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mercredi 5 septembre 2012

Robert Goolrick - Arrive un vagabond


Éditeur : Anne Carrière - Date de parution : Août 2012 - 316 pages et un coup de cœur !

Ce que je m’apprête à vous raconter s’est bel et bien produit – et à peu de choses près, de la manière dont je vais la décrire. C’est en ces termes que Robert Goolrick s’adresse au lecteur pour raconter son histoire. Eté 1948, Brownsburd est une petit ville tranquille en Virginie. Rien d’important ne s’y est déjà passé. Une ville où la rue principale est flanquée de quelques commerces. Des habitants aux vies simples qui ont appris à vivre les uns avec les autres. Et pas moins de cinq églises pour accueillir tout ce petit monde le dimanche matin où la parole de Dieu est écoutée et appliquée. Et c’est à Brownsburd qu’arrive Charlie Beale avec ses deux valises. L’une contenant ses couteaux de boucher et l’autre de l’argent liquide. Il décide de s’y installer, et au bout d’une semaine il achète un terrain où il dort à la belle étoile ou dans son pick-up. Il propose au boucher Will Haislett de travailler gratuitement pour lui. Sa femme Alma n'y  voit aucun inconvénient et rapidement, le couple l’invite à dîner ou à dormir chez eux. D'ailleurs,  leur fils Sam âgé de cinq ans se noue d’amitié avec Charlie Beale. La communauté se pose des questions mais jamais publiquement : d’où vient-il ? et pourquoi ? Son travail apprécié par tous, sa gentillesse et sa discrétion font qu’il semble être adopté par tous. Et chez les Haislett, il est considéré comme un membre à part entière de la famille. Sam passe tout son temps libre avec lui. Mais quand Sylvan  passe le seuil de la boucherie, Charlie Beale en tombe amoureux. Dans les salles de cinéma, la belle jeune femme accède aux  paillettes et à Hollywood qui  lui donnent l'illusion d'une autre vie. Son époux est l’homme le plus riche de la ville et son mariage n’est un contrat marchandé.

Résumer ce livre à une simple histoire d’amour et d’adultère serait bien réducteur. Car Robert Goolrick excelle à nous détailler la vie de cette communauté. Les Blancs qui ne fréquentent pas les Noirs hormis en la personne de Claudie qui possède des mains de fée et coud pour ses dames des tenues. Comme partout, la personne qui détient de l’argent et des terres est importante. Peu importe qu‘elle soit grossière ou vulgaire, on la respecte. Même si l'on pense le contraire, on n'en dit pas mot. 
Brownsburd est une petite ville où chacun s’applique à ne pas faire de vagues et à respecter la parole prêchée le dimanche matin. En tombant amoureux de Sylvan, Charlie va bouleverser à tout jamais la vie de la communauté. Sam sera le spectateur de cette liaison. Un secret qu’il garde pour lui pour ne pas trahir Charlie en qui il a toute confiance.
Je n’en dirai pas plus sur l’histoire  sauf que dès les premières lignes, une tension s’installe comme un orage qui se prépare. Et quand la foudre tombe, elle n’épargne personne.

Robert Goolrick possède cette capacité à décrire finement la psychologie de ces personnages ordinaires et terriblement humains ! Avec cette sensibilité extraordinaire et beaucoup de subtilité, il nous dépeint les sentiments, l’enfance trahie, les apparences trompeuses, l’intégration, les carcans de la religion, des vies vécues par procuration, l’aspiration à la sérénité mais aussi l’amitié, les non-dits tacites (et ce que l’on préfère ne pas voir), la solidarité. Des thèmes dont la portée est universelle.

Je n'ai pas lu ce livre, je l’ai ressenti avec une atmosphère quasi palpable et un coup de cœur entier ! 

L'enfance est l'endroit le plus dangereux qui soit.  Personne n'en sort indemne.

Lu du même auteur Féroces ( un livre qui m'avait bouleversée)




dimanche 2 septembre 2012

Agnès Desarthe - Une partie de chasse


Éditeur : L'Olivier - Date de parution : Août 2012- 153 belles pages !

Pour faire plaisir à sa femme, Tristan accepte de participer à une partie de chasse avec trois hommes du village. Ils ont arrivés depuis peu dans ce village et Emma voit l’occasion de s’intégrer. Tristan s’y rend à contre cœur. Mal à l’aise avec les trois chasseurs à l’humour gras, il essaie tant bien que mal de donner change.  Par mégarde, il tire  sur un lapin qu‘il blesse. Au lieu d’exhiber ce qui pourrait être un trophée, il le cache dans sa gibecière en lui promettant la vie.

