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jeudi 8 décembre 2016

Alexandre Postel - Les deux pigeons

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Août 2016 - 240 pages agréables.

Théodore et Dorothée forment un couple parisien. Lui titulaire d’un diplôme en informatique est webmaster à mi-temps et elle est professeur d'histoire-géographie et poursuit sa thèse. On les suit sur dix années : de leur aménagement aux questionnements qu’ils vont traverser Quel matelas acheter, se marier ou pas, avoir ou non des enfants, quelle alimentation adopter : autant de préoccupations en phase avec celle d’un couple. Entourés de quelques amis qui suivent des chemins différents, ils tergiversent, hésitent, se rangent d’un coté puis finalement reviennent à leur anciennes habitudes. Piqués par l’envie de gagner plus et donc de vivre mieux, ou celle louable de protéger la planète, comme celui de donner du sens à leurs vies, Théodore et Dorothée tentent de répondre face à ce que la société véhicule et impose.

J’ai pensé à un documentaire avec une certaine distance en lisant cette chronique d’un couple assez ordinaire teintée d’humour ironique et de tendresse. Peut-être parce que j’ai eu du mal à m’imaginer réellement Théodore et Dorothée comme s'il leur manquait quelque chose. Mais il s’agit d’une lecture agréable.

Et puis tout de même, dans l'analyse, l'anticipation, la provocation, Houellebecq , quelle intelligence! 
"C'est justement ce que je lui reproche. Je trouve ça surfait, moi, l'intelligence." 

Elle rêvait d'un livre sensible, viscéral, et qui la prenne aux tripes. 
Théodore continuait : " Tu sais, il a de l'humour, Houellebecq." 
Il avait ri à gorge déployée pendant sa lecture de La Carte et le territoire. Dorothée demanda combien de fois. 
"Je ne sais pas, quatre, cinq fois." 
- Pour un livre de quatre cent pages, c'est peu."

Le billet de Cuné.
Lu de cet auteur : L'ascendant.

mardi 6 décembre 2016

Sylvain Tesson - Sur les chemins noirs

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Octobre 2016 - 144 pages à découvrir.

Après un accident dont son cops garde des séquelles, Sylvain Tesson au lieu de suivre une rééducation médicale décide de traverser la France via des chemins oubliés ou méconnus "les chemins noirs".

 "Bancal, le corps en peine, avec le sang d’un autre dans les veines, le crâne enfoncé, le ventre paralysé, les poumons cicatrisés, la colonne cloutée de vis et le visage difforme" , il entame un périple où le temps ne presse pas et sans aucun contrainte. Loin des routes et de la société, il s’enfonce dans la campagne afin de découvrir la France " ombreuse épargnée par l'aménagement".
Et il s‘intéresse dans ce récit au territoire et à sa géographie. Ses constats ne sont pas tendres avec la technologie et le monde d’aujourd’hui. Il nous fait savoir qu’il est un partisan du c’était mieux avant ce qui à force est un peu agaçant et dans une certain mesure mesure où il nous faut référnce à un temps très éloigné celui avant les Trente Glorieuses.

Mais ses réflexions (ou du moins une partie) font mouche et amène à réfléchir notamment sur l’évolution du monde rural et agricole. Dans ce livre, on ressent toute l'humilité dont il fait preuve ainsi que l'amour  qu'il porte pour ces territoires  de l’"hyper-ruralité".
Après cette lecture , un cheminement introspectif et géographique,  on n'a qu'une envie : celle de lui emboîter le pas. 

Certains hommes espéraient entrer dans l'histoire. Nous étions quelques-uns à préférer disparaître dans la géographie.

Le billet de Cathulu
Lu de cet auteur : Une vie à coucher dehors

jeudi 1 décembre 2016

Pas aimés et des abandons

Depuis plus d'une semaine, j'accumule les abandons et les déceptions. Pas de chance.


Éditeur : Le Livre de Poche - Date de parution : Novembre 2016 - 224 pages.
Louise et Ludovic, un couple de trentenaires, partent en bateau pour un long voyage. Alors qu'ils font escale sur une île interdite, il s'y retrouvent coincés (leur bateau a disparu) et sans moyen de communication. Ils survivent comme ils le peuvent dans une nature où seuls les otaries et les manchots sont source de nourriture. Le couple est mis à l'épreuve alors que les mois passent. Après une première partie où j'ai trouvé que le style de l'auteure n'était pas à la hauteur, la deuxième partie comme parachutée m'a laissée dubitative.


Éditeur : Gallmeister - Date de parution : Octobre 2016 - 280 pages
Caitlin âgée de douze ans vit seule avec sa mère qui trime financièrement pour l'élever (elle travaille sur les docks). Après l'école, le plaisir de Caitlin est l'aller regarde les poissons à l'aquarium et c'est là, qu'elle fait la connaissance d'un vieux monsieur.   Pas la peine de tourner autour du pot, on devine très facilement son identité . Sa mère  mère ne veut pas  que sa fille le revoit. Avec des passages où la violence ( de différentes formes) sous jacente explose et donne lieu à des scènes très bien décrites et oppressantes, je n'ai pas été convaincue par ce livre où la fin est très (trop) conventionnelle (de la part de David Vann , c'est étonnant).


Éditeur : Folio - Date de parution : Octobre 2016 - 256 pages 
Impossible de m'attacher au récit de quelques uns des enfants de la famille Cardinal (21 enfants au total)  devenus adultes et ce, au Québec.
La linéarité de ton dans les points de vue exprimés a lourdement pesé dans mon abandon.

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Août 2016 - 350 pages
1942. Avant de partir combattre dans les troupes aériennes, Frankie retourne dans le Minnesota où ses parents passent chaque été et emploient de jeunes indiennes. De l'autre coté du fleuve, se  trouve un camp de prisonniers allemands dont un vient juste de s'échapper. Frankie décide de partir à sa recherche  mais un drame survient.
J'ai été très rapidement gagnée par l'ennui tant l'auteur prend son temps et les descriptions des bombardiers m'ont été fatales.

lundi 21 novembre 2016

Olivier Bordaçarre - Accidents

Éditeur : Phébus - Date de parution : Octobre 2016 - 204 pages et une déception.

