Affichage des articles dont le libellé est Rentrée littéraire 2011. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Rentrée littéraire 2011. Afficher tous les articles

jeudi 8 décembre 2011

Vanessa Schneider - Le pacte des vierges

Éditeur : Stock - Date de parution : Août 2011 - 191 pages

Etats-Unis, Gloucester, 2008,  dix-sept adolescentes  sont  enceintes en même temps. Les yeux se braquent sur ces  lycéennes âgées de moins de seize ans. L’idée d’un accord est mise très vite en avant. Un peu comme les promesses qu’on scelle étant enfant. Des promesses souvent puériles et oubliées au fil du temps. Leur pacte lui est bien plus lourd de conséquences.

Elles sont quatre à se confier à une journaliste. Lana est  la meneuse et vit avec une mère shootée aux médicaments  du matin au soir.  Cindy a un petit copain et a peur qu’il la quitte. Kilie est déjà une  ancienne habituée des concours de Mini-Miss et sans grande surprise, sa mère est serveuse. Sue est la seule à avoir des  parents très croyants. S'il y a eu un pacte, c'est que  toutes ces adolescentes avaient un point commun avant leurs grossesses. Celui de vouloir que leur vie change. Des jeunes filles prêtes à tout et  croyant que leur amitié sera toujours présente et plus forte que tout. Mais hélas pour moi dans ces quatre récits, les clichés se sont accumulés.  Je ne vais  pas crier au coup de cœur car ce livre non seulement m’a laissée sur ma  faim mais surtout il est sans surprise. Si j'ai perçu la détresse de ces jeunes filles et le malaise d’une Amérique aux contradictions multiples, le tout est survolé dans les grandes lignes.  Par contre, l’auteure réussit à  amener ces adolescentes dans des périodes de réflexion. Au fil des pages, elles voient une partie de leurs illusions s’effondrer. Et le lecteur assiste impuissant à  leur entrée dans le monde des adultes.  

Bref, un avis plus que mitigé en ce qui me concerne et  une sensation d'inachevé...Dommage.

D'autres avis sur Babelio

jeudi 17 novembre 2011

John Burnside - Scintillation

Éditeur : Métailié - Date de parution : Août 2011 - 283 pages scotchantes!

L’Intraville apparaît comme une ville en dehors du monde. Un endroit à part  avec son usine chimique désinfectée mais qui a tout contaminé. Ses habitants ne semblent rien espérer de la vie. Et quand de jeunes garçons disparaissent, il est préférable de penser qu’ils ont fugué.

Avertissement : si vous avez le moral qui frise le niveau de vos chaussettes tirebouchonnées sur vos mollets, abstenez de vous de cette lecture. Tenez vous loin de ce livre et attendez de revoir jaillir le soleil, les petits oiseaux et compagnie…

Pour avoir lu Un mensonge sur mon père, je savais que John Burnside pouvait nous décrire le sombre de l'âme humaine.Mais là, j'ai été scotchée et pas qu’un peu ! Ici, on est dans une noirceur qui frôle le sordide. Dans ce le lieu glauque qu’est l’Intraville, la disparition de jeunes adolescents passe presque inaperçue. Tout le monde semble englué dans ce lieu morbide où l’on meurt de maladie. Le policier Morrison préfère fermer les yeux et enterre ses remords dans son jardin. Et les individus peu scrupuleux comme Brian Smith continuent de s’enrichir en régnant sur ce bout de terre paumé. Il reste aux gamins les jeux dans le bois, l’ancienne usine et le sexe découvert tôt. Fort heureusement dans ce tableau, il y a le personnage de  Léonard. Sans être un saint, à quinze ans, il puise dans les livres bien plus que du réconfort. Une raison d'être. A la noirceur qui découle des hommes, la beauté de l'écriture explose.  

Un lecture qui secoue, qui dérange et  dont on ne sort pas indemne. Un livre puissant, très troublant par tous ses aspects et qui m’a laissée parfois complètement abasourdie. 

Avec une écriture hors normes, John Burnside démontre tout son talent, sa capacité à tenir le lecteur en apnée et à lui renvoyer de la poésie en pleine figure ! Epoustouflant.

Et, donc, ce serait sans doute mieux s'il n'y avait pas de répit, s'il n'y avait pas de moments heureux. Comme ce passage de Tom Sawyer où Tom se demande si les dimanches ne sont pas juste une forme de sadisme un peu plus raffinée que les jours de semaine avec avec leur succession habituelle de corvées et d'école.

Le billet de Keisha qui renvoie à plein d’autres liens et  de nombreux avis sur Babelio.

En route pour l'Ecosse

mercredi 16 novembre 2011

Laurence Tardieu - La confusion des peines

Éditeur : Stock - Date Parution : Août 2011 - 154 pages et un cri d'amour

Tu  ne veux pas que j’écrive ce livre. Tu me l’as dit. Tu me l’as demandé. Tu y avais pensé toute la soirée, toute la nuit, tu ne voulais pas. Ou, plus précisément, tu ne voulais pas que le l'écrive maintenant. Ce livre, Laurence, tu l’écriras quand je serai mort. Voilà ce que tu m’as dit.

A cette demande de son père,  Laurence Tardieu   répond par un acte d’insoumission à trente-huit  ans.  Ce livre, elle l’écrit parce qu’elle en a besoin, pour que les mots soient enfin dits. Le silence a toujours calfeutré les sentiments de l’appartement bourgeois de ses parents et se déclinait en toutes circonstances. Savoir se tenir et jamais d'effusion. En 2000, son père haut responsable de la Compagnie générale des eaux est condamné pour une affaire de pots de vin. Cette même année, sa mère est emportée rapidement par une  tumeur au cerveau.  Mais, même la douleur de la perte n' a pas pas le droit de s'afficher.  

Dans ce livre intimiste, à l’écriture posée sans heurt et sans  violence, l’auteure revient sur cette période et sur ce temps écoulé. Laurence Tardieu ne s’improvise pas juge. Là n’est pas le but du livre.  Elle pose des questions, tente de comprendre comment  son père, cet homme intègre avec des valeurs a pu lui aussi se laisser entraîner dans la corruption. Elle débusque ses peurs, ose lever les yeux vers la figure  tant aimée et admirée. Si l’on peut ressentir une impression de tâtonnement, Laurence Tardieu avance, se grandit  à chaque mot, à chaque brique posée. Elle revient sur l'acte d'écriture salvateur et libérateur. 
Et de cette écriture flamboyante par sa sensibilité, il en résulte un cri d’amour et une main tendue vers ce père. 

