lundi 3 mai 2010

Daniel Kehlmann - Gloire



Difficile de décrire ce livre en un mot ou réalité et fiction s’emmêlent, se croisent ou se chevauchent.Un roman en neuf histoires qui m’a fait penser à "la chaussure sur le toit" de Vincent Delecroix. Ici, c’est un écrivain qui revient dans une bonne partie de ces histoires. Je dis bien des histoires. Pas de nouvelles à la chute inattendue mais des textes qui m’ont laissé sonnée.

Dans « voix », un homme acquiert un téléphone portable et reçoit des appels qui s’adressent à quelqu’un d’autre. Mais comme ses interlocuteurs s’y méprennent, il joue le jeu de se faire passer pour l’autre. Dans « Rosalie s’en va mourir », le personnage de l’écrivain se rebelle, non elle ne veut pas mourir. S’en suivent des dialogues te des situations croustillantes. Ou encore un célèbre acteur qui finit par douter de sa propre existence quand il s’aperçoit qu’il a un sosie. La gloire va-t-elle lui échapper ?
On doute, on hésite … Où est le faux où est le vrai ?
A la lecture de « contribution au débat », j’étais pliée de rire ! Le personnage est un geek des forums qui harcelle l’écrivain.

Je ne vais pas vous parler des neuf histoires, ce serait vous enlever tout plaisir de les lire !

On sort bousculé de ce livre fort bien écrit et qui est à découvrir !

dimanche 2 mai 2010

Atelier d'écriture - Vingt minutes

Qui dit dimanche, dit l'atelier d'écriture chez Gwénaëlle !
Aujourd'hui, elle nous propose un exercice qui ne doit pas dépasser vingt minutes. Pas une de plus, pas une de moins. Vous devrez minuter votre temps d’écriture. Le défi : une phrase de début, une phrase de fin et vingt minutes pour écrire un texte cohérent entre les deux…
Trois propositions, donc trois textes possibles…

1.Phrase de début : La chaleur du soleil semblait fendre la terre./ Phrase de fin : Quelque chose n’était pas comme d’habitude. (extraites de Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé)
2.Phrase de début : Tel qu’il est là dans son coin de chambre, entre le radiateur et la fenêtre, la tête dans le rideau, comme ça, de dos, on pourrait croire qu’il boude, pleure ou fait l’idiot, se tord de rire, de douleur, pas du tout, il joue du saxophone alto, le pavillon tout contre le rideau, ça étouffe le son. / Phrase de fin: Pour le chèque, on fait comment, alors? dit Jeanne (extraites de Be-Bop, de Christian Gailly).
3.Phrase de début : Personne n’a aimé comme j’ai aimé. / Phrase de fin : Qui se souviendra de moi? (extraites de Géométrie d’un rêve, Hubert Haddad)

J'ai dépassé un peu à cause de la relecture mais voilà ce que ça donne :

Personne n’a aimé comme j’ai aimé. Non personne. J’étais fou, pris d’un amour tourmenté, d’une passion pour cette femme. Croyez-moi, Monsieur le Juge, jusqu’ à ce jour du 12 mai dernier, ma vie était insignifiante, d’une banalité affligeante. Mon avocat m’a déconseillé de vous écrire. Il a beau faire des effets de manches, me regarder au dessus de se lunettes et se lancer dans de grands diatribes. Les mots qu’il prononce sont creux de sens. Je ne vous dirais ni mon âge ni mon adresse car tout ces renseignements vous les avez dans mon dossier. Mais, je vais vous expliquer ce qui c’est passé, encore que moi-même je ne le sais pas vraiment. Mes collègues de travail ont dû me décrire comme un homme gentil, serviable et pas très causant. Ma voisine de palier, Mme Perruchon a certainement dit que du bien de moi.

