Affichage des articles dont le libellé est Rentrée littéraire 2015. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Rentrée littéraire 2015. Afficher tous les articles

lundi 30 mai 2016

Marie-Hélène Lafon - Histoires


Éditeur : Buchet-Chastel - Date de parution : Octobre 2015 - 314 pages magnifiques !

Vingt nouvelles où l’on retrouve des gens de la campagne pas forcément des gens de la ferme, des villages, la ruralité, des gens du Cantal et ce « pays » avec sa rigueur hivernale mais également sa beauté. Des couples mariés, des personnes seules, des jeunes, des familles : les relations sont décrites avec le mot juste, calibré comme toujours chez Marie-Hélène Lafon. Des vies dures où l’on travaille sans rechigner, où l’on n’a pas le temps de s’apitoyer sur soi, les non-dits également. Apreté des vies où viennent se glisser quelquefois des rêveries, des souvenirs mais aussi quelquefois de la compassion. Le quotidien est raconté avec une richesse de la langue.
Le corps également a son importance. Comme dans le première nouvelle Liturgie qui raconte la toilette du père et de ses filles qui à tour de de rôle lui lavent le dos avec un gant. Pas de dialogues tout est dans les gestes, les regards. Ou encore dans un pensionnat, une religieuse surveille depuis des années les douches des adolescentes, "L’hygiène de la chair n'est rien quand le Verbe est soudé, sali, piétiné". Dans cette nouvelle L’hygiène, les deux dernières pages se lisent presque dans un souffle sur un rythme scandé par les mots de la prière.

Des nouvelles m’ont vrillée le cœur : le suicide de Roland " Peu importe qu'il ait ou non connu l'ardeur des corps, à la sortie d'un bal, sur un chantier, dans une ferme isolée, ou dans son atelier ; peu importe puisqu’il reste de lui qu'une trace de solitude, lisse et infime, à la surface de nos mémoires. ", l’histoire d’Alphonse le simple d’esprit.
D’autres derrière une certaine innocence en apparence comme La communiante révèlent une forme de cruauté. Jeanne l'institutrice, amante d'un prêtre, est d’une beauté à double tranchant.
Une ponctuation qui quelquefois se fait rare pour donner une densité supplémentaire. Et quand l’ironie s’invite, elle précède la noirceur.

La dernière nouvelle Histoires serait à citer entièrement. Marie-Hélène Lafon revient sur son enfance avec l’apprentissage de l’écriture et de la lecture. Mais aussi son rapport à l’écriture : " Il n'est pas plus facile, n'est plus difficile, je le crois aujourd'hui, décrire des nouvelles que des romans ; c'est seulement une autre affaire, en terme de distance et de souffle, d’élan et de tension. (..) Il y a moins de matière, de pâte textuelle à malaxer, à pétrir, à travailler sur un chantier de nouvelles à établi du roman, mais la question de la tension du récit s’y pose en des termes cuisants et cruciaux. En trois pages en dix ou trente, il faut, il faudrait tout donner à voir, à voir et à entendre, à entendre et à attendre, à deviner, humer, sentir, flairer, supposer, espérer, redouter.. Il faut, il faudrait tout ramasser, tout, et tout cracher ; il faut que ça fasse monde, ni plus ni moins qu‘un roman de 1322 pages, que les corps y soient, que la douleur y soit, la couleur, et le temps qui passe, ou ne passe pas, et la joie, et les saisons, et les gestes, le travail, les silences, les cris, la mort, l'amour, et la jubilation d'être, et tous les vertiges, et les arbres, le ciel, le vent. Il faudrait. »"

Un recueil magnifique et l’écriture de Marie-Hélène Lafon est de l’orfèvrerie !

Le billet d'EvaKeisha et Sabine ont lu Album qui comprend également ces nouvelles.

Sur ce blog : Chantiers - Joseph - L'annonce - Les pays  - Traversée

mercredi 6 avril 2016

Emilie de Turckheim - Popcorn Melody

Éditeur : Héloïse d'Ormesson - Date de parution : Août 2015 - 204 pages au charme fou ! 

Shellawick un trou paumé du Midwest avec ses cailloux,  son soleil de plomb, ses mouches, sa poussière et ses quelques habitants. Parmi eux, Tom Elliott la trentaine qui tient une supérette au doux nom le Bonheur. Il n’y vend que l’essentiel c’est-à-dire pas grand-chose « J'ai décidé de changer mes habitudes et de limiter mon carnet de commandes à la trilogie de bonheur : manger à sa fin, se laver et tuer les mouches. Au-dessus de ma porte, j'ai décloué le panneau SUPERMARCHE, je l'ai retourné et j'ai peint LE BONHEUR en lettres rouges. » Pas très loin, l’usine de popcorn emploie de nombreuses personnes et sur les paquets de popcorn, on retrouve la frimousse de Tom enfant mais hors de question pour lui d’en vendre. Ses quelques clients y viennent principalement pour s’installer dans le fauteuil de barbier et parler. Tom écrit un haïku dans les pages jaunes dès qu’un client franchit sa porte. Mais quand un hypermarché tout neuf (et climatisé) est construit juste en fac de la supérette de Tom, ses habitués désertent le Bonheur.
« La moitié des habitants vit – survit serait plus exact – de l’usine de popcorn Buffalo Rocks, magnat industriel qui domine toute la région. Tout le monde en périt aussi». Et l’hypermarché appartient au dirigeant de l’usine. Tom ne veut pas mettre la clé sous la porte. Il décide d’aller voir par lui-même ce temple de la consommation.

