jeudi 24 juin 2010

Rencontre avec Nelly Alard



J’ai eu la chance de rencontrer Nelly Alard hier lors de sa venue chez Dialogues. J’ai pu échanger avec elle et surtout lui poser quelques questions.

Elle avait lu mon billet sur son livre, donc de fil en aiguille, nous avons papoté de lectures et de blog (et d’autres choses personnelles que je garde pour moi). J’ai eu le droit à une dédicace très touchante …

Dans son livre le crieur de nuit, elle parle en effet de la mort de son père. Mais dans ce roman, réalité et fiction s’entremêlent, on ne peut par parler d’un récit autobiographique.

« La légende de la mort chez les Bretons armoricains" d'Anatole Le Braz est un livre qu’elle avait lu adolescente. Lankou, les légendes bretonnes l’intéressaient et quand elle a commencé à écrire son roman, c’était naturel pour elle d’insérer des extraits du livre.
Nelly Alard a voulu montrer le choc qu’il existe entre les questions que l’on se pose surtout quand on est athée et l’aspect absurde des formalités, des questions pratiques liées à la mort.

Elle a écrit ce livre avec la distance qu’on possède quand on a surmonté, accepté la mort et que la vie reprend son cours, il n’est pas question de thérapie par les mots.

Pour mon plus grand bonheur, Nelly Alard a pour projet un deuxième roman !

Ensuite, direction le café de Dialogues où elle intervenait. Elle lu des passages de son livre et surtout ces première pages. J’ai senti ma gorge se serrer, aucun bruit dans l’assistance. Chacun écoutait ses mots, cette histoire qui a trouvé écho auprès de nombreuses personnes.

Une autreuse très ouverte, très gentille... en toute simplicité.
Merci à vous, Nelly Alard pour votre livre, pour votre écoute et pour hier...

mercredi 23 juin 2010

Sylvie Germain - Jours de colère


Editeur : Gallimard - Date de Parution : 1991 - 352 pages sublimes

Quel livre magnifique !

Dès les premières lignes, j’ai su que ça allait être une de ses lectures rares. Des moments privilégiés où l’histoire et l’écriture me transportent, où je vis le livre.

Nous sommes dans les forêts du Morvan, coupés de tout, un monde à part où les bucherons, les flotteurs de bois et les bouviers sont maîtres des lieux. Des hommes qui vivent par et pour ces forêts. Mais il y a l’envie de posséder plus et encore. Ambroise Mauperthuis est un homme que la jalousie et la rancœur font vivre. Il a assisté au crime de Catherine Corvol par son époux. Aveuglé par la beauté de cette femme, il en devient amoureux. Même morte, elle est à lui. Animé par son souvenir, il se nourrit de sa vengeance et devient un maitre-chanteur. Dans le même hameau, Edmée Verselay vit dans l’adoration de la vierge Marie, elle idolâtre sa fille Reine, femme au corps corpulent dont la faim est insatiable. L’un des fils d’Ambroise Mauperthuis se mariera à Reine s’attirant la colère de son père. La folie d’Ambroise Mauperthuis le pousserra à déshériter son fils, à renier ses petits-enfants pour prendre à Corvol ses enfants.

Un livre dense où l’écriture de Sylvie Germain est foisonnante, d’une richesse haute en couleurs et dont les mots sont précieux.

On est happé par la poésie du livre, subjugué par ces odes à la nature, à l’amour, à la vie que les neuf fils de Reine possèdent en eux. Les amours fantasmés, de la chair, de la nature sont portés à travers ce livre. La folie se décline, simple et douce à son extrême violence.

C’est beau, très beau….
Un énorme coup de cœur !

Parcours de femme - Le rendez-vous

Incapable de tenir en place, elle se regarde à nouveau dans la glace. Elle regrette d’être arrivée hier soir et d’avoir passé sa nuit dans cette chambre d’hôtel. Elle redoute ce nouveau rendez-vous. Pourtant, elle l’a déjà vu il y a quelques mois. Ce n’est pas comme s’ils étaient des inconnus l’un pour l’autre mais l’appréhension la fait douter. Et si ça se passait mal ? Depuis leur dernier contact, elle attend ce grand jour et maintenant elle se sent prise d’une agitation fébrile. La peur de décevoir celui qu’elle avait rencontré sur internet, de ne pas lui plaire. Pour chasser ses idées grisâtres, elle pense à leur première rencontre. Son cœur bat la chamade et une bouffée de joie l’envahit. Elle a même pris de nouvelles résolutions : manger plus équilibré, faire du sport. Pour lui, elle veut être parfaite. Machinalement, elle remet une mèche de cheveux derrière son oreille et regarde sa montre une fois de plus. Elle a mal dormi. Trop énervée, elle n’arrivait pas à trouver le sommeil. Après avoir regardé une émission insipide à la télé, elle s’est plongée dans la lecture. Mais ses idées étaient ailleurs. Impossible de se concentrer sur les mots qui lui échappaient. Elle relisait plusieurs fois le même paragraphe mais les phrases s’envolaient. Elle a finalement décidé de prendre un léger somnifère.

