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mercredi 13 août 2014
Isabelle Condou - Un pays qui n'avait pas de port
Éditeur : Plon - Date de parution : Août 2013 - 306 pages qui bousculent !
Sur un cargo qui sillonne les mers, l'équipage partage sa vie entre les jours de repos et ceux à bord. Des destinations plus ou moins longues, quelquefois des imprévus car les océans gardent toujours une part d'inconnu. Le commandant ou le capitaine est le seul maître à bord. Toutes les décisions et donc les responsabilités lui incombent.
Pour cette traversée, deux passagers sont à bord : une française Joséphine et un retraité hollandais. Les sourires diplomates sont de rigueur mais Marek l'officier mécanicien n'en a cure. Même si la tension entre Bodhan le capitaine et son officier est palpable, que Joséphine aimerait que l'autre touriste soit moins bavard, chacun retrouve ou est confronté à sa solitude dans sa cabine.
Mais après une escale à Haïti, une chaussure est retrouvée à bord. Marek voit rouge et veut qu'on lui lui donne raison sur la présence d'un clandestin. Cette présence et donc cette vie humaine est bien réelle. La décision finale concernant le devenir du jeune homme aura des répercussions humaines et sociales. Kidnappés dans cette situation, bousculés de plein fouet ou affichant un égoïsme, le capitaine, le chef mécanicien et la passagère seront face à face avec eux-mêmes. Isabelle Condou ausculte l'âme et conscience de ces derniers. Alors que la fin inéluctable se dessine, le mot liberté résonne différemment...
Dès les premières pages, on est à bord de ce cargo en pleine mer. Et l'on ressent pleinement toutes les émotions que l'océan à perte de vue suscite : l'introspection voulue ou non, la sensation d'un d'affranchissement illusoire.
Un roman très fort qui m'a touchée en plein cœur!
Qu'allait-il devenir une fois en France, où la quarantaine est plus longue pour les sans -papiers que pour les animaux ?
Le billet de Leiloona
dimanche 9 mars 2014
Paola Pigani - N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures
Éditeur : Liana Levi - Date de parution : Août 2013 - 215 pages et une lecture nécessaire !
D’abord, il y a ce titre magnifique porteur de poésie qui fait référence à un proverbe tsigane : "on n’entre pas impunément chez les Manouches, ni dans leur présent, ni dans leur mémoire". Et cette couverture qui représente seule cette grande route de la roulotte des gens du voyage enlevée de son essieu comme la fin d’un voyage, l’opposé de la liberté et donc du mode de vie de cette communauté. Le 6 avril 1940, ce décret : "en période de guerre, la circulation des nomades, des individus errant généralement sans domicile fixe, ni patrie, ni profession effective, constitue pour la défense nationale et la sauvegarde du secret, un danger qui doit être écarté " fut un tournant dans la vie des gens du voyages en France. Car oui, c’est bien dans notre pays que ce déroule ce roman inspiré d’une histoire vraie. Premier choc qui fait douloureusement mal et honte. Trois-cent-cinquante tsiganes de Charente-Maritime furent conduits sous escorte policière dans le camp des Alliers sur ordre de Préfet de la Kommandantur d'Angoulême. Deuxième choc car le mot « camp » associé la Seconde Guerre Mondiale évoque généralement et principalement l’Allemagne et non la France.
Paola Pigani nous raconte à travers l’histoire d’Alba tout juste âgée de quatorze ans à son arrivée avec sa famille au camp les souvenirs d’Adrienne une grand-mère tsigane de quatre-vingt-sept ans. Six années dans ce camp cloîtrés sans aucune liberté, la promiscuité dans des hangars, la faim et le mort à petit feu des espoirs. "Les objectifs secondaires de l'internement sont de leur apprendre à vivre comme tout le monde, d'abandonner leurs rites, leurs vices, d'adopter des règles d'hygiène, d'éduquer les enfants, de les faire travailler afin qu'ils ne soient pas à la charge de l'état" : sous-entendu supprimer leur mode de vie, leurs traditions pour en en faire des sédentaires. Il y a les humiliations et ce dont on les prive. Eux qui étaient habitués à travailler pour subvenir à leurs besoins et à sillonner librement les routes n’ont plus aucun droit. Les hommes ne savent que faire de leurs mains, la gaieté s’éteint dans les yeux de tous. Et l'interdiction de dormir dans la roulotte bien plus qu’un moyen de transport , elle est leur habitat, le foyer où se retrouve toute la famille : "Ainsi cachées, immobiles, les roulottes n'existent plus aux yeux de la population locale. Les autorités se gaussent déjà de la réussite de leur entreprise : donner à ceux-là le goût de prendre racine, d'être comme tours citoyens français. "
La mère d’Alba dépérit, son père privé de son cheval est devenu est un homme terne. La faim, les hivers rudes, la saleté les usent tous. Bien sûr, la révolte et l'incompréhension les habitent mais ils n'ont aucun moyen de se faire entendre. La solidarité et l’entraide, piliers de la communauté, sont mises à mal "Là où auparavant on donnait sa part toujours au plus pauvre, on ne voit plus l'autre pareil". Durant ces six années, Alba deviendra femme puis mère en devant supporter la souffrance, les paroles qui blessent mais heureusement, il y a de une vraie humanité encore présente chez quelque personnes.
Avec sensibilité, poésie et pudeur, Paolo Pigani nous offre un roman bouleversant, touchant, digne et sans pathos. J’ai été fracassée par cette histoire et gagnée par la honte. Car cette communauté qui a souffert dans sa chair et son esprit par le passé est souvent pointée du doigt, accusée à tort et à travers. Il n’y a qu’à regarder ces terrains à la périphérie des ville où ils se retrouvent rassemblés (pour ne pas utiliser un autre mot) et de tendre l’oreille pour écouter ce qui est prononcé à leur égard. Une lecture uppercut qui fait mal, qui nous ouvre les yeux sur un pan de l'Histoire peu connue mais un roman nécessaire qui montre ô combien la différence dérange.
Les billets de Marilyne (sur Babelio), Liliba, Mirontaine
D’abord, il y a ce titre magnifique porteur de poésie qui fait référence à un proverbe tsigane : "on n’entre pas impunément chez les Manouches, ni dans leur présent, ni dans leur mémoire". Et cette couverture qui représente seule cette grande route de la roulotte des gens du voyage enlevée de son essieu comme la fin d’un voyage, l’opposé de la liberté et donc du mode de vie de cette communauté. Le 6 avril 1940, ce décret : "en période de guerre, la circulation des nomades, des individus errant généralement sans domicile fixe, ni patrie, ni profession effective, constitue pour la défense nationale et la sauvegarde du secret, un danger qui doit être écarté " fut un tournant dans la vie des gens du voyages en France. Car oui, c’est bien dans notre pays que ce déroule ce roman inspiré d’une histoire vraie. Premier choc qui fait douloureusement mal et honte. Trois-cent-cinquante tsiganes de Charente-Maritime furent conduits sous escorte policière dans le camp des Alliers sur ordre de Préfet de la Kommandantur d'Angoulême. Deuxième choc car le mot « camp » associé la Seconde Guerre Mondiale évoque généralement et principalement l’Allemagne et non la France.
