lundi 29 mars 2010

Milena Agus - Battement d'ailes



La narratrice de 14 ans tient un journal où elle parle de sa famille et de ses voisins. Comme dans « mal de pierres », nous sommes en Sardaigne dans « un monde à part qui semble repousser le progrès en se drapant de ses genévriers enchevêtrés et épineux, ses rochers et ses vagues puissantes ». Il n’y a pas que cet endroit qui semble hors norme mais aussi les quelques habitants de cette terre convoitée par les promoteurs immobiliers. Il y a Madame qui refuse de vendre sa maison où elle tient des chambres d’hôtes. Madame aux amants multiples, mais en quête de l’amour, Madame qui croit en la magie blanche comme dans une force puissante. Femme libre, fantasque et toujours la main sur le cœur qui faisait peut-être la putain. Qu’importe, la narratrice et son grand-père l’apprécient car justement est différente, singulière. Il y a les autres voisins : croyants et pratiquants qui la regardent d’un mauvais œil.

Que dire ? Que c’est un livre d’une beauté délicate et pure. C’est avec plaisir que j’ai retrouvé la plume si sensible de Milena Agus. Elle nous dépeint avec grâce et poésie des êtres qui ne vivent pas pour les apparences et qui semblent aller à contre-courant. Des personnes qui semblent souvent décalées, atypiques mais qui sont entières, attachantes.

Il suffit juste de se laisser porter par l’écriture, de fermer les yeux et l’on se prend à rêver , à voyager. Un livre qui m’a beaucoup touché et qui m’a laissé des étoiles plein la tête…

D'autres avis chez BOB

« Sans la magie, la vie a un goût d’épouvante »

dimanche 28 mars 2010

Milena Magnani - Le cirque chaviré



Branko débarque un soir au volent de son camion dans un campement de Rom. Lui, le hongrois, il transporte dans ses cartons un cirque, vestiges et souvenirs de la vie de son grand-père. Mal accueilli par les adultes, les enfants papillonnent autour de lui, curieux d’apprendre l’histoire de ce cirque le Kék Cirkusz. Le chef du campement veut que Branko se débarrasse de ses cartons. Un cirque ? Comme s’ils en avaient besoin eux qui survivent parmi les ordures dans leurs baraques de misère. Les enfants vont l’aider à le cacher. Avec ses propres mots, teintés de regrets ou d’espoir, il va leur raconter la vie de son grand-père Nap apó et remonter le cours de l’histoire : trahison, déportation des Roms pendant la seconde guerre mondiale, vengeance. Son récit s’inscrit dans un décor peu reluisant : le quotidien misérable de ces hommes et de ces femmes.

Parler de vie serait indécent. Sans fioritures, ce livre nous plonge dans les conditions d’existence des Roms. Eux qui ne gardent comme trace de leur pays d’origine que leur langue et des souvenirs.

L’auteure met le doigt là où ça fait mal dans notre beau monde. Bien plus que la transmission des souvenirs par la parole, une question est posée. Que réserve t’on comme avenir à ces gens déracinés depuis bien longtemps ?


Ce n’est pas un coup de cœur mais cette lecture m’a interpellée.

« Je l‘ai toujours entendu désigner comme « campement de baraques », mais en réalité ce n’est un grumeau. Un caillot que le destin a sans doute écarté du flux inexorable du bien-être. »

Thérèse... petit jeu d'écriture

Gwénaëlle organise un petit jeu d'écriture. La consigne : prendre les dix derniers titres que l' on a chroniqués sur notre blog (ou que l' on a lus ). A l’aide de ces titres, écrire une histoire courte, un paragraphe, une chanson, un poème, un mode d’emploi (

Quel bonheur d'avoir écrit, merci Gwen!

Alors, bonne lecture !


Tout au long de l’année, je suis tranquille avec Thérèse. On est un vieux couple, et puis on a nos petites habitudes. Le matin, je laisse Thérèse à son ménage et à ses mots croisés. C’est sa passion, tous les jours, elle cherche des mots d’un air sérieux et appliqué. Je descends à la plage. Notre maison surplombe une petite plage pas celle qui est indiquée par l’office du tourisme et où tous les touristes viennent s’entasser l’été. Je me promène un peu le long des sentiers au bord de la maison. C’est qu’à mon âge, on se fatigue beaucoup plus vite Je ne m’éloigne jamais bien loin. Arrivé à la cabane d’Hippolyte, je rebrousse le chemin. Je passe à côté de la serre aux orchidées. Il n’en reste plus grand-chose. Les gamins qui s’y aventurent, ils s’y coupent avec tous les débris de verre. Il paraît qu’ils l’ont rebaptisée le magasin des suicides. Ah ben ça, c’est un nom !

Une fois rentré, je trouve souvent la voisine chez nous. Elle pavoise et surtout vient se faire payer à l’œil le café, j’écoute ce qu’elle raconte et ça me fait bien rire. Thérèse boit ses paroles, alors l’autre évidemment, elle en rajoute exprès. Je ne l’ai jamais aimé cette bonne femme, une fouineuse, une de ces femelles acariâtres à la langue pendue. D’ailleurs, je me demande si sa salive n’est pas toxique comme du venin. Il faudrait faire attention à ses postillons qu’elle propulse dans l’air à chaque fois qu’elle ouvre la bouche. En plus, elle se permet de se mêler des affaires qui ne sont pas les siennes. Je ne suis pas sourd, j’entends bien quand elle dit à Thérèse :

-Tu devrais penser à toi maintenant. Regarde-moi, je pars en vacances chez mon fils …Tu verrais comment ça fait du bien de voir autre chose et puis, on a le bien le droit de penser un peu à soi à notre âge. Hein ? Pour l’aller, je vais avec mon fils et pour le retour je fais Paris-Brest en train.

Elle n’attend pas la réponse de Thérèse, oh non, elle pioche dans boîte en fer à gâteaux et avec un air prétentieux, elle nous décrit pour la centième fois comment c’est beau chez son fils. Et elle mouline des bras, c’est qu’une fois lancée dans sa tirade, on en a pour un bon bout de temps ! Quand elle a bu son café, elle remue l’anse de sa main ridée pour que Thérèse la resserve. C’est un vrai moulin à paroles, une locomotive de la vanité et des exagérations ! Du canapé, je baille pour lui faire comprendre que ce sont des foutaises. Alors, elle me regarde avec ses yeux de pie et parle d’un ton plus bas pour pas que j’entende. Je suis plus tout jeune, c’est sûr, mais je ne suis pas encore sénile.

-Mon petit-fils qui est en Amérique et bien, il a une amie ! Figure-toi qu’elle m’a dit au téléphone happy birthday grand-mère, je suis sûre que c’est une fille polie et bien comme il faut. Tu aurais dû entendre comment elle me l’a dit, ça m’a fait un grand coup dans le cœur. J’ai eu le cirque chaviré !

-Non, on dit le cœur chaviré.

-Oh, je sais… mais je préfère cette expression. Bref, pour en revenir à mon petit-fils, son amie quand elle aura terminé ses études et ben, elle voudrait qu’ils se marient. Ainsi rêvent les femmes d’aujourd’hui. C’est une autre génération…elles sont bien plus dégourdies que nous.

Thérèse sait qu’elle va nous raconter sa jeunesse, son mariage. Alors, elle lui dit gentiment :

-Marie, je dois aller promener Robert.

-Ah, comme si ce chien n’était pas capable de se dégourdir les pattes tout seul ! Tu t’embêtes avec lui !

Thérèse me regarde les yeux embués :

-Non, on est bien tous les deux. Hein, mon Robert ?
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