J'ai été touchée, je me suis mordue très fort l’intérieur de la joue pour empêcher mes regrets de remonter à la surface..

Je ne veux plus me noyer. Je veux remonter à l’air libre. Respirer.

Les billets d’Antigone, Emeraude et Noann

lundi 7 novembre 2011

Valentine Goby - Banquises

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Août 2011 - 247 pages 

Vingt-huit ans après  la disparition de sa sœur Sarah, Lisa mère de famille part pour le Groenland. Elle avait quatorze ans quand Sarah âgée de  vingt-deux s’est envolée pour Uummannaq et n’est jamais revenue. Disparue mais majeure ont répondu les autorités  à ses parents. Depuis vingt-huit ans sa mère s’est figée dans un hypothétique moment au cas où Sarah reviendrait. Lorsque son père entame les démarches administratives pour que Sarah soit officiellement déclarée décédée, le passé ressurgit pour Lisa. Il lui faut suivre, marcher dans les pas de Sarah sur la banquise.

Si je m’étais perdue dans l’écriture de Qui touche à mon corps,je le tue ici l’écriture de Valentine Goby m’a accrochée ! Avec des phrases qui interpellent, des métaphores très belles , ce roman au style vif style est  sans temps mort. Comme s’il s’agissait d’une course après le temps.  Justement  les banquises fondent et Lisa, vingt-huit ans après la disparition de Sarah, éprouve ce besoin d’aller là où  sa sœur s’est rendue avant de disparaître. Sarah partie pour six semaines au Groenland n’est  jamais réapparue et n’a jamais donné aucun signe de vie à sa famille.  L’attente  a commencé à partir de ce jour, une attente de chaque instant qui a pris toute la place. Etouffant Lisa, empêchant le deuil. Mot tabou même en pensée car sa  mère espère encore et toujours.  Les souvenirs de  Lisa ponctuent  ce présent où le grand Nord se meurt, où les banquises disparaissent  entraînant avec elles  les populations locales. 

Dans ce livre,  où l’écriture imprime la rétine et l’esprit, le long quotidien de la famille de Sarah avec  son lot de doutes, d’espoirs et de sentiments inavouables raconté par Lisa m’a touchée. Une histoire criante de douleurs dans un contexte environnemental bien réel. Le décompte a commencé semble nous dire Valentine Goby, réveillons-nous, tout comme la mère de Sarah ne voulait pas que sa file tombe dans l’oubli.

Et puis, à la dernière page, j’ai eu cette impression que le voyage de Lisa n’était par totalement terminé et je suis restée un peu sur ma faim...
Mais, les émotions m'ont prises à la gorge et j'ai vraiment aimé l'écriture !

Vingt-huit ans plus tard, le poids du passé leste davantage encore l'idée de l'envol. Comme elle est pleine, Lisa, de son histoire. Comme elle la porte, l'a portée.Comme elle l'entrave; voyez-vous la voussure de ses épaules.  

Elle voudrait que Sarah se soit assise là. Elle y vient à toute heure, multipliant les chances d'une expérience commune à vingt-huit ans d'intervalle, une minute où se frôler sur le rivage, où la même lumière les saisit ensemble dans une photo jamais prise.

Les billets de Choco, Cuné, Gambadou et Yv


vendredi 4 novembre 2011

Jean-Philippe Blondel - Et rester vivant

Éditeur : Buchet-Chastel - Date de parution : Septembre 2011 - 245 pages

Jean-Philippe Blondel revient sur l’année de ses vingt-deux ans. A dix-huit ans,  il a perdu sa mère et son frère dans un accident de voiture. Et là, quatre plus tard, son père décède également  dans les mêmes circonstances. L’auteur ne s’écroule pas. La stupeur et une forme d’hébétement prennent le relais.   Il bazarde tout ce qu’il a en France et accompagné de sa future ex-petite amie et de son meilleur ami, il part aux Etats-Unis. Ce road-movie sur les routes de Californie lui permet de rester debout. Et vivant.   

Je dis souvent que la lecture est une histoire de rencontre. Il y a donc  forcément des questions d’affinités et d’humeur. J’ai lu une première fois ce livre trois semaines après avoir été bouleversée par Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan.  Une fois terminé, je n’ai pas ressenti  pas d’émotion particulière. J’ai quand même vérifié  si  mon cœur (connu pour être celui d’un artichaut) n’était pas devenu de granit, mais non !  Je me suis dit que j’étais encore sous l'emprise de Rien ne s’oppose à la nuit et que ce n’était pas le bon moment. Pour la petite histoire : quand je repasse, je regarde la télé (pour ceux que ça n’intéresse pas, vous pouvez sauter allègrement ce paragraphe). Alors que m’appliquais avec amour sur les chemises de monsieur, je regardais un enregistrement  de l'émission La grande librairie ( autant joindre un peu  de divertissement aux corvées ). Jean-Philippe Blondel  était l'invité et il m’est apparu  touchant, sympathique. J’ai donc relu  cette autobiographie.

Je mentirai en disant que c’était de la torture parce que certaines  phrases sont très belles et que sa sincérité en est presque désarmante. Mais, je suis restée en dehors de ce livre.  Et pourtant, ce sont des phrases courtes comme je les aime. De plus,  Jean-Philippe Blondel  évite le larmoyant  mais voilà, la rencontre ne s’est pas produite (et j'en suis presque à m'excuser... ).

De nombreux avis sur Babelio

jeudi 3 novembre 2011

Kristof Magnusson - C'était pas ma faute

Éditeur : Métailié - Date de parution : Septembre 2011 - 268 pages hautement distrayantes !

Les mots de back-office,   salle des marchés et effet de levier vous évoquent un monde nébuleux ? Et si je vous dis Jérôme Kerviel, le trader qui a réussi à vendre et à acheter pour des montants hallucinants ? Prenez à peu près son double (sans les origines bretonnes), ajoutez-y un écrivain soixantenaire et sa traductrice allemande. Saupoudrez-le tout de l'écriture de Kristof Magnusson  et vous obtenez du décalé !