Paola Pigani nous raconte à travers l’histoire d’Alba tout juste âgée de quatorze ans à son arrivée avec sa famille au camp les souvenirs d’Adrienne une grand-mère tsigane de quatre-vingt-sept ans. Six années dans ce camp cloîtrés sans aucune liberté, la promiscuité dans des hangars, la faim et le mort à petit feu des espoirs. "Les objectifs secondaires de l'internement sont de leur apprendre à vivre comme tout le monde, d'abandonner leurs rites, leurs vices, d'adopter des règles d'hygiène, d'éduquer les enfants, de les faire travailler afin qu'ils ne soient pas à la charge de l'état" : sous-entendu supprimer leur mode de vie, leurs traditions pour en en faire des sédentaires. Il y a les humiliations et ce dont on les prive. Eux qui étaient habitués à travailler pour subvenir à leurs besoins et à sillonner librement les routes n’ont plus aucun droit. Les hommes ne savent que faire de leurs mains, la gaieté s’éteint dans les yeux de tous. Et l'interdiction de dormir dans la roulotte bien plus qu’un moyen de transport , elle est leur habitat, le foyer où se retrouve toute la famille : "Ainsi cachées, immobiles, les roulottes n'existent plus aux yeux de la population locale. Les autorités se gaussent déjà de la réussite de leur entreprise : donner à ceux-là le goût de prendre racine, d'être comme tours citoyens français. "
La mère d’Alba dépérit, son père privé de son cheval est devenu est un homme terne. La faim, les hivers rudes, la saleté les usent tous. Bien sûr, la révolte et l'incompréhension les habitent mais ils n'ont aucun moyen de se faire entendre. La solidarité et l’entraide, piliers de la communauté, sont mises à mal "Là où auparavant on donnait sa part toujours au plus pauvre, on ne voit plus l'autre pareil". Durant ces six années, Alba deviendra femme puis mère en devant supporter la souffrance, les paroles qui blessent mais heureusement, il y a de une vraie humanité encore présente chez quelque personnes.
Avec sensibilité, poésie et pudeur, Paolo Pigani nous offre un roman bouleversant, touchant, digne et sans pathos. J’ai été fracassée par cette histoire et gagnée par la honte. Car cette communauté qui a souffert dans sa chair et son esprit par le passé est souvent pointée du doigt, accusée à tort et à travers. Il n’y a qu’à regarder ces terrains à la périphérie des ville où ils se retrouvent rassemblés (pour ne pas utiliser un autre mot) et de tendre l’oreille pour écouter ce qui est prononcé à leur égard. Une lecture uppercut qui fait mal, qui nous ouvre les yeux sur un pan de l'Histoire peu connue mais un roman nécessaire qui montre ô combien la différence dérange.
Les billets de Marilyne (sur Babelio), Liliba, Mirontaine
lundi 30 décembre 2013
Jenny Valentine - La double vie de Cassiel Roadnight
Éditeur : Ecole des loisirs - Traduit de l'anglais par Diane Ménard - Date de parution : Septembre 2013 - 277 pages dévorées !
Chap est dans un foyer pour jeunes paumés où il refuse de donner son nom. Sa vie a basculé un 5 novembre, le jour où il a perdu à ses yeux toute identité. Les responsable du centre lui présente la photo de Cassiel Roadnight un adolescent dont la famille est sans nouvelle depuis deux ans. Les deux garçons se ressemblent à tel point que Chap décide de mentir et de dire qu’il est Cassiel.
Très vite, Chap comprend qu'il s'est mis dans une drôle de situation et il a peur que la véritable famille de Cassiel ne découvre la supercherie. Mais sa nouvelle famille est émue et heureuse du retour de Cassiel. Chap doit jouer un rôle, anticiper des questions et surtout comprendre pourquoi le véritable Cassiel a disparu. Car dans la famille Roadnight, il y a des tensions, des zones floues. Ce roman, vous le comprenez, prend très vite l’allure d’un thriller où l’on découvre la vie de Chap et celle de Cassiel. Et c’est totalement réussi ! J’ai tourné les pages avec frénésie et un taux d’adrénaline conséquent car Jenny Valentine distille à petites doses les informations et une pression grandissante.
Un roman très bien orchestré sur l’identité, la famille et les liens entre individus où cerise sur le gâteau la littérature a sa place ! Juste un petit bémol pour la fin mais qui est largement compensée par l'ensemble.
Chap est dans un foyer pour jeunes paumés où il refuse de donner son nom. Sa vie a basculé un 5 novembre, le jour où il a perdu à ses yeux toute identité. Les responsable du centre lui présente la photo de Cassiel Roadnight un adolescent dont la famille est sans nouvelle depuis deux ans. Les deux garçons se ressemblent à tel point que Chap décide de mentir et de dire qu’il est Cassiel.
Très vite, Chap comprend qu'il s'est mis dans une drôle de situation et il a peur que la véritable famille de Cassiel ne découvre la supercherie. Mais sa nouvelle famille est émue et heureuse du retour de Cassiel. Chap doit jouer un rôle, anticiper des questions et surtout comprendre pourquoi le véritable Cassiel a disparu. Car dans la famille Roadnight, il y a des tensions, des zones floues. Ce roman, vous le comprenez, prend très vite l’allure d’un thriller où l’on découvre la vie de Chap et celle de Cassiel. Et c’est totalement réussi ! J’ai tourné les pages avec frénésie et un taux d’adrénaline conséquent car Jenny Valentine distille à petites doses les informations et une pression grandissante.
Un roman très bien orchestré sur l’identité, la famille et les liens entre individus où cerise sur le gâteau la littérature a sa place ! Juste un petit bémol pour la fin mais qui est largement compensée par l'ensemble.
samedi 28 décembre 2013
Léonora Miano - La saison de l'ombre
Éditeur : Grasset - Date de parution : Août 2013 - 240 pages fortes et enrichissantes !
Le clan Mulungo qui vit dans les terres de l'Afrique sub-saharienne voit son village détruire par un incendie alors que douze hommes ont disparu : dix jeunes adultes et deux anciens. "Les femmes dont les fils n'ont pas été retrouvés " sont mises à l'écart du reste du clan dans une case commune. Le clan pense que ce malheur est de leur faute. Les esprits sont invoqués mais sans réponse.
Les Mulongo sont un peuple qui ne connaissent pas l'extérieur du monde. Ils échangent quelquefois avec leurs voisins les Bwele. Le chef Mukano décide d'aller les voir, peut-être auront-ils des informations. De son côté, Ebaye part aussi à la recherche de ceux qui ont disparu sans avertir les hommes du village. Forte de son courage et de sa détermination, elle découvrira que des "hommes aux pieds de poule" des étrangers venus de loin par bateau font le commerce des hommes en traitant avec les Bwele.
