dimanche 4 avril 2010

Daniel Glattauer - Quand souffle le vent du nord



Une adresse mail mal orthographiée et en voulant résilier son abonnement à un magazine, Emmi Rothner envoie par mégarde plusieurs mails à Leo Leike. Dans un premier temps, Léo va lui répondre assez sèchement mais petit à petit, les mails vont évolués. En passant de la simple courtoisie à la politesse, ces échanges vont devenir bien plus qu’un jeu où l’envie de rencontrer l’autre va vite se faire sentir.

J’ai dévoré ce livre ! Une fois commencé, je ne pouvais plus m’en détacher ! J’ai adoré les personnages et surtout Emmi qui dès le début, par ses mails, apparait vive, malicieuse. Ce livre ne comporte que les mails qu’ils s’adressent mais tout y est. Les caractères se profilent très vite, tous les deux jouent avec les mots et on se régale. Sauf qu’ils sont chacun derrière leur écran et qu’ils ne connaissent pas physiquement. Le jeu de la séduction va rentrer en compte, les fantasmes où l’on s’imagine l’autre, les questions plus personnelles et ils ont devenir tous les deux accros à leurs échanges.

Emmi est mariée, Léo sort d’une rupture et il est impensable qu’à travers des mails, ils puissent s’éprendre l’un de l’autre. Sauf que ces mails sont spontanés, quelquefois plus piquants ou tendres… et la relation qui se nous entre eux est de l’ordre d’une relation réel comme dans un couple. Sauf que se voir c’est peut-être mettre fin à ce qui les lie…
Et c’est que du bonheur !

Peut-on tomber amoureux de quelqu’un qui vous envoie des mails ? La réponse est la suivante : lisez ce livre !

L’histoire est là avec des rebondissements bien orchestrés. On ne s’ennuie pas une seule seconde, des sentiments s’installent, vacillent, tanguent. Il y a des hésitations, la raison qui s’en mêle et on est impatient de savoir la fin (qui n’est pas une happy end).

A lire ! C’est frais, pétillant, savoureux et j’en redemande !

Quatre jours plus tard
Pas d’objet
Coucou ! Bises, Emmi

Le jour suivant
Pas d’objet
Leo, si c’est une tactique, elle est méchante ! Allez-vous faire voir. Je ne vous écrirais plus. Salut.

Cinq jours plus tard
Pas d’objet
Vous avez bien l’électricité Leo, non.
Je commence à me faire du souci pour vous. Ecrivez-moi au moins « Bêêêê ! »

samedi 3 avril 2010

Petit jeu d'écriture : Pas le droit



Un texte à partir d'une photo, un petit jeu d'écriture pioché sur le blog de Madame Kevin

Je ne me lassais pas de la contempler, de l’admirer. Surtout ses jambes. Interminables, fines et musclées. Je rêvais de les caresser, de poser mes mains sur ses chevilles puis lentement de découvrir, de caresser chaque centimètre carré de sa peau lumineuse. Humer le parfum qu’elle dégage et m’en enivrer.
Tous les vendredis soirs, depuis quatre mois, j’attendais sa venue. Perchée sur ses hauts talons, elle se dépêchait trainant sa valise pour ne pas rater son train de 19h25. Elle arrivait toujours par la porte B et d’où j’étais, je ne pouvais que l’observer de dos. Je ne connaissais pas son visage. Je ne l’avais jamais vu. Les hommes se retournaient sur son passage tandis que leurs conjointes affichaient leur jalousie. Ca me suffisait pour imaginer son visage. Des yeux verts, des trais exquis, une bouche dont les lèvres invitent au baiser et quelques tâches de rousseur disséminées en haut de ses pommettes.

Je ne pensais qu’à elle. Tout le temps.

Et puis, il y a ce vendredi là.

Je regardais l’horloge, il était 19h12. Elle aurait dû déjà arriver. Mes mains commençaient à trembler, mon cœur battait comme un fou prêt à sortir de ma poitrine. 19h17, elle n’était pas là. Inquiet, je la cherchais du regard. Enfin, j’ai vu sa silhouette parmi le flot des voyageurs.
Ces quelques minutes sont pour moi. Rien qu’à moi. Personne ne peut me les prendre. Je rêve qu’elle se retourne et qu’elle vienne vers moi.

-Le Figaro !...
Qu’est ce qu’elle est belle, encore plus belle que vendredi dernier.

-Hum… écoutez, j’ai un train à prendre ! Je vous achète Le Figaro !

Dans quelques mètres, elle va disparaître. Je ne la verrais plus.
-Bon, ça commence à bien faire !

Devant moi, campait le visage hargneux d’un homme suant à grosses gouttes. Son haleine empestait la cigarette et le café….

Je l’ai poussé mais il s’est énervé et m’a insulté, traité de minable. Trop tard, elle était montée dans le wagon. La suite, je ne m’en souviens plus trop. Tout s’est passé vite. Trop vite. Le gars a donne un coup de pied dans mes journaux et j’ai vu rouge. Non pas parce qu’il s’en prenait à mon stand mais parce qu’il m’avait volé ces instants.

