mercredi 3 mars 2010

Véronique Bizot - Mon couronnement



La chance est avec moi. Pas celle sonnante et trébuchante, mais une autre. Je suis gâtée, comblée encore par une lecture.

Après « les sangliers » de Véronique Bizot , je me suis laissée tenter (ô mot si délicieux…) par « mon couronnement » et je remercie Véronique de chez Dialogues de s’être transformée en petit démon…

Monsieur Kaplan, ancien chercheur à la retraite, voit son quotidien bouleversé. Il apprend qu’il va être décoré pour une découverte scientifique qu’il a faite il y a bien longtemps et dont il ne souvient plus. Son salon se retrouve envahi de gens, son téléphone sonne sans arrêt. Mais lui, il s’en fiche, il ne veut pas être dérangé dans ses habitudes. Lui qui aime la tranquillité et observer de sa fenêtre les passants, n’apprécie pas que se journées soient bousculées. Même Madame Ambrunaz, sa femme de ménage et sa plus proche amie, le presse, insiste pour qu’il accepte cet honneur. La clé de l’évènement étant une cérémonie officielle.

A travers Monsieur Kaplan, Véronique Bizot nous dépeint la vieillesse. Pas celle où l’on passe ses journées à faire de la « gym- voyages- club d’échecs » et autres activités. Non, la vieillesse moins glorieuse. Celle où l’on attend que le temps se passe, où la mémoire flanche, et où la gêne de ce corps plus très vaillant se fait sentir honteusement.

C’est doux et amer, piquant d’un humour teinté d’ironie et on se prend d’affection pour ce vieux monsieur qui égrène ses souvenirs d’une vie passée…

Un livre coup de cœur pour le sujet, le style et la plume de Véronique Bizot !

« Je me suis souvenu qu’il habitait une rue du quinzième arrondissement et comme un taxi débarquait sous mes yeux un couple de petits vieux tenant une boîte de gâteaux, de celles qu’on apporte avec soi pour se faire pardonner sa vieillesse (…)"

mardi 2 mars 2010

Laurent Graff - Selon toute vraisemblance



De Laurent Graff, je n’avais lu que « les jours heureux », livre mettant en scène Antoine âgé de 35 ans, qui a décidé de passer le restant de ses jours dans une maison de retraite. De l’humour quelquefois caustique et de la tendresse pour dépeindre la vieillesse, et des réflexions sur la conception de la vie.

Mais là, j’ai été sonnée, chamboulée, renversée … je pourrais enchaîner tous les synonymes car ce livre est plus que terrible.
« Selon toute vraisemblance » est un recueil de dix nouvelles où je suis resté bouche bée et abasourdie!


On y trouve Claude Chienchien, client mystère tellement commun qu’il a plus que le profil de l’emploi. Anonyme de nature et heureux de l’être « moins j’existe selon les critères visuels, mieux je me porte ».Et, à force de passer inaperçu, il en devient imperceptible. D’autres portraits tout aussi troublants : celui de l’homme qui se mange lui-même pour survivre, Delphine dont la maladie grignote, efface les lettres de son nom.
On ne sait plus, tout semble furtif et si présent, réel car l’absurde de ces portraits ciselés avec brio nous amène à douter.

Une mention particulière pour la nouvelle intitulée « la vie d’un mort-né »... superbe et si dure dans sa réalité.

Vous l’aurez compris, un gros coup de cœur, des nouvelles superbement écrites et puissantes. A lire absolument et de toute urgence.

lundi 1 mars 2010

Claire Fourier "Je vais tuer mon mari"



Anna n’a qu’une idée en tête : tuer son mari. C’est un acte qu’elle prémédite depuis longtemps. Elle part de chez elle et noircit son cahier de griefs.
Son sang Celte, sa passion pour la mer s’oppose au tempérament calme de son mari « mon mari est pratique, je suis idéaliste. Il n’est pas romantique, je le suis ». Ecrivain, elle s’échappe grâce aux mots alors que lui est plongé constamment dans les chiffres. Entre de longues déclamations vindicatives, elle pense aussi aux moments heureux. Femme au caractère bouillonnant, femme infidèle aimant la chair et l’amour, Anna déverse tout son fiel, son amertume et sa colère.

Sa plume emportée donne parfois de très longs paragraphes sans aucune ponctuation. Femme fantasque qui aux yeux des autres a tout pour être heureuse, sa fugue lui permet également de se remettre en question. Tous ces mots écrits la délivrent, l’apaisent et seront salutaires pour elle.

Claire Fourier a une écriture très affirmée et l’on ressent toute la véhémence, le tempérament en démesure d’Anna. Une lecture à découvrir pour le style de Claire Fourier.

Un avis masculin (et positif) celui d’Yvon

Sur le site de Dialogues, Claire Fourier parle de ses livres et du couple.
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