Ce roman demande de l'attention, une certaine exigence les premières pages pour se familiariser avec les noms aux sonorités si proches. Ensuite, il suffit d'écouter la plume foisonnante et envoûtante de Léonora Miano. Elle nous immerge dans une Afrique où les croyances, la mysticité régissent le mode de vie du clan Mulongo. Leur naïveté en fera des victimes.
Un roman prenant, fort et enrichissant !
Ebaye n'est pas certaine d'avoir tout saisi. On vient de lui confirmer que, comme elle l'a toujours cru, le monde ne se limite pas aux Mulongo et aux Bwele, même si elle sait que ces derniers sont très nombreux. Ses pas l'ont conduite en ce lieu appelé Bebayedi, un espace abritant un peuple neuf, un lieu dont le nom évoque à la fois la déchirure et le commencement. La rupture et la naissance. Bebayedi est une genèse.
Il s'agit de ma participation pour le challenge de Stephie
vendredi 27 décembre 2013
Emmanuelle Guattari - Ciels de Loire
Éditeur : Mercure de France - Date de parution : Août 2013 - 142 pages qui font mouche !
Dans La petite Borde, Emmanuelle Guattari nous racontait son enfance à la Borde un établissement psychiatrique que dirigeait son père. Dans ce nouveau roman, elle explore à nouveau la mémoire familiale, son adolescence et le monde qui l'entoure.
D’une impression à une conversation, du regard posé autour d’elle à des réflexions d’ordre philosophique, l’auteure en quelques lignes saisit l’image d’une France en mutation, nous dépeint les membres de sa famille l’élargissant à ses grands-parents, oncles et tantes. La Borde et ses pensionnaires sont à nouveau présents mais il s’agit de l’adolescente ou celle qui est en passe d'en devenir une qui raconte. La Borde qu’il faudra quitter pour découvrir un autre lieu de vie différent.
Si je n’avais pas vraiment apprécié la petite Borde, j’ai trouvé que l’écriture de l'auteure a gagné en densité dans ce second roman. Une écriture toujours minimaliste, elliptique mais l'on ressent un travail plus approfondi pour nous livrer ces instantanés teintés de nostalgie si vrais, si justes dans la description. Ces scènes brossées ne sont pas sans rappeler Philippe Delerm.
En peu de mots qui font mouche, Emmanuelle Guattari sait aussi bien nous faire sentir l’odeur de la campagne que dénouer avec sensibilité l’héritage familial.
Autant d’éléments qui font la vie, qui la composent cueillis et décrits sans artifice comme des brassées d’images et de pensées !
Déjà que l'on portait le nom de nos morts par avance, dès l'état civil, on en était chargés, le grand-père, la grand-mère à la suite de notre nom, dans un pli caché de l'état civil.
samedi 21 décembre 2013
Jaume Cabré - Confiteor
Éditeur : Actes Sud - Traduit du catalan par Edmond Railland - Date de parution : Août 2013 - 772 pages et une merveille !
Adrià Ardevol atteint d’Alzheimer décide de confier à son ami Bernat des feuillets où il a consigné sa vie et où il se confesse. Cette longue lettre est destinée à celle qui l’a toujours aimée Sara. Dis comme cela, on pourrait s’attendre à un récit avec une narration classique et une suite d’événements chronologiques. Et bien non.
Dès les premières pages, le" je" côtoie le "il" et forcément cette narration interpelle l’œil, émoustille l’esprit et ce procédé permet de nous plonger entièrement dans les différentes voix empruntées. Confiteor débute par l’enfance d’Adrià. Son père antiquaire et collectionneur de manuscrits anciens veut qu’il apprenne dix langues au minimum et qu’il soit un violoniste hors pair. A sept ans, son avenir est ainsi tracé par la décision paternelle mais Adrià n’est pas d’accord. Même si l’apprentissage des langues est un jeu pour lui, il veut apprendre, étudier d'autres matières. Deux figurines Aigle Noir et le shérif Carson seront les témoins de cette enfance sans marque d'amour. Deux jouets dont il jamais il ne se séparera.
Et sans que ça puisse paraître étrange, Jaume Cabré fait intervenir d’autres personnages comme un fabricant de violons, un colonel SS, un moine, un médecin en Afrique et bien d’autres encore. Il les enchevêtre dans le récit d’Adrià. Sans tout nous dévoiler, il nous livre des bribes de leurs histoires impliquées ou soumises à la grande Histoire. Et Adrià ? Il nous raconte son amitié avec Bernat, son amour pour Sara, ses études en Allemagne et toujours ce qui l’anime et le hante cette soif du savoir. Adrià qui se retrouve en charge des conséquences des agissements de son père sans n’avoir rien commis.
Un roman puzzle qui nous immerge dans le bonheur de la lecture et dans les questionnements, qui nous fait traverser plusieurs siècles d’histoire mais sans jamais nous égarer. Le Bien et le Mal, l’Art sont omniprésents alors qu’Adrià nous agace plus d’une fois mais finit par gagner notre sympathie.
Magistralement, Jaume Cabré nous montre comment tout est lié. Toutes ces vies, ces actes, les décisions prises s’unissent dans le temps. Un roman époustouflant, passionnant, rare, d’une richesse incroyable qui nous fait toucher du doigt le sublime, l’effroyable, nous submerge d’émotions et de réflexions, et nous donne cette envie de tourner les pages! Une lecture dont je suis ressortie éblouie et qui m’habite encore....
Et je suis convaincu qu'il est très difficile de résister à la possession des originaux des textes bouleversants. Le papier avec l'écriture, le tracé, le geste et l'encre, qui est l'élément matériel dans lequel s'incarne l'idée spirituelle,qui finira par devenir une œuvre d'art ou une œuvre de la pensée universelle ; le texte qui s'introduit dans le lecteur et le transforme.
Le billet de Cuné qui renvoie à plein d'autres liens.
mercredi 18 décembre 2013
Stéphane Servant - Le cœur des louves
Éditeur : Le Rouergue- Date de parution : Août 2013 - 542 pages denses, creusées et hypnotiques !
Célia est arrivée la première au village où a vécu sa grand-mère. Elle-même y venait passer ses vacances d’été avec ses parents puis seule avec sa mère. Aujourd’hui, l’adolescente y met les pas non pour quelques jours mais pour beaucoup plus longtemps. Sa mère Catherine romancière dont les heures de gloire sont loin derrière elle lui a imposé ce choix pour toutes les deux. Au village coincé entre les montagnes, personne ne voit d’un bon œil la venue de ces étrangères.