La première chose qui attire l’œil dans ce roman est l’écriture : unique, savoureuse et originale avec des expressions comme « vendre les fleurs» pour perdre la raison (c’est ce qui arrive à Matt l’ancien instituteur de Tom).
Avec une galerie de personnages hauts en couleur ( la fille adoptive de Matt s’appelle Emily Dickinson) souvent décalés, ce roman est bien plus qu’une jolie fable sur la société de consommation. Emilie de Turckheim nous parle des Indiens des Plaines, de la différence, de philosophie de vie, d'humanité, de poésie, d’écriture et de lecture.
Il s’agit d’un univers à part avec un grain de folie douce. C’est entraînant sur toute la ligne avec un charme fou! 

En écoutant mes clients, j'ai appris que les autobiographies étaient des tissus de mensonges sincères, qui variaient au gré des années et des ressentiments. 

Emily était comme ces comédiennes de cinéma qui ont un rôle aussi court qu'une étoile filante et qui concentrent dans cet instant toute la lumière qui ne s'est jamais posée sur elle.

Une lecture repérée chez Cuné, de nombreux billets sur Babelio.

vendredi 4 mars 2016

Adam Langer - Le contrat Salinger

Editeur : éditions Super 8 - Date de parution : Août 2015 - Traduit de l’anglais (Etats-unis) par Emilie Didier - 311 pages addictives.

Journaliste et également écrivain en panne, Adam Langer revoit par hasard un auteur qu'il avait interviewé quelques années auparavant : Conner Joyce auteur de polars à succès.. Les deux hommes ne sont pas que ce qu'on pourrait appeler des amis mais Conner choisit Adam comme confident. Conner a reçu une proposition contre un gros paquet d'argent : écrire un seul et unique livre pour un commanditaire. Ce dernier lui confie que des grand noms ont accepté avant lui : Salinger ou Thomas Pynchon par exemple. Evidemment Conner ne doit en parler à personne et écrire un livre à la hauteur de ce que on lui demande.

Premier coup de canif au contrat : il en parlé à Adam qui ressent une forme de jalousie.
Ce roman à tiroirs nous entraine dans une zone où la frontière entre réalité et fiction sont poreuses. L'appât du gain causera bien des torts en tout genre et les réflexions sur le rôle de l'écrivain et de ses attentes sont l'un des points forts de ce livre.
Très habilement mené, Adam Langer entretient une tension telle qu'on ne lâche pas ce livre. J'ai juste un bémol pour la fin mais je ne boude pas mon plaisir.

jeudi 3 mars 2016

Delphine Roux - Kokoro

Editeur : Philippe Picquier - Date de parution : Août 2015 - 128 pages et une belle découverte ! 

A l'adolescence, Seki et son frère Koichi se sont retrouvée brutalement orphelins. Seki s'est nichée dans le travail et la performance. Mariée et mère de deux fillettes, elle mène une vie ordonnée où l'imprévu n'a pas sa place. Koichi est son opposé. Il se satisfait de peu, se réfugie dans ses souvenirs d'enfance et rend visite régulièrement à sa grand-mère à la maison de retraite. Quelquefois, Seki apparait dans la vie de son frère pour surveiller, faire des remarques qui glissent sur Koichi. Il continue de regarder de loin le monde comme en retrait. Mais Seki qui semblait forte sombre dans une dépression et Koichi va l'aider tout en surmontant ses propres peurs.

Narré par Koichi, ce roman découpé en courts chapitres se lit avec bonheur. La reconstruction, la relation frère-soeur, les faux bonheurs préfabriqués sont quelques uns des thèmes abordés. Un premier roman servi par une écriture où chaque mot est pesé avec un sens de la formulation qui m'a touchée et séduite. Pas de guimauve, un rythme enveloppant, de la finesse et beaucoup de délicatesse. Une belle découverte !

Dernièrement, j’ai été titularisé. La sécurité de l’emploi. Cette sécurité là.

jeudi 25 février 2016

Marisha Pessl - Intérieur nuit

Editeur : Gallimard - Traduit de  l'anglais (Etats-Unis) par Clément Baude - Date de parution : Août 2015 - 704 pages brillantes !

Une jeune fille de vingt-quatre ans est retrouvée morte dans un entrepôt de Chinatown. Elle n'est autre qu'Ashley Cordova fille du célèbre réalisateur de films d'horreurs Stanislas Cordova. Controversé, adulé par des fans, énigmatique, ses films s'échangent sous le manteau et il ne s'est pas montré depuis trente ans. Si tout conclue à un suicide, le journaliste Scott MacGrath veut creuser. Il a y quelques années, en enquêtant sur Cordova, il s'est grillé professionnellement et y a laissé des plumes. Bien déterminé à remonter au réalisateur, MacGrath recoupe les informations concernant Ashley pour trouver les derniers témoins qui l'auraient vue en vie. Pianiste ultra douée, peu bavarde, les personnes l'ayant connue ou rencontrée décrivent une personnalité difficile à cerner. Et il n'y a pas que sa personnalité qui l'est car l'enquête avec son côté classique, réel prend une autre tournure. de la magie noire ou ce qui y ressemble, des fêtes très privées dans un endroit mystérieux et MacGrath qui est suivi.

Marisha Pessl nous harponne car ce roman est ultra bien mené. Des copies d'extraits de journaux, de lettres ou de mails y sont insérés comme autant de preuves. Au fil des pages, le monde de Cordova prend forme avec ses excentricités, la noirceur et la violence de ses oeuvres. le lecteur est plongé entre réalité et fiction en permanence qui semblent ne faire qu'une tant les limites sont repoussées. Mais surtout l'auteure nous désarçonne avec brio. Qui faut-il croire et que faut-il penser? Malgré quelques petites longueurs, ce roman hautement addictif bouscule, interpelle avec des personnages terriblement crédibles, des rebondissements qui maintiennent un vrai suspense. Brillant !