Voilà un roman que j’appelle livre à univers. Car Tristan et le lapin échangent des réflexions sur la condition de l’homme et celle de l’anima. Instincts primaire, finalité de la vie que l'on peut ou non modifier et de qu'elle offre. Un animal au début apeuré qui devient le confident du jeune homme. Peu à peu, il se sent en sécurité avec Tristan. Il a compris qu’il était dans un sens différent des autres. Mais un incident survient et Dumestre un des trois chasseurs tombe dans un trou. Blessé, il ne peut pas s’extraire de la cavité.  Tristan s’y glisse pour l’aider tandis que les deux autres partent chercher des secours.  Il se remémore son enfance. A partir de six ans,  il s’est occupé de sa mère et de la maison. Une mère accro aux plaisirs artificiels qui feront de Tristan à seize ans un orphelin. Puis par obligation de son tuteur, il ira à Londres pour apprendre l’anglais. Sa rencontre avec Emma dans un pub changera le cours de son existence. Elle est son grand amour.  L’arrêt de sa scolarité marquant la fin de sa rente, Emma  décide pour eux deux qu’il vaut mieux renter en France où elle a hérité d’une maison dans un petit village.  Alors que Tristan tente de son mieux d’aider Dumestre, une tempête d’une violence inouïe survient brusquement. Les eaux sortent de leurs lits dévastant le village. En guise de protection, Tristan creuse une sorte de terrier. Enfouis dans la terre tels des animaux, il apprend par Dumestre certaines vérités. Il n'éprouve pas de haine, non, et quand enfin le déluge se termine, il est devenu un homme grandi prêt à affronter la vie sans la subir.

Après dans la nuit brune qui avait été une lecture en demi-teinte, je me suis  glissée dans ce très beau roman que j’ai lu en  prenant mon temps. D’ailleurs, on se cale instantanément sur le rythme du livre et la narration par différents personnages nous permet d'entrer dans leurs vies.
L’écriture d’Agnès Desarthe aux accents poétiques se savoure. On se situe dans  un univers où  réalité et fable se chevauchent ou se croisent. La paroi entre le réel et l’irréel est mince et tout devient possible sans que cela ne paraisse étrange. L'auteure mène avec finesse et charme ce roman qui résonne longtemps encore après sa lecture.  

Tristan n'a pas la moindre expérience de ce genre d'évènement, mais c'est comme si une fibre en lui, jusqu'alors restée en sommeil, s'était soudain éveillée, captait les vibrations, les ondulations, les cliquetis, les roulis, les claquements, les grincements. Plus les mains tâtent la terre, plus elles apprennent sur la nature de ce qui va déferler sur eux.

Les billets de Leiloona, Lucie

Un livre de plus pour le challenge d'Herisson08 et de Mimipinson


samedi 1 septembre 2012

Howard Jacobson - Kalooki nights

Editeur : Calmann-Lévy - Date de parution : Août 2012 - 488 pages

Angleterre, Manchester,  les années 1950. A Crumpsall Park,  Max Glickman et Manny Washinsky deux garçons d'une dizaine d'années passent du temps dans un abri antiaérien à dessiner leur première BD intitulée Cinq mille ans d'inquiétude. Manny enseigne à Max les horreurs de l'holocauste.  Tous deux sont juifs mais élevés de façon différente. La famille de Manny est orthodoxe et très pratiquante à l'inverse de celle de Max. Sa mère reçoit ses amies lors de soirées à jouer au rami et son père est un ancien boxeur communiste de surcroit athée. Devenu dessinateur humoristique bien des années plus tard, Max apprend que Manny a tué ses parents en les gazant. Contacté par une société de production télé qui souhaite réaliser un film sur la vie de Manny, Max reprend contact avec celui-ci.

Après La question finkler, j'étais contente de retrouver Howard Jacobson. Et ce fut une lecture plus que laborieuse que j'ai failli abandonner à plusieurs reprises.
Le livre raconte l'enfance de Max et de Manny mais aussi la vie d'adulte de Max. Notre narrateur Max revient sur ses mariages ratés avec des femmes dont le prénom comporte des trémas ( ne me demandez pas pourquoi, je n'ai pas réussi à trouver l'explication), ses souvenirs d'enfance  mais il ne nous évite pas des digressions en tout genre sur les Juifs.
Manny n'était pas à proprement parler l'ami de Max. Tous deux habitaient le même quartier, jouaient ensemble et surtout ils ont dessiné une BD sur laquelle Max retravaillera devenu adulte. A travers un livre appartenant à Manny, le jeune Max découvre l'holocauste. Il est question notamment d'Isle Koch surnommée la Sorcière de Buchenwald.  Et justement cette femme éveille en Max sa sexualité et des fantasmes. Il faut attendre la seconde partie du livre pour que Max revoie Manny sorti de prison. Avec toujours ces aller-retours dans l'enfance et la question de savoir pourquoi Manny a agi de la sorte.

