dimanche 13 juin 2010

Le mauvais pacte

Qui dit dimanche, dit l'atelier d'écriture chez Gwen. On actionne ses neurones pour trouver une suite au texte qu'elle nous a concocté :

Lundi. 7 heures. Ce matin, vous vous réveillez brutalement. Vous vous sentez un peu bizarre. Comme fiévreuse. Vous vous frottez les yeux, passez la main de vos cheveux. Damned! Votre crâne est lisse… Plus un seul cheveu. La stupeur vous fait vous asseoir brutalement dans le lit. Vous allumez la lampe de chevet et ce faisant, remarquez votre main, épaisse, poilue, aux ongles courts. Surprise, vous jetez un œil sur votre torse. Plat. Plus un gramme de mammelle à l’horizon. Quelqu’un vous a volé votre silicone! Et ce… enfin, cette chose, ce poids entre vos cuisses… Vous soulevez le drap et le rabattez aussitôt en poussant un grognement d’horreur. Tous ces poils! Et cette… enfin ce… Aucun doute. Vous êtes un… homme! Mais comment cela est-il possible? Hier, encore, vous étiez une blonde aux cheveux longs, faisant un bon 95D et vous aviez les ongles manucurés et une épilation parfaite. Que s’est-il passé? Qu’aller vous devenir? Racontez…

Et voici le fruit de mes cogitations intitulé le mauvais pacte :

Hier soir, Il est revenu et m’a demandé ce que je voulais, je me rappelle lui avoir répondu que je voulais redevenir un homme. Ce matin, au réveil, j’ai crû un instant que j’allais retrouver ma vie d’avant. Car oui, je suis un homme ! Pas de doute, cette fois il a tenu parole. La tête sous les draps, je vérifie mon anatomie. Ouf, je suis soulagé. Non parce qu’il faut je vous raconte toute l’histoire…
Un jour, j’ai douté de ma foi. Curé, j’ai envié tout ce que à quoi j’avais renoncé. Quand je célébrais la messe, j’observais les femmes et je regrettais d’avoir prêté vœu de chasteté. Je rêvais de jouissance physique, d’un corps féminin sous mes mains. Les hommes qui avaient réussi plastronnaient fièrement dans leurs grosses voitures. Ils avaient l’argent, le pouvoir et la vie facile. Et moi, je vivotais en prêchant la bonne parole. Rongé par la jalousie, j’en ai eu assez de cette existence. Je n’en pouvais plus. Je bâclais mes offices, l’âme torturée par tout ce que je n’avais pas.

Un soir, Il s’est présenté et m’a proposé un marché mon âme contre tout ce que désirais. La tentation a été trop forte et j’ai cédé. J’allais enfin pouvoir connaître les plaisirs charnels, la puissance et la gloire. Il m’a faite femme. Je me suis retrouvé dans un corps divin. Grande, belle, blonde, une poitrine de rêve. Je n’étais pas une épouse dévouée avec des enfants. Non, j’étais une prostituée qui vendait sans vergogne son corps au premier venu. J’ai du accomplir les volontés, les désirs les plus bas et les plus vils des hommes. J’en pleurais, je regrettais mon église et mes bigotes du dimanche.

Mais là, j’avoue que je suis étonné qu’il ait tenu parole. Le Diable ne serait pas de mauvaise foi? Ma main se promène sur mon visage, je sens la barbe naissante mais également une moustache. Mais, je n’ai jamais eu de moustache ! Je n’ose pas sortir la tête de sous les draps. M’a t’il joué encore un mauvais tour ?

J’entends des chiens aboyer et des ordres dans une langue étrangère. Qui suis-je ? On frappe à la porte. Une fois puis une deuxième fois. Je dois affronter mon destin. Je me risque enfin à regarder autour de moi. La chambre est spacieuse, les murs sont ornés de tableaux. Il y a un grand bureau qui trône avec des cartes d’Etat Major dispersées un peu partout. On dirait des cartes anciennes de l’Europe. Je sens mon cœur battre comme un fou, prêt à sortir de ma cage thoracique. Le sang afflue à mes tempes, je ne peux pas le croire. J'ai une vision d’horreur. Posé sur une chaise, il y a un uniforme. Oh non !!!