A n'en pas douter, Cordova cherchait des gens manipulables. Il était obsédé par l'idée de capter le réel.

samedi 20 février 2016

Jean-Louis Fournier - Ma mère du Nord

Editeur : stock - Date de parution : Septembre 2015 - 198 pages sensibles et délicates.

Ce livre est un hommage à celle qui n’apparaissait que brièvement dans "Il a jamais tué personne, mon papa". Un bel hommage à sa mère où l’amour voilé de pudeur se mêle à un humour moins caustique que d’habitude. Celle qui voulait être heureuse n’a vu que de loin le bonheur à cause de l’alcoolisme de son mari : « ma mère est tombée sous le charme. Il l’a fait chavirer ». Un homme dont personne ne savait dans quel état il rentrerait le soir après sa tournée de médecin qui s’effectuait auprès des malades mais aussi dans les bistrots. Une charge et une honte qu’elle a supportée avec courage en mettant bien souvent son orgueil de côté. Et en ce point, ce livre complète parfaitement le tableau peint dans "Il a jamais tué personne, mon papa". Surviendra le décès de son père âgée de quarante ans rongé par l’alcool « Notre père aura bu jusqu’a à la fin de sa vie. Il aura gâché sa vie, beaucoup de notre mère, un peu la nôtre » : les blessures même passées ne sont pas oubliées. La mère de Jean-Louis Fournier ne montrait pas ses sentiments mais elle a fait découvrir à ses enfants ses passions comme la musique et le théâtre à ses enfants.

Moi qui suis une inconditionnelle de cet auteur, "la Servante du seigneur" m’avait mise mal à l’aise ( et pas de billet de rédigé) mais ce nouveau livre de Jean-Louis Fournier m’a vraiment énormément touchée. Un message d’amour beau, sensible et délicat et tout en nuances d’un fils à sa mère. Et celui qui était le plus turbulent de la fratrie écrit : « elle ignorait qu’elle avait été la plus grande chance de ma vie. Je n’ai pas osé le lui dire, elle m’avait appris à taire mes sentiments. »

Lu de cet auteur :Où on va Papa ? -Il a jamais tué personne, mon papa -Le C.V. de Dieu - Satané Dieu !Veuf

vendredi 5 février 2016

Iain Levison - Ils savent tout de vous

Editeur : Liana Levi - Date de parution : Octobre 2015 - Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fanchita Gonzalez Batlle - 232 pages à ne pas bouder !

Snowe un agent de police se rend compte par hasard qu'il parvient à lire les pensées des autres. Pendant ce temps là, Brooks Denny attend dans le couloir de la mort dans une prison d'un autre état. Lui aussi possède ce don si particulier. Une femme d'une agence du gouvernement (jamais citée) vient le voir car elle a besoin le lui et de son don. Mais sortir un homme condamné à mort même sous surveillance peut tourner au vinaigre et Brooks Denny se fait la malle. Et qui de mieux pour retrouver un évadé télépathe qu'un policier lui-même télépathe ? Sauf que si notre agent croit avoir tout planifié, elle se trompe et rien ne va se passer comme prévu.

Dans ce livre sans temps mort, Iain Levison nous entraîne sur le sujet de la surveillance et de la manipulation des individus par les technologies.
Vif et entraînant, saupoudré d'humour, ce livre est à ne pas bouder! 

Les billets d'AlbertineCuné

dimanche 31 janvier 2016

Alexandre Seurat - La maladroite

Editeur : Éditions du Rouergue - Date de parution : Août 2015 - 122 pages dont on ne sort pas indemne.

En ayant pour thème la maltraitance des enfants, j’avais une appréhension celle d’être prise en otage par les ressentis qu’un tel thème ne peut que susciter. Mais en choisissant de nous raconter l’histoire de Diana âgée de huit ans (tirée d’un fait réel) par les personnes qu’elle a rencontrées ou qui l’ont côtoyées, Alexandre Seurat permet à travers les témoignages de saisir l’ampleur, la genèse de ce drame.

Tout commence par un avis de recherche de Diana car ses parents l'ont signalé disparue. Son ancienne institutrice se souvient de la fillette, des anomalies qu’elle avait constatées. Bleus, trace de coups pour lesquels les parents de Diana mettaient en avant sa maladresse. Mais elle a compris qu’il s’agissait d’autre chose et va remuer ciel et terre. Directrice d’école, médecin, la tante de Diana, sa grand-mère, les gendarmes, le personnel des services sociaux prennent tour à tour la parole. Comme la première institutrice de Diana, il y a ceux qui se sentent impuissants, d’autres qui ne veulent pas prendre de décision trop hâtivement. Les parents de Diana jouent la comédie à merveille : celle d’une famille unie ou tout le monde aime Diana. Malgré la machine mise en marche, il sera trop tard pour Diana.

Aucun voyeurisme, aucun pathos ni aucune scène de violence. Tous est suggéré mais le dysfonctionnement de l’administration surgit entre les lignes. Un premier livre qu’on lit la gorge serrée et dont on ne sort pas indemne. 

D'autres s'en chargeront, on a fait de notre mieux.

Pour d'autres billets, je vous renvoie à Babelio et à Libfly.

samedi 23 janvier 2016

Mary Dorsan - Le présent infini s'arrête

Editeur :P.O.L - Date de parution : Août 2015 - 720 pages qui bousculent. 