Chicago, Henri LaMarck  est un écrivain  dont tout le monde attend le nouveau roman sur le 11 septembre. Seul petit problème, il n’en a pas écrit  une seule ligne. Jasper accède au trône suprême de trader,  la suite logique de l’ascension sociale quand on a travaillé au back-office.  Sauf qu’en voulant effacer ni vu,  ni connu une transaction, il  joue à ce qu’on appelle la roulette. Miser très gros sur la chute d’une action. Au départ, il gagne et ça l’amuse. Et comme le système informatique ne lui impose aucune limite ou plafond, il continue. Bref, mettez un enfant dans un magasin  de jouets tout seul et c’est pareil ! Mais au bout d’un moment, la chance le quitte et il arrive à mettre très mal en point sa banque. Celui qui considère que les traders sont « les rocks stars des banques d’investissement. Mais sans les fans »  dissimule son erreur  tout en sachant qu'à un moment donné, quelqu’un s’en apercevra.  En Allemagne, Meike, la trentaine, vient de plaquer Arthur. Elle a déménagé en douce d’Hambourg et s’est installée à la campagne.  Elle  attend le manuscrit d'Henri LaMarck qu’elle doit traduire. Et là aussi, il y a un problème : le fameux manuscrit n’arrive toujours pas. Pas de traduction, pas de salaire ! Meike décide de  rendre à Chicago pour rencontrer Henri LaMarck.

Ces trois personnages  se croisent, se retrouvent dans des situations dont certaines sont à limite du déjanté ! Entre filatures, rendez-vous ratés, les quiproquos s’enchaînent à travers le récit de chacun. Et là,  c'est du plaisir pour les zygomatiques et pour l'esprit! Sans compter que je me suis trouvée comme qui dirait des affinités  avec  le personnage de Meike ( le premier qui dit qu'elle est complètement barrée  fantasque va m'entendre!).
Par contre, je me suis posée la question de savoir si l’auteur s’était hasardé dans un pari comme placer plus de trente fois (minimum)  la  marque Blackberry au lieu de mettre le mot  téléphone ou portable.   Si oui, il l'a réussi haut la main.Sauf que moi, j'ai trouvé ça dommage ( je sais,  je ronchonne !)!
Une lecture hautement distrayante à laquelle on pourrait rajouter un logo « la bourse pour les nuls » !

Jusqu'au début de la trentaine, c'est facile d'être normal. On peut reléguer tous ses problèmes dans la catégorie des outrances post-adolescentes et se rassurer à chaque crise en se disant que tout finira un jour par changer. S'améliorer. Puis vient l'âge où le désarroi juvénile ne colle plus avec la personne. Avant trente ans, quelqu'un qui boit beaucoup est un fêtard ; au delà de trente ans, c'est un alcoolique - de quelqu'un qui plane gentiment à celui qui finit ravagé, il n'y a qu'un pas. Passé trente ans, on sait si l'être qu'on est devenu sera bon à quelque chose pour les cinquante années restantes.

La plus grande peur du trader, ce ne sont pas les pertes. Sa plus grande peur, c’est d’être seul avec ses pertes.

Les billets d’AifelleCuné , Kathel, Keisha ( merci !!) labellisée  Métailié, Reading in the rain



mardi 1 novembre 2011

Pascal Quignard - Les solidarités mystérieuses

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Octobre 2011 - 252 pages envoûtantes...

Venue à Saint-Lunaire pour le  mariage d’une petite cousine, Claire,  une traductrice quarantenaire, redécouvre les lieux de son enfance. Le granit, la lande, les genêts, un monde baigné par la mer et le ciel. Elle rencontre son ancienne professeure de piano Mme Ladon  qui lui propose de l’héberger.  Son appartement cossu de Versailles vendu, elle rompt les ponts avec son ancienne vie.  Libre, elle arpente toute la journée les chemins de la terre sauvage quand elle ne guette pas Simon, son amour de jeunesse.  Paul, son frère la rejoint. Claire et et Paul, la sœur et le frère élevés séparément se retrouvent.

Ce livre magnétique à l’écriture elliptique rend  grâce aux  paysages de la baie de la Rance et aux relations où l’on se comprend par un regard ou à demi-mots. Solidarités mystérieuses quand une sœur et  un frère qui se connaissent si peu, se complètent et s’épaulent. Ou plutôt lorsque Paul vient aider Claire toujours amoureuse de Simon désormais marié. La femme de ce dernier, jalouse, met le feu à l’ancienne ferme que madame Ladon prête à Claire.  Et Paul arrive au secours de cette sœur, au chevet de Claire avec qui il ne partage que peu de souvenirs. Mais, il existe des liens ténus et invisibles. Il y a longtemps, Claire  a rompu  ceux du mariage, fuyant son rôle de mère.  Juliette, une de ses filles devenue adulte vient à sa rencontre. Sans haine, juste pour passer du temps avec  elle et  la connaître.  Claire s’émacie à marcher des heures durant, à guetter Simon collée à la pierre. Le frère et la sœur deviennent des  personnages sculptés par l’air marin en quête d’une paix intérieure et extérieure. Ils se comprennent par un regard, ou par un simple geste.  Claire se métamorphose, silhouette cherchant à se fondre dans cet environnement sauvage qu’elle veut protéger.  Madame Ladon se meurt,  Paul noue une relation amoureuse avec un prêtre. Je n'en dirai pas plus  pour que chacun ait le bonheur de découvrir  ce roman  aux accents énigmatiques! 

Une construction où différents narrateurs interviennent par un jeu d’entrelacs subtils.  Plus une  histoire qui personnifie la nature en nous offrant des descriptions magnifiques sur un paysage caméléon. Alors oui, j'ai pris mon temps pour savourer ce livre.  L’écriture épurée de Pascal Quignard distille une harmonie très sensuelle qui se délecte et dont on s’imprègne.  Certains diront ennui  et je répondrai beauté de ce que l'on devine. 

Une lecture riche et envoûtante.  L'auteur nous ouvre les portes sur un univers sobre et puissant, simple et terriblement beau ! J'ai été très  touchée et j’ai refermé ce roman avec un  sentiment de sérénité profonde. Un moment rare de lecture !

Un grand merci à Julien (un de mes libraires) qui une fois de plus a vu juste avec ce livre "fait pour moi".

 
Elle marcha des mois entiers, tout l’été, dans une joie intense. Elle partait toujours de la lande, dans l’obscurité brune de la lande, dans la première pâleur du jour, elle descendait les roches. Ou encore elle remontait après le dîner. La lumière était soit incertaine, dorée, granuleuse, fabuleuse. Ou toute brune ou noire. ( …) Avec l’obscurité soudaine, elle se trouvait aussitôt prise de vertige. Elle s’agrippait à la rampe de fer. Elle ne la quittait plus des doigts. Elle ne cherchait plus à voir au-dessous d’elle les toits d’ardoise et les petites silhouettes des hommes devenues si précises.

dimanche 30 octobre 2011

Jonathan Franzen - Freedom

Éditeur : Editions de L'Olivier- Date de parution : Août 2011 - 718 pages

Voilà un livre qui n’est pas passé inaperçu par les réactions qu’il a suscitées : déception, abandon ou engouement.  