Vous l'aurez compris, l'auteur use de l'humour provocateur. Un humour qui sert généralement à faire passer des messages ou invite à la réflexion mais pour ma part j'y suis restée insensible.
Beaucoup de propos sont abordés : les clichés (et les préjugés) sur les Juifs, le poids de la Shoah, la culture, la religion, l'éveil à la sexualité.

Trop de thèmes,  une construction difficile à suivre et le sentiment (terrible) de n'avoir rien retiré de cette lecture. Dommage.

Merci à Dialogues Croisés et en particulier à Caroline.


 

vendredi 31 août 2012

Richard Powers - Gains


Éditeur : Le Cherche Midi - Date de parution : Août 2012 - 631 pages menées intelligemment !

Etats-Unis, Boston. 1830. La famille Clare se lance dans la production de savons. La modeste entreprise familiale devient un siècle et demi plus tard une multinationale cotée en bourse diversifiée dans de nombreux secteurs. La marque a su s’impose et s’enrichir. Implantée à Lacewood, l’entreprise fait pour ainsi dire vivre la ville. 1998, Laura Bodey habitant dans cette même ville et mère de deux enfants  apprend qu’elle est atteinte d’un cancer des ovaires.

Deux récits sont menés en parallèle dans ce livre. Celui de la petite entreprise familiale Clare et de sa mutation en pieuvre au fil des évènements sociaux-économiques mais aussi historiques et surtout commerciaux. Car si au départ Clare répondait à la demande des consommateurs, elle a compris tout l’intérêt de la créer. La savonnerie est devenue une firme, un géant qui pèse son poids dans les produits ménagers, les engrais, les lessives sans oublier les produits de cosmétique et le savon. Pour prospérer, l’entreprise a su utiliser la chimie et le marketing. Un produit ne se vend pas sans la communication et la publicité, de merveilleux outils pour accroître le profit. Les dirigeants de Clare ont su flairer les modes et le tendances : jouer la carte patrie ou celle des bonnes œuvres locales, développer des gammes plus "écologique"s. Et voilà comment donner une belle image de l’entreprise au consommateur toujours plus exigeant et demandeur de nouveautés.
Agent immobilier, Laura est divorcée et élève ses deux enfants. Sa fille est en pleine crise d’adolescence et son garçon passe son temps devant son ordi à des jeux en réseau. A quarante-deux ans, son existence bascule. Elle est atteinte d’un cancer des ovaires. Opération, chimiothérapie et un combat contre la maladie qu’elle mène de front. Laura habite non loin des usines de l’entreprise et comme tout le monde, elle a dans ses placards bon nombre de leurs produits. Les médecins essaient de la soigner, tentent de nouveaux traitements sans s’engager sur un résultat. Et quand la  maladie s'avère finalement être la plus forte, Laura prévoit  l'avenir de ses enfants (et là j'avoue avoir eu  des  poissons d'eau dans les yeux).

Par la construction du livre, plus l’entreprise se fructifie et plus la santé de Laura se dégrade. Petit à petit, le puzzle s’assemble car il y a une jonction. Terrible et si horriblement logique. 
Avec ce livre documenté ( je pense notamment aux extraits de publicités de l’entreprise ou aux évènements historiques), Richard Powers nous amène à la réflexion en tant que consommateur/acteur. Un livre brillant, mené de main de maître et où l'émotion est bien présente !

Qui a bien pu leur dire de fabriquer tout ça? se demanda-telle. Mais la réponse, elle la connaît. Ils ont fait le compte de tous les reçus, bien lus soigneusement qu'elle ne l'avait jamais fait elle-même. Et puis n'est-elle pas née avec des envies qu'ils sont nés, eux, avec l'envie de satisfaire? Ils ont anticipé la moindre de ses pensées, de moindre de ses souhaits avec ces produit d'une simplicité  confondante, dont le plus évident est pourtant à des années-lumière de ses propres compétences.


Le billet de Keisha




jeudi 30 août 2012

Joël Egloff- Libellules

Editeur : Buchet Chastel - Date de parution : Août 2012 - 187 pages et 25 nouvelles remplies d'humanité!

