mercredi 25 août 2010

Marie-Sabine Roger - Vivement l'avenir


Editeur : ROUERGUE - Date de parution : 25/08/2010 - 302 pages d'humour et de bonheur...

Une petite ville de province coincée sous un ciel gris au nord de la France avec son canal et son poulailler industriel. Sur ce bout de terre qui est très loin de ressembler au paradis, Alex travaille en CCD au poulailler. Jeune femme de trente ans dont le physique se rapproche plus à celui d’un ado, elle loue une chambre chez un couple : Marlène dont la rancœur n’a d’égale que l’amertume et Bernard qui semble subir sa vie. Il y aussi Gérard le frère de Bernard. Handicapé sévère depuis sa naissance, Marlène le considère comme un boulet, un neuneu et un débile. Olivier dit le Mérou et Cédric passent leurs journées au bord du canal. Le Mérou tente d’y construire un barrage en y larguant ses cannettes de bières une fois bues. Cédric, le moral dans les chaussettes, sans emploi, quitté par ca copine, attend que les journées se passent.

Avec ce résumé, on pourrait croire à du Zola actuel mais ce serait sans compter sur l’humour et la verve de Marie-Sabine Roger !

Malgré sa carapace, Alex va commencer à s’occuper de Gérard qu’elle surnomme affectueusement Roswell. Elle lui raconte des histoires, écoute ses poèmes, rit avec lui mais surtout le considère comme une personne et non pas un monstre. Sauf que les petites attentions semées ici et là deviennent souvent des sentiments même si on veut garder ne pas s’attacher à personne. Avec un trolley bricolé, elle le promène au bord du canal. Ils vont faire la connaissance du Mérou dont le but de sa vie est son grand barrage en cannetes de bières et de Cédric qui a l’impression de s’être trompé de vie. Tous les quatre vont se vont se découvrir et commencer une nouvelle vie.
Le couple Marlène-Bernard vaut le détour ! Marlène serait prête à « perdre volontairement » Gérard mais elle se rebiffe d’indignation quand elle entend parler des animaux abandonnés. Bernard mutique n’attend rien de l’avenir. Marlène est plus bête que méchante et ressasse sa jeunesse, ses rêves avortés.

Avec ces personnages trentenaires, j’ai rigolé, j’ai souri, j’ai été ému (oui, tout ça) car ce sont la vie, l’espoir et les rêves qui l’emportent. L’apitoiement, le je-me-complais-dans-ma-galère sont bannis de ce livre. Et, ô joie, l’humour et l’ironie font mouche !

Marie-Sabine Roger nous dépeint la réalité de beaucoup de personnes qui galèrent et qui se demandent quel sera leur le lendemain. Comme dans La tête en friche, ses personnages semblent bruts de décoffrage, mais au fil des pages, les carapaces s’amenuisent, les masques tombent et nous révèlent des personnes sensibles ou attachantes, la tête remplie de rêves.

Alors, oui, j’ai aimé ce livre rempli d’humanité et je l’ai terminé avec un grand sourire aux lèvres ! Une belle histoire qui donne des ailes, du punch et qui redonne confiance et espoir.

Il ne faut pas passer à coté de cette lecture qui est une vraie bouffée d'optimisme et de bonheur !



Vous connaissez quelqu’un dont le rêve soit ça ? Vivre sa vie les deux pieds dans la merde, dans cette odeur pourrie des poulaillers industriels ?

Marlène elle a le vin récapitulatif.

Le Mérou, il a décidé depuis longtemps qu’après lui le déluge. Je ne dis pas que je trouve ça bien, mais au moins il est clair avec sa connerie.

Lui, je l’aurais bien vu en homme politique : son obsession c’est de laisser quelque chose après lui. Tant pis si c’est qu’un tas de merde.

Et leurs parents, à quoi ils ont pensé lorsqu’ils ont fait construire ici ? C’est la faute à pas cher, la voilà leur excuse. Mais si c’est pour vivre douze mois dans dans une baraque de merde au milieu d’un décor moisi, c’est payer cher l’économie.

Quelquefois, je me dis que devenir adulte, c’est perdre pour toujours le droit de s’amuser.


Et un de plus :

Yôko Ogawa - Une parfaite chambre de malade


Editions : Actes Sud- Datede parution : 31 août 2005- 155 pages

Ce livre est composé de deux longues nouvelles.
La première, Une parfaite chambre de malade, parle d’un jeune homme en phase terminale atteint d’un cancer. Il est la seule famille qui reste pour sa sœur ainée. Cette dernière passe tout son temps à l’hôpital à ses côtés et développe une obsession (ou un TOC ?) concernant l’hygiène et les déchets. Mariée, elle voit très peu son mari et noue une relation amicale mais ambiguë avec un médecin qui lui apporte du réconfort.
La seconde nouvelle La désagrégation du papillon met en scène une jeune femme et sa grand-mère. Toutes les deux vivaient ensemble mais la démence sénile de sa grand-mère oblige la jeune gille à la placer dans un institut médicalisé Le nouveau Monde. Elle vit très mal la séparation et se lance dans de grandes réflexions…

Avertissement : la gaité est inexistante dans ce livre… pour les sourires, l’enthousiasme, la joie de vivre, merci de revenir une autre fois.