Tina la grand-mère de Célia n’était pas aimée des villageois qui la traitaient de sorcière. Pourtant, ils venaient chez elle et Tina les recevait dans sa chambre pour les soigner. Le retour de Célia et de Catherine réveille de vieilles histoires que personne n’a envie de voir éclater au grand‘jour. Des histoires ancrées de superstition. Célia s’occupe de Catherine qui a cessé de jouer son rôle de mère. Son père est parti depuis des années, Catherine rongée par l’angoisse de la page blanche vit dans un monde d’alcool et de relations éphémères. Célia retrouve Alice avec qui elle jouait enfant. Alice mystérieuse dont le père à la main leste. Alice l’initie à la forêt, au plaisir d’être libre dans la nature, de se sentir forte comme une louve. Des animaux synonymes d'hantise pour ces villageois.
Mais ce roman parle aussi de la peur qui pousse l’homme, qui l’accule à commettre les actions les plus viles et les plus empreintes de lâcheté, des femmes qui se sont battues pour marcher la tête haute. Et on est ferré par l’écriture de Stéphane Servant qui intercale le récit de Célia, jeune fille perdue, en proie aux doutes et à la rébellion et celui de Tina à vingt ans.
Au fil des pages, l’histoire prend de l’ampleur, creuse les personnages entre la réalité et les secrets enfouis. Les faiblesses, la peur de l’étranger, le racisme, le pouvoir de l’argent, la solidarité, la condition féminine, l’amitié, le poids des mots tus ou accusateurs et ce village d’où rien ne doit sortir jalonnent ce livre qui recèle bien des surprises !
Un vrai roman dense, fouillé, envoûtant et hypnotique ! J’ai été valdinguée par tous les sentiments présents : l'injustice, la souffrance, l'amour, l'amitié mais aussi le pardon. Pour en revenir à l'écriture de Stéphane Servant, elle prend aux tripes comme elle sait se faire poétique. A lire à partir de 16 ans et sans limite d’âge….
mercredi 11 décembre 2013
Sylvie Germain - Petites scènes capitales
Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Août 2013 - 247 pages et une écriture magnifique !
" Petites" et "capitales", ces deux mots contradictoires du titre collent parfaitement à ce roman où Sylvie Germain nous décrit des scènes de la vie de Lili. Des moments capturés sur l’instant qui l’ont marquée, façonnée. Fillette, Lili n’a que pour souvenir de sa mère qu'une une photo en noir en blanc. Elle vit seule avec son père sans effusion débordante de sa part, souvent le silence entre eux. Ce silence qui amène à Lili à se poser des questions, à laisser son imagination vagabonder. Son père rencontre Viviane déjà mère de trois filles et d’un garçon. Lili cherche sa place dans cette famille recomposée mais ne la trouve pas. Le greffon n’a pas pris, elle reste une étrangère. Son père semble plus proche de ses belles-filles et admiratif d’elles plus que de sa propre chair et de son propre sang. Une Lili meurtrie et adolescente qui clame désormais que l’on appelle par son premier prénom Barbara. Pourquoi son père a t-il fait le choix de vouloir noyer ce prénom ? Les drames de la vie inattendus se jouent créant des pertes et des douleurs. Mai 68 marquera l’émancipation de Lili Barbara. Voler de ses propres ailes encore froissées pour les déployer. Le temps s’égrène et sa partition aussi : Lilli Barbara devient une femme, une adulte.
L’écriture de Sylvie Germain est toujours aussi sublime, d’une richesse où les mots sont calibrés. Elle nous entraîne dans le sillon de sa plume poétique et puissante pour nous parler de la vie : l’amour, les joies, les souffrances, la quête de soi, la mort, les questionnements et tous ces moments épars que l’on porte en nous. Juste un bémol : il m’a manquée les émotions plus brutes ressenties au cours des lectures des autres romans de cette auteure.
Lili, Barbara? Le tangage entre ces deux parts d'elle-même a cessé , il ne lui est plus nécessaire de renier ses "années Lili", et pas davantage de renoncer à cette Barbara qu'elle s'est construite entre passions, travail et solitude. Elle est l'une et l'autre, la soudure s'est faite en elle, fragile, mais elle tient. Une soudure qui résulte du croisement de ces deux faisceaux de lumière si dissemblables montés en temps décalés de l'histoire de Viviane et de la mort de Jeff, et aussi de sa traversée de la peinture.
Beaucoup de billets sur ce livre aussi je vous renvoie à Babelio et à Libfly.
Lu de cette auteure : Jours de colère - La Pleurante des rues de Prague - Le monde sans vous - L'inaperçu - Magnus
jeudi 5 décembre 2013
Adriana Lisboa - Bleu corbeau
A treize ans, Evangelina décide de quitter Rio pour rechercher son père. Sa mère vient de mourir et sa nouvelle vie se déroulera aux Etats-Unis là où elle est née. L’ex-mari de sa mère Fernando habitant dans le Colorado se propose de l'héberger et de s'occuper d'elle.
La quête son père n'a rien de commun car Fernando l'a reconnue officiellement à sa naissance même s'il n'était pas son père biologique. Ils ne connaissent pas, seuls les souvenirs de la mère d'Angelina les unit. Fernando est peu bavard et tranquille. Evangelina a du mal à s'imaginer qu'il a été un guerillero au pays et qu'il a dû par la suite s'exiler. Tous deux cherchent, fouillent le passé et recoupent des informations pour tenter de localiser le père d'Evangelina. Carlos un petit garçon salvadorien dont les parents sont en situation irrégulière et voisins de Fernando multiplie les prétextes pour passer du temps avec Evangelina. Et c'est ainsi que Fernando, Evangelina et Carlos vont prendre la route et croiser en chemin des personnages attachants.
Ce livre sur l'identité, les origines, la construction de soi mêle habilement l'exil, l'histoire du Brésil et les racines de chacun.Cette histoire racontée par Evangelina permet d'écouter ses questions mais aussi ses souffrances, ses doutes. Un roman où la tolérance a une part belle et qui a su me pincer au coeur...
June prépara un dîner qui emplit la maison d'odeurs chaudes. Elle mit de la musique et accrocha dans l'air des agrafes invisibles qui nous rapprochaient, noeuds d'une trame de crochet sur la pointe de l'aiguille. Nous étions un monde de compatibilités, nous fraternisions, nous nous équivalions - et quand ce n'était pas le cas, nous nous compensions. Un don de June : soudain nous étions tous les quatre cette grande famille improbable, multinationale, pleine de langues différentes et d'accents différents dans les mêmes langues. Nos âges étaient en théorie assez incompatibles, nos préoccupations et occupations, idem, nos passés nous identifiaient comme des animaux d'espèces différentes, résultats de processus évolutifs distincts, et pourtant nous étions là.
Les billets de Jostein, Stephie, Zazy
lundi 2 décembre 2013
Emmanuelle Pagano - Nouons-nous
Éditeur : P.O.L - Date de parution : Octobre 2013 - 203 pages et un coup de cœur !