En vingt-cinq nouvelles, Joël Egloff décrit avec tendresse, humour et beaucoup d’humanité des scènes du quotidien. Les questions sur la mort d’un petit garçon et des réponses réfléchies pour ne pas le brusquer, d’une voisine qui secoue depuis huit ans son linge à sa fenêtre au désarroi d’un homme à la terrasse d’un café, une boîte aux lettres qui avale le courrier, un sablier qui semble avoir perdu la notion du temps, des souvenirs d’enfance... et bien d’autres choses !   

L’auteur capte des moments qui peuvent apparaître anodins ou terriblement ordinaires. Mais avec un regard tendre et très observateur, il sait y déceler le bonheur simple, ces petites étincelles que l’on oublie trop souvent.  Et aussi de l’humour qui flirte quelquefois avec l’absurde, de la malice, un brin de nostalgie  pour ce recueil de nouvelles que j’ai savouré !

On ressent toute l’humanité de l’auteur dans chacun des textes! Une écriture sans artifice  mais où il y a la précision des mots. Alors, j'ai été beaucoup touchée, j'ai eu le cœur pincé et j'ai souri! Toute la palette des émotions se trouve dans ce très beau recueil  qui dégage une bienveillance sincère et honnête!  Une découverte "pépite"! Voilà  des nouvelles que je prendrais plaisir à relire pour me mettre du baume au cœur en cas de doute sur la  nature humaine!

Peu importe l'heure à laquelle il arrive chez lui, il n'est pas attendu. On s'en serait douté, car Casimir Lentz vit seul, c'est ainsi. Je ne sais pas pourquoi, mais le contraire eût été surprenant, et j'aurais bien eu du mal à expliquer qu'il habitait une grande maison, se hâtait d'aller retrouver son épouse, ses enfants et ses chiens, j'aurais eu bien du mal à décrire la fête que lui auraient fait à son retour ses trois têtes blondes, ses deux lévriers afghans. Ce n'est pas de la mauvaise volonté, c'est simplement que les choses sont souvent d'une cohérence affligeante.







lundi 27 août 2012

Régis de Sa Moreira - La vie


Editeur : Au Diable Vauvert - Date de parution : Août 2012 - 136 pages et du bonheur !

En 136 pages, Regis de Sa Moreira nous entraîne à travers une multiplicité de personnages dans la farandole de la vie.
Je suis sorti de chez moi à huit heures, j’ai marché
au lieu de prendre le métro, je me suis marré en
croisant un homme qui portait une télé…

Je ne sais pas ce que j’avais de marrant, je

portais une télé c’est tout, mais bon allez savoir
ce qui passe dans la tête des gens. Cette télé
commençait à me peser, j’ai décidé de la poser
pour fumer une cigarette. Je n’avais pas de feu
alors j’en ai demandé à un homme qui était assis
sur un banc…
Un personnage en appelle un autre. En  six lignes maximum,  Regis de Sa Moreira nous livre les pensées, les envies, les espoirs, les déceptions de ses personnages  croisées à un moment donné.  Des hommes infidèles,  des amoureux, des bébés, des gens sur le point de mourir mais aussi des personnes célèbres décédées  ou vivantes qui par exemple regrettent la perte de leur anonymat. Heureux, mécontents, insatisfaits, contemplatifs, épicuriens… L’auteur croque la personnalité humaine et  excelle dans cet exercice de style vif, entraînant qui reflète la danse de la vie. On se glisse dans la peau de chacun des personnages avec délice et il y a toujours la surprise de se demander ce que va nous raconter le prochain interlocuteur. Derrière l’humour et les apparences légères, la  réflexion est bien présente et l’auteur nous décrit la vie telle qu’elle est! Un régal !

Je l’ai su dès que je l’ai vue qu’elle ne tiendrait pas le rythme. Nous sommes des lectrices professionnelles, pas des ménagères romantiques. Même les auteurs ont peur de nos invitations, ils préfèrent se cacher chez eux et envoyer leurs romans à ces connes de bloggeuses.

J’ai continué de rire en marchant, que c’est bon la vie parfois ! En même temps, on ne peut la comparer à autre chose qui serait meilleur ou moins bon, la vie, c’est tout ce qu’on connaît finalement.(…)

Lu du même auteur : Le libraire, Mari et femme



samedi 25 août 2012

Silvia Avallone - Le lynx


Editeur : Liana Levi - Date de parution : Août 2012 - 60 pages puissantes ! 