Des années 1970 à 2010, le lecteur suit la famille Berglund et Richard, le meilleur ami des parents.
Patty est d’abord tombée amoureuse de Richard, chanteur emblématique d’un groupe de rock  pour finalement se marier avec son ami Walter. Les contraires s’attirent et si Richard est un tombeur aimant les filles, son ami Walter est un étudiant consciencieux.  A vingt ans, Patty, étudiante et  basketteuse  voit sa carrière se terminer par un accident.  Les mois passent et elle se rapproche de Walter ( à défaut de Richard).  Plutôt que de retourner chez ses parents avec qui elle ne s’entend pas, le mariage avec Walter lui offre une échappatoire. Quelques années plus tard et deux enfants en plus  Joey et Jessica,  Patty  a tout pour être heureuse mais ne l’est pas. Walter l’adore. Walter le gentil, Walter l’aimable et souriant.  Lorsque Joey, adolescent, décide de quitter le toit familial, Patty s’écroule entraînant dans son sillage Walter. Patty avec ses excès, sa démesure  de sentiments est la figure pilier de ce livre. Alternant les récits sur chacun des personnages et la truculente autobiographie de Patty (son sens de la répartie m’a souvent régalée), il y a de quoi donner de l’eau au moulin.  Mais, ce livre manque à mon goût de surprise.  Tout est terriblement prévisible du point de vue de l'histoire et des personnages. ll s’agit du  principal reproche que je ferai à ce livre. 

Dans de nombreux romans, la faille du rêve américain et ses laissés pour compte sont mis en avant. Ici, il s’agit d’une société qui est décortiquée. Une société dans son contexte global.  Sous  plusieurs présidents avec des orientations politiques et en prime une guerre en Irak. Une société avec son économie libérale qui permet à de grands adolescents comme Joey  de jouer au  Monopoly frauduleux avec de vrais billets de banque et de décrocher gros. 

Alors certes,  Freedom est un livre qui  n’est pas parfait mais au moins il ne nous dresse pas un beau et grand portait de société et  de la famille pour nous faire plaisir.  Si certains préfèrent garder leurs œillères, d’autres ont des sursauts de conscience (et quand cette bête  se réveille, c’est affreux). Et, la famille Berglung ne passera  pas à travers les mailles du filet.  Un roman dense qui quelquefois peut donner l’impression de longueurs ou de partir dans tous les sens tant il y a à dire. 

Malgré mes bémols, à aucun moment, je n’ai eu envie de l’abandonner. Un roman largement plus agréable à lire qu’une encyclopédie sur  le changement de la société américaine durant ces quarante  dernières années...

Les billets de Keisha et de ClaudiaLucia qui tous deux renvoient à  d’autres liens.

Merci à Price Minister pour cet envoi.

mercredi 26 octobre 2011

Haruki Murakami - 1Q84 (Livre2 Juillet-Septembre)

Éditeur : Belfond - Date de parution : Août 2011 - 526 pages et je veux la suite !

Si vous êtes prêts à endurer une souffrance terrible, alors lisez le livre 1 puis le livre 2. Mais, attention : vous êtes prévenus, il faudra attendre mars 2012 pour connaître la suite et là je dis que c’est franchement cruel !

Ce deuxième livre s’achève comme une fin de chapitre. J’ai même cherché après la table des matières, un indice ou un renseignement complémentaire : rien, nada ! Car si le livre 1 est plus axé sur les personnalités d' Aomamé et de Tengo, ici, nous commençons à mesurer le monde 1Q84. Que dis-je ? ! Non,  pas « nous » car Haruki Murakami distille  quelques  grappes d’informations sur ce monde. On pense y avoir posé un pied ou les deux, on tâtonne, on s’interroge. Qu’en est-il vraiment ? Les pages se tournent, l’écriture est toujours aussi délicieuse et la notion du mal est posée.  Le leader des Précurseurs , un homme qu'elle devait tuer, révèle à Aomamé l'équilibre du monde... Les neurones accélèrent le mouvement  et le cœur bat la chamade ! Oui, parce qu’en plus pour mieux nous torturer, il va peut-être y avoir en plus une histoire d’amour. Alors, on y  croit ! Et voilà comment je me retrouve en mode soupape de l’autocuiseur qui tournoie à la cadence  maximale! J’ai terminé la page 526 en disant haut et fort aux murs de ma chambre " monde cruel !" et prête à mordre mon oreiller...Là, pour le coup,  je pense avoir eu une tension un peu plus élevée que la normale.

L’ambiance installée dans le livre 1 est toujours présente doublée du (calque du) monde 1Q84.  Les Little People existent, il y a deux lunes et je suis toujours en extase totale. Le coup de cœur se prolonge mais l’attente va être très loooooongue ! Je veux la suite ! 

lundi 24 octobre 2011

Nathalie Skowronek- Karen et moi

Éditeur : ARLEA - Date de parution : Août 2011 - 146 pages d'une grande sensibilité !


« Karen et moi est d’abord l’histoire d’une rencontre, une rencontre que seule la littérature rend possible, entre un écrivain magnifique, Karen Blixen, morte en 1962, et une petite fille de onze ans qui lit La Ferme africaine sous une tente. »
Cet extrait de la quatrième de couverture décrit le pouvoir des livres. L'aspect magique  où l’impossible devient possible, où la vie d’une femme en aide une autre.  Avec une  sensibilité incroyable, une seule voix s’élève de ce livre. Une seule voix  pour deux femmes : Karen Blexter et Nathalie  Skowronek. Parce que quelquefois des vies semblent se superposer ou prendre les mêmes directions, des affinités se créent.  Et dans ces lignes,  l’une et l’autre semblent proches, sœurs d’une certaine façon.  Nathalie Skowronek nous livre ce réconfort, la force puisée dans la vie de celle qu’elle admire. Celle qui comme elle est partie loin de sa famille, toutes deux ont eu ce besoin de liberté.  Des mêmes envies, des souffrances similaires également et l’entraide surgit des mots. Si l’identification semble parfois poindre, Nathalie  Skowronek a su prendre son élan. 

Maintenant, je comprends pourquoi ce premier roman a été plébiscité par mes libraires ! 
Mêlant autobiographie et biographie,  ce livre est touchant et pudique avec une émotion sincère! L'écriture est belle tout en étant naturelle.  Une belle découverte ! 

J'ai l'impression qu'en parlant d'elle  j'arriverai à parler de moi.Je suis lasse, lasse de mentir. Et, comme Karen, j'ai l'espoir que l'écriture pourra me sauver.

