lundi 20 septembre 2010

Sofi Oksanen - Purge

Editeur : STOCK – Date de parution : 25/08/2010 – 400 pages

Estonie occidentale, 1992. La vieille Aliide Truu vit terrée dans sa maison. Elle découvre dans la cour de sa ferme une jeune fille Zara. Mal en point, violentée et terrifiée. Même si Aliide hésite à lui ouvrir sa maison de peur de tomber dans un piège tendu par la Mafia Russe, elle va finalement l’accueillir. Zara dit avoir fui son mari.
Dans ce huis-clos, les deux femmes vont apprendre à se découvrir par petites touches. Toutes deux portent en elle une histoire différente, des secrets et des peurs. Aliide l’ignore mais le passé les lie par le sang.

Il m’est difficile parler de ce livre dense et puissant. J’ai longtemps réfléchi à ce que j’allais pouvoir vous dire car cette lecture a été très, très forte.

J’ai tressailli à chaque bruit entendu par Aliide ou par Zara. L’ambiance de ce huit-clos est pesante, électrique. Entrecoupée par des flash-back, l’histoire d’ Aliide et de Zara est divulguée au fil des pages.

Avec Aliide, on revit une période sombre de l'histoire,  celle de l’Estonie pendant et après la guerre. Pays occupé par Soviétiques, les Allemands et de retour les Soviétiques. Mais parce sa sœur s’est mariée avec Hans dont elle était secrètement amoureuse, Aliide jouera double jeu.
Un double-jeu dont le prix sera terrible.
Les interrogatoires, l’humiliation et bien pire seront faits aux femmes et aux fillettes. Cette violence est comme des gifles que j’ai prises en pleine figure.
Après que l’Estonie soit redevenue un pays libre, Zara aura eu comme tort de croire qu’à l’Ouest tout était facile. Une autre histoire, d’autres violences. Celles de jeunes femmes tombées dans les mains de proxénètes. J’ai ressenti de la nausée, du dégout…
Les mots sont criants d’une vérité ignoble.

L’écriture porte à bout de bras toutes les violences faites aux femmes.
A lire absolument. Un très grand livre !

Merci à Aifelle pour le prêt. Les avis unanimes de Pickwick et de Gwen, Anna.

Mais la terreur de la fille était tellement vive qu'Aliide  la ressentit soudain en elle-même. Bon sang,comment son corps se souvenait-il de cette sensation, et s'en souvenait si bien qu'il était prêt à la partager dès qu'il l'apercevait  dans les yeux d'une inconnue? (...) Pour Aliide, la peur était censée appartenir à un temps révolu.

dimanche 19 septembre 2010

Les repas de famille - suite

Gwen nous fait travailler dur aujourd'hui ! La suite des consignes c'est .

Si vous avez raté le premier épisode , c'est ici.

Et mon texte :

Après le départ précipité d’Oliver et d’Hélène, Huguette déclare :
-Excusez-moi quelques instants, je vais aller  me reposer.
Marie aussi fidèle qu’un chien de chasse l’accompagne à sa chambre :
-Vous avez besoin de quelque chose, belle-maman ? je vous apporte un verre d’eau.
-Non, merci Marie, juste mon sac à mains.Ca va aller.

Marie s’exécute et  retourne à la salle à manger.
Huguette prend son sac et sort son portefeuille. Derrière son chéquier, se trouve une photo encornée.  Sur la première, de jeunes mariés s’y embrassent, le bonheur dans les yeux.  De son doigt, elle caresse la tête de la femme et murmure :
-Mon dieu, pourquoi  a t-il fallu que tu prennes Lise ? Elle était si douce. Avec Olivier, ils formaient un si beau couple. Pourquoi elle ? Tu aurais  mieux fait de me rappeler à toi.

De ses yeux sombres, des larmes coulent.  Elle pensait  qu’Oliver serait resté veuf après la mort de Lise.  Ca a été un choc quand deux après, il lui a présenté  Hélène et sa fille Chloé. Pour elle, Hélène prenait la place de Lise et Chloé était la petite file qu’Olivier et  Lise auraient dû avoir.  Elle regarde la photo des enfants de Jean et de Marie.  Endimanchés et sourires de convenance. Chaque année, la photo change seuls les  sourires figés restent.  