En pleine nuit, Piero s’arrête à un restoroute en direction de Turin. Pas pour manger sur le pouce ou boire un café mais pour braquer la caisse. A son habitude. Car Piero est voleur. Lui qui croyait être seul avec la caissière découvre un adolescent à la beauté troublante dans les toilettes. Piero modifie ses plans et raccompagne le garçon jusqu’au bas de chez lui. Dès le lendemain, Piero décide le revoir.

Piero ne se considère pas comme un petit voleur. Presque quarantenaire, habillé de costumes de marque, parfumé et toujours impeccable, la chemise ouverte sur la croix de Jésus. Car nous sommes en Italie et Piero croit en Jésus-Christ et à la Vierge mais pas en Dieu. Entre deux escapades, il rentre chez lui à contrecœur. Il se targue auprès de Maria, sa femme, que la justice n’a jamais rien de sérieux contre lui pour le garder trop longtemps en prison. Une épouse résignée qui fait du point de croix quand elle ne travaille pas à l’usine et qui s’est flétrie, enlaidie, lassée des belles paroles de Piero. Un couple qui n’en est plus un. De toute façon Piero ne reste jamais longtemps, il repart à la recherche d’un vol quelconque.  Car voler lui procure une montée d’adrénaline. Dans ces moments là, il se sent comme un lynx. Et voler lui permet d’oublier des blessures de son enfance. Alors qu’il s’apprête à braquer la caisse d’un restoroute, le genre d’endroits qu’il aime  parce qu’il se sent loin de chez lui,  Piero se rend compte qu’il n’est pas seul avec la caissière. Andrea un jeune homme de dix-huit ans fume une cigarette et bouquine aux toilettes. Piero est frappé par sa beauté et par son visage aux multiples piercings et cicatrices :   Le naturel hallucinant – des gestes, de voix, du corps sec et nerveux qui transparaissait sous le jean (..). Ce fut tout ça qui atteignit Piero, dans une zone molle et sans défense de son ventre.

Cette rencontre  hasardeuse va modifier la vie de Piero. Durant deux mois, il passera du temps  avec Andrea, lui offrira des vacances et essayera de percer le passé que cache ce garçon qui aurait pu être son fils. L’adolescent ne parle pas beaucoup et surtout pas de sa famille. Point sensible. Andrea, au tempérament calme et sûr de lui, avait tout de suite deviné que Piero était un voleur. Sans rien demander, Andrea  mène la danse. Il dicte ses règles implicitement, pose les questions alors que Piero n’a qu’un seul but, lui faire plaisir En quelques semaines, Piero changera  : Il était comme une lionne pour son petit. Mais il savait aussi que s’il continuait comme ça, il courait à sa perte  et celui qui jouait les gros durs connaîtra la douleur. Cruellement.

Après d’Acier, Silvia Avallone confirme tout son talent dont celui de camper les personnages avec beaucoup de finesse. Un court roman,  puissant et poignant à l’écriture qui colle au plus près des personnages. J’ai refermé ce livre  avec la sensation d’avoir reçu un uppercut dans le ventre ! 

Un grand merci à Dialogues Croisés pourvoyeur officiel de bonheur ! 




vendredi 24 août 2012

Olivier Adam - Les lisières


Editeur : Flammarion - Date de parution : Août 2012 - 454 pages

Autant le dire d’emblée, c’est la première fois que je referme un livre d’Olivier Adam sans crier que j’aie totalement aimé.  Oui, moi qui suis une fan de cet auteur.
Au Japon, un séisme provoque la catastrophe de Fukushima et partout l'apocalypse guettait. Et en France pas moins qu'ailleurs. La crise qui ne cessait de s'étendre, La Blonde, les affaires qui se multipliaient, l'obsession musulmane, l'Identité et la Nation, de vieux relents de Travail Famille Patrie. Quelque chose pourrissait peu à peu dans ce pays.
Paul Steiner écrivain à succès et scénariste ne surmonte pas sa séparation avec Sarah la mère de ses deux enfants qu’il aime toujours.  Dépressif et ayant tendance à noyer ses tourments dans l’alcool souffre depuis que Sarah l’a quitté. Son frère avec qui il a très peu de contacts  l’appelle pour venir à V.. Paul doit quitter la Bretagne pour quelques jours. Un retour aux sources sans joie à V.  une ville de la banlieue parisienne où il a grandi et  où vivent toujours ses parents. Leur mère est hospitalisée suite à une fracture du fémur et son père retraité, un ancien ouvrier, ne peut pas se débrouiller seul.  A V., il retrouve certains de ses anciens copains et copines. Eux ne sont pas devenus écrivains mais enchaînent les galères, les CDD, les boulots à temps partiel avec la vision d’un lendemain bouché. Résignés, n’ayant plus la force de croire en avenir meilleur, en colère que personne ne comprenne leurs soucis, amers en repensant à l’insouciance qu’ils avaient étant adolescents.Toutes ces années passées ensemble  à V. ne semblent ne plus compter pour eux.  Il n’est plus un des leurs, lui avec son  côté écrivain social en prise avec la réalité du monde  alors qu’il  habite une belle maison au bord de la mer sans avoir de problème d’argent et dont un des livres a été  adapté au cinéma ( l’histoire d’une fille qui cherchait son jumeau). Sans compter son père qui l’a accueilli avec indifférence et s’apprête à voter F.N.. 

