dimanche 2 mai 2010

Atelier d'écriture - Vingt minutes

Qui dit dimanche, dit l'atelier d'écriture chez Gwénaëlle !
Aujourd'hui, elle nous propose un exercice qui ne doit pas dépasser vingt minutes. Pas une de plus, pas une de moins. Vous devrez minuter votre temps d’écriture. Le défi : une phrase de début, une phrase de fin et vingt minutes pour écrire un texte cohérent entre les deux…
Trois propositions, donc trois textes possibles…

1.Phrase de début : La chaleur du soleil semblait fendre la terre./ Phrase de fin : Quelque chose n’était pas comme d’habitude. (extraites de Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé)
2.Phrase de début : Tel qu’il est là dans son coin de chambre, entre le radiateur et la fenêtre, la tête dans le rideau, comme ça, de dos, on pourrait croire qu’il boude, pleure ou fait l’idiot, se tord de rire, de douleur, pas du tout, il joue du saxophone alto, le pavillon tout contre le rideau, ça étouffe le son. / Phrase de fin: Pour le chèque, on fait comment, alors? dit Jeanne (extraites de Be-Bop, de Christian Gailly).
3.Phrase de début : Personne n’a aimé comme j’ai aimé. / Phrase de fin : Qui se souviendra de moi? (extraites de Géométrie d’un rêve, Hubert Haddad)

J'ai dépassé un peu à cause de la relecture mais voilà ce que ça donne :

Personne n’a aimé comme j’ai aimé. Non personne. J’étais fou, pris d’un amour tourmenté, d’une passion pour cette femme. Croyez-moi, Monsieur le Juge, jusqu’ à ce jour du 12 mai dernier, ma vie était insignifiante, d’une banalité affligeante. Mon avocat m’a déconseillé de vous écrire. Il a beau faire des effets de manches, me regarder au dessus de se lunettes et se lancer dans de grands diatribes. Les mots qu’il prononce sont creux de sens. Je ne vous dirais ni mon âge ni mon adresse car tout ces renseignements vous les avez dans mon dossier. Mais, je vais vous expliquer ce qui c’est passé, encore que moi-même je ne le sais pas vraiment. Mes collègues de travail ont dû me décrire comme un homme gentil, serviable et pas très causant. Ma voisine de palier, Mme Perruchon a certainement dit que du bien de moi.

Enfant, j’ai été brûlé et la moitié de mon visage, la partie gauche, garde à jamais les séquelles de cet accident. A l’école, on me traitait de monstre et les autres enfants de mon âge me fuyaient. Mes parents ont tout fait pour que je grandisse sans trop souffrir. Mais comment m’épargner les injures ou les regards ébahis qui trahissaient du dégoût ? Ma mère avait beau serrer plus fort ma main pour me donner du courage, je baissais la tête, honteux de mon facies disgracieux. J’ai appris à aimer la solitude et à l’apprivoiser. Plus les autres rejetaient ma personne et plus je me réfugiais dans la contemplation du monde. Eh oui, Monsieur le Juge, vous ne trouverez pas dans vos papiers que je passais mon temps les yeux rivés vers le ciel. Vous allez me trouver idiot ou bête, c’est votre droit. Mais n’allez pas croire que je cherche à vous attendrir ou à éveiller en vous de la pitié ou de la compassion.

Car, maintenant je souffre ! Désormais la nuit, je fais des cauchemars. Je me réveille trempé de sueur, le cœur prêt sortir de ma poitrine et tremblant comme un vieil homme. Dans ces moments là, j’aimerais pouvoir mourir parce que ma douleur est si profonde, qu’elle me ronge et qu’elle me broie ! Si je pouvais seulement m’arracher le cœur, je le ferais. Plusieurs fois, j’au tenté mais en vain. Le courage m’a manqué au dernier moment et je me suis effondré en larmes. Cette peur du couteau s’enfonçant dans ma poitrine fait de moi un homme encore plus malheureux et méprisable.

Ce 12 mai, quand je l’ai vu se diriger vers moi, j’ai crû devenir fou. Elle portait un chapeau de paille, une robe d’été et son visage était si beau. Je ne l’avais jamais vu avant mais il a suffi d’une fois pour qu’elle hante mes pensées à jamais. Du matin au soir, les nuits entières, je ne rêvais qu’à elle.

En septembre, je l’ai suivi et je vu l’ai attablée à la terrasse d’un café avec un homme. Ils se tenaient par la main tous les deux et il la dévorait du regard du regard. Mon amour s’est transformé en haine ! Elle ne pourrait pas m’aimer à cause de lui.
J’ai coincé cet homme le soir même dans une ruelle et j’ai tailladé le coté gauche de son visage pour qu’on soit à égalité. Après mon geste, j’ai erré toute la nuit et le matin je suis venu me rendre au poste de Police.