Dans une heure, ils ont rendez-vous dans un endroit situé dans la même rue que l’hôtel. De sa fenêtre, elle épie les passants : une jeune maman qui pousse un landau, un homme âgé qui tient un cabas d’une main et de l’autre sa canne. Dos vouté, il avance à petit pas précautionneusement. L’estomac noué, elle n’a pu qu’avaler un thé ce matin puis elle a hésité entre plusieurs tenues et a finalement opté pour un jean et un chemisier. Elle s’et demandée si elle devait se maquiller. Elle a pour habitude de souligner ses yeux d’un trait de crayon. Quelquefois, elle ajoute un peu de fard à paupières mais jamais plus. Pour l’occasion, elle a acheté un rouge à lèvres à une vendeuse qui a réussi à lui vendre en plus « un fond de teint léger qui unifie la peau et estompe les rides ». Elle avait écouté les conseils de l’esthéticienne: « l’apparence c’est important, surtout quand on approche de la quarantaine, car beaucoup de femmes ont une tendance à se laisser aller. D’ailleurs, je peux vous proposer une crème de nuit qui fait des miracles. » Ses trente-huit ans s’affichaient donc sur son visage ? Elle se sentait pourtant jeune. Hormis quelques petites rides qui apparaissent quand elle sourit, les années qui passent n’ont pas encore laissé leur empreinte.

Elle hésite à y aller maintenant. Arriver trop tôt serait peut-être mal perçu ? Elle pense à ses amies. Certaines l’ont encouragé, d’autres l’ont mise en garde. De façon directe avec ces mots si souvent entendus « si j’étais à ta place ». Qu’est ce qu’elles en savaient de son quotidien ? Comme si ses soirées passées seule devant la télé, ses promenades où elle croisait des couples, des familles ne lui donnaient pas le cafard ? Il y avait également les regards fuyants qui en disent long, l’embarras que son entourage éprouvait et qu’il avait du mal à dissimuler. Ses parents n’ont rien dit. Quand elle leur annoncé la nouvelle, son père a relevé la tête de son assiette et son visage s’est rembruni. Sa mère s’est levée de table pour aller chercher une bouteille d’eau. Pourtant, il y en avait déjà une. Sa mère a toujours pris la fuite dès qu’elle devait donner son avis. Les prétextes ne manquaient pas : fermer une fenêtre dans une chambre ou vérifier que la machine à laver le linge a fini. Son père a dit : « c’est ta vie » en soupirant. Les larmes aux yeux, la voix tremblante, elle lui avait répondu qu’elle aussi avait le droit le bonheur, qu’elle avait passé des années à effleurer du bout des doigts son rêve et que maintenant elle n’allait plus faire machine arrière. Il avait haussé les épaules et d’un ton las, avait prononcé : « fais comme tu veux ». Depuis, elle ne les a pas revus. Elle a encore sur le cœur ce poids lourd de l’incompréhension.
A ressasser le passé, elle devient mélancolique. Ses parents ne vont pas lui gâcher cet instant qui n’est rien qu’à elle.

Elle expire un grand coup pour se donner du courage, attrape sa vaste et son sac à main. Le sang monte à ses tempes, elle essaie de ne pas se laisser submerger par l’émotion. Elle serait presque tentée d’allumer une cigarette, non, elle s’est faite la promesse d’arrêter. Sortie de l’hôtel, elle marche vers le lieu du rendez-vous. Elle plisse ses yeux pour voir s’il est là. Elle l’aperçoit, son cœur bat à tout rompre. Il est assis, patientant tranquillement. Elle le trouve encore plus beau avec cette chemise et ce pantalon qu’elle a choisi pour lui et qui font ressortir son teint hâlé. Il n’est pas seul mais accompagné d’une femme.

Elle s’approche, il la reconnaît. Deux seconde où le temps semble se figer pour l’un comme pour l’autre.
-Mon amour, je suis si contente !
Elle le couvre de baisers, pleurant de joie.

L’autre femme les regarde tendrement.

Il lève la tête vers elle et lui demande sur un ton hésitant :
-Alors, tu es ma maman maintenant, c’est sûr ?

Elle opine de la tête, l’assistance sociale lui remet officiellement les papiers d’adoption. Sa nouvelle vie commence aujourd’hui.
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