C’est ce que j’ai dit aux policiers. Non, il n’avait pas le droit… Le médecin a dit que j’étais malade. Il parait que j’ai tabassé cet homme jusqu’ à ce qu’il s’écroule. Il est dans le coma maintenant. Je m’en fiche, il n’avait pas le droit.

Quand ils me laisseront sortir de cet hôpital, j’irais la retrouver sur le quai pour le train de 19h25.

vendredi 2 avril 2010

Marie Le Gall - La peine du Menuisier



L’auteure Marie Le Gall nous raconte son enfance dans les années 1950 et 1960. Une enfance partagée dans le Brest d’après-guerre et le « penn-ti », la maison pour les vacances. Marie n’était pas une enfant désirée. Comme on disait elle était un « un accident » survenu trop tard, son père avait déjà 52 ans et sa mère avait 44 ans à sa naissance. Sa sœur, Jeanne, de 19 ans son aînée est différente, une « innocente » car on ne nommait pas l’handicap ou la folie. Son père, qu’elle nomme le Menuisier travaille à l’arsenal. Un homme peu causant, un brin taciturne et distant. Sa mère, comme beaucoup de femmes, a les nerfs fragiles, la grand-mère Mélie qui porte en continu le deuil, vit avec eux. Cette grand-mère est la mémoire de tous ces gens de la famille que Marie n’a pas connu.

Une enfance et une famille où les morts ont leur place. Elle aime se promener au cimetière avec sa grand-mère, et dans la maison on vit avec les morts. Il y la photo de René-Paul, le fils de la grand-mère emporté à cinq ans par la maladie, celle du grand-père. Les adultes de la famille ont l’habitude de parler Breton entre eux, Marie essaie de deviner, de comprendre des mots ici et là. Enfant solitaire ayant peu de distractions, Marie est confrontée et vit avec le silence. Ce silence qui arrive dans les conversations et qui remplace les mots, ou celui qui fait office de réponse. Pourquoi le Menuisier ne lui parle pas ? Est-ce que parce qu’elle ressemble physiquement à sa grand-mère paternelle ?

Arrivée à l’âge adulte, Marie Le Gall aura besoin de savoir ce qui se cache derrière tous ces non-dits, le silence du Menuisier à son égard, et ces regards fuyants car elle en porte en elle l’histoire de sa famille.

Dans mon billet d’hier, je vous disais que ce livre me noyait d’émotions. Que dire aujourd’hui alors que je l’ai terminé ? La fin a retenti, une fin qui délivre et qui me laisse complètement sonnée, aphone…

Je vais faire de la redite mais c’est une lecture très belle, poignante, empreinte de pudeur et d’une sensibilité à fleur de peau.
Marie Le Gall nous confie son histoire sans fioritures avec des mots qui sonnent justes. Est-ce que c’est parce qu’elle nous livre des émotions vécues? Je n’ai pas la réponse…
Bien sur, ce livre est lié à la Bretagne de cette période où l’on ne parlait pas beaucoup et où beaucoup de sujets étaient tabous, protégés et défendus par des silences. Le cantonner à l’histoire d’une région, des mentalités de l’époque serait injuste car il traite de l’échec de cette relation père-fille. Comme Marie Le Gall le dit « j'étais la fille du Menuisier, je le savais. Jeanne, malgré sa folie, était plus normale que moi, côté filiation. Elle le nommait. Pas moi. Nous n'avions pas de mots l'un pour l'autre. Notre lien était un long fil continu que personne ne pouvait voir. Aucun mot ne s'y accrochait comme le font les notes sur une portée. Nous-mêmes en étions ignorants, seulement soupçonneux de sa présence tenace ».

Bien que née en 1971, j’ai connu moi aussi les conversations des adultes en Breton, les silences sur certains points. Comme l’auteure, j’ai éprouvé le besoin de remonter l’histoire de ma famille. Pourquoi ? Parce que je savais qu’il y avait des non-dits. Je possède toutes les photos anciennes, j’ai fait des recherches et désormais je peux mettre bien plus qu’un nom sur chaque visage. Une vie « d’un autre temps », des vies souvent difficiles …

Les temps ont changé, évolué mais une chose demeure, nous portons toujours à notre naissance le sceau de notre ascendance.

Un très gros coup de cœur pour cette lecture magnifique et bouleversante. A lire absolument, il suffit juste de se laisser porter par l’écriture de Marie Le Gall pour ressentir toutes les émotions…

Sylire, Yvon, Aifelle, Leilonna en parlent également.

Dernière chose sur le site de Dialogues, il y a une interview très touchante de Marie Le Gall où elle parle de son livre.

« J’étais née, porteuse de vies ombrageuses qui n’étaient pas la mienne, ignorant que tout était déjà drame autour de moi. J’étais leur soleil fragile ».
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