Editeur : Les Allusifs - Traduit de l'anglais (Canada) par Marie Frankland - Date de parution : Janvier 2016 - 174 pages lues en apnée totale.
1962, Canada. Dans la petite ville d’Hamilton, Brenda Bray âgée de douze ans, mal dans sa peau et boulotte est élevée par une mère instable et dépressive. Depuis toujours elle est habituée à être la cible des moqueries des autres élèves et pourtant Jori Clément nouvellement arrivée vient vers elle. Fille unique d‘un couple aisé, Jori est l’opposé de Brenda : sûre d’elle, très déterminée. Préférant fuir les crises de colère et l’inconstance de sa mère, Brenda obéit toujours à Jori même si elle n’est pas d’accord avec ce qu'elle pense ou dit. Sauf que cette dernière disparaît durant les vacances.
2002, Brenda qui se fait appeler Rae est devenue une auteure de polars à succès au physique filiforme. Elle revient à Hamilton et consigne dans un journal tout ce qui s’est déroulé avant et après la disparition de Jori.
Alternant passé et présent, on découvre toutes les facettes de l’amitié très ambiguë entre Brenda et Jori. Les personnalités des deux fillettes mais aussi et surtout les pensées intimes, les sentiments de Brenda/ Rae ainsi qu'une époque.
J'ai été ferrée dès les premières lignes par l’atmosphère de ce roman parfaitement mené. J. D. Miller fait preuve d’une finesse et d’une justesse incroyable sur les rapports entre ses personnages. Au fil des pages, les certitudes volent en éclats et on est déstabilisé.
Un premier roman lu en apnée totale à ne pas rater !
Un terme vint à l'esprit de Brenda : le bon goût. Ils avaient commencé à aborder le sujet à l'école dans les cours d'économie ménagère. Il en ressortait que le bon goût n'avait aucun lien avec l'argent. C'était une question de jugement.
Le billet tentateur de Cathulu
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jeudi 11 février 2016
vendredi 5 février 2016
Iain Levison - Ils savent tout de vous
Snowe un agent de police se rend compte par hasard qu'il parvient à lire les pensées des autres. Pendant ce temps là, Brooks Denny attend dans le couloir de la mort dans une prison d'un autre état. Lui aussi possède ce don si particulier. Une femme d'une agence du gouvernement (jamais citée) vient le voir car elle a besoin le lui et de son don. Mais sortir un homme condamné à mort même sous surveillance peut tourner au vinaigre et Brooks Denny se fait la malle. Et qui de mieux pour retrouver un évadé télépathe qu'un policier lui-même télépathe ? Sauf que si notre agent croit avoir tout planifié, elle se trompe et rien ne va se passer comme prévu.
Dans ce livre sans temps mort, Iain Levison nous entraîne sur le sujet de la surveillance et de la manipulation des individus par les technologies.
Vif et entraînant, saupoudré d'humour, ce livre est à ne pas bouder!
Les billets d'Albertine, Cuné
jeudi 28 janvier 2016
Louise Erdrich - Le pique-nique des orphelins
Editeur : Albin-Michel - Traduit de l'américain par Isabelle Reinharez - 468 belles pages denses et riches !
1932, Minneapolis. Au cours d’une fête foraine, Mary et Karl voient leur mère embarquer à bord d’un avion et partir à jamais. Et leur petit-frère Jude encore nourrisson se fait enlever par un homme. Ils n’ont pas d’autre choix que de se rendre à Argus dans le Dakota du Nord où leur tante tient une boucherie avec son mari. Seule Mary y parviendra, Karl étant resté dans le train de marchandises.
Si elle est accueillie avec bonté par son oncle et sa tante, Sita sa cousine ne voie pas d’un bon œil son arrivée. Très vite, Mary s'intègre et se noue d’amitié avec Célestine.
Sur plus de quarante ans et trois générations, nous suivons principalement Mary, Célestine qui contrairement à Sita sont restées à Argus. Un roman choral où les femmes ont un caractère bien trempé et où le vie n’est pas si facile. L’amitié de l’enfance s’est effacée, bousculée par des événements auxquels les deux femme doivent bien faire face. Tous les personnages de ce roman ont des existences blessées, des rêves avortés. Malgré leur défauts, leur dureté ou leur faiblesse, ils ne peuvent que nous toucher.
Un roman dense, riche, passionné et passionnant où Louise Erdrich déploie une fois plus tout son talent. Et j'ai retrouvé dans ce livre (paru une première fois en 1986 ) tout ce j'aime chez cette auteure.
Lu de cette auteure : Dans le silence du vent - La chorale des maîtres bouchers - La malédiction des colombes - Le jeu des ombres
Les billets de Cathulu, Jérôme
1932, Minneapolis. Au cours d’une fête foraine, Mary et Karl voient leur mère embarquer à bord d’un avion et partir à jamais. Et leur petit-frère Jude encore nourrisson se fait enlever par un homme. Ils n’ont pas d’autre choix que de se rendre à Argus dans le Dakota du Nord où leur tante tient une boucherie avec son mari. Seule Mary y parviendra, Karl étant resté dans le train de marchandises.
Si elle est accueillie avec bonté par son oncle et sa tante, Sita sa cousine ne voie pas d’un bon œil son arrivée. Très vite, Mary s'intègre et se noue d’amitié avec Célestine.
Sur plus de quarante ans et trois générations, nous suivons principalement Mary, Célestine qui contrairement à Sita sont restées à Argus. Un roman choral où les femmes ont un caractère bien trempé et où le vie n’est pas si facile. L’amitié de l’enfance s’est effacée, bousculée par des événements auxquels les deux femme doivent bien faire face. Tous les personnages de ce roman ont des existences blessées, des rêves avortés. Malgré leur défauts, leur dureté ou leur faiblesse, ils ne peuvent que nous toucher.
Un roman dense, riche, passionné et passionnant où Louise Erdrich déploie une fois plus tout son talent. Et j'ai retrouvé dans ce livre (paru une première fois en 1986 ) tout ce j'aime chez cette auteure.
Lu de cette auteure : Dans le silence du vent - La chorale des maîtres bouchers - La malédiction des colombes - Le jeu des ombres
Les billets de Cathulu, Jérôme
lundi 25 janvier 2016
Lydia Millet - Magnificience
Editeur : Cherche-Midi - Traduit de l'américain par Charles Recoursé - Date de parutions : Janvier 2016 - 270 pages réussies!
Nous retrouvons dans ce dernier tome les personnages de Comment rêvent le morts et de Lumières fantômes, et cette fois-ci l’auteure s’intéresse principalement à Susan. Elle vient de perdre son mari Hal et hérite d’un oncle une maison de style musée où les chambres portent le nom d’un continent. Le tout est peuplé d’animaux sauvages empaillés. Au lieu de la vendre, elle décide de la garder et d’y aménager. De son statut de femme infidèle mais aimant son mari, elle a une liaison avec un avocat marié. Sa fille Casey qui n’ a jamais sa langue dans sa poche semble avoir trouvé l’amour. Et par une série d’évènements, elle a pour compagnie des vieilles dames qui semblent apprécier vivre dans sa nouvelle maison.
L’écriture de Lydia Millet nous entraîne sur des réflexions et des questions sur la mort, le deuil, la vieillesse, l’amour et le bonheur. Et c’est réussi !
L’auteure est toujours aussi proche de ses personnages ( c’est ce j’aime chez elle). Je vous conseille vivement de lire cette trilogie.
Lorsqu'on vit dans une très belle maison, la vie devient la maison, et à l'image de la maison la vie peut acquérir un caractère d'accomplissement. C'était une histoire d'ordre, pensa-t-elle, d'ordre qui se suffisait à lui-même. Jusque-là, elle n'a jamais elle n'avait jamais vu à quel point l'atmosphère de sa vie était définie par les espaces au sein desquels elle existait.
Le billet de Keisha
Lu de cette auteure : Comment rêvent le morts - Le coeur est un noyau candide - Lumières fantômes
Nous retrouvons dans ce dernier tome les personnages de Comment rêvent le morts et de Lumières fantômes, et cette fois-ci l’auteure s’intéresse principalement à Susan. Elle vient de perdre son mari Hal et hérite d’un oncle une maison de style musée où les chambres portent le nom d’un continent. Le tout est peuplé d’animaux sauvages empaillés. Au lieu de la vendre, elle décide de la garder et d’y aménager. De son statut de femme infidèle mais aimant son mari, elle a une liaison avec un avocat marié. Sa fille Casey qui n’ a jamais sa langue dans sa poche semble avoir trouvé l’amour. Et par une série d’évènements, elle a pour compagnie des vieilles dames qui semblent apprécier vivre dans sa nouvelle maison.
L’écriture de Lydia Millet nous entraîne sur des réflexions et des questions sur la mort, le deuil, la vieillesse, l’amour et le bonheur. Et c’est réussi !
L’auteure est toujours aussi proche de ses personnages ( c’est ce j’aime chez elle). Je vous conseille vivement de lire cette trilogie.
Lorsqu'on vit dans une très belle maison, la vie devient la maison, et à l'image de la maison la vie peut acquérir un caractère d'accomplissement. C'était une histoire d'ordre, pensa-t-elle, d'ordre qui se suffisait à lui-même. Jusque-là, elle n'a jamais elle n'avait jamais vu à quel point l'atmosphère de sa vie était définie par les espaces au sein desquels elle existait.
Le billet de Keisha
Lu de cette auteure : Comment rêvent le morts - Le coeur est un noyau candide - Lumières fantômes
mardi 19 janvier 2016
Meg Wolitzer - La doublure
Editeur : rue Fromentin - Date de parution : Janvier 2016 - Traduite de l'anglais (américain) par Johan-Frederik Hel Guedj - 250 pages à découvrir !
Joan soixante-quatre décide de quitter son mari alors qu’ils sont à bord d’un vol en direction de la Finlande. Son mari Joe écrivain va y recevoir un prix. Elle l’a connue quand elle était étudiante et lui professeur dans les années 60. L’étudiante douée est tombée amoureuse du professeur (mari et père) et ils ont fui ensemble. Une vie de couple démarrée sans bien matériel mais le premier roman de Joe va connaître un grand succès et lancer sa carrière. Joan démissionne de son travail pour se consacrer à sa famille et à Joe. Contrairement aux épouses des autres auteurs, elle est toujours aux côtés de Joe lors des lectures ou autres participations littéraires. Un monde où les femmes écrivains sont rares et sont sous-considérées la plupart du temps par les auteurs masculins.