Enfant, j’ai été brûlé et la moitié de mon visage, la partie gauche, garde à jamais les séquelles de cet accident. A l’école, on me traitait de monstre et les autres enfants de mon âge me fuyaient. Mes parents ont tout fait pour que je grandisse sans trop souffrir. Mais comment m’épargner les injures ou les regards ébahis qui trahissaient du dégoût ? Ma mère avait beau serrer plus fort ma main pour me donner du courage, je baissais la tête, honteux de mon facies disgracieux. J’ai appris à aimer la solitude et à l’apprivoiser. Plus les autres rejetaient ma personne et plus je me réfugiais dans la contemplation du monde. Eh oui, Monsieur le Juge, vous ne trouverez pas dans vos papiers que je passais mon temps les yeux rivés vers le ciel. Vous allez me trouver idiot ou bête, c’est votre droit. Mais n’allez pas croire que je cherche à vous attendrir ou à éveiller en vous de la pitié ou de la compassion.

Car, maintenant je souffre ! Désormais la nuit, je fais des cauchemars. Je me réveille trempé de sueur, le cœur prêt sortir de ma poitrine et tremblant comme un vieil homme. Dans ces moments là, j’aimerais pouvoir mourir parce que ma douleur est si profonde, qu’elle me ronge et qu’elle me broie ! Si je pouvais seulement m’arracher le cœur, je le ferais. Plusieurs fois, j’au tenté mais en vain. Le courage m’a manqué au dernier moment et je me suis effondré en larmes. Cette peur du couteau s’enfonçant dans ma poitrine fait de moi un homme encore plus malheureux et méprisable.

Ce 12 mai, quand je l’ai vu se diriger vers moi, j’ai crû devenir fou. Elle portait un chapeau de paille, une robe d’été et son visage était si beau. Je ne l’avais jamais vu avant mais il a suffi d’une fois pour qu’elle hante mes pensées à jamais. Du matin au soir, les nuits entières, je ne rêvais qu’à elle.

En septembre, je l’ai suivi et je vu l’ai attablée à la terrasse d’un café avec un homme. Ils se tenaient par la main tous les deux et il la dévorait du regard du regard. Mon amour s’est transformé en haine ! Elle ne pourrait pas m’aimer à cause de lui.
J’ai coincé cet homme le soir même dans une ruelle et j’ai tailladé le coté gauche de son visage pour qu’on soit à égalité. Après mon geste, j’ai erré toute la nuit et le matin je suis venu me rendre au poste de Police.

Je ne serais pas capable de supporter son regard sur moi lors du procès. En bon lâche que je suis, j’ai trouvé ce matin le courage de mettre fin à mes jours. Quand vous recevez ce courrier, je serais parti pour toujours…. Et dans quelque temps, même ma mort sera oubliée comme ma vie. Qui se souviendra de moi?

Maud Lethielleux - D'où je suis, je vois la lune




Moon vit dans la rue près de la boutique d'une fleuriste.SDF depuis trois ans, elle vend des sourires "des tout petits, des grands jusqu'aux oreilles, des en coin ou des moqueurs, mais des jaunes plus rarement". Sous sa carapace, Moon dissimule sa sensibilité. Et puis, il y a les autres, ses compagnons de la rue et Fidji , l'homme qu'elle aime. Pour son anniversaire, elle décide de lui écrire une histoire. Ce sera son cadeau.


Au début, j'ai eu un peu de mal à me faire au langage de Moon et surtout aux mots codés de la rue. Dès que Moon va se mettre en tête d'écrire, j'ai fondu... Il y a plein de jeu de mots, de très belles phrases. Je l'ai lu en apnée parce que Moon m'a touchée par son caractère et sa gouaille. Têtue, quelquefois trop même, elle se montre tendre, réaliste mais jamais elle ne tombe dans la pitié ou la compassion. Dès qu'elle va commencer à écrire, les mots vont devenir sa seule préoccupation. Et là, on se retrouve plongé dans un univers la poésie et les mots justes pour décrire la rue. C'est beau, très beau...

Ce livre c'est une grosse bouffée d'oxygène, d'espoir !
Alors, oui, ça a été un coup de coeur, un de ceux qui me nouent la gorge et qui font remonter toute ma sensibilité à la surface.


Merci à Keisha de m'avoir prêté ce livre.

"C'est pour ça l'écriture. Tu te fais des potes qui dorment dans un calepin planqué sous ton oreiller."
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