De son portefeuille, une lettre pliée en quatre tombe sur le lit. Elle la relit. Son médecin lui a prescrit une batterie   d’examens  à faire.  En même temps, elle défait son foulard et touche la boule qui est apparue à  son cou depuis plusieurs mois. Elle a encore grossi. Elle n’en a parlé à personne. L’ordonnance date de deux mois. Les premiers examens ont révélé un cancer à un stade très avancé.   

Elle sort une petite photo de Chloé. Elle l’observe. Chloé dessine sur une feuille allongée à même le sol.  Elle sourit et hoche la tête.

Puis, elle  ajoute la photo de  Chloé à la place d’honneur avec celle de ses petits-enfants.

Un silence embarrassé règne  dans la salle à manger. Marie parle de tout et de rien et s’efforce de sourire. Mais rien n’y fait.  L’ambiance est devenue pesante.
Marion se lève :
-Bon eh bien, vous remercierez maman pour  cet adorable déjeuner mais je préfère retourner à l’hôpital. Jean, excuse-moi mais tu es  un vrai con ! Salut la compagnie !

Sa nièce Caroline n’en a pas perdu une miette. Elle quitte la table, prétextant un mal de ventre pour aller s’assoir au salon. Il lui suffit de fermer  les yeux pour s’imaginer être dans la chambre de Quentin. Depuis six mois, ils sortent ensemble mais c’est un secret. Caroline trouve des excuses pour passer chez lui sans la semaine. Fils unique, ses parents ne rentrent que très tard le soir. Ils se voient  toujours  lui. Quentin a deux ans de plus qu’elle. A ses yeux, il est différent des autres garçons. D’ailleurs, à part David, il ne se mêle  pas trop  aux autres.

Au début, ils s’embrassaient timidement puis, elle l’a laissé glisser ses mains sous son chemisier et défaire  son soutien-gorge.  A chaque rendez-vous, Quentin  ferme les volets, allume sa lampe  de chevet et met la musique. Elle se sent bien dans sa chambre où les murs sont recouverts de posters et d’affiches de groupes de Rock. Rien qu’à penser à ses mains qui caressent ses seins, elle rougit. Ils n’en ont jamais  parlé mais elle sait que Quentin veut qu’ils le fassent. Elle a un peu peur, elle appréhende  mais elle en a envie elle aussi.  Elle se mord les lèvres, ravale sa salive.
Demain soir, elle ne sera plus une petite fille.  

Marie-Sabine Roger - Il ne fait jamais noir en ville

Editeur : Thierry Magnier – Date de parution : 12/05/2010 - 105 pages ou 10 nouvelles


L’exercice de la nouvelle est un Art difficile. L’auteur doit mettre en scène très vite un décor, une ambiance, savoir aiguiser la curiosité du lecteur et le ferrer tel  un poisson. Marie -Sabine Roger y réussit une  fois de plus avec brio.

Pas de chutes sanguinolentes dans ce recueil, les nouvelles ne sont pas corrosives  comme  dans les encombrants mais quel  bonheur ! 

Je l’ai relu encore une fois  pour le plaisir car ce sont des nouvelles tendres (comme la parenthèse) , dures ( pas à pas) ou qui nous amènent sur des chemins plus intimes : tout  va bien, sans blessure apparente.

Marie-Sabine Roger sait décortiquer l'âme humaine. Observatrice de tous les jours, elle décrit ces moments avec une écriture à couper le souffle.  Elle joue avec les mots, décline des phrases  où chaque mot  a son importance .... le parfait équilibre !

Dix nouvelles qui m'ont touchée, émue ou qui m’ont fait sourire. Je l'ai lu deux fois et je le relirai  ( voilà, pourquoi j'achète des livres. Je peux me délecter tant que je veux...  )

Pari  réussi une fois de plus !

Les avis  d'Antigone, Canel, Cathulu, Encres vagabondes

La mémoire est un bien qui ne prend sa valeur que lorsqu'elle se partage.
Si la parole est sans écho, elle n'atteint  pas l'autre versant. Elle ne prend pas les vents, les courants ascendants. Elle s'abîme.
Si la  paroles est sans écho, elle n'est plus qu'un discours vide, souvenir du passé, vestige.Bientôt, sans doute, elle n'est plus rien.
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