Trois enfants et des petits-enfants, des activités associatives mais cette vie ne convient plus à Joan. Ou alors est-ce Joe le grain de sable ?
Le titre un brin trop évocateur laisse présager ce que l’on apprendra bien plus tard. Mais ce serait un tort de considérer Joan comme une épouse passive car elle n’a pas pas dit son dernier mot et nous révèle beaucoup de choses.
En dressant le portait de cette femme qui a soif de liberté le tout dans un contexte essentiellement masculin, Meg Wolitzer nous dépeint avec ironie le petit monde de la création littéraire, mais aussi avec lucidité et finesse, la place de la femme.
Malgré un faux air de déjà lu, un roman à découvrir !
Je ne lui avais pas posé la question par véritable inquiétude, mais par réflexe conjugal. (…) Est-ce que ça va ? Cela s’inscrit dans le cadre du contrat. Ce sont des choses qui se font, car ainsi vous laissez entendre que cela vous tient à cœur, que vous êtes attentive, alors qu’en réalité vous seriez plus immergée dans l’ennui le plus imparable et le plus profond.
Le billet de la tentatrice Cathulu ( qui m'a appris au passage ce qu'était un chat à neuf queues)
Lu de cette auteure : Les intéressants
Joan soixante-quatre décide de quitter son mari alors qu’ils sont à bord d’un vol en direction de la Finlande. Son mari Joe écrivain va y recevoir un prix. Elle l’a connue quand elle était étudiante et lui professeur dans les années 60. L’étudiante douée est tombée amoureuse du professeur (mari et père) et ils ont fui ensemble. Une vie de couple démarrée sans bien matériel mais le premier roman de Joe va connaître un grand succès et lancer sa carrière. Joan démissionne de son travail pour se consacrer à sa famille et à Joe. Contrairement aux épouses des autres auteurs, elle est toujours aux côtés de Joe lors des lectures ou autres participations littéraires. Un monde où les femmes écrivains sont rares et sont sous-considérées la plupart du temps par les auteurs masculins.
Trois enfants et des petits-enfants, des activités associatives mais cette vie ne convient plus à Joan. Ou alors est-ce Joe le grain de sable ?
Le titre un brin trop évocateur laisse présager ce que l’on apprendra bien plus tard. Mais ce serait un tort de considérer Joan comme une épouse passive car elle n’a pas pas dit son dernier mot et nous révèle beaucoup de choses.
En dressant le portait de cette femme qui a soif de liberté le tout dans un contexte essentiellement masculin, Meg Wolitzer nous dépeint avec ironie le petit monde de la création littéraire, mais aussi avec lucidité et finesse, la place de la femme.
Malgré un faux air de déjà lu, un roman à découvrir !
Je ne lui avais pas posé la question par véritable inquiétude, mais par réflexe conjugal. (…) Est-ce que ça va ? Cela s’inscrit dans le cadre du contrat. Ce sont des choses qui se font, car ainsi vous laissez entendre que cela vous tient à cœur, que vous êtes attentive, alors qu’en réalité vous seriez plus immergée dans l’ennui le plus imparable et le plus profond.
Le billet de la tentatrice Cathulu ( qui m'a appris au passage ce qu'était un chat à neuf queues)
Lu de cette auteure : Les intéressants
lundi 18 janvier 2016
Elena Ferrante - Le nouveau nom
Editeur : Gallimard - Traduit de l'italien par Elsa Damien - Date de parution : Janvier 2016 - 554 pages addictives !
Après plusieurs longs mois d’attente, avec Le nouveau nom nous retrouvons Elena Greco et Lila Cerullo découvertes dans L’amie prodigieuse. Ce dernier s’achevait sur le mariage de Lila âgée de seize ans avec Stephano. Elle s’est aperçue que son mari s’est associé avec les frères Solara des camorristes de Naples. En colère et malgré l’argent que lui permet d’accéder à une vie autre, elle dédaigne Stephano et le lui montre. Elena continue ses études et fréquente Antonio.
Comme dans L’amie prodigieuse, Elena souvent se dit qu’elle va s’éloigner de Lila, la laisser se débrouiller mais à chaque fois, elle vole à son secours. Même en faisant des études à Pise, Elena ne pourra pas échapper à la vie de son quartier de Naples.
Dans cette suite, les personnages s’étoffent, prennent conscience du décalage entre leurs désirs d’enfance et la vie. Elena et Lila ont vingt ans et deux deux avenirs opposés : Lila est déjà mère et Elena se concentre sur son futur professionnel.
Elena Ferrante nous plonge dans Naples au début des années 60, dans l’esprit et le cœur de ses personnages qui évoluent et décrit à merveille la société italienne, les différences de classes, la condition féminine.
Le nouveau nom est tout simplement un roman addictif ! Parce qu’avec une écriture qui semble spontanée et naturelle, on ressent les émotions tout comme les atmosphères, on visualise chaque scène.
Ce roman sur l’amitié, sur le passage à la vie adulte est riche par ses personnages, par tous les évènements qui vont se dérouler. Je ne veux pas en dire plus sauf qu’il faut absolument lire cette saga.
Patience est le mot d’ordre car la suite sera publiée en France en janvier 2017.
Mais je pensais : ce n'est pas vrai, je te raconte des mensonges. Dans l'inégalité il y avait quelque chose de beaucoup plus pervers, et maintenant je le savais. Quelque chose qui agissait en profondeur et allait chercher bien au-delà de l'argent. Ni la caisse des deux épiceries ni même celle de la fabrique du magasin de chaussures ne suffisaient à dissimuler notre origine.
Les billets d' Eva, Laure.
Après plusieurs longs mois d’attente, avec Le nouveau nom nous retrouvons Elena Greco et Lila Cerullo découvertes dans L’amie prodigieuse. Ce dernier s’achevait sur le mariage de Lila âgée de seize ans avec Stephano. Elle s’est aperçue que son mari s’est associé avec les frères Solara des camorristes de Naples. En colère et malgré l’argent que lui permet d’accéder à une vie autre, elle dédaigne Stephano et le lui montre. Elena continue ses études et fréquente Antonio.
Comme dans L’amie prodigieuse, Elena souvent se dit qu’elle va s’éloigner de Lila, la laisser se débrouiller mais à chaque fois, elle vole à son secours. Même en faisant des études à Pise, Elena ne pourra pas échapper à la vie de son quartier de Naples.
Dans cette suite, les personnages s’étoffent, prennent conscience du décalage entre leurs désirs d’enfance et la vie. Elena et Lila ont vingt ans et deux deux avenirs opposés : Lila est déjà mère et Elena se concentre sur son futur professionnel.
Elena Ferrante nous plonge dans Naples au début des années 60, dans l’esprit et le cœur de ses personnages qui évoluent et décrit à merveille la société italienne, les différences de classes, la condition féminine.
Le nouveau nom est tout simplement un roman addictif ! Parce qu’avec une écriture qui semble spontanée et naturelle, on ressent les émotions tout comme les atmosphères, on visualise chaque scène.
Ce roman sur l’amitié, sur le passage à la vie adulte est riche par ses personnages, par tous les évènements qui vont se dérouler. Je ne veux pas en dire plus sauf qu’il faut absolument lire cette saga.
Patience est le mot d’ordre car la suite sera publiée en France en janvier 2017.
Mais je pensais : ce n'est pas vrai, je te raconte des mensonges. Dans l'inégalité il y avait quelque chose de beaucoup plus pervers, et maintenant je le savais. Quelque chose qui agissait en profondeur et allait chercher bien au-delà de l'argent. Ni la caisse des deux épiceries ni même celle de la fabrique du magasin de chaussures ne suffisaient à dissimuler notre origine.
Les billets d' Eva, Laure.
dimanche 10 janvier 2016
Anna North - Vie et mort de Sophie Stark
Editeur : Autrement - Date de parution : Août 2015 - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch - 376 pages et une très belle découverte !
«Au départ, je m ‘intéressais beaucoup à la façon dont bougent les gens, et c’est une chose qu’on ne peut pas montrer sur une photo, ou bien c’est difficile, et vous restituez des fragments.» Voilà comment Sophie Stark est devenue une jeune réalisatrice du cinéma indépendant. Solitaire, énigmatique, perfectionniste, elle est passionnée par son travail dans lequel elle s’investit corps et âme.
Sophie prend vie par le récit d’autres personnages. Allison la serveuse qui a tourné pour elle et qui était son amante, son frère protecteur, Daniel un étudiant doué au basket, Jacob un musicien qu’elle épousera à la surprise générale de tous, un producteur de cinéma ainsi que par les chroniques d’un journaliste qui permettent d’éclairer sous un autre jour ses films. Tous verront leur vie marquée par Sophie.
Assez asociale, elle semble manipuler les autres pour arriver à ses fins. A travers les différents récits, plusieurs facettes d’elle nous sont livrées : fascinante, intrigante, aimée, incomprise, égoïste ou encore insensible. En tant tant que lecteur, on a des fragments de sa personnalité mais qui sont forcément faussés, incomplets, marqués par ce que chacun a vécu avec Sophie .
Et il y a cette phrase marquante « Je pensais qu’en réalisant des films je ressemblerais plus aux autres, confia Sophie. Mais parfois, j’ai l’impression que ça me fait ressembler encore plus à ce que je suis. » Comme si Sophie voulait accéder à une sorte de normalité en réalisant des films et qu'elle se rendait compte de son impossibilité.
Dès le départ, la construction m’a ferrée tout comme l’atmosphère qui s’en dégage, Sophie m’a surtout hypnotisée. Un livre très bien construit que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher. Et même s’il m’a manquée un petit je ne sais quoi (peut-être le fait que Sophie reste une énigme), j’ai beaucoup aimé ce roman qui aborde les thèmes de la création, de l'artiste vulnérable et/ou manipulateur.
Une très belle découverte à ne pas rater !
