lundi 22 février 2010

Jean-Louis Fournier "Il a jamais tué personne, mon papa"



J’aurais pu inventer un personnage, une femme qui à un moment donné revient sur son enfance puis sur son adolescence marquée par l’alcoolisme de son père.

Ses premiers souvenirs : pourquoi elle ne comprenait pas que sa maman était si fâchée contre son papa certains jours. La description exacte de l’étiquette de la bouteille de vin qui prônait sur la table à chaque repas. Les yeux de son père, sa voix pâteuse, ses gestes incertains, il aurait semblé si fatigué, le pauvre papa.

Elle serait tombée de vélo ou de la balançoire. Une mauvaise chute vers 8 ou 9 ans. Les urgences de l’hôpital et une image gravée à jamais : sa mère qui aurait tenu son père, ivre, la chemise sortant de son pantalon, titubant jusqu’à son lit. Et la honte qu’elle aurait ressentie car elle aurait tout compris : le père qu’elle avait idolâtré jusqu’à présent et qui mettait sa mère en colère certains soirs, ses yeux vitreux, son comportement. A partir de jour, elle aurait instauré un rituel en rentrant de l’école : poser toujours exactement ses pieds sur un chemin imaginaire du sol de cuisine en priant pour que son père ne soit pas saoul.
Chaque soir, après ses devoirs, elle se serait murée dans sa chambre en attendant le bruit de la voiture qui s’arrête. Tétanisée par la peur, retenant son souffle, elle aurait guetté le ton et les paroles de sa mère. Porte qui claque, insultes, elle serait restée cloîtrée dans sa chambre sous prétexte de ne pas avoir faim. Ne pas dîner pour ne pas le croiser. Marquée d’avoir vu son père s’effondrer dans la mare de vin qu’il avait vomi, honteuse que le jour de noël, il l’avait déjà fêté à sa manière alors qu’ils devaient recevoir des invités. Et toujours, la peur mêlée la honte lors des repas de famille ou d’une fête quelconque. De le voir boire, de le voir tendre son verre à peine il était vide. Et compter le nombre de verres qu’il s’enfilerait, calculer à partir du combientième, il ne tiendrait plus debout.
Les jours heureux auraient été ceux où lui n’avait pas bu. Comme toutes les petites filles, elle aurait été admirative de ce papa pour une raison ou une autre.
Son bac en poche, elle serait partie loin, très de chez elle pour ses études. Une fuite préméditée pour essayer de tout oublier.

Pourquoi inventer quand un auteur raconte si bien l’alcoolisme d’un père vu par les yeux d’un enfant. Mon papa à moi aussi n’a jamais tué personne.

Des nouvelles très courtes, sensibles ou cinglantes par leur réalité, mais toujours bouleversantes. Ceux qui ont vécu et subi l’alcoolisme d’un parent s’y retrouveront…

D’autres avis : Antoine ( d’Arts Souilleurs) , Yvon , Cynthia , Pimprenelle

Erik Orsenna "Madame Bâ"



Pour retrouver son petit fils préféré qui a disparu en France, avalé par l’ogre du football, Madame Bâ Marguerite, né en 1947 au Mali, sur les bords du fleuve Sénégal, présente une demande de visa. Une à une, elle répond scrupuleusement à toutes les questions posées par le formulaire officiel 13-0021.
Mais comment mettre dans des petites cases la vie de cette femme africaine ? Impossible, Madame Bâ doit raconter toute son histoire. Une histoire liée à celle de son pays et de ses parents. Enfant curieuse, son éducation passe par les origines de sa famille, les légendes liées au fleuve et à la nature. Chérie par un père à l’esprit scientifique, Marguerite grandit, bercée par les traditions et la connaissance. Mère de huit enfants, Marguerite va se retrouver veuve. Travailler, élever ses enfants en les protégeant de l’envie de vouloir partir en France. Pris par le récit de Madame Bâ, on ressent sa fierté d’être Africaine, ses peurs face à une France qui est loin d’être une terre de richesses. Femme de volonté et de caractère, Madame Bâ ne se laissera pas décourager et va écrire toute son histoire au Président de la République Française.

Erik Orsenna a su se mettre dans la peau de Madame Bâ. Comme l’Afrique haute en couleurs, il nous offre une écriture riche en expressions, des formulations où les mots chantent à l’oreille et qui dévoilent tout leur sens. Dès les premières pages, c’est qui m’a frappé.


Je me suis retrouvée subjuguée par le récit de Madame Bâ, par ses digressions voulues pour mieux expliquer ses pensées et la réalité se son pays. Entre humour et constat amer, Madame Bâ décrit les défauts de notre cher Pays mais aussi ceux de des concitoyens. J’ai beaucoup aimé quand elle s’adresse au Président, le décrivant comme un homme ayant peu de liberté et montrant de la compassion à son égard, ou quand elle blâme le rôle de la télévision, vendeuse de rêves et d’utopies.
Hymne au courage de la femme Africaine, ce livre dépeint aussi la corruption, les retombées du colonialisme, les intérêts financiers et politiques, le mépris et le dédain.

Un livre dense, beau et envoûtant comme l’Afrique.

C'était une lecture commune avec Lili . Je pense qu'elle aussi a été subjuguée.

samedi 20 février 2010

Une très belle rencontre : Véronique Olmi

J’ai eu la chance de faire une très belle rencontre…

Retour à jeudi dernier.

Fatiguée, j’avais abandonnée l’idée d’aller chez Dialogues en me disant que d’autres occasions se présenteraient. Ou alors ce n’était qu’un prétexte pour se dérober et ne pas se montrer. Toujours cette appréhension d’être gauche. De perdre le contrôle des mots, qu’ils se mélangent dans ma bouche avant d’en sortir.

Cette rencontre, j’en avais tellement parlé que toute la famille a argumenté, me menaçant même de m’y conduire.

Véronique Olmi était déjà là assise à une table au café de Dialogues. Une très belle femme : un visage fin, rehaussé par des yeux en forme d’amande. Intimidée, je me suis quand même approchée.

Les moments suivants furent merveilleux. On a parlé de ses livres, enfin surtout moi, car une fois mise à l’aise, je ne pouvais qu’être enthousiaste. On a échangé sur l’écriture. Je lui ai avoué mon manque de confiance, mes textes commencés, les questions qui me hantent. Non seulement, elle m’a dit « si vous aimez écrire, continuez ! N’ayez pas peur ! », mais elle m’a également donné des conseils «la meilleure façon d’écrire, c’est de lire toujours et encore. Chacun est unique et chacun peut apporter quelque chose par ses écrits».

Regonflée à bloc, je ne vais pas abandonner mes textes. Non, je vais m’accrocher, les travailler, et continuer !

Une auteur généreuse, humaine et sensible … Merci à vous Véronique Olmi !
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