mercredi 10 mars 2010

Kate Thompson - Créature de la nuit




Quand j’ai vu la couverture du livre, j’ai eu un mouvement de surprise. Le vert fluo du titre … très peu pour moi. Puis, à la lecture de la quatrième de couverture, je m’attendais à une histoire de revenants avec une touche de fantastique. Et, j’ai eu tout faux !

Une mère séparée de son mari et ses 2 enfants quittent Dublin pour un petit village Irlandais afin de renouer les liens familiaux. Elle espère éloigner son fils aîné Robert, quatorze ans, de ses mauvaises fréquentations (alcool, drogue, vol). La maison dans laquelle s’installe dans la famille a une histoire bien étrange : une fillette y a été assassinée des années plus tôt. Robert bien décidé à retourner à Dublin retrouver ses copains va mener la vie dure à sa mère.

Certes, Robert est un ado paumé qui se cherche. Comme il est le narrateur, on a le droit à un langage assez cru et ça m’a freiné. On est très près de la caricature de l’ado délinquant. S’il y a un personnage sur lequel je me suis attardé, c’est celui de la mère. Elle rame sur tous les fronts… Dépassée par l’attitude de son fils, elle veut que tous prennent un nouveau départ dans la vie.
Au fils des pages, le comportement de Robert va se modifier mais hélas, ça n’a pas été suffisant pour que j'accroche à cette lecture.

Maintenant, l’avis de Fifille Ado (15 ans en classe de seconde) qui l’a lu après moi et sans connaître mon opinion.
« Dès le départ, le personnage de Robert m’a agacé et j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs. L’intrigue est bien menée mais c’est une lecture que je n’ai pas franchement aimée et qui m’a ennuyée. »

D’autres avis à venir chez BOB que je remercie pour ce partenariat

Brian Evenson - Père des mensonges



Le doyen Fochs, un homme respectable et respecté, souffre depuis peu de troubles du sommeil. Il parle d’une voix au timbre étrange, profère des paroles obscènes. Lorsqu’il vient à porter la main sur sa femme durant ses nuits agitées, elle lui demande d’aller consulter un psychothérapeute Feshtig. Durant les consultations, Fochs parle de ses rêves très étranges : une attirance pour les jeunes garçons, des actes de pédophilie. Il évoque également la scène de meurtre d’une jeune fille. Feshtig va faire le lien avec un crime commis récemment dans la communauté. Sauf que l’innocence de Fochs ne fait aucun doute pour ses supérieurs de la Corporation du Sang de l'Agneau (les Sanguistes). Une secte religieuse, très conservatrice où les membres de la communauté ont une confiance absolue dans ses représentants. Quand Feshtig va alerter les autorités religieuses, il se retrouve discrédité.

Et, je me suis retrouvée embarquée dans un livre que je n’ai pas pu lâché, habilement construite et sans aucun temps mort !

Les premières pages débutent par des correspondances entre Feshtig, son directeur et le patriarche Blanchard .D’emblée, on comprend que le cas de Fochs dérange les autorités religieuses et que chacun exige du psy un silence total.

Puis, le lecteur se retrouve dans la peau Feshtig qui pose des questions à Fochs sur ses rêves, écoute ses réponses, les analyses ainsi que son comportement. Au fur et à mesure des séances, le doute est remplacé par la conviction : ces cauchemars correspondent à des actes commis par Fochs. L’analyse psychologique est très approfondie d’où une écriture très synthétique.

Sans laisser souffler le lecteur, le narrateur devient Fochs. Et là c’est terrifiant ! Fochs se révèle être un grand manipulateur, un esprit machiavélique, pervers qui se croit investi du pouvoir de Dieu . Sa peur d’être découvert s’amenuise au fil des pages. On est écœuré de voir que Fochs use de sa position pour commettre ses actes de pédophilie sur des jeunes. Malgré les accusations, il a le soutien de ses supérieurs et sa schizophrénie s’en trouve renforcée. Entre délires et rêves hallucinatoires, il se croit missionné par Jésus lui-même.

On est dérangé face à cet homme malade, fou, calculateur et sans aucun scrupule : viols, inceste, meurtre… La position de ses supérieurs qui est d’étouffer à tout prix la vérité et d’éviter le scandale donne la nausée !

La fin « coup de poing » dénonce toute l’impunité d’un système.

Je remercie Solène des Editions Cherche-Midi, pour ce livre choc et percutant. Brian Evenson évite les écueils du glauque ou du voyeurisme. Son sens de l'analyse est tout simplement remarquable.

A lire absolument !

D’autres avis : Leiloona, Canel, Pimprenelle, Stephie

lundi 8 mars 2010

Stefan Zweig - Amok




Je viens de découvrir Stefan Zweig. Quoi ? Comment ? diront certains, « inculture » siffleront les autres d’un air dédaigneux. Peu m’importe l es remarques car je suis tombée sous le charme de son écriture. D’ailleurs, je pense qu’il est impossible de ne pas succomber à ce style, au plaisir des mots qui s’enchaînent avec limpidité, à ces descriptions dosées savamment ( ni trop ou pas assez )…

Amok ou quand la passion flirte dangereusement avec la folie pour au final n’en faire qu’un seul et même état. Trois passions obsessionnelles sont décrites sous formes de nouvelles. L’âme humaine torturée et tortionnaire est mise à nu.

L’Amok , en Malaisie, est celui qui, pris de frénésie sanguinaire, court devant lui, détruisant hommes et choses, sans qu’on puisse rien faire pour le sauver. Dans la première nouvelle, le narrateur, passager sur un paquebot se voit devenir le confident d’un homme atteint de cette démence singulière.

Lettre d’une inconnue met en scène la passion dévastatrice. L’amour irraisonné, démesuré d’une jeun fille de treize ans pour un homme. Il ignore ses sentiments qui ne vont cesser de croître dans le temps. Devenue femme, elle sacrifie tout pour cet homme qu’elle adule en silence. Elle est aimante, pardonne ses maitresses, le guette, le surveille, vit pour un regard croisé.

Dans la ruelle au clair de lune, la passion dominatrice devient humiliante, objet de vexations. L’homme subit et ne peut se défaire de celle qu’il aime. Une autre forme d’amour intervient ici également, l’amour purement charnel, plaisir de la chair que l’on achète à une prostituée.

Captivée par chacune des trois nouvelles, j’ai bu les mots de Stefan Zweig qui nous emmène explorer les tréfonds de l’âme et des sentiments. Il nous guide en douceur, jamais brusquement et c’est magnifique !

Vous l’aurez compris, c’est un grand coup de cœur !

« Mais crois-moi, personne ne t’a aimé aussi fort comme un esclave, comme un chien, avec autant de dévouement que cet être que j’étais alors et que pour toi je suis toujours restée ».
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