Les billets de Griotte, Nadael 


Ce livre fait partie de la sélection de la 10ème édition du prix des Lecteurs du Télégramme


jeudi 20 octobre 2011

Theresa Révay - Dernier été à Mayfair

Éditeur : Belfond - Date de parution : Octobre 2011 - 472 pages de pur bonheur ! 

Eté 1911, Londres. Julian, Evangeline, Edward et Victoria Rotherfield ont l’insouciance de la jeunesse dorée . Si Julian en tant qu’aîné a de nombreux devoirs et obligations, son cadet Edward a comme danseuse le jeu et l’aviation. Alors que Victoria s’apprête à faire son entrée dans la haute société anglaise en tant que débutante, sa sœur Evangeline prend part  à des réunions de suffragettes dans les quartiers ouvriers. Trois ans plus tard,  l'ombre de la première Guerre Mondiale se dessine et va faucher bien plus que des soldats innocents. 

Pour commencer, on oublie la couverture qui ne reflète en rien le contenu de cet excellent roman ! Et, je me suis couchée  à des heures peu raisonnables  tellement j’étais captivée par ce livre ! Aux premiers abords, on pourrait penser qu’il ne va être question que du destin de ces quatre jeunes gens de la haute société anglaise. Et bien non, on y croise toute une jeunesse de l’époque, des Anglais mais également des Français, avec ses espoirs et ses revendications. Autant de personnages que l’on va suivre jusqu’en 1919.  Suite au décès de son père, Julian endosse les devoirs qui lui incombent et se marie sans amour.  Si Victoria aime les bals, Evangeline préfère militer pour de droit de vote des femmes avec les suffragettes.  Arrêtée, elle connaît la prison  et la barbarie infligée aux femmes qui refusent de s’alimenter.  Edward est le plus fantasque de tous. Il rate de peu de remporter une course d’aviation et par la même occasion de rembourser ses dettes de jeu.  La société anglaise édouardienne est à  bout de souffle, l’industrie est en plein essor et les femmes veulent l’égalité. En France, la noblesse connait aussi le revers de la médaille. Les  personnalités se révèlent au fil des pages de la  première partie qui réserve bien des surprises !
Dans la seconde partie, on "vit" les combats de la Somme à côté de ces soldats anglais comme si on y était. On admire ces femmes devenues infirmières pour  aider et l'on ressent le désarroi d'une population qui pleure ses fils.  L’auteure réussit à faire ressortir l’émotion, la peur, le courage et  la prise de conscience d’une guerre qui s'embourbe.
Tenir le  lecteur sur presque cinq cent  pages est un pari et l'auteure  le réussit haut la main ! Non seulement, elle évite trop de rebondissements dans la première partie mais surtout la seconde partie est d’une véracité époustouflante.
Je vous ai juste donné  quelques éléments mais il y en  a tant que je vous laisse le  plaisir de le lire à votre tour !

Theresa Revay nous offre  un très, très bon roman  historique ! Ce livre est riche, dense, saisissant par les détails  avec des personnages crédibles et attachants ( je pense notamment à Jean, le jeune prêtre français ou à May Wharton, une femme journaliste et aviatrice). Des personnages qui sont le portait d’une génération sacrifiée.  Alors oui, j’ai  vibré et j'ai eu les yeux embués à la lecture de certains passages...
Un vrai et  grand bonheur de lecture !

Et ils tombaient les uns après les autres, fauchés comme des épis dans un champ de blé, pulvérisés par les obus, sans comprendre ce qui leur arrivait  puisqu'on leur avait garanti  que les Allemands seraient morts, sans comprendre comment leurs amis d'enfance, leurs camarades de bureau , meurs cousins et leurs frères succombaient pas dizaines, par milliers sous les rafales des mitrailleuses que les Allemands avaient tirées de leurs  abris, ni d'où sortaient les  uniformes vert-de-gris recouverts de poussière de craie qui se dressaient à une centaine de mètres et contre lesquels ils venaient se briser vague après vague sous une pluie de balle qui leur arrachaient la tête et fouettaient leur corps. Mais ils continuaient à avancer, ils enjambaient ceux qu'ils aimaient, sans jamais cesser de tomber, épaule contre épaule, et leur sang détrempait  la terre de France.
 

lundi 17 octobre 2011

Mikaël Hirsch - Les successions

Éditeur : L'Editeur - Date de parution : Août 2011 - 278 pages

Avertissement : je reprends ma devise désormais célèbre : " à quoi bon faire des tartines quand je n'ai pas aimé ?"
A Tokyo, Pascal Klein, propriétaire d'une galerie d'art, voit enfin peut-être poindre le fin de sa quête. Celle d’un tableau de Chagall ayant appartenu à ses grands-parents. Fils d’un peintre, il s’agit d’un homme passionné par l’Art et son évolution mais aussi tourmenté.

Un résumé sommaire pour un livre qui m'a laissée dubitative…  Et ce pour plusieurs raisons. J’ai eu du mal à rentrer dans ce livre où j’ai trouvé que l’auteur en faisait trop au niveau de l’écriture. Un style allant même jusqu'à  être"pompeux" à mon goût. Puis,  je me suis emmêlée  dans les fils qui au lieu de se montrer conducteurs pour moi ont été source de grands moments de solitude ( et oui!). Je n’ai pas compris toutes les réflexions de ce galeriste sur l’évolution de l’Art ou ses questions existentielles (que ceux ou celles veulent crier  à l’inculture le fassent, j’ai prévu un bouclier !). La trame principale mène Pascal Klein à Tokyo à la recherche d’un tableau. Pas un tableau connu du public mais une toile du célèbre peintre Chagall. Le tableau se trouvait accroché dans la chambre d’enfant de son père. Après la Seconde Guerre Mondiale, il n’y a plus aucune trace du tableau. A ce récit s’ajoute l’histoire de Ferdinand de Sastres. L’homme, un  collectionneur excentrique,  possédait  une multitude d’œuvres d’art toutes enfermées dans des caisses.  Chaque semaine, sa vaste demeure voyait voyait son lot de visiteurs. Ferdinand de Sastres leur décrivait avec ferveur  les joyaux qu’il possédait bien que le doute planait sur leur existence.  Cette histoire dans l’histoire m’a intéressée mais  il était trop tard…

Je suis complètement passée à côté de ce roman dont nous avons fait avec Mango une lecture commune. Pourtant,  j'avais apprécié de cet auteur le précédent roman Le réprouvé.