Les billets d'Eva, Kathel
«Au départ, je m ‘intéressais beaucoup à la façon dont bougent les gens, et c’est une chose qu’on ne peut pas montrer sur une photo, ou bien c’est difficile, et vous restituez des fragments.» Voilà comment Sophie Stark est devenue une jeune réalisatrice du cinéma indépendant. Solitaire, énigmatique, perfectionniste, elle est passionnée par son travail dans lequel elle s’investit corps et âme.
Sophie prend vie par le récit d’autres personnages. Allison la serveuse qui a tourné pour elle et qui était son amante, son frère protecteur, Daniel un étudiant doué au basket, Jacob un musicien qu’elle épousera à la surprise générale de tous, un producteur de cinéma ainsi que par les chroniques d’un journaliste qui permettent d’éclairer sous un autre jour ses films. Tous verront leur vie marquée par Sophie.
Assez asociale, elle semble manipuler les autres pour arriver à ses fins. A travers les différents récits, plusieurs facettes d’elle nous sont livrées : fascinante, intrigante, aimée, incomprise, égoïste ou encore insensible. En tant tant que lecteur, on a des fragments de sa personnalité mais qui sont forcément faussés, incomplets, marqués par ce que chacun a vécu avec Sophie .
Et il y a cette phrase marquante « Je pensais qu’en réalisant des films je ressemblerais plus aux autres, confia Sophie. Mais parfois, j’ai l’impression que ça me fait ressembler encore plus à ce que je suis. » Comme si Sophie voulait accéder à une sorte de normalité en réalisant des films et qu'elle se rendait compte de son impossibilité.
Dès le départ, la construction m’a ferrée tout comme l’atmosphère qui s’en dégage, Sophie m’a surtout hypnotisée. Un livre très bien construit que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher. Et même s’il m’a manquée un petit je ne sais quoi (peut-être le fait que Sophie reste une énigme), j’ai beaucoup aimé ce roman qui aborde les thèmes de la création, de l'artiste vulnérable et/ou manipulateur.
Une très belle découverte à ne pas rater !
Les billets d'Eva, Kathel
mercredi 6 janvier 2016
Jill Alexander Essbaum - Femme au foyer
Editeur : Albin Michel - Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Françoise du Sorbier - Date de parution : Janvier 2016 - 387 pages vraiment beaucoup aimées !
Anna Benz âgée de trente-sept ans et d’origine américaine vit en Suisse depuis presque dix ans dans une banlieue de Zurich. Mariée à Bruno un banquier, et mère de trois enfants, sa vie est matériellement confortable. Sa belle-mère habite près de chez eux et elle garde volontiers ses petits-enfants même si elle est toujours distante avec sa belle-fille. Anna ne parle pas le suisse allemand, ne conduit pas et ne travaille pas et a un périmètre de vie restreint. Elle ne s’est toujours pas intégrée et se sent seule. Poussée par son mari à consulter un médecin, elle débute alors une psychanalyse et s’inscrit à des cours d'allemand. La jeune femme esquive à chaque fois les questions de sa psy pour ne pas lui avouer la vérité : elle trompe son ennui en ayant des amants.
Nous y voilà, pourrait-on dire, égoïste, capricieuse, libertaire (et j’en passe). Si quelquefois, Anna pense à rompre avec Archie (rencontré aux cours d'allemand), elle chasse très vite cette idée sans aucune culpabilité.
Engluée dans sa vie, ses escapades sexuelles lui permettent de s’évader de la monotonie. Jusqu'à ce qu'un drame se produise.
Les séances chez la psy, les cours de langue jalonnent tout le roman où les pensées d’Anna renforcent le malaise palpable. La psychologie tient une place très importante dans ce roman sur la quête d’identité, la souffrance, l'isolement et l'incapacité à être heureuse.
Le comportement et/ou la passivité d'Anna tout comme la sensation de ne pas cerner vraiment les autres personnages pourront agacer certains.
Jill Alexander Essbaum réussit à nous faire ressentir le désespoir qu'Anna entretient et qui la ronge.
Un premier roman très troublant, intelligent et magnétique, servi par une belle écriture sans aucune concession ( à noter le très bon travail de traduction) que j’ai vraiment beaucoup aimé !
Mais Anna ? Quelles étaient ses tendances ? Ce n'était pas un mystère. Avec Anna, tout était verbe. Elle manquait de rigueur dans ses conjugaisons et de prudence dans son usage des structures. Elle confondait temps et mode et avait trop souvent recours à la voix passive. Ces conclusions l'amusèrent. Comme je suis transparente ! Et elle l'était. Vraiment. Transparente, peu rigoureuse et triste.
Anna aimait le sexe sans l'aimer. Anna avait besoin du sexe sans en avoir besoin. Sa relation avec le sexe était un partenariat compliqué issu de sa passivité tout autant que de son indiscutable désir d'être distraite. Et désirée. Elle désirait être désirée. L'envie de distraction était récente chez elle ; sa soif d'être un objet de convoitise existait depuis des décennies. Mais les deux étaient le fruit d'une lassitude, elle-même née des dix dernières années de petites rancœurs et de menues blessures banales dont elle rendait Bruno responsable. Elles avaient engendré l'ennui, qui à son tour avait engendré certaines habitudes.
Une lecture tandem avec Cathulu.
Les billet d'Adepte du livre et de Cuné où vous trouverez d'autres extraits.
Anna Benz âgée de trente-sept ans et d’origine américaine vit en Suisse depuis presque dix ans dans une banlieue de Zurich. Mariée à Bruno un banquier, et mère de trois enfants, sa vie est matériellement confortable. Sa belle-mère habite près de chez eux et elle garde volontiers ses petits-enfants même si elle est toujours distante avec sa belle-fille. Anna ne parle pas le suisse allemand, ne conduit pas et ne travaille pas et a un périmètre de vie restreint. Elle ne s’est toujours pas intégrée et se sent seule. Poussée par son mari à consulter un médecin, elle débute alors une psychanalyse et s’inscrit à des cours d'allemand. La jeune femme esquive à chaque fois les questions de sa psy pour ne pas lui avouer la vérité : elle trompe son ennui en ayant des amants.
Nous y voilà, pourrait-on dire, égoïste, capricieuse, libertaire (et j’en passe). Si quelquefois, Anna pense à rompre avec Archie (rencontré aux cours d'allemand), elle chasse très vite cette idée sans aucune culpabilité.
Engluée dans sa vie, ses escapades sexuelles lui permettent de s’évader de la monotonie. Jusqu'à ce qu'un drame se produise.
Les séances chez la psy, les cours de langue jalonnent tout le roman où les pensées d’Anna renforcent le malaise palpable. La psychologie tient une place très importante dans ce roman sur la quête d’identité, la souffrance, l'isolement et l'incapacité à être heureuse.
Le comportement et/ou la passivité d'Anna tout comme la sensation de ne pas cerner vraiment les autres personnages pourront agacer certains.
Jill Alexander Essbaum réussit à nous faire ressentir le désespoir qu'Anna entretient et qui la ronge.
Un premier roman très troublant, intelligent et magnétique, servi par une belle écriture sans aucune concession ( à noter le très bon travail de traduction) que j’ai vraiment beaucoup aimé !
Mais Anna ? Quelles étaient ses tendances ? Ce n'était pas un mystère. Avec Anna, tout était verbe. Elle manquait de rigueur dans ses conjugaisons et de prudence dans son usage des structures. Elle confondait temps et mode et avait trop souvent recours à la voix passive. Ces conclusions l'amusèrent. Comme je suis transparente ! Et elle l'était. Vraiment. Transparente, peu rigoureuse et triste.
Anna aimait le sexe sans l'aimer. Anna avait besoin du sexe sans en avoir besoin. Sa relation avec le sexe était un partenariat compliqué issu de sa passivité tout autant que de son indiscutable désir d'être distraite. Et désirée. Elle désirait être désirée. L'envie de distraction était récente chez elle ; sa soif d'être un objet de convoitise existait depuis des décennies. Mais les deux étaient le fruit d'une lassitude, elle-même née des dix dernières années de petites rancœurs et de menues blessures banales dont elle rendait Bruno responsable. Elles avaient engendré l'ennui, qui à son tour avait engendré certaines habitudes.
Une lecture tandem avec Cathulu.
Les billet d'Adepte du livre et de Cuné où vous trouverez d'autres extraits.
mercredi 30 décembre 2015
Ian McEwan - L'intérêt de l'enfant
Editeur : Gallimard - Traduit de l'anglais par France Camus-Pichon - Date de parution : Octobre 2015 - 221 pages lus en apnée totale !
A presque soixante ans, Fiona Maye est une magistrate brillante, une juge aux affaires familiale admirée et respectée par ses confrères. Elle a consacré beaucoup de temps et d'énergie à sa carrière pour être nommée à ce poste. Mariée à Jack, elle avait sans cesse décaler par le passé la période pour avoir un enfant car elle s'est toujours sentie mariée également au droit et à la justice. Les années ont passé et le temps de devenir mère est devenu impossible. Son mariage bat de l'aile mais Fiona s'investit toujours autant dans son travail avec une seule idée à l'esprit : l'intérêt de l'enfant. "L'intérêt de l'enfant ne se mesure pas en termes purement financier, et ne se résume pas au confort matériel. Elle l'envisagerait donc d'un point de vue le plus large possible. L'intérêt de l'enfant, son bonheur, son bien-être devaient se conformer aux concepts philosophie de la vie bonne. Elle énumérait quelques ingrédients pertinents, quelques buts vers lesquels l'enfant pouvait tendre en grandissant. L'indépendance intellectuelle et financière, intégrité, la compassion et l'altruisme, un travail gratifiant par le degré d'implications requis, un vaste réseau d'amitiés, L'obtention de l'estime d'autrui, les efforts pour donner un sens à son existence, et la présence au centre de celle-ci d'une relation significative, ou d'un petit nombre d'entre elles, reposant avant tout sur l'amour."