« À mes collègues, à nos patients et leur famille. C’est écrit parce que c’est notre histoire mêlée. C’est le récit de vies difficiles, méconnues, à la marge. Pour affirmer que vous existez. Que nous existons ensemble. Garder le silence était impossible. Vous dire ce livre aussi. » Ces quelques lignes sont la postface et quand on les lit, après avoir terminé ce livre, ces mots de Mary Dorsan prennent tout leur sens.
La narratrice est infirmière psychiatrique dans un appartement thérapeutique en banlieue parisienne qui accueille des adolescents. Certains y restent jour et nuit, d’autres n’y viennent que quelques jours par semaine ou moins. Une étape qui peut durer de plusieurs semaines à plusieurs années. Ils souffrent de troubles psychiatriques de problèmes familiaux, comportementaux et de l’attachement. A la marge de la société, de l’école, cet appartement thérapeutique est leur point d’ancrage avec une équipe médicale pour les aider, les écouter. L’équipe médicale doit gérer l’imprévisible, la violence physique et/ou verbale qui couve et qui peut éclater à tout moment. Les écouter, essayer de les faire parler et de dire ce qu’ils ressentent mais aussi les faire respecter les règles, les réconforter si nécessaire ou interdire, leur proposer des activités intérieures et extérieures (sorties au musée, à la mer), repérer les signes d’une crise qui va se produire et savoir y mettre fin.
Et nous lecteurs, on se retrouve immergés pendant une année comme dans un huis clos avec ces adolescents : Thierry, Jean-Marc, Roberto, Pablo, Hisham, Romuald et Aurélie. On découvre une violence inattendue ( comme Thierry qui tous les jours étale ses selles dans sa chambre, dans les sanitaires), des adolescents qui souffrent d’être rejetés par leur parents mais aussi des moments de calme. Mais rien n’est figé, une journée sans problème peut tourner en une soirée catastrophique. Et dans ce livre, Mary Dorsan ne s’intéresse pas qu’aux patients, elle inclue l’équipe médicale car « on ne peut pas parler que des patients sans parler des soignants». Des doutes, du ras-le-bol, de la peur, des liens (tendus par moments) entre collègues ou ce qui les lie mais aussi des sourires, une coordination obligatoire entre eux, l’appréhension pour certains de reprendre le travail après des vacances et comment la violence les affecte.  «J’écris pour une publication. Pour des lecteurs inconnus qui voudront bien se sentir touchés pour que quelque chose change. En eux. Dans leur regard. Leur cœur. La société.»

Mary Dorsan est un pseudonyme, la narratrice est l’auteure et donc infirmière psychiatrique. Elle réussit avec sobriété à nous décrire la complexité de son travail. Un premier livre puissant qui bouscule également, servi par une écriture qui touche au plus près des relations, d’une situation, des ressentis.

vendredi 22 janvier 2016

Anne Berest - Recherche femme parfaite

Editeur : Grasset - Date de parution : Septembre 2015 - 292 pages dévorées ! 

Photographe, Emilienne est admiratrice de Julie « qui, à quarante ans dirige une entreprise spécialisée dans la fidélisation à long terme des clients(…), une femme assez habile pour confectionner des gâteaux en forme de hamburgers, une femme capable, après voir présidé une réunion, d’enfiler une jupe crayon pour rejoindre son mari à l’opéra et pleurer en écoutant Madame Butterfly » sa voisine de palier devenue au fil du temps son amie. Emilienne décide de participer à un concours de photos sur le thème « portaits(s) de femme(s) » à Arles et elle a déjà son modèle : Julie. Sauf que cette dernière après son accouchement s’écroule et se retrouve hospitalisée à Sainte Anne pour cause d’épuisement. Mais Emilienne a son idée « je prendrais en photographie des femmes admirables, des héroïnes du quotidien, des modèles pour leur entourage. Et à travers ces différents portraits, se dessinerait l’idée que la femme d’aujourd’hui veut donner d’elle-même –une femme parfaite ».
Le tout est de commencer et que la première lui donne le nom d’une autre femme qu’elle admire et ainsi de suite pour refléter « un certain idéal contemporain ».

Dans ce roman sans temps mort et au ton relevé, on rencontre en compagnie d’Emilienne des femmes bien différentes qui racontent ou non leur parcours personnel et donnent leur vision de la femme parfaite. Et ça passe par des griefs contre la société (qui aurait engendré ce mythe en enfermant la femme dans un corps aux mensurations définies en lui refusant de vieillir) jusqu’à des rancœurs envers leurs aînées.
C’est enjoué, drôlement bien mené, on tourne les pages avec un sourire aux lèvres car Emilienne assume pleinement assume pleinement sa vie, sa personnalité, sa fantaisie et parce que derrière l’humour, il y a de vraies réflexions sur la condition de la femme. Un roman dévoré qui déborde d’une belle énergie contagieuse ! 

Les gens de bon goût sont d'un ennui mortel et contagieux.

Les billets de CathuluCuné

Lu de cette auteure : La fille de son pèreSagan 1954

dimanche 10 janvier 2016

Anna North - Vie et mort de Sophie Stark

Editeur : Autrement - Date de parution : Août 2015 - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch - 376 pages  et une très belle découverte !

«Au départ, je m ‘intéressais beaucoup à la façon dont bougent les gens, et c’est une chose qu’on ne peut pas montrer sur une photo, ou bien c’est difficile, et vous restituez des fragments.» Voilà comment Sophie Stark est devenue une jeune réalisatrice du cinéma indépendant. Solitaire, énigmatique, perfectionniste, elle est passionnée par son travail dans lequel elle s’investit corps et âme.
Sophie prend vie par le récit d’autres personnages. Allison la serveuse qui a tourné pour elle et  qui était son amante, son frère protecteur, Daniel un étudiant doué au basket, Jacob un musicien qu’elle épousera à la surprise générale de tous, un producteur de cinéma ainsi que  par les chroniques d’un journaliste qui permettent d’éclairer sous un autre jour ses films. Tous verront leur vie marquée par Sophie.
Assez asociale, elle semble manipuler les autres pour arriver à ses fins. A travers les différents récits, plusieurs facettes d’elle nous sont livrées : fascinante, intrigante, aimée, incomprise, égoïste ou encore insensible. En tant tant que lecteur, on a des fragments de sa personnalité mais  qui sont forcément faussés, incomplets, marqués par ce que chacun a vécu avec Sophie .
Et il y a cette phrase marquante « Je pensais qu’en réalisant des films je ressemblerais plus aux autres, confia Sophie. Mais parfois, j’ai l’impression que ça me fait ressembler encore plus à ce que je suis. » Comme si Sophie voulait accéder  à une sorte de normalité en réalisant des films et qu'elle se rendait compte de son impossibilité.

