mardi 11 mai 2010

Prix du jeune écrivain 2010 - L'enfant sur la falaise et autres nouvelles



Depuis vingt-six ans, le prix du Jeune Écrivain récompense chaque année une œuvre d'imagination inédite, en prose (nouvelle, conte, récit), de cinq à vingt pages, d'auteurs de langue française âgés de quinze à vingt-sept ans. En vingt-six ans, le prix du Jeune Écrivain a révélé entre autres auteurs Marie Darrieussecq, Florence Seyvos, Dominique Mainard, Antoine Bello, Jean-Baptiste Del Amo, Jocelyn Bonnerave, Ingrid Astier, Arthur Dreyfus...
Dommage que je sois trop vieille pour y participer… Mais bon !

14 textes primés venant de tous pays, et quelle diversité !
Des nouvelles à thème libre, des plumes maîtrisées et je dis : bravo ! Et je pousse un soupir de soulagement … car il y a des futurs écrivains bourrés de talent !

J’ai eu un coup de cœur pour la nouvelle intitulée « la Morora » de Nona Kogni Edibi âgée 25 ans et qui habite au Cameroun. Une nouvelle sur un thème délicat, très bien écrite, pleine de sensibilité et d’humour noir !

La préface signée par Carole Marinez est un hymne à l’écriture, un encouragement pour tous ceux et celles qui aiment jouer avec les mots !

lundi 10 mai 2010

Katherine Pancol - Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi



« Les yeux jaunes des crocodiles », « la valse lente des tortues » font partie des livres que j’ai lus avant que je ne me mette à parler de mes lectures sur mon blog. Dans « les yeux jaunes des crocodiles », j’avais appris à connaître Joséphine, ses filles et sa famille. Ah, Joséphine, passionnée par ses études sur le Moyen-âge, toujours prête à rendre service aux autres… Bonne poire ? Peut-être un peu. Un livre distrayant, bien ficelé et j’avais passé un agréable moment de lecture. Quand « la valse lente des tortues » est parue, j’avais envie de savoir comment tout ce petit monde allait continuer dans la vie. Il y avait toujours le style de Katherine Pancol qui fait mouche mais l’histoire m’était apparue moins attractive.

« Les écureuils de Central Park sont triste le lundi », troisième opus, reprend les mêmes personnages. Joséphine a fait du chemin ! Mais comme dans « la valse lente des tortues », on assiste à des chassés –croisés amoureux. Hortense, sa file aînée m’est apparue détestable à un point que je ne comprends pas pourquoi sa mère ne le remet pas en place une fois pour toutes. Beaucoup de référence aux deux précédents livres d’ailleurs le premier chapitre repend la fin de la « la valse lente des tortues ».

Mais, 800 pages, j’ai envie de dire que c’est long, trop long. Heureusement, le style de Katherine Pancol est inchangé : une alchimie des mots vive et sympathique. Je m’attendais à un livre qui clôture cette saga mais non …

Je le conseille à ceux et celles qui n’ont pas lu les deux précédents, les autres y trouveront trop de redites et surtout moins d’étincelles que dans les « Les yeux jaunes des crocodiles ».

dimanche 9 mai 2010

Clichés

Qui dit dimanche, dit l'atelier d'écriture chez Gwénaelle. Mon rendez-vous hedmomadaire que j'attends impatiemment chaque semaine !

Je vous propose d'aller sur le blog de Gwénaelle pour voir les trois photos à partir desquelles il fallait s'inspirer pour constuire un texte.

Un brin d'imagination toujours aussi galopante et boumbadamoum, voici mon histore tricotée !

Violetta


On frappe à la porte trois petits coups brefs.
-Entrez ! dit l’homme qui se tient assis derrière un bureau.
Il regarde les deux femmes entrer.
-Ah, merci, Lise…
La plus âgée glisse un sourire, opine de la tête et part en laissant l’autre femme.
-Allons Violetta, asseyez-vous.

Il observe Violetta. Grande et menue, elle s’assoit sans un mot. La tête rentrée dans les épaules, elle malaxe nerveusement ses doigts fins et délicats.
-On m’a dit que vous vouliez me parlez. C’est très bien…
Il s’éclaircit la gorge avant de poursuivre :
-Bon, Violetta ,je vous écoute.
Comme pour la mettre en confiance, il affiche un air paternel. Violetta hésite. Elle passe sa langue sur sa bouche, son regard va de la fenêtre à l’homme assis en face d’elle.