La banlieue, le racisme sous diverses facettes, la crise, les différences entre les personnes qui habitent les HLM et les cités pavillonnaires mais aussi  une France profonde, âgée, enfermée sur elle-même qui tremble de peur au simple mot immigré…  Alors, oui, avec une écriture concise et sans fioriture,  Olivier Adam dépeint avec justesse une  fracture sociale qui existe bel et bien. Le mal-être qui grignote, avance et la déshumanisation  qui progresse.  Alors pourquoi mon manque d’enthousiasme ? Parce qu'Oliver Adam greffe d'autres thèmes déjà abordés dans ses précédents romans.  Paul a fait une anorexie à l’adolescence et  en revenant à  V.,  il découvre un secret de famille qui en serait la cause (j’ai eu beaucoup de mal à y croire).  La fille dont il était amoureux est devenue est une mère de famille qui n’en peut plus de  son quotidien bien huilé.

Je ne demande pas à Olivier Adam d’écrire des bluettes sentimentales mais juste de ne pas servir au  lecteur des thèmes qu’il a déjà (et souvent) exploités.

J'avais le sentiment d'avoir perdu le contact. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser qu'en dépit des mots les choses s'étaient inversées : le centre était devenu la périphérie. La périphérie était devenue le centre du pays , le cœur de la société, son lieu commun, sa réalité moyenne. (...) Oui, cela ne faisait plus aucun doute , la périphérie était devenue le cœur. Un cœur muet, invisible, majoritaire mais oublié, délaissé, noyé dans sa propre masse dont j'étais issu  et que je perdais de vue peu à peu.





jeudi 23 août 2012

Tarun Tejpal - La vallée des masques

Editeur : Albin Michel - Date de parution : Août 2012 - 454 pages grandioses et un coup de cœur !

Lors d'une longue nuit, un homme attend ses anciens frères d'armes les Wafadars qui vont venir le tuer.  Il s'est enfui de cette vallée de l'Inde où il vivait dans une communauté. Une vallée coupée de tout, vivant en autarcie selon des préceptes d'un gourou légendaire Aum, le pur des purs. Durant cette nuit, il va raconter son histoire, la transcrire  avec un souhait : les hommes doivent entendre ce que j'ai à dire, y réfléchir et agir en conséquence.

Anka est un ancien Wafardar, un guerrier entraîné par des années d'initiation et d’épreuves. Séparé à l'âge de trois ans de sa mère pour être élevé par toutes les mères au sein de la Maternité. Ne pas laisser place aux préférences et aux émotions, la non possession  est un  des préceptes d'Aum. La vie sublime d'Aum nous enseignait, que contrairement à l'histoire lamentable du monde, le soi inférieur pouvait être entièrement vaincu à condition de s'atteler de bonne heure à la tâche et de ne jamais abandonner. Chacun de nous avait résolu de ne jamais faillir à Aum
Une communauté régie par des règles de d'égalité et où chacun porte le même masque à l’effigie d'Aum pour bannir l’individualité. Les membres de la communauté sont immergés dans un environnement contrôlé et hiérarchisé où la musique et le chant sont interdits. Avant d’être sélectionné pour devenir un Wafardar, Anka a connu  le Berceau puis le Foyer, la Caserne et  le Sérail des Bonheurs fugitifs où les hommes s’adonnent au plaisir avec de nombreuses femmes. Sans s'attacher à l'une d'entre elles ou pire, développer des sentiments. A chaque étape de son parcours, il a subi des mises à l'épreuve sur son engagement, ses connaissances sur Aum et sur les neuf livres d'où sont tirés tous les enseignements. Ce cheminement vers la voie la plus haute est en fait une compétition déguisée où la barbarie existe.

Le mot secte vient forcément à l’esprit  d’autant plus que dans la Vallée les informations  délivrées sur l’outre-monde (le monde extérieur) sont terrifiantes. Au fil des pages, on devine que la Vallée n’est pas un cocon où l’on s’emploie à ce que chacun soit pur et digne d’Aum.

