vendredi 9 juillet 2010

Fatou Diome - Celles qui attendent


Editeur : Flammarion - Date de parution : août 2010- 334 pages magnifiques et puissantes...

Sur une île où le travail est absent, l’Europe est convoitée par des hommes prêts à l’affronter pour gagner un rivage, une terre qu’ils espèrent meilleurs. Les fils, les maris partent laissant des femmes derrière eux. Ces femme, ce sont Arame et Bougna, mères de Lamine et Issa qui vont partir sous la cape de la clandestinité. Arame est réticente à de départ de projet même si ses dettes chez Abdou le commerçant ne font que s’accroître. L’Océan lui a déjà pris son autre fils et ses petits enfants sont à sa charge. Autant de bouches à nourrir mais qui lui donnent de la joie et la force de vivre ou de survivre « La survie, justement. Partout elle demande un effort, mais il des contrées où l’on côtoie tellement la mort que la survie elle-même semble un pied de nez fait à la vie. Sur ce coin de la planète, où les maigres productions journalières sont destinées à une consommation immédiate, la sérénité du lendemain n’est jamais assurée ».

Bougna est en guerre permanente contre la coépouse de son mari, jalousies de femmes entretenues par la polygamie du mari. Arame supporte son mari Koromâk , cloué au lit par l’arthrose et déversant son fiel. Un mari qu’elle n’avait pas choisi mais avec qui elle doit faire. De toute façon, jamais on ne se plaint ou alors en silence « alors, au lieu de râler devant plus souffreteux que soi, on mord le mouchoir et on trime du matin au soir. Pour beaucoup, vivre se résume à essayer de vivre. »

Lamine et Issa laisseront leurs jeunes épouses Coumba et Daba derrière eux. Bercées de rêves et d’amour comme toute jeune fille, leur quotidien est autre. Les devoirs imposés aux belles-filles ne sont pas de tout repos. Cuisiner, laver, nettoyer pour toute la famille et sans jamais broncher. L’Europe est la femme rivale qui leur a prise leur mari.

Les mères trompent leur peur de ne pas voir revenir les fils, les jeunes épouses attendent la présence de leur mari... Un seul mot pour elles attendre qui se décline au fil des saisons.

Les années passent, Issa et Lamine ne sont toujours revenus. Mais la vie n’attend pas, le fils d’Issa grandit et Daba voudrait connaître l’amour. Issa et Lamine découvrent la condition d’être clandestin en Espagne : la quête aux papiers et au travail.

Loin des émigrés, les amours varient, les secrets de famille affleurent. Les petites et grandes trahisons vont alimenter la chronique sociale du village et déterminer la nature des retrouvailles.
Le visage qu'on retrouve n'est pas forcément celui qu'on attendait .

De Fatou Diome, j’avais lu « Le ventre de l’Atlantique » et "La préférence nationale et autres nouvelles" . C’est une auteure que j’admire et que j’affectionne.

Avec « celles qui attendent», Fatou Diome nous fait partager l’intimité, le quotidien de ces femmes. Femmes courageuses, femmes de caractère et « parce qu’elles savent tout de l’attente, elles connaissent le prix de l’amour.» Un prix élevé fait de sacrifices.

Fatou Diome, c’est d’abord une écriture exceptionnelle. Chantante comme le fleuve Sénégal, véhiculant un phrasé riche comme une belle musique. Musique dont le tempo s’accorde, se modifie selon la vie des iles du Sénégal. Une écriture qui a la force de l’Atlantique en colère pour s’indigner ou dénoncer.

Pas de jérémiades ou de complaintes, Fatou Diomé décrit avec une verve ardente les travers des situations économiques de ce monde. Quand elle parle de son pays c’est toujours avec amour et avec le recul qui lui permet de pointer du doigt les failles. De son écriture coulent beaucoup de constats amers ou remplis de sagesse mais toujours très justes.

Ce livre est un hymne à ces femmes et on ne peut que se sentir humble et respectueux devant elles.

Un très gros coup de cœur pour ce livre qui fait partie de la rentrée littéraire !


Choisir un seul extrait est difficile car l’ensemble du livre est d’une beauté et d’une puissance incroyable !

« La vie, c’était simplement une barque où elles appréciaient le bonheur de ramer ensemble. Comme toutes les femmes de l’île, elles savaient qu’affronter la houle faisait partie de leur sort. »

Un grand merci à Dialogues croisés et son opération rentrée littéraire 2010 pour cette lecture.

jeudi 8 juillet 2010

Alan Bennett- La Reine des lectrices


Editeur : Gallimard - Date de parution : 07/05/2010 -Collection : Folio - 121 pages exquises...

