louise a le cœur qui palpite. Elle cherche ses médicaments dans la poche de son gilet, en prend un et l’avale. Jean est vivant. La nouvelle a l’effet d’une bombe. Un deuxième cachet  pour apaiser son cœur. Tout lui revient en mémoire. Non, elle n’a pas oublié Jean, ce jeune homme de 21 ans qu’elle avait aimé au premier regard. Il était arrivé en mai ou en avril à la recherche de travail. Ses parents avaient agrandi l’exploitation et faisaient souvent appel à des saisonniers. Il était arrivé un peu par hasard, adressé par un autre fermier de la région. Courageux et travailleur, son père avait dit oui. Il logeait avec les autres employés dans une partie de la maison. A chaque fois qu’ils se croisaient, l'un et l'autre rougissaient. Un soir de juillet, ils se sont retrouvés seuls dans la grange. Louise y était venue mettre des pots de confiture faits le jour même. Jean l’a prise par la main et l’a embrassé. C’était la première fois que ses lèvres en touchaient d’autre. Pendant tout l’été, ils ont multiplié les rendez-vous. Quand Louise pouvait se libérer, elle laissait pendre par la fenêtre de sa chambre un pan du rideau. Louise s’en fichait de la situation de Jean mais pas son père. Quand Jean triturant casquette  dans ses mains, endimanché, s’était présenté peur demander la main de Louise, son père l’avait renvoyé. Sa fille épouser un homme sans terre, sans bien, c’était inconcevable. Blessée et inconsolable, Louise s’était enfermée dans un silence. Elle avait perdu sa gaieté et l’appétit. Elle passait la plus part de son temps dans sa chambre. Quelques mois s’étaient écoulés et son père, un soir, le visage rembruni lui avait dit que Jean était mort. Il avait appris la nouvelle au marché à bestiaux. Deux ans après, elle  s’était mariée à Victor. Le soir de sa nuit de noces, elle avait fermé les yeux et s'était offerte à Victor en pensant à Jean.
Louise essuie de sa main une larme qui coule sur sa joue. Ainsi donc, son père lui avait menti et s’était éteint sans même oser lui dire la vérité. Oh, Victor avait été un bon mari et  un bon père mais dans son cœur, il y avait toujours une place pour Jean.
Vendredi, elle ouvrira la fenêtre de la cuisine et poussera le rideau à l’extérieur. Elle l’attendra et quand il arrivera, elle posera sa main sur ses lèvres. Ils iront s’allonger sur son lit et s’endormiront enlacés. Elle veut juste passer la nuit à ses côtés, une nuit pour effacer le souvenir de centaines d’autres qui n’ont pas eu lieu.

dimanche 12 décembre 2010

Jésus au PMU

Aujourd'hui, chez Gwen, l'atelier d'écriture est le suivant :
" Choisissez une fenêtre dans votre maison ou votre appartement. Installez-vous devant et décrivez ce que vous voyez, ce qui se passe dehors. Ce que ce spectacle vous inspire, vous rappelle, vous suggère… S’il ne se passe rien, si c’est la nuit (vous êtes peut-être à New-York ou à Singapour…), dites-le aussi… Si vous vivez dans un squat muré, allez plutôt au café du coin pour faire l’exercice…"

Et voici mon texte sous forme de deux portraits :