Il y a des affaires simples mais également des cas plus complexes qui l'ont marquée comme celle de parents catholiques qui refusaient au nom de leur religion l'opération de leurs bébés siamois destinés à mourir tous les deux sans intervention médicale. Après avoir posé et quantifié dans la balance tous les facteurs, Fiona a jugé que l'opération était nécessaire afin que l'un des deux bébés puisse vivre. Une nouvelle affaire lui est soumise en urgence par des médecins d'un hôpital. Adam Henry, un adolescent de dix-sept ans et neuf mois, atteint de leucémie risque de mourir. Comme ses parents, il est témoin de Jéhovah et ne peut accepter à cause de des croyances une transfusion sanguine qui avec le traitement médical associé lui sauverait la vie. (" la liberté de choisir un traitement médical est un droit fondamental pour tout adulte"). Fiona décide de se rendre à l'hôpital et de rencontrer Adam avant de rendre son verdict. Brillant élève, intelligent, sensible et poète, Adam se montre déterminé dans son choix " Je suis un individu à part entière. Une personne distincte de mes parents. Quelle que soit leur opinion, je décide par moi-même."
Fiona va prendre une décision pour l'intérêt d'Adam, une décision qui concerne son futur immédiat "j'ai jugé que la vie de A. était plus précieuse que sa dignité."
L'histoire pourrait s'arrêter là mais il n'en est rien. Car les vie d'Adam et de Fiona vont être bouleversées, la décision rendue par Fiona aura des conséquences pour eux deux. Ian McEwan nous dresse le portrait d'une femme qui semble forte mais rendue sensible sous sa carapace de juge par des affaires qui se sont ancrées à jamais dans son esprit.
Les dernières pages sont tout simplement terribles (je n'en dirai pas plus) et mes yeux ont hébergé des poissons d'eau. Un roman mené brillamment qui nous interroge sur cette notion de l'intérêt de l'enfant par la justice avec les contextes familiaux, religieux, culturels.
Un livre qui m'a plus que touchée et que j'ai lu en apnée totale avec une grosse boule d'émotions à travers la gorge !
Et juste cette citation qui en dit long : "L'intérêt d'un enfant, son bien-être, tenait au lien social. Aucun adolescent est une île. Elle croyait que ses responsabilités s'arrêtaient aux murs de la salle d'audience. Mais comment auraient-elles pu s'arrêter là ?."
Et une dernière citation : Faire pitié signifiait en quelque sorte votre mort sociale.
Les billets d'Alex, Cathulu, Cuné, Dominique, Jérôme, Laure,
Lu de cet auteur : Délire d'amour - Expiation - L'enfant volé - Opération Sweet Tooth - Sur la plage de Chesil
A presque soixante ans, Fiona Maye est une magistrate brillante, une juge aux affaires familiale admirée et respectée par ses confrères. Elle a consacré beaucoup de temps et d'énergie à sa carrière pour être nommée à ce poste. Mariée à Jack, elle avait sans cesse décaler par le passé la période pour avoir un enfant car elle s'est toujours sentie mariée également au droit et à la justice. Les années ont passé et le temps de devenir mère est devenu impossible. Son mariage bat de l'aile mais Fiona s'investit toujours autant dans son travail avec une seule idée à l'esprit : l'intérêt de l'enfant. "L'intérêt de l'enfant ne se mesure pas en termes purement financier, et ne se résume pas au confort matériel. Elle l'envisagerait donc d'un point de vue le plus large possible. L'intérêt de l'enfant, son bonheur, son bien-être devaient se conformer aux concepts philosophie de la vie bonne. Elle énumérait quelques ingrédients pertinents, quelques buts vers lesquels l'enfant pouvait tendre en grandissant. L'indépendance intellectuelle et financière, intégrité, la compassion et l'altruisme, un travail gratifiant par le degré d'implications requis, un vaste réseau d'amitiés, L'obtention de l'estime d'autrui, les efforts pour donner un sens à son existence, et la présence au centre de celle-ci d'une relation significative, ou d'un petit nombre d'entre elles, reposant avant tout sur l'amour."
Il y a des affaires simples mais également des cas plus complexes qui l'ont marquée comme celle de parents catholiques qui refusaient au nom de leur religion l'opération de leurs bébés siamois destinés à mourir tous les deux sans intervention médicale. Après avoir posé et quantifié dans la balance tous les facteurs, Fiona a jugé que l'opération était nécessaire afin que l'un des deux bébés puisse vivre. Une nouvelle affaire lui est soumise en urgence par des médecins d'un hôpital. Adam Henry, un adolescent de dix-sept ans et neuf mois, atteint de leucémie risque de mourir. Comme ses parents, il est témoin de Jéhovah et ne peut accepter à cause de des croyances une transfusion sanguine qui avec le traitement médical associé lui sauverait la vie. (" la liberté de choisir un traitement médical est un droit fondamental pour tout adulte"). Fiona décide de se rendre à l'hôpital et de rencontrer Adam avant de rendre son verdict. Brillant élève, intelligent, sensible et poète, Adam se montre déterminé dans son choix " Je suis un individu à part entière. Une personne distincte de mes parents. Quelle que soit leur opinion, je décide par moi-même."
Fiona va prendre une décision pour l'intérêt d'Adam, une décision qui concerne son futur immédiat "j'ai jugé que la vie de A. était plus précieuse que sa dignité."
L'histoire pourrait s'arrêter là mais il n'en est rien. Car les vie d'Adam et de Fiona vont être bouleversées, la décision rendue par Fiona aura des conséquences pour eux deux. Ian McEwan nous dresse le portrait d'une femme qui semble forte mais rendue sensible sous sa carapace de juge par des affaires qui se sont ancrées à jamais dans son esprit.
Les dernières pages sont tout simplement terribles (je n'en dirai pas plus) et mes yeux ont hébergé des poissons d'eau. Un roman mené brillamment qui nous interroge sur cette notion de l'intérêt de l'enfant par la justice avec les contextes familiaux, religieux, culturels.
Un livre qui m'a plus que touchée et que j'ai lu en apnée totale avec une grosse boule d'émotions à travers la gorge !
Et juste cette citation qui en dit long : "L'intérêt d'un enfant, son bien-être, tenait au lien social. Aucun adolescent est une île. Elle croyait que ses responsabilités s'arrêtaient aux murs de la salle d'audience. Mais comment auraient-elles pu s'arrêter là ?."
Et une dernière citation : Faire pitié signifiait en quelque sorte votre mort sociale.
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Lu de cet auteur : Délire d'amour - Expiation - L'enfant volé - Opération Sweet Tooth - Sur la plage de Chesil
mardi 22 décembre 2015
Emma Hooper - Etta et Otto
Editeur : Les Escales - Traduit de l'anglais (Canada) par Carole Hanna - Date de parution : Octobre 2015 - 432 pages qui vrillent le coeur !
« Je devrais peut-être partir, répondit Etta. Dans un endroit pour les gens qui s’oublient eux-mêmes. Mais je me souviens, dit Otto. Si je me souviens et que tu oublies, on peut sûrement s’équilibrer. » Mais Etta quatre-vingt- trois ans a pris sa décision et elle quitte un matin leur région du Saskatchewan pour voir la mer. Elle s’en va bottes aux pieds avec trois fois rien à manger pour un long périple et le vieux fusil d’Otto. Lorsqu’il se rend compte de son départ, il l’accepte et ne cherche pas à alerter Russel, son frère de cœur et ami depuis l’enfance. Il ne sait pas comment se débrouiller sans Etta mais il y va essayer.
Otto, Etta et Russel trois personnes liées par l’histoire, les souvenirs et l’amour sous différentes facettes. Mêlant la marche d’Etta à travers le Canada et les événements passés, Emma Hooper nous livre un magnifique premier roman où il est question d’amour, de la guerre à laquelle a participé Otto, la famine, l’amitié et l’esprit d’Etta qui s’effiloche.
Roman d’une beauté rare avec une jolie pudeur où Etta et son coyote qui parle, Russell et Otto nous confient leurs rêves passés ou présents tout comme leurs peines, et ce qu’ils ont traversé. L’auteure nous transporte dans un monde en équilibre entre réalité et poésie. Avec précision et avec un rythme où le temps n’est qu’une mesure, elle nous dépeint les sentiments de ses personnages avec une écriture unique. Une lecture tissée hors du temps qui nous imprègne, nous vrillent le cœur et l’esprit ! Un roman incroyablement lumineux où une force se dégage de la douceur qui nous enveloppe longtemps.
Elle essayait de dormir sans qu’aucune partie de son corps ne touche celui d’Otto afin que ses souvenirs à lui ne trouvent point de contact pour se glisser dans les siens
Chère E.,Comprenez-moi bien, il y a du monde partout ici. On dort, on on mange, on marche les uns avec les autres, côte à côte. On respire le même air, on dort du même sommeil. Comme à la maison en fait. Mais quand même, Etta, il y a cette espèce de connexion dont je découvre le besoin seulement au moment où elle disparait. Après tous ces mois sans recevoir de lettres. Une certaine couche de solitude. Comprenez-moi bien, il y a du monde partout ici. On dort, on on mange, on marche les uns avec les autres, côte à côte. On respire le même air, on dort du même sommeil. Comme à la maison en fait. Mais quand même, Etta, il y a cette espèce de connexion dont je découvre le besoin seulement au moment où elle disparait. Après tous ces mois sans recevoir de lettres. Une certaine couche de solitude.
Les billets d'Antigone, Cathulu, Cuné, Isabelle, Jostein
dimanche 20 décembre 2015
Anna Enquist - Les endormeurs
Editeur : Actes Sud - Traduit du néerlandais (Pays-bas) par Arlette Ounanian - Date de parution : 2013 - 365 pages et un avis mitigé
Ils sont frère et sœur : Suzanne est anesthésiste dans un hôpital et Drik est psychothérapeute. Tous deux par leur travail soignent la douleur de façon différente. Suzanne l’empêche de surgir en aval d’une opération tandis que Dirk cherche sa cause souvent inconsciente chez son patient.
Eprouvé depuis la mort de son épouse, Drik recule à reprendre son travail et passe ses soirées chez Suzanne. Il s’entend à merveille avec Peter le mari de Suzanne qui est psychiatre. Rose la fille de Suzanne et de Peter a quitté le domicile familial depuis la mort de sa tante Hannah avec qui elle était très liée. Hannah manque également à Susanne qui l’a accompagnée des mois durant lors de la maladie. Ce sont des êtres marquée par le deuil, le chagrin. De plus, Suzanne n’arrive pas à communiquer avec sa fille alors qu’elle est très à l’aise dans son travail qu’elle aime. Drick accepte l’analyse didactique (obligatoire) d’Allard un étudiant en psychiatrie.