Dans ce livre, Tarun  Tejpal  distille habilement une forme de  suspense. Je l'ai lu  en apnée totale ! Car si il y a une  fascination presque magnétique qui s’en dégage, elle est vite troublée par les interrogations que l’on se pose. Et je l’ai terminé abasourdie… Pourquoi Anka s’est-il enfui ? Comment a-t-il compris que les principes de la  communauté étaient  des leurres ? Je vous laisse le découvrir ! 

Dans ce très, très  bon  roman foisonnant, intelligent  qui ressemble à une fable, Tarun Tejpal dénonce un univers déshumanisé et totalitaire. Il nous met en garde  sur les dérives du pouvoir, de la religion et du communautarisme basé sur des idéologies attirantes.Un immense coup de cœur sur toute la ligne ! 
Un livre puissant, engagé  à l’écriture sublime (chapeau bas pour la traduction) que je ne suis pas prête d’oublier ! A lire absolument et à faire lire !

Et difficile de choisir un extrait….

Mes adieux à mes frères de caserne furent empreints d’une chaleureuse affection dénuée de sensiblerie. La sentimentalité, nous avait dit le maître, était un défaut grave pour tous, mais plus encore pour un soldat et un saint homme. Dans l’outre-monde, les humains tombaient, perpétuellement malades d’excès de sentiments. Envers leurs enfants, leurs parents, leur conjoint, leurs amants et maîtresses, leurs amis, et même chez certains, de façon diffuse et geignard, envers l’ensemble des êtres vivants, plantes, animaux, tout.
L’outre-monde, nous avait-on appris, était un repère de faux maîtres qui encourageaient cette forme d’imbécilité chez leurs ouailles. Ils engendraient ainsi chez elles une faiblesse qui les détournait de la vérité, aidés par une culture qui exaltait la sentimentalité. Les larmes dans leurs yeux  empêchaient les hommes de voir, la boule coincée dans leur gorge étouffait leur parole. C’était une stratégie d’asservissement : l’individu sentimental est facile à contrôler, à manipuler. Il est capable, au nom du sentiment, d’abandonner la voie juste sans se poser de questions.


mercredi 22 août 2012

Cécile Guilbert - Réanimation


Editeur : Grasset - Date de parution : Août 2012- 270 pages magnifiques et sensibles! 

Fin mars 2008, Blaise, cinquante ans, le mari de la narratrice est hospitalisé. Atteint d’une infection rare appelé la cellulite cervicale, il est opéré en urgence. Lorsque sa femme le cherche au service ORL, elle trouve une chambre vide. Blaise est au service réanimation. 

Un couple marié depuis vingt ans, sans enfant, heureux jusqu’à ce que la maladie foudroie l'époux. Sa femme vit là leur première séparation, d'autant plus brutale que jamais elle ne lui avait effleurée l'esprit.  Après l’opération, Blaise est relié à toutes sortes de machines  au croisement de l’homme et du robotenfoncé dans la pure vie biologique; suspendu à l’existence par le fil fragile des organes et des cellules  et plongé dans un coma artificiel pour une durée indéterminée. Comme pour mettre à distance la mort, elle tient un journal quotidien. Et consigne sa peur,  l’angoisse, l’absence et les palliatifs pour la combler, les visites à l’hôpital,  les comptes-rendus à l’entourage, les questions qui surgissent Comment va Blaise ? où voltigent désormais son esprit et son âme ? dans quel monde son « je » s’est-il réfugié ? est-il encore capable de rêver ? et si oui d’une manière nouvelle ? se trouve-t-il plongé dans une flaque noire ou un grand blanc ? un avant goût de la mort et du néant ?. Le quotidien déréglé et les  nuits hantées par des cauchemars. Réanimation comme le nom du service hospitalier et réanimation chez Cécile Guilbert des émois, des souvenirs et de l'imaginaire galopant sans aucun contrôle possible.

Le pathos n’a pas sa place. Au contraire, le récit est  émaillé intelligemment de références à la mythologie grecque, aux contes, à l’Art. Mysticité de la médecine, de la mort et de la vie, qui trouve tout naturellement sa place et ouvre des portes sur des interrogations  et sur la méditation . Un écho à nos propres peurs  face à la mort, à la maladie, à la perte de l’autre et de voir ainsi basculer sa vie définitivement.  
Il faut prendre son temps pour lire ce roman à l’écriture sensible, riche sans être lourde. Si je ne connaissais pas certaines références artistiques, ce  point ne m’a pas gênée car j'ai appris, je me suis enrichie.  
Ce roman est avant tout une belle déclaration d’amour d’une telle sincérité que j’ai eu la gorge serrée d’émotions. J’ai relu des passages rien que pour leur portée et leur beauté ! Un moment de lecture rare !

