mardi 1 juin 2010

Dominique Mainard - Le ciel des chevaux



Lena apprend par hasard qu’un garçon étrange est au parc. Il raconte des histoires aux enfants et les gardiens le laissent s’occuper des poneys. On comprend à demi-mots que Lena ne rentre pas dans la case de la normalité. Elle qui se perd dans la ville ou qui oublie d’aller chercher son petit garçon à l’école. De son passé, on ne sait rien ou très peu. Sa vie a commencé lorsqu’elle a rencontré Adem son mari. Pour Lena, ça ne fait aucun doute, elle l’a reconnu. Ce garçon est son frère, un frère fou, dérangé, placé dans des institutions spécialisées. Les souvenirs de l’enfance refont surface et Lena ne veut pas perdre une fois de plus ce frère.

La folie qui résulte des rêves et de la réalité est au cœur de ce livre.

Je n’en dirais pas plus sauf que la fin m’a scotchée ! Une fin dérangeante où la vérité m’a laissée bouche bée. Il ne s’agit pas de mon livre préféré de cette auteure, j’y ai trouvé des longueurs.

Ce livre se rapproche plus de Leur histoire que Pour vous, on y retrouve l’univers de Dominique Mainard.

Sylire parle d'un l'univers envoûtant.

« Les médecins ont diagnostiqué une maladie complexe, un trouble plutôt – c’était un mot étrange, « trouble » comme une eau opaque, l’œil indéchiffrable d’une flaque sur un chemin boueux- dans lequel certains enfants finissaient pas sombrer jusqu’à n’avoir plus aucun contact avec le monde extérieur

lundi 31 mai 2010

Guillaume de Fonclare - Dans ma peau



Fifille Ado a acheté ce livre. Au bout de quelques pages, elle me l’a tendu en me disant « maman, il faut que tu le lises, j’ai l’impression de t’entendre raconter tes douleurs et ton histoire ».
Alors oui, j’ai tout laissé en plan pour le lire.

Un livre où des mots sont portés sur la douleur. Vive ou lancinante, celle qui vous broie et vous isole. Celle dont on parle au début de la maladie à sa famille et aux médecins, celle qu’on essaie d’expliquer pour être compris. La douleur synonyme de souffrance, honteuse, taboue et que l’on pointe du doigt. Prisonnier de son corps, atteint d’une maladie auto-immune orpheline qui s’attaque aux muscles, Guillaume de Fonclare est le directeur de l’Historial de la Grande Guerre à Péronne dans la Somme. Gardien de la première guerre mondiale et de ses victimes, il doit renoncer à son travail. La maladie a gagné la bataille, elle s’est emparée de son corps. Lui doit faire le deuil de sa vie professionnelle et accepter l’invalidité à l’âge de 42 ans. Avec sensibilité et la précision d’un historien, il nous parle aussi de l’Histoire, de la Grande Guerre et de ses soldats.

Pas d’auto-misérabilisme dans ce livre. La maladie et son cortège sont là : la canne puis le fauteuil, les gestes qu’on ne peut plus faire. Les impacts sur la vie de famille, le regard d’autrui, la machine administrative…tout y est dit.


Un livre écrit avec des mots qui éclatent à la figure même s'ils sont issus d’une révolte silencieuse ou de la Grande Guerre.


Alors oui, j’y ai lu mon histoire la gorge serrée d’émotions et celle de ces hommes partis à la guerre.

Un témoignage poignant à lire par tous. Merci à vous Monsieur de Fonclare pour avoir expliqué l’inexplicable.


Aifelle dit "que c'est une lecture essentielle", d'autres billets chez BOB.

"Mon corps est un carcan; je suis prisonnier d'une gangue de chairs et d'os. Je bataille pour marcher, pour parler, pour écrire, pour mouvoir des muscles qui m'écharpent à chaque moment."

Erri De Luca - Le jour avant le bonheur



Je suis embêtée car je ne vois pas comment faire un résumé de ce livre magistral.
L’histoire se déroule à Naples, dans les années après guerre. Le narrateur, un jeune garçon de 13 ans, orphelin, apprend la vie à l’école mais surtout grâce à don Gaetano. Il aime passer son temps libre à lire, à jouer au foot et la « scopa ». Dans la loge de l’immeuble de don Gaetano décrite comme « une loupe de philatéliste », don Gaetano lui raconte Naples pendant la guerre. Le jeune garçon se nourrit des paroles de don Gaetano. Père de substitution, don Gaetano accompagne à devenir un homme : initiation à l’amour, aux codes d’honneur mais surtout à Naples.

Ce livre est un coup de cœur et j’ai du mal à en parler. Car il y a tant à dire, à trouver les mots justes pour décrire ce livre magnifique.

Il y a l’écriture d’Erri de Luca si belle. Un style concis, épuré qui dégage de la poésie et où les phrases invitent à méditer. Avec ce livre, on accède à l’histoire de Naples pendant et après la guerre avec aspects glorieux et ceux moins reluisants. Les questions de cet enfant qui grandit, sont décrites avec art mais simplement. On ne lit pas ce livre, on le vit, on le ressent.

Un tableau de Naples et de l’apprentissage à devenir un homme où le talent d’écrivain d’Erri de Luca nous fait fondre de bonheur.

« Avec toute la force qu’il déployait, le vent me faisait l’effet d’un massage, après Anna. Le ciel était hérissé de nuages en bataille, un jet de lumière sortait brusquement et éblouissait l’écume des vagues. La vraie couleur de la mer n’est pas bleue, mais blanche. Il fallait qu’elle frappe contre la digue pour qu’on la voie sortir. De l’intérieur, la nature doit être blanche, nous en revanche nous sommes rouges de l’intérieur.»

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