Qu’est-ce que l’amour ? A cette vaste question, Emmanuelle Pagano nous dépeint des fragments de vies, des instants comme surpris, attrapés pour nous les livrer. Quelques lignes où le quotidien des gestes, de cette alchimie qui faut battre le cœur, des pensées intimes, un regard, un objet, une rencontre, deux personnes qui se séparent, les remords, la rancœur, la passion, la transformation de l’être aimé nous sont livrés.
Avec une grâce poétique, le lecteur pénètre dans un univers où la grâce poétique est suspendue à chaque mot. A chaque ligne. L’auteure a ce don de déshabiller le banal pour en extraire ce qu’il cache, de mettre à nu les corps et d'interpréter leurs gestuels. Sans tabou et sans voyeurisme, ces hommes et ces femmes jeunes ou plus âgés nous ouvrent leur âme, leur vie et leur cœur.
C’est immensément beau, on vogue sur la palette des sentiments portée par l’écriture sublime d’Emmanuelle Pagano. Un livre lu en apnée totale, un coup de cœur entier ! Une lecture que j’ai faite durer le plus longtemps possible en relisant toute cette symphonie de l’amour !
Quelques extraits au hasard :
Tout ce que je ne lui ai pas donné, je ne l’ai pas gardé, tout ce que je ne lui ai pas donné a été perdu.
Le retrouver, à chaque fois, c’est doucement délacer les ligaments de nos corps, dégrafer nos articulations.
Devant le miroir, elle se regarde sous toutes les coutures, elle se cherche des imperfections, elle n’en trouve pas, elle ressort de la salle d’eau belle et satisfaite, mais ce qu’il y a juste sous la peau ne se reflète pas. Ce qui est là, en elle, et ce qui nous empêche de nous aimer, elle ne le verra jamais.
Le billet d'Antigone
Lu de cette auteure : Un renard à mains nues
dimanche 1 décembre 2013
Hélène Frappat - Lady Hunt
Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Août 2013 - 318 pages appréciées mais pas plus
Laura Kern fait toujours le même cauchemar où une maison étrange se dessine dans la brume la terrifiant. Coïncidence, elle travaille pour une agence immobilière à Paris qui ne vend que des biens de luxe. Lors d’une visite d’un appartement un phénomène inattendu se produit : un enfant disparaît comme happé par les lieux et réapparaît mystérieusement. Laura vit avec le spectre de la maladie de Huntington héréditaire dont son père était atteint. Qui d’elle ou de sa sœur est atteinte ? Son rêve est-il le premier symptôme de la maladie ?
Des miroirs qui laissent entrevoir un visage, un appartement qui a pris feu et ce petit garçon qui semblait avoir un pouvoir. Laura est comme cernée par des phénomènes qui la dépassent mais dont elle veut connaître l’origine. Il y a la maison récurrente de ses rêves qui lui semble connue et pourtant sa mère vit toujours en Bretagne lui affirme le contraire. Et ce poème de Tennyson un héritage de son père d’origine galloise qui l’obsède. Angoissée, elle décide trouver les clés manquantes et pouvoir mettre fin à la malédiction qui frappe sa famille. A la lisière de la réalité et du surnaturel, Hélène Frappat distille lentement une intrigue des landes de bruyère aux beaux quartiers parisiens.
Une histoire où les maisons et leurs âmes ont une importance comme les silences, les non-dits dans une famille. Hélas il y a quelques longueurs et la relation de Laura avec son patron n’apporte rien à ce livre et surtout notre héroïne semble froide, dénuée de sentiments mais il y a un charme. Inquiétant et troublant mais très agréable à lire. J’ai apprécié ce roman mais de là à en garder un souvenir impérissable il y a un fossé…
Beaucoup, beaucoup de billets sur ce livre qui vont du coup de cœur à la douche froide !
Laura Kern fait toujours le même cauchemar où une maison étrange se dessine dans la brume la terrifiant. Coïncidence, elle travaille pour une agence immobilière à Paris qui ne vend que des biens de luxe. Lors d’une visite d’un appartement un phénomène inattendu se produit : un enfant disparaît comme happé par les lieux et réapparaît mystérieusement. Laura vit avec le spectre de la maladie de Huntington héréditaire dont son père était atteint. Qui d’elle ou de sa sœur est atteinte ? Son rêve est-il le premier symptôme de la maladie ?
Des miroirs qui laissent entrevoir un visage, un appartement qui a pris feu et ce petit garçon qui semblait avoir un pouvoir. Laura est comme cernée par des phénomènes qui la dépassent mais dont elle veut connaître l’origine. Il y a la maison récurrente de ses rêves qui lui semble connue et pourtant sa mère vit toujours en Bretagne lui affirme le contraire. Et ce poème de Tennyson un héritage de son père d’origine galloise qui l’obsède. Angoissée, elle décide trouver les clés manquantes et pouvoir mettre fin à la malédiction qui frappe sa famille. A la lisière de la réalité et du surnaturel, Hélène Frappat distille lentement une intrigue des landes de bruyère aux beaux quartiers parisiens.
Une histoire où les maisons et leurs âmes ont une importance comme les silences, les non-dits dans une famille. Hélas il y a quelques longueurs et la relation de Laura avec son patron n’apporte rien à ce livre et surtout notre héroïne semble froide, dénuée de sentiments mais il y a un charme. Inquiétant et troublant mais très agréable à lire. J’ai apprécié ce roman mais de là à en garder un souvenir impérissable il y a un fossé…
Beaucoup, beaucoup de billets sur ce livre qui vont du coup de cœur à la douche froide !
vendredi 29 novembre 2013
Toine Heijmans - En mer
Éditeur : Christian Bourgois - Traduit du néerlandais par Danielle Losman - Date de parution : Août 2013 - 156 pages et un uppercut !
Lassé de son travail de commercial, Donald a pris un congé sabbatique de trois mois en accord avec sa direction. Il va pouvoir réaliser un rêve entretenu depuis longtemps : naviguer sur la mer du nord en solitaire. Partir du Danemark et rejoindre la Finlande. Pour la fin de son voyage, il a demandé à son épouse que leur fille Maria âgée de sept ans passe trois jours avec lui. Malgré des réticences, elle a accepté.
Après trois mois seul, ce sera trois jours entre un père et sa fille, trois jours sur un petit voilier et la mer. Donald a tout prévu et Maria se montre enthousiaste de ce séjour en mer avec son père. Balayer ainsi d’un revers de la main les doutes de sa femme, montrer à tous que la mer est accessible en étant prévoyant. Il s’imagine déjà son arrivée fier et gonflé de bonheur quand son épouse verra le petit voilier rouge accoster, la joie de Maria. Et surtout prouver qu’il est un bon père. Pourquoi vouloir le démontrer ? (et à partir de ce moment, là j’ai tourné de plus en plus en vite les pages). Tout se passe bien, ils se baignent même. Mais une tempête se prépare pour la nuit. Consciencieux, Donald vérifie sa position et la note scrupuleusement sur son carnet de bord. Il en fait de même avec le matériel. Maria dort dans la cabine alors qu’il reste debout. Ne pas s’endormir, surveiller, guetter. L’orage gronde, le vent s’est levé, le bateau est secoué. Donald va voir si Maria ne s'est pas réveillée mais la cabine est déserte.