Dès le départ, la construction m’a ferrée tout comme l’atmosphère qui s’en dégage, Sophie m’a surtout hypnotisée. Un livre  très bien construit que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher. Et même s’il m’a manquée un petit je ne sais quoi (peut-être le fait que Sophie reste une énigme), j’ai beaucoup aimé ce roman qui aborde les thèmes de la création, de l'artiste vulnérable et/ou manipulateur.
Une très belle découverte à ne pas rater !

Les billets d'Eva, Kathel

mardi 5 janvier 2016

Hubert Haddad - Corps désirable

Editeur : 168 pages - Date de parution : Août 2015 - 168 pages troublantes et dérangeantes! 

Journaliste d'investigation, Cédric Erg a coupé les ponts avec son passé et son père depuis bien des années. Sous son patronyme d’emprunt, il dénonce le lobby de l’industrie pharmaceutique avec laquelle son père a fait fortune. Avec Lorma une très belle femme, il vit le grand amour. Mais suite à un accident, il est entre la vie et la mort, et son corps est un tombeau. Des chirurgiens veulent tenter une première : greffer sa tête sur un autre corps. L’opération est une réussite et les différents risques comme celui du rejet sont écartés, mais Cédric vit mal avec ce corps qui n’est pas le sien et ressent cette impression d’être un usurpateur. Est-ce le cerveau qui commande tout ? Et la mémoire du corps ? Qui du corps ou de la tête est le greffon?

Avec une écriture travaillée et si délicieuse à lire, sans nous noyer sous des termes médicaux, Hubert Haddad ouvre de nombreuses portes d’où surgissent des questions. L’éthique, la morale, les progrès et/ou les dérives de la science, la folie surgissent à travers les lignes.
En peu de pages l’auteur non seulement installe un suspense mais décrit parfaitement les émotions avec beaucoup de subtilité. A lire incontestablement car ce roman est troublant, dérangeant et fascinant en même temps car il touche à l’identité de la personne. 

Même s'il parvenait à accepter sa transplantation, la symbiose promise avec son hôte inconnu lui semblait tout à fait révulsante et contre-nature. Mais qu'allait-il faire de cette réalité hybride et dédoublée maintenant, car il éprouvait de manière irrépressible une dualité charnelle et mentale, une impression de coexistence monstrueuse. 

Les billets de Le bruit des livres, Yv

Lu de cet auteur : Théorie de la vilaine petite fille - Vent printanier

jeudi 31 décembre 2015

Delphine de Vigan - D'après une histoire vraie

Editeur : JC Lattès - Date de parution : Août 2015 - 479 pages qu'on ne lâche pas !

Après le succès et les retombées de Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan connaît l’angoisse de la page blanche. Au cours d’une soirée, elle fait la connaissance de L. une femme qui semble sûre d’elle contrairement à l’auteure qui est vulnérable. Les deux femmes deviennent amies : L. est à l’écoute, aux petits soins. Mais elle est aussi possessive et elle ne veut être que sa seule amie. Elle tisse sa toile autour de l’auteure jusqu‘à devenir indispensable. Et elle se montre très intéressée par ce que l’auteure projette d’écrire. Selon elle, la fiction n’intéresse pas les lecteurs seul le vécu vaut la peine d’être raconté. Elle insiste, revient à la charge.

En distillant des éléments personnels, on se dit que Delphine de Vigan nous raconte sa vie. On pourrait penser que l’auteure a fait pénétrer sans le vouloir le loup dans la bergerie mais il y a bien plus. Car ce livre prend un autre tournant totalement inattendu.
Aussi addictif qu’un très bon thriller, très bien mené, avec des réflexions sur l'écriture, la fiction et la réalité, Delphine de Vigan nous bluffe entièrement et totalement sur toute la ligne ! Un livre qu’on ne lâche pas, vous êtes prévenus. 

Mais toute écriture de soi est est un roman.Le récit est une illusion. Il n'existe pas. Aucun livre ne devrait porter être autorisé à porter cette mention.

Et j'ai eu l'immense chance de rencontrer Delphine de Vigan et de discuter avec elle à la librairie Dialogues  quand elle est venue parler de ce livre. Un grand bonheur de 2015 !

Lu de cette auteure :  Les Jolis Garçons - Les heures souterraines - No et moi - Rien ne s'oppose à la nuit


mercredi 30 décembre 2015

Ian McEwan - L'intérêt de l'enfant

Editeur : Gallimard - Traduit de l'anglais par France Camus-Pichon - Date de parution : Octobre 2015 - 221 pages lus en apnée totale !

A presque soixante ans, Fiona Maye est une magistrate brillante, une juge aux affaires familiale admirée et respectée par ses confrères. Elle a consacré beaucoup de temps et d'énergie à sa carrière pour être nommée à ce poste. Mariée à Jack, elle avait sans cesse décaler par le passé la période pour avoir un enfant car elle s'est toujours sentie mariée également au droit et à la justice. Les années ont passé et le temps de devenir mère est devenu impossible. Son mariage bat de l'aile mais Fiona s'investit toujours autant dans son travail avec une seule idée à l'esprit : l'intérêt de l'enfant. "L'intérêt de l'enfant ne se mesure pas en termes purement financier, et ne se résume pas au confort matériel. Elle l'envisagerait donc d'un point de vue le plus large possible. L'intérêt de l'enfant, son bonheur, son bien-être devaient se conformer aux concepts philosophie de la vie bonne. Elle énumérait quelques ingrédients pertinents, quelques buts vers lesquels l'enfant pouvait tendre en grandissant. L'indépendance intellectuelle et financière, intégrité, la compassion et l'altruisme, un travail gratifiant par le degré d'implications requis, un vaste réseau d'amitiés, L'obtention de l'estime d'autrui, les efforts pour donner un sens à son existence, et la présence au centre de celle-ci d'une relation significative, ou d'un petit nombre d'entre elles, reposant avant tout sur l'amour."