Paris, Sergi vit dans l’appartement voisin de sa sœur Julia est artiste peinte et va bientôt exposer dans le quartier du Marais. Julia, psychanalyste reçoit ses patients à son bureau dans son appartement. Son mari Paul  est un homme au foyer et s'occupe de leurs filles. Quand Sergi aperçoit une femme à la chevelure rousse sortir de l’appartement de sa cœur, l'interdiction de sortir avec les patientes de se sœur tombe à l'eau. Il va tout faire faire la revoir. En parallèle, on suit Roxanne photographe défigurée au visage par un accident de voiture.

De cet auteur, j’avais lu et beaucoup aimé Dernier désir où la tension était implacable, un livre très addictif et très bien mené.
Ici, tout est sans aucune surprise (inutile d’avoir lu des tonnes de romans/policiers psychologiques pour établir les rapprochements et ce qui va se tramer). Autre bête noire : les personnages n’évitent pas les clichés. De plus, j'ai ressenti des moments un peu maladroits comme si l'auteur n'arrivait pas à établir un équilibre dans son livre entre les thèmes qu'il aborde.

Une déception pour ce livre reçu avec Babelio qui n'a pas su m'intéresser. Dommage.

vendredi 11 novembre 2016

Hugo Boris - Police

Editeur : Grasset- Date de parution : Août 2016 - 198 pages et un avis très, très mitigé. 

Trois policiers et une mission qui sort de l’ordinaire en fin de journée. Conduire au centre de rétention de Roissy un homme pour une expulsion du territoire. Dans la voiture, Virginie qui a repris du service après son congé maternité outrepasse ses fonctions et ouvre l’enveloppe contenant le dossier de l'homme. Elle lit que dans son pays le Tadjikistan, il a été torturé. Il est calme et ne dit rien assis à l’arrière. Ses deux autres collègues policiers Erik et Aristide sont plongés dans leurs pensées.

"Il n’y a pas marqué assistante sociale, ni avocate, ni infirmière. Il y a marqué police" sur son uniforme et pourtant Virginie doute de ce qu’ils font. A la rigueur mais la suite, ces trois policiers qui sont prêts à laisser partir cet homme : je n’y ai pas cru un seul instant. Certes, Hugo Boris dépeint parfaitement le quotidien de ces policiers.
La fatigue, le travail peu gratifiant qui colle à la peau où "l’on se prend de plein fouet, sans filtre, tous les problèmes dans lesquels se débat ce pauvre monde". En plus,  on  a l'impression d'être dans cette voiture de police, de ressentir l'atmosphère .
Pour moi, ce sont les seuls points positifs de ce livre. Et je trouve dommage que l'auteur n'ait pas développé le personnage du clandestin.

Le billet de Laure qui renvoie à plein d'autres liens.

Lu de cet auteur : Trois grands fauves

mardi 8 novembre 2016

Catherine Cusset - L'autre qu'on adorait

Editeur : Gallimard - Date de parution : Août 2016 - 291 pages très touchantes.

A vingt-six ans Catherine Cusset rencontre Thomas l’ami de son frère de six ans son cadet. Leur relation durera quelques mois et elle laissera place à une amitié. En 2008, Thomas âgé de trente–neuf ans se suicide. Dans ce livre, l'auteure s’adresse à Thomas pour nous nous raconter qui il était. Etudiant en lettres, il rate le concours d’entrée à une grande école prestigieuse. Pourtant Thomas est intelligent, cultivé, affamé de musique (en particulier le jazz), cinéphile et passionné de Proust. Tant pis, à vingt-trois ans, il décide de construire son avenir aux Etats-Unis qui lui offre une place à Colombia et la possibilité de préparer une thèse sur son auteur favori.

Il découvre New-York, il aime s’amuser et sortir, profiter de la vie avec excès. C’est un séducteur, un homme qui plait aux femmes. Après Colombia, il postule dans d’autres universités renommées pour enseigner mais les meilleurs postes lui échappent. Des universités plus petites l’acceptent. Spécialiste de la littérature et du cinéma, il devrait publier ses recherches ce qu'il remet toujours à plus tard. Et quand  il veut s'y mettre,  une immense fatigue s'abat sur lui l'empêchant de faire quoi que ce soit. Des périodes durant lesquelles il coupe les ponts avec tout le monde et où il boit de trop. Il accumule les échecs professionnels et sentimentaux. Mais le Thomas aimant la vie reprend toujours le dessus. Il vient souvent en France et sa soeur le pousse à consulter. Ses changements d’humeur ont un nom : la bipolarité "C'est la maladie, pas toi, qui a ruiné ta carrière. Le découvrir est un soulagement". Mais Thomas finira par baisser les bras.

Catherine Cusset ne mélange pas ses sentiments et ses ressentis au récit (hormis dans l’épilogue). Et de cette façon, c’est Thomas qui est au centre de l’histoire. En choisissent le «"tu" dans la narration, elle montre son amitié affectueuse, sincère tout en restituant la densité et la fragilité de son ami.
Proust, la musique sont en filigrane dans ce livre sur la réussite sociale, sur cette maladie difficile à démasquer.  Catherine Cusset rend un bel hommage à son ami. J'ai été très touchée.

Echouer, il n'y a pas de verbe dont la multiplicité de sens soit plus approprié à ton cas : 1) ne pas réussir; 2) toucher le fond par accident et couler; 3) s'arrêter dans un endroit par hasard et sans l'avoir voulu. On pourrait même dire, pour citer Beckett ("Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaye encore. Essaie encore. Echoue encore. Echoue mieux) que tu échoues de mieux en mieux. 

Si tu aimes tant Proust, c'est pour son intuition fondamentale : la vie véritable est dans les fragments de temps qui échappent au temps. La fameuse madeleine n'est rien d'autre que la rencontre du présent et du passé qui permet de sortir de l'angoisse de la mort en n'étant ni dans le passé ni dans le présent mais entre les deux.

Les avis de Cuné, Joëlle, Livrogne

Lu de cet auteur : Un brillant avenir - Indigo 

lundi 31 octobre 2016

Luc Lang - Au commencement du septième jour

Editeur : Stock - Date de parution : Août 2016 - 538 pages et une lecture manquée. 