D’une voix au timbre clair mais tremblante, elle prend la parole :
-J’ai fait un rêve ou plutôt je crois me souvenir de certaines choses. Je… enfin…Oui c’est ça. Je me rappelle de tout.
-Mais c’est une très bonne nouvelle, Violetta ! N’ayez pas peur, vous pouvez tout me raconter. Vous le savez, n’est ce pas ?
-Oui…

Elle serre tellement fort ses mains que les jointures de ses doigts deviennent blanches.
L’homme attend.

-C’était un dimanche, on avait pris la voiture.
-Quand vous dites « on », de qui parlez-vous, Violetta ?
-…De moi et de mon fils. Oui, on avait pris la voiture de Paul. Vous savez que Paul aime les vieilles voitures américaines ? C’est sa passion. Il faisait beau, je me rappelle, j’avais prévu qu’on aille faire un tour à la campagne. Je crois qu’à un moment, je me suis trompée de route et Pierre commençait à s’impatienter. Oui, il disait « maman, j’ai faim »… Je lui ai dit qu’on allait s’arrêter pour pique-niquer. J’ai garé la voiture sous de hauts arbres. C’était comme une clairière. Pierre gambadait, il était heureux, il disait « maman, maman, regarde les papillons ». On est allé s’assoir pas trop loin de la voiture. Pierre riait et mangeait, il s’amusait de tout ! Après… après, oui, je me suis assoupie …

-Prenez votre temps, Violetta.

La mine de Violetta s’assombrit. Elle semble perplexe, contrariée.
-Oui, je me suis assoupie, oh pas longtemps, mais quand je me suis réveillée, Pierre n’était plus là. J’avais beau l’appeler, il ne répondait pas. J’ai commencé à avoir peur, je l’appelais, je criais de toutes mes forces ! J’ai couru à la voiture mais il n’y était pas.

Sa respiration se saccade et elle s’agite sur son siège.
-Calmez-vous, Violetta... respirez et continuez.

-Je crois que j’ai marché pendant je ne sais plus combien de temps exactement et j’ai vu une maison dans le bois. J’ai tapé à la porte, personne ne m’a répondu. J’ai encore tapé et je suis entrée … c’est comme si je savais que Pierre était là et que je connaissais cette maison. Il y avait un escalier en bois, je suis montée à l’étage. Rien n’avait changé, il y avait des paniers remplis de pommes de terre et des pommes. Même la veste était là posée sur la rambarde à côté de l’armoire. Les fagots de bois de bois aussi… on les mettait là pour qu’ils sèchent. Oui, … les cageots, les vieux journaux, on les mettait à l’étage. J’ai entendu un enfant qui pleurait… oui, à dans la pièce à coté, c’était Pierre qui pleurait ! Je l’ai pris dans mes bras, on est parti… vous comprenez… Je l’ai mis dans la voiture et après on est rentré à la maison. Vous l’auriez vu avec ses boucles blondes, son teint de porcelaine, ses lèvres framboise. Mon petit garçon est beau et il a les yeux verts de son père …

Les sanglots perlent dans sa voix, elle tient sa tête entre ses mains.
L’homme ne dit rien. Violetta pleure doucement puis avec rage.

Il décroche son téléphone :
-Annie, vous pouvez venir chercher Violetta ?Merci.

Il tapote son crayon contre son bureau. La femme âgée entre, s’approche de Violetta et lui dit :
-Venez Violetta, vous allez vous reposer maintenant. Vous avez besoin d’autre chose, Docteur ?
-Non, merci, Annie… ah si, donnez-lui tout de suite 10 mg de Valium et à partir de demain, vous augmenterez de 5 mg sa dose d’antidépresseurs.
-Bien Docteur.

Annie entoure Violetta d’un bras et l’aide à se lever. Elle la réconforte en murmurant « c’est bien Violetta, c’est bien… ».

L’homme sort d’un tiroir de son bureau un dictaphone. Il se lève de son bureau, se dirige vers la fenêtre enclenche un bouton et enregistre :

-La patiente Violetta Hern semble faire un transfert entre la réalité, ce qui s’est passé et son enfance. Elle ne se souvient toujours pas de la mort de son fils Pierre et de son mari Paul il y a maintenant 4 ans. Elle a parlé d’une maison et d’un bois. D’après ce que nous savons, cette maison était celle de ses grands-parents où elle allait en vacances étant enfant. Je crains que la patiente s’enfonce dans un état de plus en plus dépressif. Depuis qu’elle est dans notre clinique psychiatrique, elle n’a jamais parlé du petit garçon et de son geste. Elle ne semble pas avoir souvenir d’avoir kidnappé cet enfant… D’autre part, elle introduit le présent dans son récit et mélange passé et fiction. Et, je crains que son état ne s’améliore pas et qu’elle ne retrouve jamais ses facultés.

Il éteint son dictaphone et regarde sa voiture américaine de collection garée en bas sur le parking...
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