Après la lecture du livre Les paupières , vous m’aviez conseillé La formule préférée du professeur ou La Marche de Mina . Il faut croire que tout Brest est plongé dans les œuvres de cette auteure car il ne restait plus que ce livre de disponible à la médiathèque. Aurais-je raté un challenge local quelconque ? Bon, toujours est-il que j’ai lu Une parfaite chambre de malade.

Et une fois de plus, je dois dire que la lecture de cette auteure m’a laissée perplexe...

La description de l’obsession maladive de la jeune femme m’a amenée à faire de nombreuses grimaces exprimant mon dégoût profond.

Dans la seconde nouvelle, j’ai trouvé très juste la description de la vieillesse :
Les taches marron clair qui parsèment la peau, de son cou vers la poitrine, sont pulvérulentes tellement elles sont sèches. Son ventre affaissé entre les os du bassin se soulève faiblement à intervalles réguliers. (…) Les deux jambes qui ne savent plus marcher s’étirent, sans force, comme deux tubes de verre creux. (…) Pendant ce temps là, son corps s’est flétri, s’est recroquevillé comme un fœtus.

Par contre, je suis complètement passée à côté des questions métaphysiques sur la normalité qui sont au cœur de ce texte…

Même si l’écriture est agréable, je n’ai pas compris l’intérêt ou le but final de ces deux nouvelles.

Deuxième rendez-vous raté avec Yôko Ogawa. Est-ce que la règle des fameux deux sans trois tombera tel un couperet ? Le verdict que vous attendez tous impatiemment une prochaine fois….

En attendant, on évite de se ronger les ongles ou de regarder le calendrier tous les deux jours et surtout de se poser la question « va-t-elle aimer oui ou non Yôko Ogawa ? »

Une seule lecture et deux challenges :

lundi 23 août 2010

Thierry Hesse - Démon



Editeur : Points - Date de parution : 19/08/2010- 470 pages magistrales...

Pierre Rotko est un grand reporter français dépêché aux quatre coins du globe pour couvrir les guerres, les zones en crises. Il s’intéresse également de près à toutes les catastrophes naturelles. Agé de 40 ans, célibataire, il rend quelquefois visite à son père ancien avocat du barreau qui ne sort guère plus depuis la mort de sa femme. De son père, Pierre connait ses racines Russes, son arrivée en France en 1953. Quinze jours avant de se suicider, son père Lev Rotko va lui raconter son l’histoire de ses parents Franz et Elena, victimes des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces révélations bouleversent la vie de Pierre : il veut comprendre et surtout en savoir d’avantage. Mais ses lectures ne lui suffisent pas, comme pour mieux coller au plus près à la vérité, il se rend en Tchétchénie à la recherche de son histoire, de ses origines.

En entamant cette lecture, j’étais loin, très loin de m’imaginer la densité de ce livre et le voyage que j’allais parcourir. Plongée dans la l’histoire la Russie, j’ai suivi l’histoire, les contextes politiques et leurs conséquences depuis 1920 à nos jours. Thierry Hesse revient en particulier sur la politique de Staline, le massacre juif de Babi Yar, …
A aucun moment, je n’ai eu l’impression de lire un livre ou manuel d’histoire car à travers la grande Histoire se joue celle de Franz et Helena. Leurs origines juives les conduiront à la mort, le père de Pierre échappera à ce destin en étant placé chez un couple qui s’en occupera.
Une fois arrivé en France, Lev, hanté par ses démons, changera son prénom comme pour enrayer le passé et se dédouaner de la culpabilité d’être vivant. En se rendant à Grozny plongé dans la guerre, Pierre va vivre au plus près les revendications d’un peuple opprimé.

Un pèlerinage nécessaire pour comprendre ce qui a pu arriver à ses grands-parents et s’approprier son identité qui découle de l’histoire de sa famille.

Bien plus qu’une fresque familiale, à travers ce livre foisonnant, Thierry Hesse soulève de nombreuses interrogations d’ordre géopolitiques et humaines.

Un roman magistral sur la quête de l’identité et la mémoire qui amène le lecteur à se poser de nombreuses questions. J’ai compris la démarche de Pierre car s’approprier nos origines nous permet de nous construire et d’avancer…

Les billets de Sylire, d’Ys et d’autres chez l’ami BOB.

J’étais venu pour les toucher, pour le sentir en moi. Mais pas seulement sentir, penser aussi. Penser : c’est une partie de ce qu’ils ont vécu, même infime, même lointaine.
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