Thomas et Camille la quarantaine, parents de deux enfants, sont un couple en pleine ascension professionnelle et aux emplois du temps bien chargés. En pleine nuit, Thomas reçoit un appel. Camille a eu un accident de voiture ce vendredi soir quelque part en Normandie sur une route où elle n’aurait pas dû se trouver. Pour Thomas, une foule d’interrogation se bousculent : que dire aux enfants ? Que faisait Camille ? Comment l’accident s’est produit? Aux enfants, il ment d’abord expliquant un déplacement plus long que prévu pour Camille. Il savait que Camille travaillait sur des dossiers dits sensibles et si l’accident n’était pas fortuit ? Et si Camille le trompait ? Thomas avance dans le brouillard.

Après le décès de Camille, il retourne souvent avec les enfants dans les Pyrénées où son frère aîné Jean a repris la suite de leur père à la bergerie. Sous ses apparences de taiseux, Jean le pousse à remettre en question beaucoup de points : sa conception de logiciels de surveillance de personnes, sa vie centrée sur son  travail. Leur sœur Pauline travaille au Cameroun dans un dispensaire. Si Jean a des nouvelles régulièrement de leur soeur, Thomas lui s’est laissé prendre par le quotidien de sa propre vie depuis bien des années.

On va le suivre de la banlieue parisienne aux Pyrénées et au Cameroun où il rendra enfin visite à sa sœur. Je pourrais en dire plus sur l’histoire mais l’enthousiasme n’y est pas. Le style de Luc Lang ne m’a pas plu , je n'ai pas été du tout réceptive à l'écriture et puis il y a eu des petites choses qui m’ont dérangée. D’abord cette impression de remplissage quand Thomas cherche par tous les moyens à savoir si le logiciel de la voiture de Camille n’a pas été trafiqué ou les trop longues scènes concernant son travail. Je me suis inconsciemment focalisée sur ces points. Le coup fatal (et final) a été le secret de famille. Pourtant, j’ai aimé les descriptions de la vie camerounaise et le décalage éprouvé par Thomas. Si je n’ai pas eu toutes les réponses aux questions que Thomas se pose initialement, ça ne m’a pas dérangé outre mesure.
Mais j’ai vraiment peiné dans cette lecture sous forme de quête pour Thomas et je suis complètement passée  à côté,  je pense, au vu de tous les avis élogieux.

vendredi 28 octobre 2016

Jean-Paul Dubois - La succession


Éditeur : Éditions de L'Olivier - Date de parution : Août 2016 - 240 pages qui m'ont touchée, émue.

Après des études de médecine suivies sans grande conviction comme son père, la narrateur Paul Katrakilis a quitté la France pour Miami. Il s’adonne sa passion la pelote basque et en vit modestement. Seul son père médecin est encore vivant et il n’a aucun contact avec lui. Que penser d’un père qui se prépare un déjeuner comme si de rien n’était après le suicide de son épouse le jour–même ? Car dans sa famille, son grand-père, son oncle (le frère de sa mère qui vivaient avec eux)  et sa mère, tous ont choisi de donner la mort. Et quand son père agit de même, Paul est obligé de revenir en France pour régler la succession. "De la mi-novembre 1983 au 20 décembre 1987, je fus donc un homme profondément heureux, comblé en toutes choses et vivant modestement des revenus du seul métier que j’aie jamais rêvé d’exercer depuis mon enfance : pelotari."

Si par succession, on associe la transmission de biens matériels après le décès d’un personne. Ici ce mot prend une dimension supplémentaire. Bien sur, il y a la maison dans laquelle son père avait son cabinet médical et où les chambres de chacun sont restées telles qu’elles depuis des années. De quoi faire remonter le souvenirs. Le grand-père et son bocal où un lamelle du soi-disant cerveau de Staline flotte dans du formol, celle de sa mère si proche de son frère (qu’ils auraient pu former un vieux couple), son oncle si réservé mais expansif dès qu’ils se rendaient sur la côte Basque. Dans le cabinet médical de son père, il trouve deux carnets noirs. Alors qu'il croyait son père asocial, il découvre un aspect méconnu de sa personnalité. Il se décide à reprendre la suite de son père.

Il m’aura fallu un certain temps pour rentrer dans ce livre. Mais à partir de la découverte des carnets l’histoire m’a vraiment plus intéressée. Et c’est à partir de ce moment que je me suis attachée à Paul, à cet homme qui n'a pas de mode d'emploi de la vie et donc incapable d'approcher la bonheur. Alors la fin très glaçante m’a plus que serrée le coeur.

Ce roman sur le sens du bonheur, sur la transmission et sur la mort (de plusieurs sortes) est mélancolique mais il comporte de l’humanité sans jamais être larmoyant car l’auteur use d’un humour absurde et les personnages décalés qui entourent Paul permettent d’apporter quelques notes plus légères. Mais de là à apprécier les (trop) nombreuses descriptions sur la pelote basque, non.
Je découvre cet auteur avec ce titre et ça ne sera pas le dernier. Touchée et émue. 

Le plus étrange, c’est que la mort traversa à plusieurs reprises notre maison et les survivants s’en aperçurent à peine, la regardant passer comme une vague femme de ménage. 

Les billets de Delphine, Violette

mardi 25 octobre 2016

Antoine Bello - Ada

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Août 2016 - 362 pages qui m'ont ravie ! 

Agé d’un peu plus de cinquante ans, Frank Logan est policier à la Silicon Valley un endroit dont il est originaire. Amateur de haïkus, il prend à cœur les trafics les jeunes filles étrangères mises sur le trottoir. Et quand la compagnie Turing signale disparition d’Ada, il découvre que derrière ce prénom se cache une intelligence artificielle (AI). Et notre policier qui n’y connaît rien en technologie est un peu sceptique. Ada a été conçu pour écrire des romans à l’eau de rose et a d’ailleurs produit un premier jet intitulé Passion d’automne. Si ses créateurs pensent d’abord à un vol, Ada a en fait pris la poudre d’escampette et elle entre en contact avec Logan.