Grâce à ce livre, je sais désormais pourquoi lorsque nous sommes allés à Londres, nous n’avons pas pu voir la Reine. Je pensais qu’elle essayait de trouver un chapeau pour sa tenue ou encore qu’elle s’entretenait avec le premier Ministre. Que nenni ! La Reine lisait ! Si !

A cause de ses chiens, la Reine a découvert dans la cour de Buckingham Palace le bibliobus. Par politesse, elle va emprunter un premier livre : « La lecture ne l’avait jamais beaucoup intéressée. Il lui arrivait bien sûr de lire comme tout le monde, mais l’amour des livres était un passe temps qu’elle laissait volontiers aux autres ».

Ce premier ne sera pas le dernier car la Reine se découvre une véritable passion pour la lecture. Comme nous, elle établit des LAL, planque son livre sous les coussins de son carrosse. Elle en vient même à délaisser ses obligations pour se consacrer à la lecture.

Truculent, léger et drôle, humour délicieux, ce livre est un régal !

« Ayant mené une existence à part, elle se rendait compte à présent qu’elle désirait ardemment éprouver un tel sentiment : elle pouvait parcourir toutes ces pages, l’espace contenu entre les couvertures de tous ces livres, sans qu’on la reconnaisse.»

« Elle découvrit également que chaque livre l'entraînait vers d'autres livres, que les portes ne cessaient de s'ouvrir, quels que soient les chemins empruntés, et que les journées n'étaient pas assez longues pour lire autant qu'elle l'aurait voulu. »

Quelques autres avis: Canel, Lasardine ( la Ronde des post-it), Keisha, Gambadou...

Un grand merci à Livraddict et aux éditions Folio pour ce partenariat !

mercredi 7 juillet 2010

Robin Cook - Etat critique


Editeur : Livre de poche- Date de parution : 12/05/2010- 563 pages de termes médicaux et de business...

A la suite d’une blessure au genou, Jack Stapleton, médecin légiste doit se faire opérer dans une clinique de pointe. Son épouse Laurie, médecin légiste fait une étrange découverte. Plusieurs patients ayant été opérés dans l’une des trois cliniques du groupe Angels Healthcare sont décédés brutalement suite à une infection fulgurante nommée SARM (Staphylocoque Aureus Résistant à la Méthicilline . Ces décès surviennent alors que le groupe Angels Healthcare dirigé par le docteur Angel Dawson doit rentrer en bourse prochainement. Laurie est décidée à trouver la clé de ces décès car son mari a prévu de se faire opérer dans une des cliniques du groupe Angels Healthcare. Pendant ce temps, les décès continuent malgré toutes les mesures sanitaires prises.

Avertissement : âmes sensibles à l’évocation d’une autopsie et de tous les détails possibles et inimaginables (dissection, pesée des organes) s’abstenir !

Ce livre est un vrai thriller médical ! Une bonne partie de l’action se situe dans « la fosse » il s’agit du nom de la pièce où sont pratiquées les autopsies) ou à examiner au microscope des bactéries. Les termes médicaux affluent, fusent et quelquefois j'ai eu l'impression d'être perdue dans ce jargon. Dès le départ, je me suis demandée comme les patients pouvaient être contaminés et il m’a fallu attendre la fin du livre pour avoir la solution. Laurie avait plus de théories que moi (normal, elle est médecin et moi non) et très peu de temps pour mener ses investigations. Le livre commence le 2 avril et se termine le 10 sans aucun temps mort.
Hélas, on n’échappe pas à certains clichés : les gangs de drogue à New-York qui se font la guerre, le médecin qui enquête plus vite que la police mais l’histoire est cependant bien ficelée.

Le personnage d’Angel Dawson n’est vraiment pas original et très stéréotypé : divorcée, carriériste passant plus de temps au travail qu’auprès de sa fille. Ses cliniques financées par des investisseurs privés se rapprochent plus de luxueux hôtels que de lieux où l’on soigne des patients. L’auteur met le doigt sur l’argent et les profits effectués par des institutions privées mais à mon goût l’étude psychologique de ses personnages est trop superficielle. Un thriller qui dénonce le crédo des bénéfices en terme de santé dans un pays où les cliniques privées sont florissantes.

Ce livre a su éveiller et maintenir ma curiosité grâce à l’intrigue médicale même si elle possède un goût de « déjà lu ». Une lecture sans prise de tête avec des bémols et dont je ne garderais pas un souvenir impérissable...

Merci à Livraddict et au Livre de poche pour ce partenariat.
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