Et là, je me suis prise une première claque ! Mais ce n’est pas fini, car la tension va en s’augmentant et quand on pense à une accalmie, deuxième claque !
Toine Heijmans joue avec nos nerfs de la première à la dernière ligne et nous laisse sonnés ! Ce roman sur la solitude, sur ce que c’est d’être père, sur le travail ( et les conséquences de la non reconnaissance), sur ce qui est bon ou mal pour un enfant ( et les choix des parents), sur la réalisation de soi, et donc ce livre écrit sans fioriture mais concision nous embarque dans une odyssée psychologique haletante (et angoissante)! Mais attention au mal de terre une fois débarqué...
Merci à Julien (mon libraire chouchou) pour ce conseil de lecture !


jeudi 28 novembre 2013
Lydia Millet - Lumières fantômes
Éditeur : Le Cherche Midi - traduit de l'américain par Charles Recoursé - Date de parution : Septembre 2013 - 260 pages qui m'ont laissée sur ma faim...
Un patron qui disparaît, une employée plus qu'inquiète, un mari qui pense que sa femme le trompe avec un collègue de bureau et qui découvre que le travail de sa fille handicapée suite à un accident consiste à faire fantasmer des hommes au téléphone... Et voilà comment Hal après avoir un peu bu décide de repartir à la recherche du patron de sa femme Mr T.. Il va prouver à tout le monde qu'il peut trouver Mr T. en Amérique centrale et par la même occasion remplumer son orgueil personnel.
Hal ne connaît pas la pays. Arrivé sur place il rencontre un couple d'allemands en vacances à qui il raconte sa mission. Le mari a le bras long et peut déployer des recherches nécessitant des hommes et du matériel de pointe. Hal ne peut refuser même s'il est vexé. Les recherches mettent Hal à rude épreuve car crapahuter sous un climat tropical dans la jungle n'est pas son fort.
Lydia Millet utilise l'humour et l'ironie pour nous décrire les péripéties de Hal mais elle n'oublie pas ses questionnements. Loin de chez lui, il peut s'interroger sur ses actes passés, sur sa vie.
Comme dans son précédent roman Comment rêvent les morts ( où Mr T. est présent), la fin m'a déconcertée...
Roman sur la recherche du bonheur et sur la rédemption, j'en attendais plus cependant et je suis restée sur ma faim...
Les billets de Brize, Keisha
Lu de cette auteure : Comment rêvent les morts, Le coeur est un noyau candide ( à découvrir!)
lundi 25 novembre 2013
Marie Darrieussecq - Il faut beaucoup aimer les hommes
Éditeur : POL - Date de parution : Août 2013 - 321 pages superbes et adorées!
Solange trentenaire a quitté la France et est actrice à Los Angeles. Lors d’une soirée chez George (Clooney), son regard est aimanté par un seul homme. Il est acteur, se nomme Kouhouesso et il est noir. Très vite, Solange est submergée par l’amour qu’elle lui porte. Car si bien sûr elle aimé d’autres hommes avant lui ce n’était pas aussi intensément, passionnément. La passion qui l’a fait attendre.
« Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela ce n'est pas possible, on ne peut pas les supporter » ( Marguerite Duras) et il faut beaucoup les attendre pourrait rajouter Solange. Oh que oui elle l’aime cet homme Solange, elle l’écoute parler quand ils se voient de son grand projet d’adapter le livre Au cœur des ténèbres et de le réaliser en Afrique. Ce continent où est né Kouhouesso lui est inconnu. Elle lit, cherche et s’informe sur le Cameroun pour se rapprocher de lui et combler l’attente des moments à passer ensemble. Il n’a qu’en tête son film, amant distant aux manettes de leur relation donnant de ses nouvelles quand il a en envie. Solange ne quitte peu ou pas son portable guettant les textos de sa part.
Il est noir, elle est blanche : le regard des autres renvoie à Solange cette couleur de peau comme si la culture, les goûts devaient forcément en découler. Elle espère un rôle dans le son film, elle l’a. Le tournage n’a rien d’une sinécure où les ennuis techniques s’accumulent car Kouhouesso a ses exigences délaissant Solange encore plus. L’équipe découvre les croyances de cette terre où les rapports hommes-femmes sont différents. Là où la nature, la mysticité sont à ellesseules des personnages. Kouhouesso s’éloigne encore plus de Solange. On sait que leur relation va droit dans le mur mais Solange a des ressources et elle ne sera ni anéantie ou brisée.
Roman sur les affres de la passion, sur l’attente patiente ou que l’on endure, sur les couples mixes et tout cette sphère de questions, de préjugés qui les entourent. De Hollywood où le nom d’acteurs connus résonne à Paris en passant par la côte Basque où résident les parents et le fils de Solange, des forêts du Cameroun aux plateaux de cinéma, l’écriture se déploie par phrases courtes, un rythme scandé, un vrai souffle qui donne une envergure à ce roman. J’ai ressenti de l’empathie pour Solange sans la trouver mièvre ou fleur bleue.
J’ai beaucoup, beaucoup aimé ce roman intelligent où l’écriture de Marie Darrieussecq est quasi hypnotique !
Deux mois et demi. Au bout de combien de temps se rompt un lien? Se dénoue une histoire? L'amour, lui, empirait. L'amour idiot, celui qui empêche de vivre. Le désir qui est une des formes de l'enfer.
Les billets de Cathulu, Mango
mardi 19 novembre 2013
James Meek - Le cœur par effraction
Éditeur : Metailié - Traduit de l'anglais (Ecosse)par David Fauquemberg - Date de parution : Août 2013 - 525 pages dévorées !
Ritchie quadragénaire ex-rock star est une célébrité. Producteur d’une émission à succès pour ados, marié et deux enfants, il possède une belle maison coûteuse, l’art de ne s’intéresser qu’à lui et à sa carrière mais surtout il trompe sa femme avec une jeune fille de seize ans. Sa sœur Rebecca surnommée Bec est l’opposée de son frère. Elle est chercheuse et travaille sur un vaccin contre la malaria. Lorsqu'elle refuse la demande en mariage d’un journaliste et directeur d’un magazine people, Bec est loin de s’imaginer la suite des événements. Décidé à se venger de Bec, son ancien petit ami est prêt à révéler au grand jour les tromperies de Ritchie sauf s’il accepte de lui livrer de quoi ruiner la carrière de sa sœur.