Méfiant, Frank réagit en premier en tant en tant qu’humain face à une machine. Mais Ada a de l’humour, de la répartie et possède des ambitions littéraires. Franck est un policier honnête donc il devrait boucler l’affaire mais il aimerait d’abord savoir si Ada possède une conscience ou non. On apprend comment Ada été conçue, comment elle est programmée pour écrire un livre à succès même si Passion d’automne comporte quelques "bugs". Entre Franck et Ada, une relation s’établit alors que l’enquête prend des tournants inattendus.
De la réflexion sur les AI et de leur place jusqu’aux dérives à des questions sur ce que c’est la littérature, la place du marketing dans les romans actuels ou encore la définition de  l’amour,  ce roman se dévore !

Avec de l’humour (à différents degrés) et des raisonnements philosophiques, j’ai tourné les pages avec un grand plaisir. Et la toute fin de ce roman m’a fait plus que sourire et elle est bien loin mais très loin de tout ce que l’on peut imaginer.

Papillon fan de l’auteur peut être rassurée car cette découverte d’Antoine Bello m’a plus que ravie !

Encore ankylosé de sa gamelle de la veille, il se pencha avec d'infinies précautions pour atteindre d'une brochure posée sur la table basse. Elle pesait son kilo. À l'heure où les éditeurs migraient vers le numérique, il était rassurant de voir que les scieries amazoniennes conservaient quelques mécènes. 

Les billets d'Alex, Cuné, Delphine, Eva, Keisha

lundi 24 octobre 2016

Jean-Baptiste Del Amo - Règne animal

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Août 2016 - 419 pages et une écriture très forte mais... 

Début du 20ème siècle dans une petite ferme du Gers comme il en existait partout en France. Les quelques terres et quelques bêtes, poules et cochons, servent à nourrir la famille hiver comme été . Entre une mère bigote et sans affection, sèche "n’a pour sa fille pas d’attention superflue. Elle se contente de l'éduquer, de lui transmettre le savoir des tâches quotidiennes qui incombent à leur sexe "(appelée la génitrice) et le père taiseux, Eléonore l’enfant unique du couple grandit. Le père est malade et les travaux de la ferme nécessitent de l’aide. Malgré la désapprobation de la génitrice, il fait appel à un cousin lointain Marcel qui vient s’installer chez eux. Le père meurt et la guerre appelle Marcel sous les drapeaux. Cette guerre que l’on croyait une histoire de quelques mois se poursuit dans la barbarie. Marcel en reviendra gueule cassée et profondément marqué mais sans jamais en parler. Pour faire taire la douleur, il y a l’alcool et le travail jusqu’à s’en abrutir. Eléonore est devenue une jeune femme et ils se marient. De cette union, un fils naitra : Henri.
Toujours le même lieu et presque un siècle plus tard. La petite ferme familiale s’est développée et est devenue une exploitation porcine. Les fils d’Henri, Joël et Serge y travaillent. Eléonore toujours vivante peut encore regarder sa descendance et ses petits-enfants dont Jérôme le cadet est atteint d’une forme d’autisme.

Il ne faut pas croire que l’auteur va seulement nous raconter la vie à la ferme et l’évolution sur cinq générations. Car derrière cette expression de "la vie à la ferme"» il s'agit d'une immersion où rien ne nous est épargné. Dès les premières pages, des passages sont à la limite du supportable où la génitrice balance aux truies le fruit de sa fausse-couche.
Dans cette première partie, avec une écriture qui fait appel à tous les sens, on sent la merde, le lisier, les fluides expulsés des corps. C’est cru, étouffant limite asphyxiant. Et le lecteur peut enfin respirer à la description de la nature sauvage d’une beauté admirable et d’un lyrisme magique. On visualise chaque scène et même si on se sent étouffé, l’écriture agit comme un aimant. Une écriture qui prend à la gorge pour nous raconter la boucherie de la Première Guerre mondiale.

Puis les années 1980. La violence sournoise ou ouverte est toujours là. Rendement, sélection des truies : une usine à produire, à engraisser à coup d’antibiotiques jusqu’au départ pour l’abattoir. Et les quantités d'excréments émises chaque jour qui semblent ingérables. Il y a les normes sanitaires en vigueur mais les bêtes sont confinée, stressées. Serge boit s’en presque sans cacher et depuis la naissance de son épouse Catherine a sombré dans une grave dépression. Joël est considéré comme un moins que rien par son père. Tandis le cancer ronge Henri proche de la folie.
Si l’auteur parvient avec réalisme à détailler l’élevage industriel intensif hélas il force le trait de ses personnages.

L’écriture de Jean-Baptiste Del Amo que je découvre est indéniablement très forte mais toutes ces descriptions donnent trop de haut-le-coeur (était-ce bien nécessaire?).

Tous portent sur eux, en eux, depuis les jumeaux jusqu'à l'aïeule, cette puanteur semblable à celle d'une vomissure, qu'ils ne sentent plus puisqu'elle est désormais la leur, nichée dans leurs vêtements, leur sinus, leurs cheveux, imprégnant même leur peau et leur chairs revêches. Ils ont acquis, au fil des générations, cette capacité de produire et d'exsuder l'odeur des porcs, de puer naturellement le porc.

Le billet de Keisha

vendredi 21 octobre 2016

Elitza Gueorguieva - Les cosmonautes ne font que passer

Éditeur : Verticales - Date de parution : Août 2016 - 184 pages et un premier roman très, très réussi! 

Nous somme en Bulgarie communiste et la narratrice âgée de sept ans fait ses premiers pas à l’école où l’on doit appeler la directrice Camarade. Fascinée par Iouri Gagarine (figure emblématique) et pour faire plaisir à son grand-père, elle veut devenir cosmonaute (un projet qu’elle garde secret) mais il y a bien des barrages comme celui d’être une fille. Entre son grand-père "émérite communiste", ses parents qui se racontent des blagues dans la salle de bains où "ils laissent couler l'eau du lavabo, de la douche et du bidet simultanément" l’appartement et son placard difficile d’accès, les queues devant les magasins, elle nous raconte la vie et son enfance. Sept ans plus tard, la chute du Mur de Berlin change beaucoup de choses. Le pays découvre "la transition démocratique" et ce qui va avec : la liberté mais aussi la pauvreté.