L’histoire va prendre une tournure inattendue à cause d’Allard qui va côtoyer le frère et la sœur par ses études.
L’auteure nous décrit le travail de Suzanne mais dissèque les opérations chirurgicales où elle intervient. N’étant pas étudiante en médecine (ni médecin), j’ai trouvé cela très technique et sans grand intérêt.
Si l'histoire est un peu "poussive", elle devient plus intéressante par la suite et nous dévoile des personnages sous une autre lumière. Par contre, je n’ai pas compris, très (ou trop) souvent, Suzanne et je n’ai pas pas eu de clés me donnant des explications à ses comportements.
Anna Enquist s’est attaqué à un sujet vaste (« (elle) interroge le rôle et l'éthique de deux corps médicaux face à la douleur. Les anesthésistes, endormeurs de l'être sensible, sont ici observés en regard des analystes, qui dans leur pratique convoquent l'inconscient et libèrent la souffrance » 4ème de couverture) et l’ensemble n’est peut-être pas à la hauteur (avec des fausses coïncidences). Donc un avis mitigé au final.
Ils sont frère et sœur : Suzanne est anesthésiste dans un hôpital et Drik est psychothérapeute. Tous deux par leur travail soignent la douleur de façon différente. Suzanne l’empêche de surgir en aval d’une opération tandis que Dirk cherche sa cause souvent inconsciente chez son patient.
Eprouvé depuis la mort de son épouse, Drik recule à reprendre son travail et passe ses soirées chez Suzanne. Il s’entend à merveille avec Peter le mari de Suzanne qui est psychiatre. Rose la fille de Suzanne et de Peter a quitté le domicile familial depuis la mort de sa tante Hannah avec qui elle était très liée. Hannah manque également à Susanne qui l’a accompagnée des mois durant lors de la maladie. Ce sont des êtres marquée par le deuil, le chagrin. De plus, Suzanne n’arrive pas à communiquer avec sa fille alors qu’elle est très à l’aise dans son travail qu’elle aime. Drick accepte l’analyse didactique (obligatoire) d’Allard un étudiant en psychiatrie.
L’histoire va prendre une tournure inattendue à cause d’Allard qui va côtoyer le frère et la sœur par ses études.
L’auteure nous décrit le travail de Suzanne mais dissèque les opérations chirurgicales où elle intervient. N’étant pas étudiante en médecine (ni médecin), j’ai trouvé cela très technique et sans grand intérêt.
Si l'histoire est un peu "poussive", elle devient plus intéressante par la suite et nous dévoile des personnages sous une autre lumière. Par contre, je n’ai pas compris, très (ou trop) souvent, Suzanne et je n’ai pas pas eu de clés me donnant des explications à ses comportements.
Anna Enquist s’est attaqué à un sujet vaste (« (elle) interroge le rôle et l'éthique de deux corps médicaux face à la douleur. Les anesthésistes, endormeurs de l'être sensible, sont ici observés en regard des analystes, qui dans leur pratique convoquent l'inconscient et libèrent la souffrance » 4ème de couverture) et l’ensemble n’est peut-être pas à la hauteur (avec des fausses coïncidences). Donc un avis mitigé au final.
vendredi 18 décembre 2015
Alice McDermott - Someone
Editeur : Quai Voltaire - Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Arnaud - Date de parution : Août 2015 - 265 pages à lire!
Etats-Unis, New-York, Brooklyn, 1930. Fille d’irlandais, Marie passe son temps à jouer avec ses amis dans son quartier où tout ce qui se passe fait figure d’événement : la mort d’un voisin, les naissances. Son frère Gabe plus âgé qu’elle se destine à devenir prêtre. Les années passent, Marie découvre les peines de coeur. C’est une jeune fille quelconque qui ne cherche pas spécifiquement le bonheur, qui subit ou accepte les évènements qui vont la marquer. Marie raconte sa vie à différents âges et ce qui est lié : l’enfance, la mort de son père, la renoncement de frère à sa vocation, son travail, son mari, la naissance de son premier enfant où elle a failli perdre la vie, sa myopie invalidante qui la rendra presqu’aveugle, la vieillesse, le veuvage. Et elle le décrit avec ces petits détails, ses souvenirs.
Un parcours de femme et de son entourage (famille ou voisins) écrit sans fioritures et avec une justesse incroyable mais aussi ce qui fait justement la vie avec ses hauts et ses bas. C'est tout simplement beau, de cette beauté qui laisse une trace et avec elle un sentiment d’avoir eu une lecture marquante.
Debout, à une extrémité de a table, mon frère s'était lancé dans un grand discours, pendant que ma mère remplissait les assiettes. Nous étions assises toutes les deux, la tête levée vers lui. C'était là le langage des hommes timides, me dis-je, des hommes trop seuls avec leurs lectures et leurs idées - sur la politique, la guerre, les pays lointains, les tyrans. Des hommes qui préféraient enfouir la tête là-dedans plutôt que de voir le simple chagrin d'amour d'une femme.
La chaleur, un rappel de ce que j'avais entrevu lors de l'agonie de mon père, mais que, sans l'avoir prévu ni voulu, j'avais réussi à oublier : les jours ordinaires étaient un voile, un pan de tissu fin qui faussait le regard.
Etats-Unis, New-York, Brooklyn, 1930. Fille d’irlandais, Marie passe son temps à jouer avec ses amis dans son quartier où tout ce qui se passe fait figure d’événement : la mort d’un voisin, les naissances. Son frère Gabe plus âgé qu’elle se destine à devenir prêtre. Les années passent, Marie découvre les peines de coeur. C’est une jeune fille quelconque qui ne cherche pas spécifiquement le bonheur, qui subit ou accepte les évènements qui vont la marquer. Marie raconte sa vie à différents âges et ce qui est lié : l’enfance, la mort de son père, la renoncement de frère à sa vocation, son travail, son mari, la naissance de son premier enfant où elle a failli perdre la vie, sa myopie invalidante qui la rendra presqu’aveugle, la vieillesse, le veuvage. Et elle le décrit avec ces petits détails, ses souvenirs.
Un parcours de femme et de son entourage (famille ou voisins) écrit sans fioritures et avec une justesse incroyable mais aussi ce qui fait justement la vie avec ses hauts et ses bas. C'est tout simplement beau, de cette beauté qui laisse une trace et avec elle un sentiment d’avoir eu une lecture marquante.
Debout, à une extrémité de a table, mon frère s'était lancé dans un grand discours, pendant que ma mère remplissait les assiettes. Nous étions assises toutes les deux, la tête levée vers lui. C'était là le langage des hommes timides, me dis-je, des hommes trop seuls avec leurs lectures et leurs idées - sur la politique, la guerre, les pays lointains, les tyrans. Des hommes qui préféraient enfouir la tête là-dedans plutôt que de voir le simple chagrin d'amour d'une femme.
La chaleur, un rappel de ce que j'avais entrevu lors de l'agonie de mon père, mais que, sans l'avoir prévu ni voulu, j'avais réussi à oublier : les jours ordinaires étaient un voile, un pan de tissu fin qui faussait le regard.
jeudi 17 décembre 2015
William Boyd - Les vies multiples d'Amory Clay
Editeur : Seuil - Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Isabelle Perrin - Date de parution : Octobre 2015 - 517 pages plaisantes
Qu’on se le dise tout de suite Amory Clay est un personnage de fiction malgré les photos qui jalonnent ce roman. En 1997, c’est une femme âgée qui se penche sur ses souvenirs et sa vie. Contaminée très jeune par le virus de la photographie, il s’agit d’une jeune fille qui veut en faire son métier. Mais en Angleterre et dans les années 20, ce n’est pas courant. Elle débute néanmoins par des portraits avec son oncle mais Amory attend autre chose de plus palpitant. Et dans les années 30, là voilà à Berlin presque sans le sou où elle entreprend de photographier ce qui se passe dans les maisons de passe. De retour à Londres, son exposition fait scandale mais sa carrière est lancée.
Et il s’agit d’une femme libre, déterminée. De l’Angleterre aux Etats- Unis, de la France au Vietnam, elle sera là à immortaliser par ses clichés l’Histoire et ses guerres. Une femme aux nombreuses conquêtes qui n’a peur d’avouer ses erreurs. On est loin de l’héroïne « parfaite » ou lisse, et c’est ce qui la rend attachante. Toujours aller de l’avant aurait pu être son credo.
William Boyd nous livre le portait d’une femme pionnière pour son époque : photographe, reporter de guerre et passionnée. Une lecture un peu trop romanesque à mon goût où de nombreux passages sont assez prévisibles mais qui est agréable à lire. Un roman qui rend néanmoins un bel hommage à toutes ces femmes photographes.
Le billet de Nicole plus enthousiaste que moi
Lu de cet auteur : L'attente de l'aube
dimanche 13 décembre 2015
Jon Kalman Stefansson - D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds
Editeur : Gallimard - Traduit avec talent de l'islandais par Eric Boury - Date de parution : Septembre 2015 - 442 pages qui m'ont touchée-coulée.
Après avoir quitté femme et enfants et s’être installé au Danemark, Ari revient en Islande à Keflavík. Il aura fallu d’un paquet envoyé par son père qu’il retourne sur la terre de sa famille et le lieu il a grandi. Keflavík un ancien village de pêcheurs flanqué d’une base américaine qui aujourd’hui périclite.