Voilà un roman diablement contemporain, avec de la dérision, de l’ironie, de la légèreté et qui au fil des pages prend une réelle densité. D’autres personnages entrent en scène comme Alex un scientifique et qui pris au piège de l’affection de son oncle va connaître subitement la notoriété. L’ancien petit ami de Bec a crée une organisation la Fondation Morale qui au nom de la morale effectue du chantage auprès de personnes connues. Elles ont le choix entre accepter que tout le monde soit au courant de leurs petits secrets ou trahir quelqu’un de leur entourage. La notion de bien et de mal, la trahison, les libertés individuelles, les médias et les sciences sont entremêlées habilement dans cette satire sociale.
Enlevé, piquant et révélant bien des surprises, ce livre est en plus un page-turner redoutable avec des personnages creusés ! Un bon roman admirablement mené que j’ai dévoré !
"Un roman ambitieux" pour Hélène, Liliba n'a pas aimé.
mercredi 13 novembre 2013
Maria Pourchet - Rome en un jour
Éditeur : Gallimard - Date de parution : Septembre 2013 - 180 pages et une déception...
Pour l’anniversaire de son compagnon Paul, Marguerite a organisé à son insu une fête sur la terrasse d’un hôtel parisien. Mais Paul installé dans son canapé n’a pas envie de bouger. Les invités arrivent, essaient de meubler l'attente en vain.
Autant le dire tout de suite, ce roman est une déception. Maria Pourchet nous entraîne à tour de rôle dans l’appartement du couple et sur la terrasse de l’hôtel. Une galerie d’invités hypocrites comme la meilleure amie de Marguerite ou prétentieux qui ne savent plus que dire ou que faire pour tuer l’attente. Car le temps passe et ni Paul ni Marguerite n’apparaissent. Marguerite a beau chercher des prétextes, Paul ne veut pas sortir. Très rapidement, le ton devient acerbe entre eux et les rancœurs prennent le dessus.
Si j'ai souri durant les premières pages, je me suis très vite lassée de ces invités superficiels et sans intérêt particulier comme de la tournure que prend la soirée entre Paul et Marguerite. L’écriture vive, incisive de Maria Pourchet ne parvient pas à sauver ce roman qui s’enlise : surenchère d'ironie, des thèmes sans nouveauté, une trame très prévisible. Autant le premier roman de cette auteure était jubilatoire autant celui-ci est son opposé...
Une lecture dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire organisés par PriceMinister.
Lu de cette auteure : Avancer
Pour l’anniversaire de son compagnon Paul, Marguerite a organisé à son insu une fête sur la terrasse d’un hôtel parisien. Mais Paul installé dans son canapé n’a pas envie de bouger. Les invités arrivent, essaient de meubler l'attente en vain.
Autant le dire tout de suite, ce roman est une déception. Maria Pourchet nous entraîne à tour de rôle dans l’appartement du couple et sur la terrasse de l’hôtel. Une galerie d’invités hypocrites comme la meilleure amie de Marguerite ou prétentieux qui ne savent plus que dire ou que faire pour tuer l’attente. Car le temps passe et ni Paul ni Marguerite n’apparaissent. Marguerite a beau chercher des prétextes, Paul ne veut pas sortir. Très rapidement, le ton devient acerbe entre eux et les rancœurs prennent le dessus.
Si j'ai souri durant les premières pages, je me suis très vite lassée de ces invités superficiels et sans intérêt particulier comme de la tournure que prend la soirée entre Paul et Marguerite. L’écriture vive, incisive de Maria Pourchet ne parvient pas à sauver ce roman qui s’enlise : surenchère d'ironie, des thèmes sans nouveauté, une trame très prévisible. Autant le premier roman de cette auteure était jubilatoire autant celui-ci est son opposé...
Une lecture dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire organisés par PriceMinister.
Lu de cette auteure : Avancer
dimanche 10 novembre 2013
William March - Compagnie K
Éditeur : Gallmeister - Traduit de l’américain par Stéphanie Levet - Date de parution : Septembre 2013 - 288 pages saisissantes!
Décembre 1917 : la compagnie K de l’US Marines Corps composée d’engagés volontaires débarque en France pour se retrouver au front. Et c’est la voix de cent-treize soldats, lieutenants ou sergents qui s’élève dans autant de chapitres courts.
Les pensées intimes, le quotidien, les ressentis et la guerre nous sont décrits et dès la première page on est saisi car on est plongé aux côtés de ces soldats. Il y a la peur de mourir, la folie qui gagne certains d’entre eux, les ordres auxquels il faut obéir mais aussi la camaraderie, la nostalgie et cette guerre dans lesquels ils ont empêtrés. Autant de voix qui se superposent à toute la palette des sentiments humains. D’une même situation relatée par plusieurs personnages et couvrant ainsi les différents points de vue à une simple anecdote, du dramatique au grotesque, de la lâcheté au courage, ce sont des hommes qui nous parlent de l’horreur de la guerre. La guerre terminée, ces hommes qui auront survécu rentreront au pays marqués à jamais physiquement et/ou moralement.
Ce livre est un claque ! On se prend en pleine figure tous ces témoignages qui individuellement ou mis bout à bout sont saisissants ! Pas de pathos ou de bons sentiments, une écriture sans fioriture presque désabusée pour mettre des mots sur l’innommable, l’effroyable, l’absurdité ou l’injustice.
Alors forcément, les obus, la maladie, le manque de nourriture, les blessés et la mort sont des thèmes traités. Mais ce roman polyphonique raconte la Première Guerre mondiale vue par des américains.
Et toutes ces voix si réalistes portées comme un chant sont autant de vies. Un livre puissant et sobre que je ne suis pas prête d’oublier !
William March a lui-même combattu en France durant la Première Guerre mondiale. Dix ans d’écriture auront été nécessaires à l’écriture de Compagnie K son premier roman publié en 1933 aux Etats-Unis.
-Tu peux pas nous voir ? a demandé Walt Rose. Tu peux pas nous voir du tout, Lee ?
-Non, j’ai répondu…Je suis complètement aveugle.
Alors un sentiment de soulagement m’a envahi. Je me suis senti plus heureux que je ne l’avais été depuis des mois.
-La guerre est finie pour moi, j’ai dit.
Les billets de Lili M, Miss Leo, Sandrine
vendredi 8 novembre 2013
Goce Smilevski - La liste de Freud
Editeur : Belfond - Traduit du macédonien par Harita Wybrands - Date de parution : Septembre 2013 - 273 pages et un avis mitigé...
1938, Vienne est sur le point d’être envahie par les nazis. Sigmund Freud qui a révolutionné la psychanalyse obtient des visas pour l’Angleterre. Il a le droit d’établir une liste de personnes qu’il souhaite amener avec lui. Au lieu de choisir ses sœurs Pauline, Maria, Rose et Adolphine, il inscrit son médecin, son infirmière, son chien et sa belle-sœur. Adolphine qui a toujours été la plus proche de son frère ne le comprend. Selon Sigmund, elles n’ont rien à craindre. Pourtant, elles seront déportées au Camp de Terezin.