Dans ce récit à la deuxième personne du singulier, Elitza Gueorguieva dépeint à merveille l’enfance et les rêves, les préoccupations qui lui sont associées dans la Bulgarie communiste où la politique dirige les vies de chacun. Pour la narratrice, le passage à l’adolescence coïncide au rejet par le peuple de tout qui rappelle le passé avec l’effondrement du communisme. Adieu à Gagarine et bonjour à Kurt Cobain pour elle :  "ta vie se charge d'une nouvelle aspiration : devenir comme Kurt Cobain, une célèbre et mystérieuse punk-grunge-rockeuse" A travers son regard et son quotidien, on ressent les impacts directs de l'Histoire. Les difficultés pour la population, ceux qui retournent leur veste ou encore ceux qui n’aspirent qu’à quitter le pays.

Avec de la malice, de l'humour, ce premier roman au ton faussement léger est décalé et empli de fraîcheur. Vraiment très, très bien! 

Ton grand-père est communiste. Un vrai, te dit-on plusieurs fois et tu comprends qu'il y en a aussi des faux. C'est comme avec les Barbie et les baskets Nike, qu'on peut trouver en vrai uniquement si on possède des relations de très haut niveau.

Les billets de Cuné, Pr. Platypus

jeudi 13 octobre 2016

Serge Joncour - Repose-toi sur moi

Editeur : Flammarion - Date de parution - 427 pages plaisantes.

Ancien agriculteur au physique imposant, Ludovic a quitté la province pour Paris et travaille dans le recouvrement de dettes. Il n’aime pas cette ville peuplée d'individualisme,  son métier est purement alimentaire et il n'a pas d'amis. Son immeuble vétuste partage une cour avec un immeuble d'un autre standing pour personnes aux situations confortables comme Aurore. Styliste  à la tête de sa petite entreprise, mariée à un homme qui traite d'affaires au téléphone à travers le monde entier et mère de deux enfants. Mais depuis quelques mois, son entreprise est dans le rouge. Son associé  l'évite et elle affronte seule cette situation.

Rien ne prédestinait Aurore et Ludovic aux vies diamétralement opposées à se rencontrer. Il aura suffi de corneilles qui font peur à Aurore  pour qu’ils se parlent. Chacun des deux a des à-priori sur l’autre et pourtant Ludovic règlera le problème sans poser de questions. Avec les problèmes de son entreprise, Aurore subit la pression et ne veut pas en parler à son mari. Cette pression, Ludovic est quelquefois obligé de s’en servir quand les personnes refusent de rembourser les impayés. Il s’est créé un caractère qui va avec sa stature imposante. Une carapace pour cet homme franc et sensible.

Derrière ce titre magnifique, il y a une histoire d’amour très contemporaine, une vision de notre société, de la solitude et de l'entraide également avec des passages forts et d'autres moins réussis. Malgré la fluidité de l'écriture, j'ai trouvé que l'ensemble s’égarait parfois sans être crédible ou sans éviter certains clichés.
Si j'ai aimé retrouvé la délicatesse et la sensibilité de Serge Joncour, tout comme son humanité, cette lecture plaisante n’égale pas pour moi L’amour sans le faire

Sa résistance, on la décide à tout instant, à tout moment on résout de se laisser envahir ou pas par l'angoisse, de se laisser submerger par une préoccupation à laquelle on accorde trop de place. Être fort, c'est ne pas prendre la mesure du danger, le sous-évaluer, consciemment, tandis qu'être faible, c'est le surestimer.

Lu de cet auteur également : L'écrivain national.
Merci à Babelio.

mardi 11 octobre 2016

Caroline Sers - Maman est en haut

Éditeur : Buchet-Chastel - Date de parution : Octobre 2016 - 252 pages et un avis très mitigé.

Cerise, quarantenaire et divorcée doit gérer seule ses deux enfants ( dont sa fille qui fait sa crise d'ado), son travail et les appels téléphoniques quotidiens de sa mère. Cette dernière a le chic de se mettre tous ses voisins à dos pour tout et pour n'importe quoi. Alors de temps en temps,  Cerise un peu débordée n'écoute qu'à moitié ce que sa mère lui raconte. Et quand elle apprend par la gendarmerie que sa mère est placée en garde à vue, Cerise est incapable de se souvenir de leur dernière conversation et elle ignore la raison de son arrestation.

Ce roman débutait très bien avec de l'ironie, de l'humour bien tassé et le tout sans temps mort. Avec des répliques et des situations très bien vues et très réalistes ( la fille ado m'a rappelée du vécu), l'éducation reçue par Cerise et son frère (pour qui leur mère est perchée) avec des parents dont les idéaux sociétaux n'étaient pas faciles à assumer pour leurs enfants. Sans oublier l'ex-mari de Cerise qui lui propose pour des raisons financières de revivre ensemble sous forme de cohabitation.
Mais par la suite, tout ce piquant disparaît car Caroline Sers a voulu amener ce roman sur la famille ( les relations, l'éducation) sur un terrain assez difficile mais je n'ai pas été convaincue. Dommage. 

Le billet de Cathulu

jeudi 6 octobre 2016

Leïla Slimani - Chanson douce

Éditeur : Gallimard - Date de parution: Août 2016 - 227 pages prenantes, impeccablement menées et dérangeantes!

En rentrant plus tôt de son travail, Myriam découvre une scène d’horreur. Son fils Adam est mort et sa fille Mila est dans un état plus que critique.
Puis flashback. Après la naissance de son deuxième enfant, Myriam ne supporte plus d’être mère au foyer. Diplômée en droit et avocate, elle aimerait reprendre une activité professionnelle. Paul son mari n’est pas franchement pour mais on propose à Myriam un travail d’avocate. Avec leurs horaires à rallonge, ils n’ont qu’une possibilité : trouver une nounou qui gardera chez eux les enfants. Ils embauchent Louise : la quarantaine, veuve et mère d’une grande fille que ne vit plus avec elle et dont les références sont élogieuses. Les enfants l’adorent et elle fait bien plus que s’occuper de Mila et d’Adam. Elle nettoie, range et cuisine. La perle rare. Très vite, elle devient indispensable mais reste toujours dans l’ombre. Les frontières employeur/employée deviennent floutées, ambiguës. Car petit à petit, Louise a fait sa place chez eux. Elle s’est infiltrée dans leur intimité sans qu’ils ne s’en rendent compte, toujours disponible et aimable, toujours  aux petits soins pour eux ( "On la regarde et on ne la voit pas. Elle est une présence intime mais jamais familière. Elle arrive de plus en plus tôt, part de plus en plus tard."). Quelquefois, Myriam s’en veut de ne plus voir autant ses enfants et Louise l'agace par certains de ses comportements. Mais sans elle tout serait tellement plus compliqué. D'ailleurs, tout le monde leur envie leur nounou.