Dès les premières lignes, la magie opère. L’écriture de Stefansson traduite admirablement par Eric Boury se délecte. Un roman et un siècle d’histoire, trois générations depuis Ari à ses grands-parents Oddur et Margrét. Oddur marin respecté dont l’épouse Margrét à la beauté sensuelle sombrera dans la mélancolie comme ayant oublié ce qu’était le bonheur. Une époque où la pêche permettait de vivre car les règles économiques et les systèmes de quotas n’avaient pas été imposés. Quand Ari a quitté l’Islande brutalement, « il s’est fait fuir lui-même. Ou peut-être est-ce que c'est sa vie qui a déclenché sa fuite, le quotidien, les choses qu’on ne règle pas, celles auxquelles il avait refusé de se confronter, ajoutées à tous ces menus détails qui s’accumulent sans qu’on y prête attention parce que, je le suppose, nous sommes trop occupés, trop négligents, trop lâches, pour toutes ces raison-là peut-être », cette époque était déjà révolue. « Celui qui ne ressent aucune souffrance et n’est pas bouleversé face à la vie a le coeur froid et n’a jamais vécu ». A la lecture de cette phrase et de très nombreux passages, j’ai été plus qu’émue. Parce que ce roman nous parle de la vie, de la mort, des sentiments et de l'art. C’est un voyage en Islande mais également un voyage introspectif. S’y mêlent la beauté rude des paysages et de la mer, celle d’une écriture qui allie simplicité, poésie et nous marque durablement.
Le flirt de l’existence avec la mort, la mélancolie soufflent tout au long de ces pages mais jamais ce roman n’est plombant. C’est tout l’art de Stefansson qui une fois de plus m’a touchée-coulée…
L'art est ce qui nous permet de vivre sans sombrer dans la folie,sans exploser, sans nous transformer en blessure, en malheur, en fusil. Il est ce qui permet malgré tout à l'homme de se pardonner les imperfections de sa condition humaine.
Lu de cet auteur : Entre ciel et terre - La tristesse des anges
Après avoir quitté femme et enfants et s’être installé au Danemark, Ari revient en Islande à Keflavík. Il aura fallu d’un paquet envoyé par son père qu’il retourne sur la terre de sa famille et le lieu il a grandi. Keflavík un ancien village de pêcheurs flanqué d’une base américaine qui aujourd’hui périclite.
Dès les premières lignes, la magie opère. L’écriture de Stefansson traduite admirablement par Eric Boury se délecte. Un roman et un siècle d’histoire, trois générations depuis Ari à ses grands-parents Oddur et Margrét. Oddur marin respecté dont l’épouse Margrét à la beauté sensuelle sombrera dans la mélancolie comme ayant oublié ce qu’était le bonheur. Une époque où la pêche permettait de vivre car les règles économiques et les systèmes de quotas n’avaient pas été imposés. Quand Ari a quitté l’Islande brutalement, « il s’est fait fuir lui-même. Ou peut-être est-ce que c'est sa vie qui a déclenché sa fuite, le quotidien, les choses qu’on ne règle pas, celles auxquelles il avait refusé de se confronter, ajoutées à tous ces menus détails qui s’accumulent sans qu’on y prête attention parce que, je le suppose, nous sommes trop occupés, trop négligents, trop lâches, pour toutes ces raison-là peut-être », cette époque était déjà révolue. « Celui qui ne ressent aucune souffrance et n’est pas bouleversé face à la vie a le coeur froid et n’a jamais vécu ». A la lecture de cette phrase et de très nombreux passages, j’ai été plus qu’émue. Parce que ce roman nous parle de la vie, de la mort, des sentiments et de l'art. C’est un voyage en Islande mais également un voyage introspectif. S’y mêlent la beauté rude des paysages et de la mer, celle d’une écriture qui allie simplicité, poésie et nous marque durablement.
Le flirt de l’existence avec la mort, la mélancolie soufflent tout au long de ces pages mais jamais ce roman n’est plombant. C’est tout l’art de Stefansson qui une fois de plus m’a touchée-coulée…
L'art est ce qui nous permet de vivre sans sombrer dans la folie,sans exploser, sans nous transformer en blessure, en malheur, en fusil. Il est ce qui permet malgré tout à l'homme de se pardonner les imperfections de sa condition humaine.
Lu de cet auteur : Entre ciel et terre - La tristesse des anges
vendredi 11 décembre 2015
Alfred Hayes - Une jolie fille comme ça
Editeur : Gallimard - Date de parution : Octobre 2015 - Traduit superbement de l'anglais (Etats-Unis) par Agnès Desarthe - 167 pages et du grand art !
Jamais nommés, l’homme un brin désabusé et maniant l’ironie, proche de la quarantaine est scénariste. Il quitte plusieurs mois par an New York et sa famille pour écrire dans une ville où le studios de cinéma sont légion, vedettes, argent et strass. La fille est plus jeune et a débarqué il y a déjà un bon moment avec l’intention de percer dans le milieu. Devenir une actrice, un rêve convoité par beaucoup de jeunes filles dans ces années 1950. Lors d’une fête, il la sauve alors qu’elle essayait de se noyer. La faute à l’alcool ? C’est ce qu’elle prétendra au départ. Mais elle va l’appeler pour la remercier de son geste et ils vont faire connaissance puis avoir une liaison. Il n’a jamais pensé à tromper sa femme même si son mariage bat de l’aile, il continue de la voir et de l’écouter. Elle : l’intrigante avec des zones d’ombres et de flou, instable, en total déséquilibre, fragile. Leur relation est toxique dans cette ville où tout est faux à cause du pouvoir de l’argent. Des scènes superbement décrites comme celle de la corrida où elle ne peut supporter le spectacle du sang, du taureau, la violence, et montre toute sa vulnérabilité pour nous lecteurs.
C’est très visuel, on sent l’odeur des cigarettes, de l’alcool, on se représente les sourires faux dans les soirées où tout le monde connaît tout le monde. Un air d’Hitchcock.
Avec une psychologie creusée, ce roman se lit en apnée et glisse sur une pente inattendue. Superbement écrit et traduit, d'une beauté universelle, la fin glaçante nous bouscule (et pas qu'un peu) car elle nous renvoie à une autre vérité.
Dans la préface, Agnès Desarthe écrit en parlant de ce texte « qu’il a une musique inédite et très subtilement subversive », je suis entièrement d’accord !
Un grand merci à Delphine (Dialogues) pour ce conseil de lecture !
jeudi 10 décembre 2015
Didier Blonde - Leïlah Mahi 1932
Editeur : Gallimard - Date de parution : 2015 - 122 pages qui laissent un sillon derrière elles...
En se promenant au cimetière du Père-Lachaise, Didier Blonde remarque la photo d’une femme au columbarium où sont gravés Leïlah Mahi 12 aout 1932. Fascinée par son regard et par sa beauté, Didier Blonde cherche à en savoir plus sur elle. Il découvre qu’il n’est pas le seul à avoir remarqué sa photo et qu’elle compte de nombreux admirateurs sur le Net. Il se lance dans une quête entrecoupée de pauses pour trouver qui est Leïlah Mahi. Des archives aux mairies en passant par les bouquinistes, il s’interroge :« Etais-je condamné à refaire toujours le même livre ? A fouiller à nouveau dans des archives, des bibliothèques, à hanter des cimetières, collectionner des adresses, tracer des itinéraires dans des rues de Paris sur la piste de tous ces disparus, ces acteurs et actrices de cinéma oubliés depuis si longtemps, auxquels j'avais consacré déjà plusieurs ouvrages et, dernièrement encore, à cette "Inconnue de la Seine". »
Leïlah Mahi convoque l’imaginaire à lui inventer une vie d’autant plus que les recherches entreprises restent vaines. « Elle a découragé toute recherche. Les archives sont fermées, cadenassées à double tour. Les services de la conservation restent silencieux. Et la concession sans héritage. Une vie muette. Hors d’atteinte. » L’auteur nous confie ses doutes comme celui d’avoir le sentiment d’être quelqu’un qui entre par effraction dans une vie ou d ‘être face à une impasse. Alors qu’il ne s’y attendait plus, une information administrative va ouvrir une porte sur Leïlah Mahi et révéler qui elle était.
En lisant ce livre, on est aux côtés de Didier Blonde. Comme lui, on est hypnotisé par cette photo. Un livre nimbé d’un voile à l'ambiance ni gaie, ni triste qui laisse un sillon derrière lui. On ressent tout le respect de l’auteur comme s’il avançait sans vouloir déranger Leïlah Mahi.
Et si j’ai été touchée par cette enquête, c’est que je me suis reconnue en partie à travers Didier Blonde à la recherche de vies derrière des photos surannées ou juste un nom. A chercher, à interroger, à recouper des éléments du passé, à visiter des lieux habités autrefois, à connaître des déceptions ou des avancées.
Les billets de Jérôme, Galéa, Eva, Laure
En se promenant au cimetière du Père-Lachaise, Didier Blonde remarque la photo d’une femme au columbarium où sont gravés Leïlah Mahi 12 aout 1932. Fascinée par son regard et par sa beauté, Didier Blonde cherche à en savoir plus sur elle. Il découvre qu’il n’est pas le seul à avoir remarqué sa photo et qu’elle compte de nombreux admirateurs sur le Net. Il se lance dans une quête entrecoupée de pauses pour trouver qui est Leïlah Mahi. Des archives aux mairies en passant par les bouquinistes, il s’interroge :« Etais-je condamné à refaire toujours le même livre ? A fouiller à nouveau dans des archives, des bibliothèques, à hanter des cimetières, collectionner des adresses, tracer des itinéraires dans des rues de Paris sur la piste de tous ces disparus, ces acteurs et actrices de cinéma oubliés depuis si longtemps, auxquels j'avais consacré déjà plusieurs ouvrages et, dernièrement encore, à cette "Inconnue de la Seine". »
Leïlah Mahi convoque l’imaginaire à lui inventer une vie d’autant plus que les recherches entreprises restent vaines. « Elle a découragé toute recherche. Les archives sont fermées, cadenassées à double tour. Les services de la conservation restent silencieux. Et la concession sans héritage. Une vie muette. Hors d’atteinte. » L’auteur nous confie ses doutes comme celui d’avoir le sentiment d’être quelqu’un qui entre par effraction dans une vie ou d ‘être face à une impasse. Alors qu’il ne s’y attendait plus, une information administrative va ouvrir une porte sur Leïlah Mahi et révéler qui elle était.
En lisant ce livre, on est aux côtés de Didier Blonde. Comme lui, on est hypnotisé par cette photo. Un livre nimbé d’un voile à l'ambiance ni gaie, ni triste qui laisse un sillon derrière lui. On ressent tout le respect de l’auteur comme s’il avançait sans vouloir déranger Leïlah Mahi.