Il y a des affaires simples mais également des cas plus complexes qui l'ont marquée comme celle de parents catholiques qui refusaient au nom de leur religion l'opération de leurs bébés siamois destinés à mourir tous les deux sans intervention médicale. Après avoir posé et quantifié dans la balance tous les facteurs, Fiona a jugé que l'opération était nécessaire afin que l'un des deux bébés puisse vivre. Une nouvelle affaire lui est soumise en urgence par des médecins d'un hôpital. Adam Henry, un adolescent de dix-sept ans et neuf mois, atteint de leucémie risque de mourir. Comme ses parents, il est témoin de Jéhovah et ne peut accepter à cause de des croyances une transfusion sanguine qui avec le traitement médical associé lui sauverait la vie. (" la liberté de choisir un traitement médical est un droit fondamental pour tout adulte"). Fiona décide de se rendre à l'hôpital et de rencontrer Adam avant de rendre son verdict. Brillant élève, intelligent, sensible et poète, Adam se montre déterminé dans son choix " Je suis un individu à part entière. Une personne distincte de mes parents. Quelle que soit leur opinion, je décide par moi-même."

Fiona va prendre une décision pour l'intérêt d'Adam, une décision qui concerne son futur immédiat "j'ai jugé que la vie de A. était plus précieuse que sa dignité."
L'histoire pourrait s'arrêter là mais il n'en est rien. Car les vie d'Adam et de Fiona vont être bouleversées, la décision rendue par Fiona aura des conséquences pour eux deux. Ian McEwan nous dresse le portrait d'une femme qui semble forte mais rendue sensible sous sa carapace de juge par des affaires qui se sont ancrées à jamais dans son esprit.

Les dernières pages sont tout simplement terribles (je n'en dirai pas plus) et mes yeux ont hébergé des poissons d'eau. Un roman mené brillamment qui nous interroge sur cette notion de l'intérêt de l'enfant par la justice avec les contextes familiaux, religieux, culturels.
Un livre qui m'a plus que touchée et que j'ai lu en apnée totale avec une grosse boule d'émotions à travers la gorge !
Et juste cette citation qui en dit long : "L'intérêt d'un enfant, son bien-être, tenait au lien social. Aucun adolescent est une île. Elle croyait que ses responsabilités s'arrêtaient aux murs de la salle d'audience. Mais comment auraient-elles pu s'arrêter là ?."

Et une dernière citation : Faire pitié signifiait en quelque sorte votre mort sociale.

Les billets d'Alex, Cathulu, Cuné, Dominique, Jérôme, Laure,

Lu de cet auteur : Délire d'amour - Expiation - L'enfant volé - Opération Sweet Tooth - Sur la plage de Chesil

lundi 28 décembre 2015

Liz Nugent - Oliver ou la fabrique d'un manipulateur

Editeur : Denoël- Date de parution : Septembre 2015 - Traduit de l’anglais (Irlande) par Edith Soonckindt - 242 pages addictives ! 

Il la tape puis sort faire un tour et boire dans un bar. Il revient, elle dit qu'elle sait tout de lui. Il la frappe à nouveau très fort et elle sombre dans le coma.
Oliver Ryan est un auteur à succès de livres pour enfants. Sa femme Alice les illustre et tous deux forment un couple sans histoire et sans problème. Mais les apparences peuvent être trompeuses quand un des deux a menti depuis très longtemps. C'est ce qu'Oliver a fait depuis toujours et envers tout le monde. Il s'est fabriqué une image mais Alice sa femme va découvrir qui il est et bien pire encore. 

Plusieurs personnages prennent la parole ainsi qu'Oliver lui-même, et on remonte le temps jusqu'à l'enfance d'Oliver. Et chacun raconte. Comment il a rencontré Oliver, sa personnalité mais personne ne comprend pourquoi il a été aussi violent envers Alice. Si  les différents témoignages ne nous permettent pas de savoir qui est véritablement Oliver, on se rend compte qu'il n'était jamais franc. Mais en tant que lecteur on est loin, très loin de s'imaginer la sordide réalité.

Ce polar très psychologique se déroule en Irlande mais il nous fait voyager également en France. Implacable, hyper bien mené, on tourne les pages avec frénésie car Liz Nugent sait nous ferrer dès le départ. Et quand une une partie de la lumière apparaît ou se dessine, elle est odieuse. Oliver est un manipulateur, un caméléon, un être égoïste, perfide et sans scrupule. Le fin mot de l'histoire lui m'a laissé abasourdie. Un polar hautement addictif ! 

Le billet tentateur de Cuné

dimanche 27 décembre 2015

Christophe Boltanski - La cache

Editeur : Stock - Date de parution : Août 2015 - 335 pages et un premier roman totalement réussi !

Ce livre s’ouvre sur l’image d’une voiture, pas n’importe laquelle, mais celle de la voiture familiale : une Fiat 500 lusso de couleur blanche. A son volant, Mère-Grand aux jambes invalides à cause d’une polio contractée dans les années 1930. Une grand-mère appelée ainsi par ses petits-enfants à sa demande.
L’hôtel particulier rue de Grenelle à Paris était bien plus que leur habitation, il était leur antre et leur nid. Derrière ses jolies façades de type chic, l’intérieur était à l’image de leur façon de vivre assez (ou très) particulière.