12/12
Un dimanche matin sous un ciel plombé.  Un homme âgé trottine à petites foulées. Les coudes près du corps. A chaque expiration, un petit nuage sort de sa bouche. Il fait son jogging matinal comme tous les jours depuis 15 ans. A la retraite, il a dû se trouver des occupations. Pendant que sa femme s’occupe de son ménage,  il va courir. Torse bombé, il avance à fière allure. Il effectue toujours le même trajet. Encore que depuis quelques mois, il l’a raccourci. A cause de cette gêne, de ce serrement qu’il ressent par moment au niveau de la poitrine. Il n’a rien dit sa femme. Pensez-vous ! Elle qui est toujours fourrée chez le médecin même pour un simple rhume et qui lui fait souvent la morale : à ton âge, tu devrais quand même faire un bilan cardiaque ! Je ne suis jamais malade, je suis en pleine forme alors hein, pourquoi aller voir le médecin ? Mais là, il se dit qu’il devrait peut-être lui en parler. Pas tout de suite. Après les fêtes. Bientôt, son pas va ralentir. Il s’arrêtera, reprendra sa respiration. Il terminera à pied en prenant son temps. Il croisera d’autres joggeurs, des hommes plus jeunes .Ils le salueront d’un mouvement de la tête. En rentrant, sa femme lui demandera : ça  a été ? Oui, comme d’habitude. Il évitera son regard. Promis, après le nouvel an, il lui en parlera.
Un homme d’environ quarante ans.  Fraîchement rasé, les cheveux mouillés, il  marche à grandes enjambées. Soudain, il s’arrête, pose la main sur la poche de son blouson. Il la plonge dedans et en ressort des feuilles d’un journal hippique. Ses yeux brillent, les pages sont griffonnées. Cette fois, il est certain. Il va gagner au tiercé. Hier soir, il a étudié les dernières performances des cheveux, regardé les classements. Il y croit. Comme tous les dimanches depuis plus de 10 ans. Aujourd’hui, il va toucher gros. Il ne peut pas en être autrement. Au PMU, il va rencontrer d’autres turfeurs. Ils se connaissent, prennent un café ensemble et discutent. Chacun garde ses pronostics pour lui. Quand la course va commencer, les discussions cesseront. Tous les yeux seront rivés vers l’écran de télé. Les cœurs se mettront à battre plus rapidement. Les bouches fermées s’entrouvriront pour laisser sortir des encouragements murmurés ou comme sorti des entrailles. A la dernière ligne droite,  on se lèvera pour donner un peu de chance à son cheval favori. Lui serre de plus en plus fort ses feuilles de journal. La fébrilité le gagne. Il ne reste  plus que quelques  mètres avant la ligne d’arrivée. Il a vu juste ! L’excitation est à son apogée. Il rigole. Et puis, un cheval apparaît comme sorti de nulle part. Il dépasse tous les autres. Fin de la course. Hébété, il regarde l’écran. Il lui faut quelques secondes pour comprendre qu’il a perdu. Encore. Le patron éteint la télé.  On rejoue la course, on commente avec des soupirs ou  des exclamations. Il prend un café et  se dit que dimanche prochain, ce sera la bonne.
A la radio, au même moment, une chanson de Miossec passe :
Oh Jésus, je n' tombe jamais sur le bon cheval
Oh Jésus, je me demande ce que j'ai bien pu faire de mal
Oh Jésus, ne trouves-tu pas ça anormal ?
Oh Jésus, ne te fais plus jamais porter pâle

Et que la foudre me tombe dessus
Même au beau milieu du P.M.U.
Et que tremble la Terre
Pourvu que je sois gagnant dans la dernière
Et triomphe alors le Mal
Et que je devienne enfin un peu moins sale

Oh Jésus, je ne tombe jamais sur le bon numéro
Oh Jésus, j'ai l'impression d'être devenu un moins que zéro

dimanche 5 décembre 2010

La vie rêvée

Aujourd'hui chez Gwen, nous faisons place à nos rêves d'enfant. Ou plus exactement à la vie que nous rêvions d'avoir. Danseuse, bergère, hôtesse de l'air.. tout est permis!

Je m'en suis tenue à que je voulais faire étant enfant...

Sur les bancs de la fac de médecine, j’étais en  décalage à côté de ceux qui rêvaient de faire une spécialité comme chirurgie plastique pour le salaire.  Qu’importe, mon diplôme en  poche, j’allais enfin sauver le monde.  Je m’étais préparer à voir la misère mais quand  je l’ai vu de mes propres yeux, je n’y croyais pas. Des campements de fortune, des familles n’ayant plus rien ou presque. L’odeur, les pleurs des enfants,  des hommes et des femmes  fatigués. Las, exténués. Il fallait soigner  ceux qui pouvaient l’être avec les moyens du bord. Et le plus dur, voir la faim et la malnutrition. Autant de ventres et d’esprits tenaillés par la faim du matin au soir. Le premier soir, j’ai pleuré. J’ai hurlé de désespoir. Comment allais- je faire ?  Je puisais des forces à la vue d'un enfant  avalant une ration ou dans les yeux de leurs mères qui exprimaient la reconnaissance. Je me suis souvent sentie démunie. Avec l’impression de vider à la petite cuillère l’océan ou comme si mon travail était vain.  Mais j’ai continué. Je n’ai pas eu à voyager dans d’autres pays pour être médecin dans l’humanitaire. Non, j'ai exercé en France.