Je mesure combien la tristesse est étroite et la joie spacieuse. Combien l’angoisse ressert et l’amour élargit. Je ne sais pas quoi dire sinon merci. A tous ceux qui t’ont dispensé ces trésors de gestes rares et délicats, ces heures patientes et dévouées. A nos amis qui t’ont veillé ici-bas en pensées comme à tous ceux qui l’ont fait là-bas ou là-haut d’ailleurs, je ne sais où mais je sais seulement qu’ils étaient là.

jeudi 16 août 2012

Marc Durin-Valois - La dernière nuit de Claude Eatherly


Editeur : Plon - Date de parution : Août 2012 - 340 pages passionnantes et un coup de cœur !

Etats-Unis,Texas, 1949. A vingt-trois ans, Rose Cruder est une photographe indépendante pleine d’ambition. Jusque là, elle n’a couvert que des faits locaux sans envergure. Sa vie bascule quand elle assiste au  procès de Claude Eatherly, gérant de station service,  arrêté pour alcool au volant et qui selon certaines personnes aurait participé à la mission Hiroshima. Obstinée, Rose ne va pas lâcher prise et enquêter à son sujet. Le 6 août 1945, Claude Eatherly pilotait le "Straight Flush" qui précédait le bombardier  "Enola Gay". Avec comme mission d’indiquer si les conditions météorologiques permettaient ou non  le largage de la première bombe atomique.

Avertissement : une fois commencé, il est très, très difficile de reposer ce livre!

Après Chamelle et Les Pensées sauvages, quel plaisir de retrouver Marc Durin-Valois avec un tel livre  ! Rose Cruder passionnée par son métier de photographe indépendante est une jeune femme têtue. Après avoir appris des informations sur le passé de Claude Eatherly et mené des recherches,  elle se retrouve en possession du journal écrit soi-disant par le pilote. Une semaine après l'avoir rencontré, celui-ci  fait une tentative de suicide. L’ancien pilote semble visiblement rongé par le poids de sa responsabilité. Mais Rose veut découvrir la vérité à son sujet et elle va le suivre durant trente ans écartant du coup  toute possibilité d’évoluer professionnellement. Claude Eatherly  alternera les  séjours à l’hôpital psychiatrique de Wako et ceux  en  prison pour des cambriolages. Durant toutes ces années, la conscience collective s’est modifiée et des mouvements pacifistes ont vu le jour. En 1959, après la diffusion  du  film "Hiroshima mon amour" en France, Günther Anders un intellectuel autrichien débute une correspondance avec Claude Eatherly. Devenu une figure du pacifisme anti-nucléaire aux Etats-Unis et en Europe, il jouit de sa notoriété soudaine et veut jouer pour le cinéma.  Si au départ Rose était  fascinée par Claude Eatherly, elle sera en proie aux doutes et éprouvera même du dégoût envers lui car elle apprendra d’autres faits le concernant . 
Qui est vraiment cet ancien pilote qui aimait l’alcool, les filles et le poker ? Un manipulateur, un schizophrène, un homme écrasé par la culpabilité ou alors qui n'a  pas digéré de ne pas avoir été le héros d’Hiroshima à la place de Paul Tibbets?  
Je n’en dis pas plus sur ce livre !  

J’ai lu ce roman en apnée totale où Marc Durain-Valois instaure une intrigue et un suspense !  S’il y a l’histoire de Claude Eatherly (qui a vraiment existé) et celle de Rose, le contexte historique et les évènements  sont très bien rendus et surtout très intéressants !
La psychologie des personnages est creusée et en plus  l’écriture est superbe ! Une très belle lecture captivante, un coup de cœur  !!! (Et au final un livre-hérisson). 

Les choses me semblaient en tous cas transparentes : hanté par les fantômes d’Hiroshima, l’ancien pilote avait essayé dans un  geste désespéré de se supprimer. Les détails de sa tentative avortée étaient parus dans un journal local. Un vétéran du nom d’Eatherly- rien de plus précis- avait avalé des médicaments dans la nuit, une trentaine de comprimés. Sa femme avait téléphoné aux urgences. Conduit à l’hôpital, il avait été tiré d’affaire par aspiration gastrique. A l’époque, faute de recul, j’étais bouleversée. En réalité, tout cela n’était pas si affolant. Un militaire, lorsqu’il veut se tuer, ne se rate pas.

Les billets de Cathulu, Ys



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