samedi 31 juillet 2010

Yasushi Inoué - Le fusil de chasse


Collection : Le Livre de poche- Date de parution : 12/2008 - 96 pages où les non dits de l'amour voient le jour et les personnalités se révèlent.

Suite à la publication d'un poème sur un chasseur aperçu une fois, le fusil à l'épaule dans les montagnes, le narrateur reçoit une lettre de cet homme. Le chasseur le met dans la confidence de sa peine et lui expédie trois lettres rédigées par trois femmes différentes.

Trois lettres : la première est celle de la fille de sa maîtresse, la seconde est rédigée par son épouse et la dernière a pour auteure sa maîtresse Saïko.
Les lettres ont comme dénominateur commun la mort de Saïko et l'adultère mis à jour.
La fille découvre que sa mère avait un amant et qu'elle lui a menti pendant de nombreuses années. Trompée dès son mariage, l'épouse n'avait rien dit de cette relation dont elle connaissait l'existence. La maîtresse révèle la nature de son amour dans une dernière lettre.

L'amour trempé dans le mensonge y est décrit sous différents points de vue et se drape de différents sentiments : la trahison, le dégoût, la peine, les regrets ...

C'est beau, très beau. L'écriture est sublime, pas de fioriture, seulement des mots choisis avec précision pour révéler la personnalité cachée de ces trois femmes.


L'avis de Sylire et de Marie.

Un roman conseillé par mes libraires et qui s'inscrit dans deux challenges :

vendredi 30 juillet 2010

Le corps de l'écrivain

Dernier thème avant les vacances chez les Impromptus Littéraires...


Seule une faible lueur parvient à se glisser à travers les barreaux dans ce trou. Une paillasse humide, une couverture mitée, un vieux seau en plastique et une chaise branlante, voilà ce que j’ai dans ma cellule. Les mots m’ont conduit ici. Oser écrire la vérité sur mon pays, sur sa politique et la corruption ne m’a valu que des ennuis. Mon premier livre a causé de grands effrois dans les sphères dirigeantes. On me l’a fait comprendre. Roué de coups par des soldats, j’entends encore le bruit cinglant du fouet sur mon dos. J’ai serré les dents, les soldats ont juste rigolé, satisfaits de leur travail. Ma femme m’a soigné et m’a supplié de me taire. Jamais ! De mon vivant, je dirai ce que mes yeux voient. Ma langue ne dit jamais un mot, ce sont mes mains qui parlent, qui décrivent l’envers du décor. J’ai quitté ma femme pour sa sécurité, je me suis enfui loin de chez moi pour crier au monde ce qu’il ne sait pas.
Pendant des mois, je me suis caché. Ecrivant le jour et la nuit comme envahi d’une fièvre jusqu’ à m’écrouler de fatigue. Mon corps tremblait et j’exultais ma rage par les mots aussi durs et cruels soient-ils. Un voisin a été alléché par le prix de la dénonciation. Mon nom contre de la nourriture pour sa famille affamée. Quand les soldats m’ont arrêté, il a détourné son regard du mien. Eméchés, titubant sous l’effet de l’alcool, deux des soldats m’ont brulé les mains avec leurs mégots de cigarettes et cassé les doigts.
-Regarde tes mains, elles ne pourront plus jamais te servir pour cracher sur notre gouvernement !

Jeté comme un chien dans ma cellule, je subis depuis des humiliations de la part des gardes. Mes mains portent les stigmates d’avoir voulu lever le voile sur l’obscur. Mon corps est devenu l’ombre d’un vieillard qui s’allonge sur le sol pour lécher une gamelle.
Mais, je crois encore en la force des mots, c’est ce qui m’empêche jour après jour de sombrer dans la folie.

Jean-Philippe Toussaint - Faire l'amour


Editeur : les Éditions de Minuit - Date de parution : 17/09/2009 - 159 pages

Extrait de la quatrième de couverture :
C'est l'histoire d'une rupture amoureuse, une nuit, à Tokyo. C'est la nuit où nous avons fait l'amour ensemble pour la dernière fois. Mais combien de fois avons-nous fait l'amour ensemble pour la dernière fois ? Je ne sais pas, souvent.

Au début de ma lecture, je me suis demandée à quoi jouait ce couple et surtout le narrateur. Il m’est apparu désorienté, en prise à des pulsions mêlant amour, regrets, amertume. J’ai suivi le fil de ses pensées et de ses actes passés au microscope. Noyée dans les descriptions, j’ai eu l’impression d’assister à un naufrage de ces quelques jours passés à Tokyo. Faire l’amour, aimer, vouloir se détacher de l’être aimé, trouver des réponses dans la fuite à travers la ville…

Seule Marie m’a touchée, elle qui semble vouloir s’accrocher à cet à cet amour.

Le livre comporte un « décryptage », sa place dans la carrière de l’auteur, le tout rédigé par Laurent Demoulin. Malgré toutes ces explications qui mettent ce livre sur un piédestal, mon avis est mitigé…

L’écriture de Jean-Philippe Toussaint m’a déstabilisée. Lire à nouveau cet auteur ? je ne sais pas..

Merci à George pour l'organisation, à Alice et à Zaza pour le prêt !

Livre lu dans le cadre du Prix Indiana où vous trouverez d’autres avis.

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