jeudi 25 novembre 2010

L'amour propre

Lundi 08/11
Un étudiant près de la fac. Il a l’air soucieux, préoccupé. Où sont  passées  l‘insouciance et la légèreté de la jeunesse ? Il ne les connait pas ou juste de nom. Bien sur, il a des amis étudiants qui ont ce luxe. Depuis ses 18 ans et son bac en poche, il doit se débrouiller pour ses études. Les bourses et une chambre à la cite U, c’est largement suffisant  d’après ses parents. Ses deux mois d’été, il les passe à l’usine à trier des morceaux de poulet.  Cette année, il va devoir trouver un emploi en plus de ses cours à la Fac. A son âge, il  fait déjà des comptes d’apothicaire. Calculer sur ce qu’il mange, sur les tickets de bus. Pendant que ses amis font la fête le jeudi soir, il bosse dans un fast-food. Ce week-end quand il rentrera, ses parents lui monteront fièrement le nouveau salon en cuir. Mais, attention, pas le droit de s’assoir dessus. Non, non, ou alors en mettant un plaid. Il ne faudrait pas l’abîmer. Il a coûté cher.
Mercredi 10/11
A peine mi-novembre et les jouets commencent à envahir les rayons du supermarché. Un petit garçon se tient devant les poupées. Il se dandine, hésite puis choisit la boîte d’un poupon. Sa mère la lui retire : "mais mon chéri, les poupées ce n’est pas pour les garçons". Il la regarde de ses grands yeux. Ce petit bonhomme de quatre ans ne comprend pas la réaction de sa mère. Déterminé, il reprend la boîte. La mère s’agite, se passe la main dans les cheveux. Elle le prend dans ses bras et s’éloigne au plus vite du rayon. Lui, il tend toujours la main vers les poupées. Que va-t-elle faire ?   Lui répéter qu’on ne joue pas à la poupée et s’angoisser. Elle doutera et  posera des questions de  façon détournée à d’autres parents. Dans des magazines, elle lira qu’à cet âge, les tendances  se profilent. La peur, la panique s’immisceront. Elle guettera avec appréhension chaque geste de son enfant. Alors que lui,  il voulait seulement  une poupée pour s’amuser.
Lundi 15/11
9h30. C’est une heure creuse, peu de monde au centre ville. Deux femmes avancent côte à côte. Chapeaux  de pluie bien enfoncés, pouponnées, elles discutent.  A cause des travaux, les passants marchent sur des passerelles étroites. Je peux suivre leur conversation orientée sur leurs enfants et les loisirs. Elles font partie d’une classe sociale aisée. Peu de monde peut-être ce lundi matin dans les rues, mais certaines personnes sont déjà  installées. Généralement une petite boîte par terre et  un bout de carton sur lequel elles sont assises. La main tendue et cette phrase  répétée à longueur de journée "une petite pièce s’il vous plait". L’une des deux pose sa main sur le bras de sa voisine et lui dit d’un ton solennel "Vous savez, je ne suis pas raciste mais… " . Elle marque un temps d’arrêt pour avoir l’accord de continuer. Un souple mouvement des lèvres l’a invité à continuer ."Je ne donne qu’aux Français". Elle poursuit sa litanie : il y a trop d’étrangers en France. Stupidité, racisme ? De tout façon, ça l’indiffère.Ca ou autre chose. Entre gens du même milieu, on se fréquente. Bien entendu. La position sociale, l’argent dressent et maintiennent  bien des barrières.
Mardi 16/11
Au guichet de la poste, une employée visage fermé et autoritaire. Son collège est parti chercher un colis. Elle se lève et va regarder son écran. Avec un dédain non dissimulé, elle dit "hum,  il n’a même pas validé sa dernière opération ". Elle,  c’est  l’employée modèle. Aux réunions, elle doit s’assoir au premier rang et sourire au chef. C’est tellement important pour elle  de se faire bien voir. Déjà petite,  à l’école, elle se désignait spontanément pour aider la maîtresse. Sur ses bulletins scolaires, sa gentillesse était toujours mentionnée. Le soir, elle rentre chez elle avec ce sentiment d’une journée de travail bien faite. Les remarques désobligeantes ? Rien à faire. La conscience professionnelle avant tout. C’est son credo. Dans quelques années, elle fêtera son départ à la retraite. Elle invitera tous ses collègues. Pour l’occasion, elle achètera une jolie robe, du mousseux et des gâteaux apéritifs.  Personne ne viendra ou  presque se cachant derrière une excuse de dernière minute. Son chef sera présent, il regardera discrètement sa montre. Quand il la  remerciera pour toutes ses années de bons et loyaux services, elle aura une petite larme d’émotion. Elle sera triste de quitter cette grande famille qu’est le monde du travail. Son chef  se dépêchera de finir  son discours, pressé de renter chez lui. Il pensera qu’il était temps qu’elle parte. A faire  trop de zèle, elle aurait fini par prendre sa place.
Jeudi 18/11
Au supermarché. Deux femmes d’âges  différents avancent doucement. L’une a une canne, elle s’appuie sur le bras de celle qui l’accompagne. Le même ovale de visage, la même bouche, la ressemblance entre elles est flagrante. Mère et fille qui font quelques courses ensemble. L’une a pris de son temps pour aider l’autre. Elles sont au rayon où l’on trouve des mouchoirs en papier et des produits d’hygiène. La discussion s’engage : "non, j’en prendrai à la pharmacie. Je ne veux pas passer à la caisse avec". "Ecoute, tu n’as pas avoir honte". Le paquet de couches pour  l’incontinence urinaire est mis dans le cabas. Je les retrouve au moment de payer. Celle qui s’aide d’une canne, baisse la tête. Elle n’ose pas affronter le regard  la caissière. Son amour  propre est malmené. Il doit être ravalé ou  camouflé sous le mouchoir au fond de la poche.  Payé, mis dans le sac, elles se dirigent vers la porte de sortie. "Tu vois, ça a été". Pas de réponse. Démarche saccadée, petits pas calculés pour  cette jeune femme de trente ans. Sa mère, le regard protecteur et aimant, l’aide et porte le sac. Il n’y a rien à  dire de plus…