Je ne serais pas capable de supporter son regard sur moi lors du procès. En bon lâche que je suis, j’ai trouvé ce matin le courage de mettre fin à mes jours. Quand vous recevez ce courrier, je serais parti pour toujours…. Et dans quelque temps, même ma mort sera oubliée comme ma vie. Qui se souviendra de moi?

Maud Lethielleux - D'où je suis, je vois la lune




Moon vit dans la rue près de la boutique d'une fleuriste.SDF depuis trois ans, elle vend des sourires "des tout petits, des grands jusqu'aux oreilles, des en coin ou des moqueurs, mais des jaunes plus rarement". Sous sa carapace, Moon dissimule sa sensibilité. Et puis, il y a les autres, ses compagnons de la rue et Fidji , l'homme qu'elle aime. Pour son anniversaire, elle décide de lui écrire une histoire. Ce sera son cadeau.


Au début, j'ai eu un peu de mal à me faire au langage de Moon et surtout aux mots codés de la rue. Dès que Moon va se mettre en tête d'écrire, j'ai fondu... Il y a plein de jeu de mots, de très belles phrases. Je l'ai lu en apnée parce que Moon m'a touchée par son caractère et sa gouaille. Têtue, quelquefois trop même, elle se montre tendre, réaliste mais jamais elle ne tombe dans la pitié ou la compassion. Dès qu'elle va commencer à écrire, les mots vont devenir sa seule préoccupation. Et là, on se retrouve plongé dans un univers la poésie et les mots justes pour décrire la rue. C'est beau, très beau...

Ce livre c'est une grosse bouffée d'oxygène, d'espoir !
Alors, oui, ça a été un coup de coeur, un de ceux qui me nouent la gorge et qui font remonter toute ma sensibilité à la surface.


Merci à Keisha de m'avoir prêté ce livre.

"C'est pour ça l'écriture. Tu te fais des potes qui dorment dans un calepin planqué sous ton oreiller."

samedi 1 mai 2010

Claude Crozon - D'un autre monde



D’un autre monde est avant tout l’histoire d’une famille les Kergalin que l’on suit sur plusieurs générations. Une famille installée entre Quimper et Douarnenez en Bretagne. Le livre s’ouvre juste avant 1914 et se poursuivra jusqu’à 2001. A travers les époques, la politique et le contexte social, l’arbre descendant de cette famille se déroule avec des personnages qui évoluent dans la vie comme tout à chacun.

A la manière d’une saga familiale, on retrouve les ingrédients amour, pouvoir et argent mais pas à la façon d’une série télé. Ce n’est pas une adaptation de Dallas à la bretonne ! Loin de là ! Pas de coups bas mais des personnages dont les caractères, les envies et les espoirs sont différents.

Au début de l’histoire, j’ai été surprise que dans cette famille, le père François rejetait le breton et voyait dans le français l’avenir. Renseignements pris auprès d’Yvon : l’éradication de la langue bretonne a commencé à la révolution française avec le devise « La république une et indivisible ».. Aussi, certains parents ne l’enseignaient plus à leurs enfants.
Ou alors il s’agissait des enfants qui refusaient car le breton représentait la langue des marins et des paysans.

Pour en revenir à nos moutons et à notre livre, il comporte des points forts mais aussi quelques points faibles.

Ce livre s’inscrit dans l’Histoire et nos Kergalin vont connaître les deux guerres mondiales mais aussi mai 68. Et tout est très bien détaillé. L’horreur et les tranchées de la guerre 14-18 avec des soldats envoyés en première ligne pour se faire massacrer. La seconde guerre mondiale avec les résistants et la collaboration. Puis, la guerre d’Algérie et mai 68.

Les changements économiques comme par exemple l’évolution de l’agriculture et les contextes sociaux de chaque période sont présents. On retrouve également des grandes lignes de l’histoire de la Bretagne et l’émergence de la psychanalyse et de Freud. Rien n’est laissé au hasard !

Malgré tous les changements, la maison familiale demeure le point d’ancrage pour cette famille. Les liens du sang passent aussi à travers cette volonté de garder la maison.

Claude Crozon est psychanalyste ce qui explique sûrement que les comportements humains soient très approfondis.

A la lecture de la première moitié du livre, j’arrivais à me retrouver dans les liens familiaux mais ensuite j’ai eu plus de mal à me retrouver dans tous les personnages. Mon bémol : je me suis un peu essoufflée à la lecture de la seconde partie… et un arbre généalogique aurait été le bienvenu !

Ce livre est très dense sur tous les points et justement, il aurait peut-être fallu le fragmenter en plusieurs tomes... Mais c'est une belle lecture !
Les avis de Pimprenelle et de Lasardine ( de la ronde des Post-it).

Merci aux éditions Robert Laffont pour ce livre !
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