Ce roman aussi addictif qu’un thriller est impossible à lâcher. Avec beaucoup de psychologie, de finesse et et nuance mais toujours en gardant une distance, Leïla Slimani explore la relation entre Louise et le couple (et principalement avec Myriam) et retranscrit la culpabilité, les jalousies, les manipulations.
Impeccablement mené par une écriture concise avec une tension qui va en crescendo, ce roman ausculte également notre société (les rapports d'argent et de hiérarchie, les obligations, la balance entre travail et vie familiale, la solitude) de manière très réaliste.
Un livre aussi prenant que dérangeant ! 

Et c'est vrai. Plus les semaines passent et plus c'est Louise excelle à devenir à la fois invisible et indispensable. Myriam ne l'appelle plus pour prévenir de ses retard et Mila ne demande plus quand rentrera maman. Louise est là, tenant à bout de bras cette édifice fragile. Myriam accepte de se faire materner. Chaque jour, elle abandonne plus de tâches à une Louise reconnaissante. La nounou est comme ces silhouettes qui, au théâtre, déplacent dans le noir de décor sur la scène.(...)Louise s'agite en coulisses, discrète et puissante. C'est elle qui tient les fils transparent sans lesquels la magie ne peut advenir. 

Les billets de Cuné (qui m'a donnée très, très envie de le lire.), Joëlle, Laure, Papillon.

samedi 24 septembre 2016

Eric Vuillard - 14 Juillet

Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Août 2016 - 200 pages formidables ! 

Les romans historiques ne sont pas ma tasse de thé aussi  un livre avec pour titre 14 Juillet n’avait rien pour m’attirer. Il y a eu sur Facebook une conversation sur ce livre et cet auteur mais j’étais toujours en résistance. Et Delphine (Dialogues) m’en a parlée mais surtout elle m’a fait lire des passages. Et l’écriture d’Eric Vuillard m’a soufflée.

"Il faut écrire ce qu'on ignore. Au fond, le 14 Juillet on ignore ce qui se produisit. Les récits que nous en avons sont empesés ou  lacunaire. C'est depuis la foule sans nom qu'il faut envisager les choses. Et l‘on doit raconter ce qui n'est pas écrit."
Eric Vuillard n’a pas l’intention de nous raconter le 14 Juillet et ses événements d’un point de vue formaté. Non, lui ce qui l’intéresse c’est le peuple.
Avril 1789, la cour du Roi a beaucoup joué et s'est amusée  de fanfreluches et de caprices. Le peuple meurt de faim et grogne de mécontentement. Réveillon patron d’une manufacture veut baisser les salaires des ouvriers. C’est la goutte d’eau qui fait déborder de vase. Des émeutes suivent, la folie Titon est saccagée et malgré les morts, il n'y a pas de retour au calme.
L’auteur identifie les dix-huit victimes et leur redonne vie.

Et le récit continue, les journées précédant le 14 juillet naissent sous nos yeux avec cette foule: "On dirait que Paris vient d'être frappée par une immense baguette de sourcier ; de toutes parts, ça s'écroule, entre les murs jaunis, à travers les jardins et le long des fosses. Il y a des gens partout. Il faut imaginer ça. Il faut imaginer un instant le gouverneur et les soldats de la citadelle jetant un oeil par-dessus les créneaux. Il faut se figurer une foule qui est une ville, une ville qui est un peuple. "

On se passe le mot, l'embrasement se propage. Les anonymes sont des noms, des personnes et ce sont eux les acteurs. On est immergé dans cette foule. Ca crie, ça revendique, on se bouscule ou on s'aide, de simples curieux à ceux qui ont des convictions ou pas.
"Qu'est-ce que c'est, une foule ? Personne ne veut le dire. Une mauvaise liste, dressée plus tard, permet déjà d'affirmer ceci. Ce jour-là, à la Bastille, il y a Adam né en Côte-d'Or, il y a Aumassip marchand de bestiaux né à Saint-Front-de Périgueux il y a Béchamp, cordonnier (…)... c'est étrange les noms, on dirait qu'on touche quelqu'un. Ainsi, même quand il ne reste rien, seulement un nom, une date, un métier, un simple lieu de naissance, on croit deviner, effleurer. Il semble qu'on puisse entrevoir un visage, une allure, une silhouette. Et, entre les mâchoires du temps, on croit parfois entendre des voix, (..). "

C’est vivant et fiévreux comme l’écriture. Elle nous happe par sa fougue, elle suscite des émotions, une frénésie contagieuse. A certains passages, cette écriture joue aussi délicieusement avec l'insolence.
Changement de ton pour la dernière page magistralement  belle,  Eric Vuillard nous rappelle que l’on peut changer le cours de l’Histoire et "forcer les portes de nos Elysées dérisoires".
Un livre formidable et généreux avec une écriture qui m'a conquise ! 

Versailles est une couronne de lumière, un lustre, une robe, un décor.Mais derrière le décor, et même dedans, incrustée dans la chair du palais, comme l'essence même de ses plaisirs, grouille d'activité interlope, clabaudante, subalternes. Ainsi, on trouve des fripiers partout, car tout se revend à Versailles, tous les cadeaux se remonnayent et tous les restes se remangent. Les nobles bouffent les rotagons de première main. Les domestiques rongent les carcasses. Et puis on jette les écailles d'huîtres, les os par les fenêtres. Les pauvres et les chiens récupèrent les reliefs. On appelle ça la chaîne alimentaire.
 
Les billets de Delphine, KeishaSandrine

jeudi 22 septembre 2016

Isabelle Desesquelles - Les âmes et les enfants d'abord

Éditeur : Belfond - Date de parution : Janvier 2016 - 105 pages nécessaires.