Mon avis se rapproche de celui de d'Aifelle et de  ValérieCynthia, Daniel Fattore et Yv  ont aimé.

vendredi 14 octobre 2011

Haruki Murakami - 1Q84 (Livre1 Avril-Juin)

Éditeur : Belfond - Date de parution : Août 2011 - 534 hypnotiques  !

Je n’ai pas envie d’en dire trop sur ce livre. J’ai envie de garder intacte la chrysalide de ce petit bijou. Que chacun découvre le monde dans lequel Haruki Murakami nous fait entrer. Un monde où l’on suit en parallèle Tengo et Aomamé. Nous sommes à Tokyo en 1984, les deux jeunes gens sont presque  trentenaires. Enfants, ils fréquentaient la même école mais sans être amis. Un jour, cependant Aomamé a croisé fortement la main de Tengo qui l’avait défendu. Ce souvenir les a marqués tous les deux même si depuis ils se sont perdus de vue. Tengo enseigne les mathématiques et écrit sans être publié. Aomamé dispense des cours de stretching dans un club de sport.  Un éditeur propose à Tengo de récrire le roman d’une jeune fille de dix-sept ans et Aomamé tue un homme qui battait sa femme. 

Je ne connaissais pas Haruki Murakami avant que l’onde de phénomène 1Q84 ne parvienne jusqu’à moi. Un phénomène et un succès largement mérité ! Un livre hypnotique qui m’a fait oublier deux fois mon arrêt de bus, qui m’a scotchée par l’écriture et dont je suis ressortie ébahie ! Dans ce livre  il est question de secte, de religion, de traumatismes  mais aussi de l'art d’apprécier la vie, de Little People et de l’apparition d’une seconde lune visible que par certains. 
Je suis plus que conquise ! J’ai aimé  chaque phrase et j’ai bu chaque mot ! Haruki Murakami possède une écriture belle, envoûtante, mélodieuse où la poésie se distille harmonieusement.   Chapeau bas à la traductrice Hélène Morita pour avoir su recréer l’ambiance, la symbiose entre les mots et le lecteur ! Epatée, je suis et je commence d'ores et  déjà le livre 2.

En tant que lectrice, ce livre m'a procurée une forme de bonheur sans précédent! Oui, vous avez bien lu...Haruki Murakami m'a prise par la main, par le cœur et par l'esprit et je le suis. Où ?Je ne ne sais pas vraiment mais je suis plus que confiante. Un billet court car parler de ce livre est difficile tant je l'ai aimé!

Devenir libre, qu'est ce que cela veut dire finalement?  s'interrogeait-elle bien souvent. Est-ce que cela signifie réussir à s'échapper d'une cage pour s'enfermer dans une autre, beaucoup plus grande ? 

mercredi 5 octobre 2011

Véronique Bizot - Un avenir

Éditeur : ACTES SUD - Date de parution : Août 2011 - 102 pages 


Paul reçoit un courrier de son frère jumeau lui demandant de passer à l’ancienne maison familiale vérifier si un robinet ne fuit pas. Même si Paul n’habite pas à côté, il effectue le déplacement. Il trouve étrange qu’Odd se soit absenté. Paul se retrouve seul dans la maison chargée de souvenirs.

J’aime Véronique Bizot car elle  a le don de surprendre son lecteur. Pas au tournant d’une page mais directement et de façon franche. Et Un avenir ne manque pas à la règle ni à celle de l’ambiance que j’avais pu découvrir dans Mon couronnement. Si vous pensiez effectuer  la danse de la chenille ou brailler à tue tête des chansons issues d’un répertoire digne d’un mariage, préférez un autre jour. Ou annulez, ce sera plus simple. Véronique Bizot nous ouvre la porte sur un univers peuplé de solitude et  d'évocations émergentes des brumes de l’enfance et de l’adolescence. Souvenirs où l’on découvre la famille de Paul. Une famille qui claudique : chaque membre portant  pour ainsi dire  son lot d’étrangeté ou d’hérédité. Dans cette maison perdue dans une campagne emmurée dans le froid,  si Paul au départ se sent mal à l’aise, il parvient peu à peu à trouver ses marques. 

Mêlant l’art, les drames, et les attentes de la vie, ce livre est une invitation à sortir des sentiers battus des romans conventionnels. Il suffit juste de se laisser embarquer et de ne pas avoir d’appréhension ! Et, Véronique Bizot évite au lecteur de sombrer dans un marasme quelconque. Au final, une forme de douce mélancolie ressort de cette lecture, empêchant le lecteur de s’apitoyer et l'invitant au  voyage et à l'introspection.

Il existe une photo de nos parents prise dans une rue d'Oslo, sur laquelle elle ne semble pas encore effrayée par le regard voilé de notre père, un regard qui n' exprimait rien, même à l'époque de leur rencontre. De notre mère émane cette lumière mate propre à la Norvège et comme une espèce d’insouciance, je suppose qu'alors elle riait beaucoup et que notre père devait en quelque sorte se nourrir son rire, qui le dispensait lui-même du moindre effort de gaieté.
  

lundi 3 octobre 2011

Howard Jacobson - La question finkler

Éditeur : Calmann-Lévy - Date de parution : Août 2011 - 382 pages irrésistibles!

Howard Jacobson est devenu sans le savoir l’un de mes auteurs chouchous avec ce livre. Il est désormais inscrit sur ma liste précieuse (liste , je vous rassure, convoitée par personne). La question finkler ne m’a pas quittée pendant quelques jours.  Un vrai bonheur de lecture, car ce livre  est irrésistible  intelligent, subtil et drôle ! Appelons un chat par un chat, La question finkler est la question juive. Après une soirée passée avec ses deux amis,  Julian a été agressé dans les rues de Londres  par une femme  et selon lui pris pour un juif. Il aimerait savoir pourquoi ses deux amis Sam Finkler et Libor Sevcik  semblent si différents (et toujours en mieux que lui ) par leur judaïté. Julian et Sam, la cinquantaine passée, se connaissent depuis l'enfance et Libor, quatre vingt et quelques années, est leur ancien professeur. Libor a du mal à surmonter la mort de son épouse à qui il vouait un amour incommensurable. Sam, veuf également depuis peu est beaucoup moins affecté.  Julian a toujours quitté ses compagnes  ou inversement. Si Sam est une ancienne figure médiatique de petit écran, auteur de livres à thèmes philosophiques, Julian a officié à la BBC et travaille en tant que sosie. A travers ces trois personnages aux caractères différents, Howard Jacobson excelle tout simplement!