A partir de chaque pièce de cette maison, Christophe Boltanski retrace l’histoire de son clan. Son grand-père Etienne était un médecin qui défaillait la vue du sang. Son épouse Marie-Elise tenait à avoir ses enfants toujours près d’elle. Un instinct de louve mêlé à celui de l’amour maternel. Pas d’éducation à strictement parler pour les enfants, pas de repas équilibrés pris à heures fixes et pas d’école obligatoire. Etienne était l’enfant unique d’un couple d’émigrés juifs venant de Russie. Un homme né ne France, qui aimait son pays et qui s’est battu pour lui mais l’étoile jaune lui a montré un autre visage de la France qu’il ignorait. Marie-Elise, elle, avait été confiée par ses parents à une tante célibataire.
A travers des anecdotes qui sont quelquefois quasi-surréalistes, drôles (on imagine mal six personnes partir sur les routes en vacances dans une Fiat 500 et même y dormir) ou qui nous ramènent à des heures sombres de l’histoire, l’identité jalonne ce livre. Car qui est-on quand on doit se cacher ?

A partir des souvenirs entendus et probablement déformés sur ses aïeuls paternels qu’il n’a pas connus, l’auteur se lance dans une quête sur l’origine de ses racines.
La grand-mère de Christophe Boltanski est le pilier de cette famille atypique, attachante et de ce livre vraiment très, très intéressant. Il y a beaucoup de choses que l’on apprend sur ses grands-parents (et en particulier sur sa grand-mère) mais en dire plus serait gâcher le plaisir des futurs lecteurs aussi je ne préfère ne pas en dire plus.
Un très bon premier livre, maîtrisé, vivant et où l’on ressent une vraie modestie de la part de l’auteur (certains auraient, avec fierté ou orgueil, mentionné les titres, les professions des oncles, du père et de la tante mais lui non).

Cela peut paraître étrange de commencer la description d'une maison par sa voiture. La Fiat 500, tout comme sa grande sœur suédoise, constitue la première pièce de la rue de Grenelle, son prolongement, son sas, sa partie mobile, sa chambre hors les murs, ses yeux, son globe oculaire. À l'égal d'un foyer, elle forme un univers fini, rond, lisse, aussi chaud et rassurant qu'un coin du feu.

Les billets de Nicole, Séverine

mardi 22 décembre 2015

Emma Hooper - Etta et Otto


Editeur : Les Escales - Traduit de l'anglais (Canada) par Carole Hanna - Date de parution : Octobre 2015 - 432 pages qui vrillent le coeur ! 

 « Je devrais peut-être partir, répondit Etta. Dans un endroit pour les gens qui s’oublient eux-mêmes. Mais je me souviens, dit Otto. Si je me souviens et que tu oublies, on peut sûrement s’équilibrer. » Mais Etta quatre-vingt- trois ans a pris sa décision et elle quitte un matin leur région du Saskatchewan pour voir la mer. Elle s’en va bottes aux pieds avec trois fois rien à manger pour un long périple et le vieux fusil d’Otto. Lorsqu’il se rend compte de son départ, il l’accepte et ne cherche pas à alerter Russel, son frère de cœur et ami depuis l’enfance. Il ne sait pas comment se débrouiller sans Etta mais il y va essayer.

Otto, Etta  et Russel trois personnes liées par l’histoire, les souvenirs et l’amour sous différentes facettes. Mêlant la marche d’Etta à travers le Canada et les événements passés, Emma Hooper nous livre un magnifique premier roman où il est question d’amour, de la guerre à laquelle a participé Otto, la famine, l’amitié et l’esprit d’Etta qui s’effiloche.

Roman d’une beauté rare avec une jolie pudeur où Etta et son coyote qui parle, Russell et Otto nous confient leurs rêves passés ou présents tout comme leurs peines, et ce qu’ils ont traversé. L’auteure nous transporte dans un monde en équilibre entre réalité et poésie. Avec précision et avec un rythme où le temps n’est qu’une mesure, elle nous dépeint les sentiments de ses personnages avec une écriture unique. Une lecture tissée hors du temps qui nous imprègne, nous vrillent le cœur et l’esprit ! Un roman incroyablement lumineux où une force se dégage de la douceur qui nous enveloppe longtemps. 

Elle essayait de dormir sans qu’aucune partie de son corps ne touche celui d’Otto afin que ses souvenirs à lui ne trouvent point de contact pour se glisser dans les siens

Chère E.,Comprenez-moi bien, il y a du monde partout ici. On dort, on on mange, on marche les uns avec les autres, côte à côte. On respire le même air, on dort du même sommeil. Comme à la maison en fait. Mais quand même, Etta, il y a cette espèce de connexion dont je découvre le besoin seulement au moment où elle disparait. Après tous ces mois sans recevoir de lettres. Une certaine couche de solitude. Comprenez-moi bien, il y a du monde partout ici. On dort, on on mange, on marche les uns avec les autres, côte à côte. On respire le même air, on dort du même sommeil. Comme à la maison en fait. Mais quand même, Etta, il y a cette espèce de connexion dont je découvre le besoin seulement au moment où elle disparait. Après tous ces mois sans recevoir de lettres. Une certaine couche de solitude. 

Les billets d'AntigoneCathulu, Cuné, IsabelleJostein

dimanche 20 décembre 2015

Marie-Hélène Lafon - Chantiers

Éditeur : Editions des Busclats - Date de parution : Août 2015 - 120 pages magnifiques !