Adolphine est la voix de ce livre. Le début du livre s’ouvre sur elle et ses sœurs déportées mais la suite est le récit de sa vie. Si Sigmund faisait la fierté de leur mère (à huit ans il lisait Shakespeare), Adolphine la cadette subissait les reproches continuels de sa mère en tant qu’enfant non désirée. Sensible et attirée par la peinture, elle fera la connaissance de Klara la sœur de Gustav Klimt qui se bat pour le droit des femmes. Ses sœurs se sont mariées et Sigmund également. Condamnée à rester vivre avec sa mère, Adolphine est le témoin de la vie des autres. Son frère se fait un nom dans la psychanalyse tandis que son amie Klara est internée. La relation si proche qu’elle avait avec Sigmund n’existe plus même s’il lui parle encore de ses recherches. Adolphine plonge peu à peu dans la spirale de la dépression et est internée à son tour.
L'auteur fait apparaître Freud comme un misogyne et certains des points de vue concernant la femme et son rôle dans la société m’ont fait dresser les cheveux sur la tête. L’histoire d’Adolphine est poignante : une vie faite de sacrifices pour sa famille, de déceptions et d’impuissance tant elle était pieds et mains liés.
La famille, le fait d’être une femme et ses implications, la folie et ses définitions tiennent une place importante dans ce roman. Mais j’ai trouvé inutile les longues pages de pensées freudiennes qui selon moi n’avaient pas leur place.
J’ai eu l’impression que l’auteur a voulu aborder de nombreux thèmes mais sans aller au bout de chacun. Un avis mitigé au final d'autant plus qu'il est difficile de savoir où se situe la part de réalité (même minime) et celle de la fiction car à priori cette liste n' a jamais existé.
Une lecture dans le cadre de l'opération « On vous lit tout » organisée par Libfly.
mercredi 6 novembre 2013
Daniel Morvan - Lucia Antonia, funambule
Éditeur : Zulma - Date de parution : Août 2013 - 129 pages d'une beauté et d'une grâce aérienne...
"Parce que ma famille m’a bannie et parce que je me suis bannie moi-même pour ne pas porter malheur au cirque" : Lucia Antonia funambule a quitté le cirque familial après le décès d’Arthénice. Sa jumelle de cœur, sa partenaire, son autre moi. Désormais, Lucia Antonia vit sur une presqu’île. Dans ce lieu de salines, entre mer, terre et ciel, elle se noue d’amitié avec des réfugiées Eugénie et sa fille Astrée qui ont fui la guerre, un peintre et un garçon voilier.
Lucia Antonia écrit sur un carnet ses pensées, remonte le cours de sa mémoire et celle de sa famille, mais aussi décrit son présent. Dans ce roman tout est dévoilé par petites touches où Lucia Antonia nous fait découvrir le monde des funambules et des trapézistes, du spectacle qu’elles offraient elle et Arthénice en évoluant dans les airs. Lestée du décès d’Arténice dont elle se sent responsable, elle n’a plus l’équilibre pour remonter sur un fil. Des courts fragments où le deuil et la douleur s’affichent en retenue comme l’histoire de sa famille ou de sa nouvelle vie. Le lecteur suspendu flotte au gré des mots de Lucia Antonia mais sans se perdre. Ces mots consignés par écrit vont lui permettre de retrouver la force de se reconstruire.
Un roman de toute beauté, d’une grâce aérienne portée par une écriture elliptique, visuelle et poétique. Lumineux et d'une douceur incandescente par la simplicité de son élégance. J’ai été plus que touchée !
Mon ami Lucien me dit que nous, acrobates, sommes des poètes car nous allégeons la vie. Il dit : chacun se figure que c'est le bonheur qui est attaché à nos voltiges. Et c'est vrai parce que je les trouve quand je te serre contre moi.
Je le dit que je suis honorée mais que non.
Il dit que notre art grandit l'homme parce qu'il lui fait lever la tête et admirer.
Je lui dis que dans l'église voisine aussi, les hommes lèvent la tête, puis la baissent, puis se signent.
Merci Cathulu !
Les billets d'Anne, Le petit carré jaune, Jérôme, Maryline, Séverine, Un autre endroit, Yv
vendredi 1 novembre 2013
Emily St John Mandel - On ne joue pas avec la mort
Éditeur : Rivages - Traduit de l'anglais ( Canada) par Gérard de Chergé - Date de parution : Août 2013 - 300 pages qui sortent des sentiers battus du thriller!
Anton cadre dans une société à New-York épouse Sophie violoniste d’humeur versatile qui a déjà repoussé deux fois leur mariage. Leur lune de miel prend fin quand Anton décide de rester plus longtemps sur l’île d’Ischia près de l’Italie. Sophie rentre à New-York furieuse car Anton ne peut pas se trouver une raison valable pour se justifier.
Entre présent et passé, on découvre petit à petit Anton. Son rêve s’est réalisé : travailler dans un bureau à la tête d’une équipe. Une vie somme toute "normale". Ses parents sont antiquaires sur les quais ou plus exactement ils revendent des objets volés. Quand enfant, Anton a pris conscience du vrai travail de ses parents, il a rejeté l’idée d’être une personne pouvant gagner de l’argent de façon illégale. Sa cousine Aria venue vivre chez eux n’avait pas la même opinion que lui. Une fois son bac en poche, Anton est devenu l’associé d’Aria en vendant de faux papiers à des clandestins. Un trafic juteux mais Anton a raccroché pour suivre le droit chemin. A son travail il est soudainement mis au placard, défait de ses projets et relégué au sous-sol de l‘entreprise. Sans compter qu’Aria lui demande un dernier service ou plutôt le fait chanter.
Voilà un thriller qui sort des sentiers battus ! Des éléments apparaissent avec une enquêtrice qui n’intervient que très rarement. La part belle est faite à Anton qui doit réceptionner à Ischia un mystérieux colis et à Helena son ancienne secrétaire. Ils ont plus d’un point commun hormis leur collaboration : le vœu d’un travail légal aux Etats-Unis sans faire de vagues.
Emily St John Mandel amène ses personnages à l’introspection dans une sorte d’apesanteur avec une atmosphère douce et inquiétante. L'écriture est précise, s’attache à la psychologie et à la quête de soi-même.
Un thriller qui m’a conquise sur toute la ligne !
- Vous savez, dit David, il fut un temps où je trouvais cette question d'une extrême banalité.Qu'est-ce que vous faites? Je trouvais que c'était le syndrome de Combien vous gagnez? Mais depuis quelque temps, je commence à penser que c'est la question la plus importante que l'on puisse poser à quelqu'un .Qu'est-ce que vous faites? Quelle est votre occupation actuelle. Quelle est votre ligne de conduite dans la vie, comment vous situez-vous par rapport au monde?
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