Un soldat entre, me salue et m’appelle Mein Führer .
Je voulais être puissant, je suis le plus grand meurtrier de l’histoire …

Cécile Ladjali - Ordalie



Je me permets de mettre la 4ème de couverture qui résume on ne peut mieux ce magnifique livre :

Orphelin de ses parents tués sous les bombes, Zak n’en est pas moins inconsolable de l’anéantissement du Reich. Recueilli chez un oncle, il passe son adolescence après-guerre dans une petite ville d’Autriche. C’est là que vit Ilse, sa merveilleuse cousine, jeune poétesse et romancière promise au plus bel avenir. Chez elle, tout éblouit Zak, bien qu’il ressente de la haine pour ses engagements généreux, sa foi en la reconstruction, son idéal d’une autre
Allemagne…
Un jour, Ilse lui fait connaître l’homme dont elle vient de s’éprendre : Lenz, obscur poète roumain, juif désespéré, à peine rescapé de l’holocauste…
De la passion orageuse, sourdement destructrice, entre Ilse et le poète de l’ombre, Zak ne peut désormais que devenir, à son corps défendant – dans une fascination à lui-même odieuse –, le témoin et le dépositaire.
Dédié aux impossibles amours, aux mots qui renaissent de leurs cendres, à l’Allemagne du Mur et à celle de la réunification, aux écrivains qui espèrent et aux passions que l’Histoire ravage jusqu’à la consomption, Ordalie rend – aussi – hommage à deux figures mythiques de la littérature.

Je ne sais pas par où commencer tellement cette lecture s’est révélée riche et passionnante pour moi. Riche car il y a l’écriture parfaite de Cécile Ladajli qui m’était jusqu’alors inconnue. Une plume qui transcrit parfaitement l’amour idéaliste que Zak éprouve pour sa cousine et celui qui unit Isle et Lenz. A travers Isle et Lenz, elle fait revivre le poète allemand Paul Ceylan (1920-1970) et la poétesse autrichienne Ingebor Bachamnn(1926-1973). Deux artistes liés par l’amour des mots et par des convictions profondes sur l’Allemagne. L’amour y est dépeint sous toutes ses aspects : tourmenté, violent, jaloux, admiratif, exclusif …

Mais ce livre contient bien plus. En filigrane, il y a l’histoire de l’Allemagne d’après-guerre. Isle y voit un pays qui veut expier ses crimes passés et sur la voie du renouveau alors que Zak regrette l'époque du III ième Reich. De même, Ilse et Lenz ne sont pas d'accord sur la conception de la poésie et de sa finalité.

Je me rends compte que je parle très mal de cette lecture et que j’ai beaucoup de mal à trouver mes mots.

Ce livre m’a happée dès la première ligne et j’ai été conquise. Impatiente, troublée, j’ai lu le récit de Zak en apnée totale bercée par la correspondance si belle de ces poètes.

Un hymne à la passion, aux amours impossibles ou contrariés qui vous rongent, vous consument à petit feu ou qui vous donnent des ailes…
D’ailleurs c’est un coup de cœur pour moi…


Merci à Stephie pour ce livre voyageur, Leiloona, Mango et Lilly en parlent également (et leurs billets vous donneront une meilleure idée que le mien…)

"Je ne parlais toujours pas. J'avais envie de pleurer.De joie? De rage? Les deux. Elle m'aimait. Mais pas du même amour que moi.
(...)
Dans l'objectif, son corps était renversé. Ainsi offerte, elle rencontrait mon propre bouleversement. Celui que je ne pouvais pas vouer. J'avais alors dix-huit ans. Je serais bientôt un homme et je ferais bien mieux dans la vraie vie de de prendre des clichés de femmes
."

samedi 12 juin 2010

Aki Shimazaki - Le poids des secrets Tome 5 - Hotaru



J'ai lu le dernier tome de cette pentalogie et je dois dire que j'y ai retrouvé toute l'émotion des premiers. Mais une émotion encore plus forte et plus puissante. Dans Hotaru, il s'agit de Mariko qui confie à son tour son secret à sa petite-fille Tsubaki. Et quel secret !
On retrouve l'histoire du premier et du deuxième tome mais racontée par Mariko. Cette dernière raconte sa relation avec Monsieur Horibe. La vérité prend un autre tournure, différente de celle que j'avais pu imaginer.

La boucle est bouclée... je termine cette série la gorge serrée.

Un coup de cœur que je conseille !
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