Usant d’un  humour décapant, cynique ou complètement hilarant ( j’ai relu des phrases rien que pour la subtilité ou le loufoque ), l’auteur nous amène bien plus qu’à travailler nos zygomatiques. Avec intelligence, les réflexions  sur la question  qu'est ce qu'être juif sont posées. Une question qui englobe beaucoup de thématiques :  l’acceptation ou non de son identité, la culture, la religion et l’antisémitisme. 
Si on rigole beaucoup, on grince également des dents.
Et une fois terminée, cette lecture continue à nous trotter en  tête...

Un livre irrésistible,  impeccablement mené sur toute la ligne ! S'en priver serait vraiment dommage !

Les billets de Cuné et Keisha

samedi 1 octobre 2011

Stéphane Hoffmann - Les autos tamponneuses

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Août 2011 - 233 pages


Marié depuis plus de quarante à Hélène, Pierre Bailly décide du jour au lendemain de se retirer des  affaires. Lui qui a réussi s’ennuie désormais et veut profiter de la retraite. Il quitte définitivement Paris où il séjournait la semaine pour s’installer dans leur maison de Vannes. Sauf que son épouse Hélène ne voit pas ce retour d’un bon œil.


Stéphane Hoffmann n’a pas froid aux yeux et use d’une plume vraiment féroce! Son personnage Pierre, a prospéré dans le monde des affaires en épousant  Hélène, fille d’un autodidacte ayant construit un petit empire. Sauf que Pierre ne s’amuse plus, il est temps pour lui et selon lui de passer du temps auprès d’Hélène dans leur belle maison du golfe du Morbihan. Mais Hélène n’est pas de cet avis. Hélène ignore Pierre et ne sait pas comment il va s’occuper. Lui non plus d’ailleurs.  Que va t-il faire de sa retraite ? S’acheter un bateau pour quelques promenades, aller au marché  (celui où il faut  être vu par les notables de la bourgeoisie vannetaise), échanger  quelques réflexions dans un club quelconque ? Pierre méprise tous ces gens et l’est autant. Hautain, nombriliste tout comme  son épouse. Ou du moins c’est ce que nous  laisse penser l’auteur. J’ai souri et j’ai jubilé (oui, je sais, je suis méchante) grâce à  cet humour cynique et  affuté, à cette fausse  légèreté et cette autodérision. Aux premiers abords, on pourrait  penser que l’auteur décrit uniquement à coups de canif les habitudes de la bourgeoisie vannetaise. Il y a plus avec  le couple Pierre-Hélène. Un couple qui n'a aucune nouvelle de leurs deux enfants, et d’ailleurs qui ne sait pas s’il a ou non des petits-enfants. La mort  d'Alain leur fils aîné il y a plus de vingt ans semble avoir été acceptée par l'un et par l'autre. Sans surprise, l'auteur nous amène  sur le terrain des émotions enfouies sous une couche épaisse de mondanités (et autres activités) provinciales. 

Ce livre a sans aucun doute secoué le petit monde de Vannes. Pour ma part, j’ai apprécié cette lecture même si j'ai trouvé la trame  sans grande originalité.
  
Le mariage a toujours ressemblé à un tour en autos tamponneuses : c'est inconfortable, on prend des coups,on en donne, on tourne en rond, on ne va nulle part mais, au moins, on n'est pas seul.


Les billets d’Alex, Passion de lecteur, Ys

jeudi 29 septembre 2011

Frédéric Touchard - Nu rouge

Éditeur : Arléa - Date de parution : Août 2011 - 201 pages

Terminant sa thèse sur  Edouard Pignon, Camille décide de se rendre  dans la région du peintre. Elle veut découvrir ce  Nord-Pas-de-Calais, celui qui l’a inspiré pour ses toiles : ses couleurs, son atmosphère, ses habitants et comprendre le démarche de l’artiste.  Elle rencontre Jean qui devient son guide et qui tombe peu à peu amoureux d’elle.

A seize ans, Edouard Pignon, natif de Bully-les- Mines, descend au plus profond du puits de la houillère. La noirceur du minerai, l’absence de lumière, bien plus que le bruit et l’atmosphère étouffante, chargée de fines particules d’anthracite, lui feront fuir le labyrinthe des galeries de la mine. Désertant les sous-sols carbonifères, il deviendra ce peintre avide de formes, de couleurs et d’énergie, en quête de la réalité (écrira-t-il). Près de soixante plus tard, Edouard Pignon inventera les nus rouges – chairs incandescentes envahissant l’entière surface de la toile, et d’entre tous le plus solaire le sommeil écarlate. Un champ d’amour. 

Ce livre s’ouvre sur ces lignes et d’emblée, on comprend le titre, l’importance de la peinture mais surtout celle de cette région du Nord. Avec cette phrase magnifique : « Le Nord est ce corps sculpté par l’effort de ceux qui y souffrirent ». Une phrase qui en dit long sur les corps usés par un travail physique dans des conditions d’une autre époque. Edouard Pignon naquit en 1905 et Camille part sur ses traces. Les lieux où il vécut,  des paysages où les stigmates d’une production ancienne sont présents. Anciens bâtiments  d’une activité minière et de celle du textile dont le Nord pouvait s’enorgueillir.  Camille n’était pas préparée à découvrir cette région sous un aspect autre que celui du peintre. Rattrapée par la réalité sociale et économique, elle veut aider  à sa façon. Lutter dans ce paysage où la pauvreté s’est installée. Raconté par Jean,  le récit m'a le plus intéressé quand il décrit cette région qu’il aime et qu’il porte en lui. Camille semble en permanence distante et je n'ai pas réussi à la cerner. Ou alors trop tardivement. 

Un premier  roman qui aurait gagné en profondeur et en tenue, à mon sens, sans des digressions inutiles. Je n’ai pas réussi à m’attacher à Camille  et j’ai trouvé la fin du livre précipitée. Par contre, les descriptions de cette région m’ont parlée, des descriptions qui confèrent une âme à la nature. On ressort de ce livre avec un regard différent sur le Nord. Derrière le gris se cache le rouge d'Edouard Pignon...

Merci à News Book pour ce partenariat !

Les billets de Catherine, CathuluDes livres et moi  

dimanche 25 septembre 2011

Emma Donoghue - Room

Éditeur : Stock - Date de parution : Août 2011 - 400 pages dévorées!

Jack va fêter ses cinq ans. Il n'y a pas  de fête de prévue avec des amis de son âge non juste sa maman. Il ne connaît qu’elle et la chambre dans laquelle ils vivent en permanence. Vingt-quatre heures sur vingt -quatre. Certains soirs, pendant qu'il dort, le Grand Méchant Nick rend visite à sa maman.  Maintenant qu’il a cinq ans, sa mère décide de lui avouer certaines choses sur les mondes qu’il voit à la télé. Elle va mettre au point un plan d'évasion et ils vont réussir à s’échapper.