Et si j’ai été touchée par cette enquête, c’est que je me suis reconnue en partie à travers Didier Blonde à la recherche de vies derrière des photos surannées ou juste un nom. A chercher, à interroger, à recouper des éléments du passé, à visiter des lieux habités autrefois, à connaître des déceptions ou des avancées.
Les billets de Jérôme, Galéa, Eva, Laure
mardi 8 décembre 2015
Javier Cercas - L'imposteur
Editeur : Actes Sud - Traduit de l'espagnol par : Aleksandar Crujicic et Elisabeth Beyer - Date de parution : Septembre 2015 - 416 pages passionnantes !
Construire une vie entière sur une multiplicité de mensonges, c’est ce qu'a fait Enric Marco jusqu’à ce que la vérité éclate telle une bombe en 2005. Car Enric Marco n’était pas une personne quelconque. Ce vieil homme espagnol s’est forgé un passé glorieux : syndicaliste, fervent opposant au régime franquiste, ancien déporté au camp de Mauthausen en Allemagne (et donc victime) durant la Seconde Guerre mondiale. Il devient même le président de l’Amicale de Mauthausen et consacre tout son temps à témoigner de ce qu’il a vécu et vu à Mauthausen. Sachant manier le verbe et tenir son public dans la main, il est une figure publique de la mémoire. Comment cet homme a-t-il pu embobiner tout le monde ?
Javier Cercas dans ce livre cherche à comprendre, à analyser quelles ont été ses motivations et ses raisons. Il s’est entretenu longuement avec Enric Marco pour rétablir la vérité et faire la lumière sur le passé débarrassé de ce tissu de mensonges.
Ce livre dérange, trouble profondément. L’auteure nous plonge dans le passé sombre du franquisme, met en garde de confondre Histoire et mémoire. Et quand Enric Marco Narcissique, roublard (terme qui revient très souvent) dit que son mensonge a réveillé les Espagnols et notamment la jeunesse pour leur faire prendre conscience de l’horreur du nazisme, ça choque et ça interpelle. Est-ce encore un énième mensonge ? Javier Cercas a su prendre la distance nécessaire pour rétablir les faits. Et il approfondit, va au bout de sa quête. L’Histoire de l’Espagne est toujours présente en toile de fond. Et là où certains se sont tus, ont voulu oublier, Enric Marco dans ses affabulations était un héros. Mais Javier Cercas mène également une réflexion très juste sur la littérature. L’imposteur et le romancier construisent de la fiction (il compare Enric Marco à Don Quichotte).
Un livre qu’on ne lâche pas malgré quelques petits défauts dans sa construction : de nombreuses redites qui à la fin deviennent agaçantes et quelques petites longueurs. Mais ces bémols n’enlèvent rien au fait que L’imposteur est une lecture qui marque !
Tout grand mensonge se fabrique avec des petites vérités, en est pétri.
Et si Marco est un romancier, quel genre de romancier est-il ? Il s'avère impossible de donner des réponses à ces questions sans répondre préalablement à une autre question double : Un roman est-il un mensonge ? Une fiction est-elle un mensonge ?
Ce qui définit Don Quichotte, tout comme ce qui définit Marco ce n'est pas la confusion de la réalité avec les rêves, de la fiction avec la réalité ou du mensonge avec la vérité, mais c'est la volonté de transformer ses rêves en réalité, de convertir le mensonge en vérité et la fiction en réalité.
Les billets de Delphine, Papillon
Lu de cet auteur : A la vitesse de la lumière
Construire une vie entière sur une multiplicité de mensonges, c’est ce qu'a fait Enric Marco jusqu’à ce que la vérité éclate telle une bombe en 2005. Car Enric Marco n’était pas une personne quelconque. Ce vieil homme espagnol s’est forgé un passé glorieux : syndicaliste, fervent opposant au régime franquiste, ancien déporté au camp de Mauthausen en Allemagne (et donc victime) durant la Seconde Guerre mondiale. Il devient même le président de l’Amicale de Mauthausen et consacre tout son temps à témoigner de ce qu’il a vécu et vu à Mauthausen. Sachant manier le verbe et tenir son public dans la main, il est une figure publique de la mémoire. Comment cet homme a-t-il pu embobiner tout le monde ?
Javier Cercas dans ce livre cherche à comprendre, à analyser quelles ont été ses motivations et ses raisons. Il s’est entretenu longuement avec Enric Marco pour rétablir la vérité et faire la lumière sur le passé débarrassé de ce tissu de mensonges.
Ce livre dérange, trouble profondément. L’auteure nous plonge dans le passé sombre du franquisme, met en garde de confondre Histoire et mémoire. Et quand Enric Marco Narcissique, roublard (terme qui revient très souvent) dit que son mensonge a réveillé les Espagnols et notamment la jeunesse pour leur faire prendre conscience de l’horreur du nazisme, ça choque et ça interpelle. Est-ce encore un énième mensonge ? Javier Cercas a su prendre la distance nécessaire pour rétablir les faits. Et il approfondit, va au bout de sa quête. L’Histoire de l’Espagne est toujours présente en toile de fond. Et là où certains se sont tus, ont voulu oublier, Enric Marco dans ses affabulations était un héros. Mais Javier Cercas mène également une réflexion très juste sur la littérature. L’imposteur et le romancier construisent de la fiction (il compare Enric Marco à Don Quichotte).
Un livre qu’on ne lâche pas malgré quelques petits défauts dans sa construction : de nombreuses redites qui à la fin deviennent agaçantes et quelques petites longueurs. Mais ces bémols n’enlèvent rien au fait que L’imposteur est une lecture qui marque !
Tout grand mensonge se fabrique avec des petites vérités, en est pétri.
Et si Marco est un romancier, quel genre de romancier est-il ? Il s'avère impossible de donner des réponses à ces questions sans répondre préalablement à une autre question double : Un roman est-il un mensonge ? Une fiction est-elle un mensonge ?
Ce qui définit Don Quichotte, tout comme ce qui définit Marco ce n'est pas la confusion de la réalité avec les rêves, de la fiction avec la réalité ou du mensonge avec la vérité, mais c'est la volonté de transformer ses rêves en réalité, de convertir le mensonge en vérité et la fiction en réalité.
Les billets de Delphine, Papillon
Lu de cet auteur : A la vitesse de la lumière
mercredi 29 juillet 2015
Jon Atli Jonasson - Les enfants de Dimmuvik
Éditeur : Les Éditions Noir sur Blanc - Traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson - Date de parution : Avril 2015 - 90 pages qui se lisent en apnée avec une boule dans la gorge.
Alors qu'elle assiste à l'enterrement de son frère, une femme pense à leur enfance. Elle avait douze ans en 1930, sa famille vivait près de la crique de Dimmuvik en Islande. Un paysage où la nature semble hostile et où les terres sont balayées par le vent rude.
En tant qu'aînée, elle est responsable de son frère et de sa sœur. Depuis que l'enfant que portait leur mère est mort, cette dernière s'est réfugiée dans un silence et s'est coupée d'eux. Elle passe ses journées les yeux tournés vers un mur. Leur père croyant s'en remet à Dieu alors que la faim leur tenaille le ventre. Isolés du reste du hameau, elle ou son frère ont la charge d'aller acheter le litre de lait à la ferme la plus proche. C'est ce qui leur permet de tout juste survivre.
Toutes les questions sont liées à Jésus sur la croix, dans la grande pièce. Il répond à toutes. A en juger par mon père. Notre situation ne le fait pas broncher. C'est un mélange inquiétant d'audace et de folie. Mais je n'ai que douze ans et je ne sais pas mettre des mots sur mes raisons. C'est un sentiment. Une crainte. Quelque chose d'animal en moi. C'est l'instinct vital qui parle. Qui crie silencieusement à la fenêtre quand le chien boiteux regarde dans ma direction avant que papa ne l'entraîne dans la bergerie déserte. Il y a parfois simplement trop de bouches à nourrir.
Dans cet extrait, tout est criant de cette vérité qui fait mal et de ce que la fillette a compris. Et le reste du récit est pareil. Pas de fioriture, entre l'âpreté des mots se dessine la misère et ces vies.
Et c'est d'autant plus poignant.
Les billets de Jérôme, Marie-Claude
Alors qu'elle assiste à l'enterrement de son frère, une femme pense à leur enfance. Elle avait douze ans en 1930, sa famille vivait près de la crique de Dimmuvik en Islande. Un paysage où la nature semble hostile et où les terres sont balayées par le vent rude.
En tant qu'aînée, elle est responsable de son frère et de sa sœur. Depuis que l'enfant que portait leur mère est mort, cette dernière s'est réfugiée dans un silence et s'est coupée d'eux. Elle passe ses journées les yeux tournés vers un mur. Leur père croyant s'en remet à Dieu alors que la faim leur tenaille le ventre. Isolés du reste du hameau, elle ou son frère ont la charge d'aller acheter le litre de lait à la ferme la plus proche. C'est ce qui leur permet de tout juste survivre.
Toutes les questions sont liées à Jésus sur la croix, dans la grande pièce. Il répond à toutes. A en juger par mon père. Notre situation ne le fait pas broncher. C'est un mélange inquiétant d'audace et de folie. Mais je n'ai que douze ans et je ne sais pas mettre des mots sur mes raisons. C'est un sentiment. Une crainte. Quelque chose d'animal en moi. C'est l'instinct vital qui parle. Qui crie silencieusement à la fenêtre quand le chien boiteux regarde dans ma direction avant que papa ne l'entraîne dans la bergerie déserte. Il y a parfois simplement trop de bouches à nourrir.
Dans cet extrait, tout est criant de cette vérité qui fait mal et de ce que la fillette a compris. Et le reste du récit est pareil. Pas de fioriture, entre l'âpreté des mots se dessine la misère et ces vies.
Et c'est d'autant plus poignant.
Les billets de Jérôme, Marie-Claude
jeudi 23 juillet 2015
Flemming Jensen - Imaqa
Éditeur : Éditions Actes Sud - Traduit du danois par Inès Jorgensen - Date de parution : 2012 - 442 pages à ne pas bouder !