Celle qui a quitté son pays et la ferme familiale car elle pouvait entreprendre des études et devait les réussir (condition sine qua non) a commencé à écrire à 34 ans et a été publié pour la première fois  à l’âge de 39 ans.
Avec Chantiers, nous sommes avec elle à l’établi  « in situ ; et c’est une place, une place dans le monde, un creux pour le vertige et la jubilation, ensemble, les deux, à fond à fond à fond », un lieu  « où ça fermente, où je fomente ». «  Nous y sommes, au corps à corps,  au contact, jusqu’au cou avec les mots, la phrase et le phrasé, le récit ». Car Marie-Hélène Lafon explore les mots, les creuse jusqu’à l’os, matière vivante sous ses doigts qu’elle pose et repose sur l’établi.

Un écrivain exigeant avec son travail qui nous enchante en parlant de grammaire (un pour régal), de ponctuation, de temps, de son amour pour Flaubert et qui a toujours en tête celui ou celle qui recevra ses textes. «  la phrase est tendue et travaillée pour lui rentrer dedans, pour rentrer dans les lecteurs, leur faire perdre et chercher, perdre ou chercher, rechercher, recouvrer leur respiration, et leur souffle. La phrase est faite pour leur passer dessus, au travers, pour les caresser pour les broyer les caresser les consoler les acculer les empoigner les débusquer les pousser dans leurs retranchements les plus embroussaillés les consoler les caresser. La phrase est faite pour danser. »

Marie-Hélène habite l’écriture, les mots « c’est toujours être dans la langue, l’habiter comme on habiterait une maison, la triturer, fourrager en elle, c’est toujours faire rendre gorge aux mots et les apprivoiser, l’un n’excluant pas l’autre, pour vivre mieux, si vivre c’est aussi dire ; car vivre, ce serait aussi dire, pas seulement, mais aussi ».

C’est beau, puissant, vivant, éblouissant, on fait corps avec ces chantiers.
Un livre qui nous parle, nous enveloppe, nous transperce et prend possession de nous. Magnifique !

Lu de cette auteure : Joseph - L'annonce - Les pays - Traversée

vendredi 18 décembre 2015

Alice McDermott - Someone

Editeur : Quai Voltaire - Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Arnaud - Date de parution : Août 2015 - 265 pages à lire! 

Etats-Unis, New-York, Brooklyn, 1930. Fille d’irlandais, Marie passe son temps à jouer avec ses amis dans son quartier où tout ce qui se passe fait figure d’événement : la mort d’un voisin, les naissances. Son frère Gabe plus âgé qu’elle se destine à devenir prêtre. Les années passent, Marie découvre les peines de coeur. C’est une jeune fille quelconque qui ne cherche pas spécifiquement le bonheur, qui subit ou accepte les évènements qui vont la marquer. Marie raconte sa vie à différents âges et ce qui est lié : l’enfance, la mort de son père, la renoncement de frère à sa vocation, son travail, son mari, la naissance de son premier enfant où elle a failli perdre la vie, sa myopie invalidante qui la rendra presqu’aveugle, la vieillesse, le veuvage. Et elle le décrit avec ces petits détails, ses souvenirs.

Un parcours de femme et de son entourage (famille ou voisins) écrit sans fioritures et avec une justesse incroyable mais aussi ce qui fait justement la vie avec ses hauts et ses bas. C'est tout simplement beau, de cette beauté qui laisse une trace et avec elle un sentiment d’avoir eu une lecture marquante. 

Debout, à une extrémité de a table, mon frère s'était lancé dans un grand discours, pendant que ma mère remplissait les assiettes. Nous étions assises toutes les deux, la tête levée vers lui. C'était là le langage des hommes timides, me dis-je, des hommes trop seuls avec leurs lectures et leurs idées - sur la politique, la guerre, les pays lointains, les tyrans. Des hommes qui préféraient enfouir la tête là-dedans plutôt que de voir le simple chagrin d'amour d'une femme.

 La chaleur, un rappel de ce que j'avais entrevu lors de l'agonie de mon père, mais que, sans l'avoir prévu ni voulu, j'avais réussi à oublier : les jours ordinaires étaient un voile, un pan de tissu fin qui faussait le regard.

jeudi 17 décembre 2015

William Boyd - Les vies multiples d'Amory Clay


Editeur : Seuil - Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Isabelle Perrin - Date de parution : Octobre 2015 - 517 pages plaisantes

Qu’on se le dise tout de suite Amory Clay est un personnage de fiction malgré les photos qui jalonnent ce roman. En 1997, c’est une femme âgée qui se penche sur ses souvenirs et sa vie. Contaminée très jeune par le virus de la photographie, il s’agit d’une jeune fille qui veut en faire son métier. Mais en Angleterre et dans les années 20, ce n’est pas courant. Elle débute néanmoins par des portraits avec son oncle mais Amory attend autre chose de plus palpitant. Et dans les années 30, là voilà à Berlin presque sans le sou où elle entreprend de photographier ce qui se passe dans les maisons de passe. De retour à Londres, son exposition fait scandale mais sa carrière est lancée.
Et il s’agit d’une femme libre, déterminée. De l’Angleterre aux Etats- Unis, de la France au Vietnam, elle sera là à immortaliser par ses clichés l’Histoire et ses guerres. Une femme aux nombreuses conquêtes qui n’a peur d’avouer ses erreurs. On est loin de l’héroïne « parfaite » ou lisse, et c’est ce qui la rend attachante. Toujours aller de l’avant aurait pu être son credo.

William Boyd nous livre le portait d’une femme pionnière pour son époque : photographe,  reporter de guerre et passionnée. Une lecture un peu trop romanesque à mon goût où de nombreux passages sont assez prévisibles mais qui est agréable à lire. Un roman qui rend néanmoins un bel hommage à toutes ces femmes photographes.

Le billet de Nicole plus enthousiaste que moi

Lu de cet auteur : L'attente de l'aube
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...