J’ai été scotchée par ce livre et j'ai juste envie de vous dire : lisez-le ! Raconté par Jack âgé de cinq ans, j’avais une appréhension de me lasser du langage d’un enfant. Et bien,  non ! Dans les  cent cinquante premières pages,  on découvre les conditions de vie de Jack et de sa mère. Hallucinant et terrifiant. Jack ne connait que leur chambre minuscule avec comme seul vue sur l'extérieur une lucarne sur le toit. Sa mère a déployé depuis sa naissance  des trésors d’ingéniosité pour qu’il soit comme un autre petit garçon. Alors, Jack fait de l’exercice, joue et sait lire. Il ignore tout du monde normal et vit une relation fusionnelle avec sa mère. Jack est le fruit du viol de sa mère séquestrée depuis sept ans et elle le protège. Sa mère élabore un plan d’évasion qui doit d'abord permettre à Jack de s'échapper. Et à ce stade du livre, je peux vous assurer que j’étais comme une pile électrique tellement j’avais peur qu'il échoue. La suite du roman nous raconte la découverte du monde par  Jack, ses peurs  et celle de sa mère. Un apprentissage loin d’être facile pour lui comme pour sa mère qui est quelquefois jugée...Je n'en dis pas plus pour que soyez à votre tour balayé d'émotions.

Il s'agit d'un livre sans voyeurisme ou pathos et d'une intensité rare! J’ai été tenue en haleine, sonnée, attendrie et chamboulée par tout l’amour qui s’en dégage! 

mercredi 21 septembre 2011

Isabelle Pestre- La onzième heure

Éditeur : Belfond - Date de parution : Septembre 2011 - 188 pages

Eté 1988. Comme chaque année, Lisbeth et ses parents sont en vacances à Saint-Sernin, une petite station balnéaire de la Charente-Maritime. Cet été, ses parents ont engagé une jeune fille pour s’occuper d’elle. Lisbeth est une enfant solitaire mais à onze ans, elle comprend et déchiffre les sous-entendus des remarques acerbes de ses parents. 

Venue au monde tardivement alors que ses parents s’étaient résolus à ne pas avoir d’enfant, Lisbeth est considérée comme un fardeau. Petit à petit, elle s’est enfermée dans son monde imaginaire. Sa mère ne la supporte pas et la trouve disgracieuse, empotée. Et , son père préfère battre en en retraite devant sa femme. Ignorée, en manque d’amour, Lisbeth semble s’être accommodée de sa situation. Valérie, la jeune fille engagée pour s’occuper d’elle la laisse souvent seule pour flirter. Lisbeth ne dit rien. Elle se promène le long de la plage qu’elle connait bien. C’est ainsi qu’elle rencontre Micha, un jeune immigré albanais d’une vingtaine d’années. Arrivé en France depuis six ans et sans attache, il ne sait que quelques mots de  français. Lisbeth lui apprend la langue tandis que Micha lui offre de l’attention. Ce sentiment nouveau la ravit. Une après-midi, Micha l’amène se promener en moto. Les heures passent et Lisbeth ne revient pas. 

L’histoire de Lisbeth, cette petite fille qui encombre ses parents est bien menée. Et, on ne peut être qu’indigné, écœuré quand on lit les propos de sa mère à son égard. Une situation d’autant plus révoltante que Lisbeth se tait. Elle apparaît résignée à ne plus obtenir d'amour ou simplement de l' attention. Aussi, quand Micha, ce jeune immigré clandestin,  lui accorde de la reconnaissance, elle ne peut qu’en éprouver une certaine fierté. Leur rencontre est celle de deux personnes en souffrance car Micha a le mal du pays et la réalité en France est différente du rêve. Lorsque Lisbeth part avec Micha et enfreint les consignes en quittant la plage, j'ai compris que cette relation innocente allait prendre une autre tournure. La tension s'installe et monte petit à petit en crescendo ! Je n'en dis pas plus...
Comme souvent pour un premier roman, l’auteure a voulu faire quelques effets de manche  surtout au début du récit. Mais, par la  suite, elle se débarrasse de ces quelques maladresses pour laisser place à une écriture très délicate et sensible. Par contre, la toute fin du roman soit  les dix dernières pages me sont apparues tirées par les cheveux...

Malgré quelques petits défauts,  ce livre a su me toucher  par son histoire et par l'écriture !

Cinq heures, c'est la onzième  heure, l'après-midi qui rêve au soir, un désespoir adouci et irrémédiable.  



mardi 13 septembre 2011

Sophie Fontanel - L'envie

Éditeur : Robert Laffont - Date de parution : Août 2011 - 160 pages


Quand le corps ne veut plus, le désir se tarit. Cela pourrait être aussi simple.Sauf qu'il y a le regard des autres. L'auteure raconte  sa vie d’abstinente consentante. A une époque où le sexe est considéré comme un produit de consommation courante et/ou comme un kleenex, Sophie Fontanel  assume son choix à un moment donné. Et, elle revendique le droit de se sentir bien.

Accepter que son corps ne crie plus à l’envie et oser dire le mot bien-être : voilà un  pavé  dans la mare ! Sophie Fontanel brise une image souvent imposée. Celle que toute femme célibataire doit forcément avoir une vie sexuelle épanouie, foisonnante de compagnons éphémères (et le tout si possible, bien entendu, sans sentiments).  Dans un style aux tournures délicates,  l’auteure nous parle de choix assumé, du regard inquisiteur, de la méfiance et de ses propres doutes de départ (mince, je me sens bien, est-ce normal ? ).  Ces tableaux anecdotiques m'ont plus ou moins intéressée. J'aurai aimé que l'auteure explore davantage son constat. Celui de notre société pointant du doigt facilement son mode de vie à un moment donné. Par la suite, j’ai trouvé que l’auteure s’éloignait un peu du sujet de base. Mais la surprise pour moi est l'écriture! Car dans ce livre, il s’agit d’une écriture belle et sensible !
Et même si je ne suis d’accord avec certains propos (en tant que  femme mariée et toujours heureuse de l'être), au final, je suis contente de l'avoir lu Parce que la plume de Sophie Fontanel a fait mouche chez moi...
En parlant du yoga : Non, cette discipline n'était pas la mienne : moi j'avais fait le tour des plaisirs solitaires.
Les avis très variés d’Aifelle, Géraldine, KeishaStéphie,  Sylire.
Et une lecture de plus pour le challenge d'Hérisson08.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...