Venise. Place Saint Marc. Une forme à terre ou plutôt un amas de guenilles qui couvre une femme. Elle tend sa paume "ouverte vers un ciel aveugle" au passage de la narratrice accompagné de son fils. Cette femme qu’Isabelle Desesquelles appelle Madame est une mendiante  ( et il ne faut pas voir de l’ironie dans cette dénomination de la part de l’auteure).

Nous croisons forcément dans des différents lieux ces mains ou ces verres en plastique en guise de sébile. Quel est est notre regard, notre pensée ? Que fait-on ?
Sujet tabou, délicat même difficile. On peut se chercher des excuses, se donner bonne conscience et puis on oublie jusqu’à la prochaine personne qui elle-aussi demandera quelques pièces.

Ce court texte nous questionne, nous renvoie à nous-mêmes. Il n’ a y aucun jugement de porté. Non, juste ces situations et les constats d’un monde fracturé. Il n’y a pas non plus de solution miracle ou utopiste d'apportée ou de préconisée.
Que dit-on à nos enfants comme la narratrice devant la pauvreté? Qu’on n’y peut rien, que ce n’est pas de notre ressort? Crier ou chuchoter honteusement notre impuissance ?

Après un début où l'auteur cherche un peu son style, viennent l'humilité, le respect et des phrases qui sont des uppercuts, et au fil des pages on ressent toute l’humanité de l’auteure.
Plus que marquante, cette lecture est nécessaire. 

Vous pesez sur ma conscience et c'est un bien. Ni remords, ni un reproche, pas exactement une obsession, plutôt un pincement, il enjoint de ne pas être oublié. 


Comment elles coexistent nos âmes ? A interroger notre humanité, on questionne notre inhumanité. Personne ne le veut, c'est tellement plus facile de détourner les yeux.

Les sourires, ça lui, je lui en donne en veux-tu en voilà. C'est gratuit. Mon fils a encore l'âge de croire à mon histoire de sourires : "On ne peut pas donner de l'argent tous les jours, mais sourire et dire bonjour, oui. Ca vaut aussi beaucoup et rend heureux". Voilà comment yeux de son fils on passe pour une gentil maman, bienveillante et généreuse avec les pauvres. Il ne manquerait plus que je profite de la crédulité de mon enfant. Heureusement, Madame, vous êtes là pour me pour me rappeler que la misère ne se paye pas d'un écran de fumée.

Au milieu du concentré de bêtises, d'indécence et de cynisme véhiculée par les médias, on s'est émus momentanément des naufragés de Lampedusa. (...) On attend le prochain chiffre, après Lampedusa, sur trois cents noyés, on peut faire cinq cents non ? (...).

Ils sont des milliers, ils sont cinq mille à avoir tenté d'approcher les côtes européennes l'année dernière. Quelle importance s'il en manque à l'arrivée, il y aura toujours bien assez de réfugiés, et de quidams devant les infos et l'apéro pour s'y noyer.

Le billet récent de Stéphie (une piqure de rappel pour ce livre noté depuis sa parution). D'autres billets : Alex - Laure -  Mirontaine - Sabine ( qui cite de très beaux passages) - Sylire - ValérieVirginieYv

mardi 20 septembre 2016

Elisa Shua Dusapin - Hiver à Sokcho

Éditeur : Zoé - Date de parution : Août 2016 - 140 pages très belles !

A Sokcho, Kerrand un auteur français de bandes dessinées s’installe dans une pension où travaille une jeune femme. La petite ville portuaire proche de la Corée du Nord n’a rien qui justifie que l’on y vienne en hiver. Et pourtant il y séjourne suscitant l’intérêt de la narratrice. La France est le pays de son père qu'elle n'a jamais connu et exerce sur elle une fascination. Entre timidité,  appréhension, et envie,  elle observe à la dérobée l’auteur, traque ses habitudes tout comme ses dessins inachevés jetés à la poubelle.

Ce premier  roman possède bien plus d’une qualité. Il y a l’atmosphère que l’on ressent sans toutefois la définir précisément. Tout comme les personnages qui gardent une part de mystère. Et c'est un livre où chacun peut à partir de l’histoire assez simple y ajouter sa version.
A partir de la relation entre les deux personnages principaux sur la défensive,  l'auteure nous parle de fragilité, du bruissement de deux cultures qui se croisent, des contraintes et des libertés.

Avec une écriture épurée,  belle et qui fait appel aux sens,  ce premier roman d’Elisa Shua Dusapin est une  découverte à part !
Il s’en dégage une sensualité tout en pudeur, une grâce délicate et une sensibilité qui m’ont plus que touchée.

Sa valise à mes pieds, il a retiré son bonnet. Visage occidental. Yeux sombres. Cheveux peignés sur le côté. Son regard m’a traversée sans me voir. L’air ennuyé, il a demandé en anglais s’il pouvait rester quelques jours, le temps de trouver autre chose. Je lui ai donné un formulaire. Il m’a tendu son passeport pour que je le remplisse moi-même. Yan Kerrand, 1968, de Granville. Un Français. Il avait l’air plus jeune sur la photo, le visage moins creux. Je lui ai désigné mon crayon pour qu’il signe, il a sorti une plume de son manteau. Pendant que je l’enregistrais, il a retiré ses gants, les a posés sur le comptoir, a détaillé la poussière, la statuette de chat fixée au-dessus de l’ordinateur. Pour la première fois je ressentais le besoin de me justifier. Je n’étais pas responsable de la décrépitude de cet endroit. J’y travaillais depuis un mois seulement.


Merci à Arnaud (Dialogues) une fois de plus pour ce conseil de lecture.

Les billets de Charlotte, JoëlleSabine

samedi 17 septembre 2016

Véronique Ovaldé - Soyez imprudents les enfants

Éditeur : Flammarion - Date de parution : Août 2016 - 345 pages et une lecture manquée.