dimanche 21 novembre 2010

Relever l'échine

Aujourd’hui chez Gwen, nous avons une phrase de début et une de fin. Et une photo représentant des berlingots…Pas facile!
Voici mon texte :

Je reste là, tout seul, avec le bruit des vagues…Assis sur ce bout de grève comme autrefois. Depuis combien de temps, je n’y suis pas venu ? Une bonne vingtaine d’années. Rien n’a vraiment changé. Des vieux bateaux y meurent toujours, coques à l’air et éventrées. Le bar au bout de la jetée s’appelle différemment. C’est tout. En venant, j’ai fait un détour à sa maison. Là aussi, tout était à l’identique. Le salon et ses vieux canapés en velours marron, la cuisine et ses meubles formicas. J’ai hésité à aller voir ma chambre. La main sur la poignée, j’ai expiré un bon coup et je suis entré. Mon bureau, mes maquettes et le mur tapissé de posters. Tout y était. Il avait donc conservé toutes mes affaires. J’ai pris une maquette d’avion et dans l’entrée son manteau.

En mettant ma main dans la poche, j’ai trouvé un berlingot. Poisseux, collé à son emballage plastique. Ce bonbon représente ma vie ici. Mon père et ses accès de violences. Tout a dérapé après la mort de ma mère. Ca a commencé par une gifle à l’âge de 8 ans pour une mauvaise note. Le lendemain, il m’avait demandé de lui pardonner. Comme quoi ça ne recommencerait plus. Il avait sorti de ses poches des bonbons. Une première gifle. Puis une autre pour des broutilles. Je ne disais rien, j’avais trop peur. Il rentrait dans des colères monstres et il finissait par me taper dessus. Ensuite, c’étaient les pleurs mêlés aux excuses et les bonbons. En grandissant, j’ai refusé de courber l’échine. Sa main a tremblé, il a serré son poing et s’est retenu. J’avais 16 ans, je suis parti. Terminé pour moi d’être son souffre-douleur.

Je sors le berlingot et je le jette dans la mer. Maintenant, il est mort. Tout est fini. Ma femme arrive avec Quentin, mon petit garçon. La maquette c’est pour lui. Dans les remous de l’écume, le berlingot flotte. Avec lui, je tire une croix sur mon passé. Quentin joue avec la maquette. Il est heureux. Ma femme s’assoit près de moi et m’embrasse. Le bonheur a le goût des embruns et du sel. Jamais, je ne pourrais tout oublier. Mais avancer et lever la tête, je peux le faire. Les vagues reviennent toujours et je sais que tout est parfait.

samedi 20 novembre 2010

Apothéose


Le sucré est lié à l’enfance. Menus plaisirs d'aller avec quelques pièces jaunes à l’épicerie. Plantée devant le présentoir, yeux écarquillés,  et réfléchir longuement à ce que j’allais acheter. Instants solennels où le sérieux l’emportait sur l’excitation. Revenir avec mon butin précieux, un petit sachet contenant quelques bonbons. J’optais toujours pour le même rituel.   Commencer  par ceux qui en bouche délivraient des saveurs piquantes ou acidulées. Puis terminer par la sucette. Fermer les yeux, papilles émoustillées et  caresser de la langue la sucette. Prendre son temps pour faire durer le plaisir. Apothéose où la bouche entière éclatait sous le goût de la fraise. Savourer puis lécher avidement le petit bâtonnet  blanc.
Enfant, j’imaginais la vie comme une réglisse. Dérouler ce long ruban et le grignoter. Avec les années, je me suis rendue compte que la vie, c’était être  comme un cycliste sur ce serpentin noir. On avance, on tombe ou  on dérape. Mais  finalement, on remonte toujours en selle.
Il s'agit de ma participation pour Petits secrets sucrés. Si vous le voulez, vous pouvez voter pour mon texte ici
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