Nous sommes dans les années 1970. Martin presque quarantenaire enseignant danois demande sa mutation pour le Groenland. Il cherche l'aventure et son choix se pose sur un petit hameau (appelé un comptoir) du nom de Nunaqarfik. Interdiction formelle de parler la langue locale, utilisation obligatoire de manuels scolaires : les exigences du Ministère sont fermes. Arrivé sur place, il découvre l'immensité du paysage polaire et une communauté soudée, chaleureuse. Même si ses débuts sont un peu difficiles, sa gentillesse lui ouvre bien des portes. Les habitant vivent simplement mais sont heureux, les traditions ancestrales persistent et tout est souvent prétexte a faire la fête. Il se sent bien, il est en phase avec les habitants, la nature et c'est le hic. Car sa mission est d'implanter la langue danoise mais aussi une certaine modernité.
Le dépaysement est garanti car on est immergé dans cette communauté du Groenland et ses coutumes. Entre situations cocasses ou burlesques et des événements dramatiques, Flemming Jensen nous confronte à la vision d'un peuple qui s'étiole et qui risque de perdre son âme, ses racines car gangrené par un mode de vie inadéquat.
Des personnages attachants, de nombreux rebondissements, de l'humour mais aussi des pincements au cœur et surtout un réel humanisme : ce livre fait du bien. Mais il dénonce également les nombreux impacts de colonisation Groenland par le Danemark et soulève de nombreuses questions importantes.
Une lecture à ne pas bouder !
Seulement ce sont souvent les gens qui se trouvent dans une situation dont on ne peut pas se vanter qui justement se vantent. Se vanter n'appartient pas non plus aux valeurs culturelles les plus prisées d'une société de chasseurs.
Aussi lorsque ces hommes qui, selon les normes anciennes, ont connu une brutale déchéance sociale, reviennent dans leur petite communauté et déclarent gagner dix fois plus qu'un grand chasseur, la société est perturbée. Tout est sens dessus dessous et on ne peut plus faire la différence entre bien et mal.
Le billet d'Hélène
Nous sommes dans les années 1970. Martin presque quarantenaire enseignant danois demande sa mutation pour le Groenland. Il cherche l'aventure et son choix se pose sur un petit hameau (appelé un comptoir) du nom de Nunaqarfik. Interdiction formelle de parler la langue locale, utilisation obligatoire de manuels scolaires : les exigences du Ministère sont fermes. Arrivé sur place, il découvre l'immensité du paysage polaire et une communauté soudée, chaleureuse. Même si ses débuts sont un peu difficiles, sa gentillesse lui ouvre bien des portes. Les habitant vivent simplement mais sont heureux, les traditions ancestrales persistent et tout est souvent prétexte a faire la fête. Il se sent bien, il est en phase avec les habitants, la nature et c'est le hic. Car sa mission est d'implanter la langue danoise mais aussi une certaine modernité.
Le dépaysement est garanti car on est immergé dans cette communauté du Groenland et ses coutumes. Entre situations cocasses ou burlesques et des événements dramatiques, Flemming Jensen nous confronte à la vision d'un peuple qui s'étiole et qui risque de perdre son âme, ses racines car gangrené par un mode de vie inadéquat.
Des personnages attachants, de nombreux rebondissements, de l'humour mais aussi des pincements au cœur et surtout un réel humanisme : ce livre fait du bien. Mais il dénonce également les nombreux impacts de colonisation Groenland par le Danemark et soulève de nombreuses questions importantes.
Une lecture à ne pas bouder !
Seulement ce sont souvent les gens qui se trouvent dans une situation dont on ne peut pas se vanter qui justement se vantent. Se vanter n'appartient pas non plus aux valeurs culturelles les plus prisées d'une société de chasseurs.
Aussi lorsque ces hommes qui, selon les normes anciennes, ont connu une brutale déchéance sociale, reviennent dans leur petite communauté et déclarent gagner dix fois plus qu'un grand chasseur, la société est perturbée. Tout est sens dessus dessous et on ne peut plus faire la différence entre bien et mal.
Le billet d'Hélène
lundi 20 juillet 2015
Fiona Kidman - Le livre des secrets
Éditeur : Points - Traduit de l'anglais (Nouvelle-Zélande) par Dominique Goy-Blanquet - Date de parution : Juin 2015 - 466 pages appréciées
1953, Waipu en Nouvelle-Zélande. Sorcière est le nom par lequel les gens la désignent. Parce que elle a osé vivre une histoire d'amour avec un cantonnier contre l'avis de sa mère, Maria devenue âgée vit recluse depuis cinquante ans. Bannie par sa communauté, elle ne sort jamais de chez elle qui n'est autre que l'ancienne maison de sa grand-mère. Elle y découvre le journal de sa grand-mère Isabella qui selon sa mère Annie était une diablesse. Ce journal va lui permettre de dérouler l'histoire familiale liée à celle d'un homme.
1871, Ecosse. Norman McLeod appelé "L'Homme" a de nombreux adeptes. Ce prédicateur non officiel aux idées très strictes convainc de nombreuses familles et personnes de le suivre pour rejoindre la terre promise en Amérique du Nord. Isabella fait partie du voyage. La communauté lui obéit car il s'est proclamé maître dans tous des domaines. Il juge tout et son avis vaut décision sans recours. Mais la terre promise n'est pas le jardin d'Eden que tous attendait. Et le périple continue en Australie puis jusqu'à la Nouvelle-Zélande. Isabella devenue veuve, mère d'un garçon s'est remariée à un disciple fidèle du maître. De cette union naît Annie qui très jeune se montre une véritable bigote. Dans cette communauté où les femmes n'ont pas leur mot à dire, Isabella a commencé à montrer sa détermination personnelle en n'assistant plus aux offices. Contrairement aux autres membres, elle n'a pas peur de L'homme, de ses colères et de ses directives. Annie grandit, se marie et donne naissance à Maria. Cette dernière élevée selon les principes de la communauté rêve d'indépendance. Et en osant aimer un homme d'une autre confession, elle se construira sa propre prison sans barreaux.
Il s'agit d'un bel hommages à ces femmes privées de droit, de liberté mais également à ces colons en quête d'une vie meilleure dont les sacrifices furent nombreux.
Une lecture que j'ai apprécié pour ses qualités : l'histoire en elle-même comme la construction qui mêle récit, extraits de journal, lettres et pensées mais j'en attendais plus sur le plan émotionnel.
L'un des procédés favoris du maître pour humilier les femmes de la paroisse consistait à les haranguer le dimanche depuis sa tribune en leur reprochant leur vêture inconvenantes, et tout particulièrement leurs bonnets. Pas une plume, même cueillie par elles sur une haie, pas le moindre petit ruban au bout de dentelle n'était toléré dans leur coiffure. Sinon il les tournait cruellement en ridicule. Ils s'en prenait même à sa femme, une pauvre et tendre créature qui lui avait donné dix enfants en même pas autant d'années et passa le plus clair de ses jours l'esprit apparemment égaré. Cette apparence faiblesse d'esprit et de corps l'avait tenue plus souvent éloignée de l'église que dedans. Mais au point la dispensait-elle de ses diatribes, au point que je me suis demandée si elle n'était pas fort rusée en dépit de ce qui se racontait.
1953, Waipu en Nouvelle-Zélande. Sorcière est le nom par lequel les gens la désignent. Parce que elle a osé vivre une histoire d'amour avec un cantonnier contre l'avis de sa mère, Maria devenue âgée vit recluse depuis cinquante ans. Bannie par sa communauté, elle ne sort jamais de chez elle qui n'est autre que l'ancienne maison de sa grand-mère. Elle y découvre le journal de sa grand-mère Isabella qui selon sa mère Annie était une diablesse. Ce journal va lui permettre de dérouler l'histoire familiale liée à celle d'un homme.
1871, Ecosse. Norman McLeod appelé "L'Homme" a de nombreux adeptes. Ce prédicateur non officiel aux idées très strictes convainc de nombreuses familles et personnes de le suivre pour rejoindre la terre promise en Amérique du Nord. Isabella fait partie du voyage. La communauté lui obéit car il s'est proclamé maître dans tous des domaines. Il juge tout et son avis vaut décision sans recours. Mais la terre promise n'est pas le jardin d'Eden que tous attendait. Et le périple continue en Australie puis jusqu'à la Nouvelle-Zélande. Isabella devenue veuve, mère d'un garçon s'est remariée à un disciple fidèle du maître. De cette union naît Annie qui très jeune se montre une véritable bigote. Dans cette communauté où les femmes n'ont pas leur mot à dire, Isabella a commencé à montrer sa détermination personnelle en n'assistant plus aux offices. Contrairement aux autres membres, elle n'a pas peur de L'homme, de ses colères et de ses directives. Annie grandit, se marie et donne naissance à Maria. Cette dernière élevée selon les principes de la communauté rêve d'indépendance. Et en osant aimer un homme d'une autre confession, elle se construira sa propre prison sans barreaux.
Il s'agit d'un bel hommages à ces femmes privées de droit, de liberté mais également à ces colons en quête d'une vie meilleure dont les sacrifices furent nombreux.
Une lecture que j'ai apprécié pour ses qualités : l'histoire en elle-même comme la construction qui mêle récit, extraits de journal, lettres et pensées mais j'en attendais plus sur le plan émotionnel.
L'un des procédés favoris du maître pour humilier les femmes de la paroisse consistait à les haranguer le dimanche depuis sa tribune en leur reprochant leur vêture inconvenantes, et tout particulièrement leurs bonnets. Pas une plume, même cueillie par elles sur une haie, pas le moindre petit ruban au bout de dentelle n'était toléré dans leur coiffure. Sinon il les tournait cruellement en ridicule. Ils s'en prenait même à sa femme, une pauvre et tendre créature qui lui avait donné dix enfants en même pas autant d'années et passa le plus clair de ses jours l'esprit apparemment égaré. Cette apparence faiblesse d'esprit et de corps l'avait tenue plus souvent éloignée de l'église que dedans. Mais au point la dispensait-elle de ses diatribes, au point que je me suis demandée si elle n'était pas fort rusée en dépit de ce qui se racontait.
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