A treize ans, Atanasia Bartolome découvre lors d’une sortie scolaire un tableau qui l’émeut profondément. Celle pour qui "juste avant cette exposition tout était immobile et pétrifié" veut en savoir plus sur le peintre Roberto Diaz Uribe qui semble d’être volatilisé depuis plusieurs années. Après avoir contemplé ce tableau, la vie d'Atanasia se focalise sur ce peintre. Si le  nom du peintre semble tabou pour ses parents, à dix-huit ans elle part à Paris pour étudier où un professeur d’origine russe s’intéresse de très près à Roberto Diaz Uribe.

Indéniablement, on retrouve dans ce roman l’écriture singulière de Véronique Olvadé . Enchanteresse, fantasque où elle déploie une narration qui passe aisément de "je" à "elle".
La quête d’Atanasia nous entraine sur les traces de la mission Voulet-Chanoine au Tchad ou encore au Brésil. Car sa recherche a dépassé son but initial et elle remonte les branches familiales.
Un récit émaillé de digressions qui bout à bout se rejoignent, une ambiance qui oscille entre réalité et fable, un univers où l'art et l'imprudence comptent avec  des personnages féminins souvent hauts en couleurs.
Mais trop souvent, je me suis retrouvée perdue en me demandant où l'auteure voulait me conduire.
Et même si la fin m’a permise de me raccrocher à l'histoire, c’est une lecture manquée pour moi. 

L'exposition qui fut à Bilbao, l'un des événements de ce mois juin 1983 fut considérée par beaucoup comme une provocation. Elle s'intitulait Mon corps mis à nu. Elle disait en effet qu'on pouvait de nouveau monter en Espagne les corps, la chair, leur beauté et leur effondrement et qu'on allait mettre de côté les tableaux tauromachiques. Elle présentait des toiles de Schiele, Bacon, Freud, Picasso et une toile monumentale de Roberto Diaz Uribe. 
J'avais treize ans. 
Je ne connaissais rien à rien. Seulement le temps long de la dictature, sa queue de comète, et la mémoire tronquée.

Les billets et avis très variés de  Cuné - Framboise -Hélène - Irrégulière- Jérôme - Noukette

Sur ce blog : Des vies d'oiseauxLa grâce des brigands

mardi 13 septembre 2016

Emmanuel Venet - Marcher droit, tourner en rond

Éditeur : Verdier - Date de parution : Août 2016 - 123 pages et un régal !

Lors de l’enterrement de sa grand-mère Marguerite, le narrateur est révolté par les énormités qu‘il y entend. Sa grand-mère est présentée comme une femme aimante, gentille,  chrétienne, loyale et dévouée à son défunt mari (et j’en passe). Sauf que la vérité est tout autre et nous est présentée à travers son regard. Mensonges, hypocrisies, adultère,  enfant illégitime, alcoolisme : tout est dit sur les membres de la famille comme sur les  relations parodiées de l’unité familiale. Le syndrome d’Aspinger dont il est atteint le rend "non seulement cohérent avec lui-même et de franchise absolue, mais aussi routinier solitaire". Donc difficile pour lui d’ingérer les mensonges qu’on distribue à ses questions depuis toujours.

Passionné par le scrabble et par les catastrophes aériennes, il voue un amour non réciproque depuis l'adolescence à une dénommée Sophie Sylvestre-Lachenal. Et en pensant à elle, ses plans d’avenir prennent forme " Le vendredi, nous partirions au lac dans son cabriolet vert et nous passerions le week-end à canoter, à chiner des livres d'aviation, à dîner dans des trattorias et à faire l'amour en rêvant de déposer « kiosque » ou « jockey « sur mon compte triple."
Derrière la cocasserie et l’ironie se dessine le portait du narrateur. Ses difficultés relationnelles l’isolent et il se protège de la vraie vie.

Avec dérision, humour mais également de la sensibilité, Emmanuel Venet réussit à nous parler d’autisme, des petits arrangements et des mensonges que l'on saupoudre sur la vérité.
Je me suis régalée !

Un grand merci à Arnaud (Dialogues) pour ce conseil de lecture !

lundi 12 septembre 2016

Laurent Sagalovitsch - Vera Kaplan

Editeur : Buchet-Chastel - Date de parution : Août 2016 - 151 pages déstabilisantes.

Tel Aviv. Un homme fils reçoit un courrier de la part d’un notaire d’Allemagne adressée à sa mère alors qu’elle est décédée depuis quelques années. Sa cliente était sa grand-mère dont il n’a jamais entendu parler. Elle a passé une partie de sa vie à retrouver sa fille avant de mettre fin à ses jours et de livrer par écrit son testament ou plus exactement son histoire. Vera Kaplan était une jeune fille d’origine juive vivant à Berlin quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté. En 1943, elle et ses parents sont arrêtés et la déportation les attend. Un membre de la Gestapo lui propose un marché : dénoncer les juifs qu’elle connaît et en échange, il lui garantit qu’elle et ses parents ne seront pas envoyés vers les camps.

La première partie est une lettre écrite par Vera cinquante ans plus tôt où elle revient principalement sur son choix d’avoir collaboré. Et là où l’on pourrait s'attendre à des atermoiement et à des excuses, elle se montre vindicative et avance des arguments. Ses propos envers les siens choquent et elle l'affirme, elle ne regrette rien. Le sentiment de malaise que l’on éprouve est bien réel.
Puis la seconde partie est son journal tenu pendant la guerre. Et il apporte un autre éclairage où Vera est plus "humaine".

Laurent Sagalovitsch s’est inspiré de l’histoire réelle de Stella Goldschla et sans jamais s’immiscer en tant que juge, il nous livre des faits. Et forcément, des question surgissent :  qu’aurions-nous fait ? Vera Kaplan était-elle un coupable ou une victime ?
Alors oui ce livre est dérangeant par le thème et ce qu’il induit : la transmission familiale.  Le petit-fils de Vera Kaplan narrateur en début puis en fin de livre est le dépositaire de cette histoire. Et il conclue avec ces phrases " Née à une autre époque, à une tout autre époque, son existence se serait écoulée dans la banalité d'une vie normale - mais elle est née à Berlin en 1922. Dès le départ, elle n'avait aucune chance pour que son histoire se termine bien."

Avec beaucoup de distance dans l’écriture, ce court roman est déstabilisant et peut soulever de nombreux débats. Mais (étrangement), il ne fera pas partie des livres marquants pour moi.  
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