lundi 27 septembre 2010

Angélique Villeneuve - Grand Paradis

Editeur : Phébus - Date de parution : 19/08/2010 - 167 pages

À presque cinquante ans, Dominique, employée d’une fleuriste a l’impression de passer à côté de sa vie.  Elle qui s’est sentie  toujours différente découvre plusieurs photos   dans les affaires de sa mère décédée plusieurs années auparavant. Les  photos  représentent une certaine Léontine et l’un  des clichés la montre en pleine  crise d’hystérie. Il s’agit d’une photo  prise par le photographe Albert Londe qui travaillait avec le professeur Charcot à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Pour Dominique, Léontine n’est  autre  que son arrière grand-mère. En faisant des recherches aux archives de la Salpêtrière, elle veut comprendre et découvrir  ce qui a pu arriver à son aïeule.  
La quête de soi passe souvent par celle de sa famille surtout quand on hérite d’une maladie ou de la sensation d’être différent. Remonter le fil de la généalogie pour mieux se comprendre soi-même.  Dominique va immédiatement se sentir proche et surtout liée  à cette aïeule. Ce livre a trouvé de nombreux échos en moi. Car bien entendu, j’ai moi-même effectué cette quête dans le passé.  Des aïeuls, des maladies et des interrogations car bien souvent, la maladie n’avait pas d’étiquette. Les rapports  des archives décrits pas Dominique prennent à la gorge.
Devant ces  femmes malades soumises à des expériences médicales, j’ai eu la gorge nouée. Avec Léontine, les souvenirs de Dominique remontent : un père parti brusquement pour l’Amérique alors qu’elle n’était qu’une enfant. Un départ  que sa sœur aînée Marie lui a toujours imputé «  c’est à cause de toi, tu étais différente ».  De cette quête, Dominique sortira apaisée et  grandie…
L’écriture d' Dominique ( lapsus révalateur)  Angélique Villeneuve nous entraîne dans le monde intérieur de Dominique et dans ses jardins secrets.  C’est  beau et fort...
Une lecture qui m’a beaucoup touchée par le thème et l’écriture.
L’avis de Cathulu.
Et puis, il aurait existé une explication à l’écart, que je sentais réel, entre les autres et moi. J’étais différente, c’était une chose indiscutable. Sans doute, tous les enfants, à un moment de leur vie, se croient seuls de leur espèce. Pour moi, le moment c’était bien longuement étiré.

dimanche 26 septembre 2010

Alain Emery - Les petits devants

Editeur : du DOUAYEUL - Date de parution 2006 - 35 pages

Avec ce recueil de quatre nouvelles primées, Alain Emery  confirme qu’il est un grand nouvelliste. Ces nouvelles portent  sur des thèmes comme la vieillesse, les non –dits. Quatre nouvelles d’exception et  une écriture superbe !
Les chutes travaillées nous laissent le goût de nos faiblesses  ou nous font réfléchir. Difficile de rester indifférent à la lecture de la nouvelle les petits devants. Un homme  découvre d’où provient  la richesse de sa famille, une richesse au prix la dénonciation pendant la seconde guerre mondiale. Quelle sera sa réaction finale ?
Des nouvelles qui amènent  à se poser  bien des questions...
Un petit recueil et quatre pépites...

Mon grand-père est entré dans le grand monde en portant le dos, en plus de son fourbi d’orfèvre, une croix dont l’ombre le condamnait. Il lui a suffi de fuir les regards pour esquiver sa conscience. Piquer du nez sur ses  cailloux, travailler d’arrache-pied et laisser le labeur le patiner. Le temps a fait son œuvre. C’est devenu la faute de l’époque. Celle à pas de chance. Lui-même a fini par ne plus se souvenir. Les autres non plus. L’oubli est un cercueil capitonné.
Hélas, ce  recueil  a été édité  en un nombre  d’exemplaires limité, du même auteur, je vous conseille (fortement) de lire  Divines Antilopes.


mercredi 22 septembre 2010

Marie Sizun - Plage

Editeur : Arléa – Date de parution : 18/08/2010 – 262 pages


Déjà, il ne faut surtout pas se fier à la couverture du livre. Anne est quelqu’un de solitaire. Peu ou pas d’amis, une solitude que sa mère lui reproche. Anne part en vacances dans le Finistère sud dans un coin isolé. L’homme qu’elle aime doit la rejoindre en fin de semaine. Pour le moment, il est en vacances avec sa femme et ses enfants. Mais il lui a promis de la rejoindre. Anne passe ses journées à la plage. Seule, elle essaie de tuer le temps de cette longue attente. Six jours remplis de questions, de doutes, de souvenirs …

Anne raconte ses journées à cet homme et au fil des pages, on va apprendre à la connaitre. Au début de son arrivée, on ressent son enthousiasme. A la plage, elle aime observer les gens, suivre leurs conversations. Elle qui est seule sur sa serviette de plage s’imagine leurs vies. J’ai souri car je fais de même : je regarde, j’attrape au vol des bribes de conversations et je note.
Autant de personnes qui font remonter en elle des souvenirs. Celui de son père décédé. Un père aimé et idolâtré. Une mère distante, des reproches sur tout ce qu’Anne fait ou plus justement ne fait pas. François l’appellera une seule fois le lundi. Un appel confus. Au fil des jours, l’attente devient angoissante. Sa solitude lui pèse, l’accable. Et s’il ne venait pas ?

L’atmosphère du début n’est plus la même. On suit Anne, on espère pour elle qu’il viendra même si on pressent l’inverse.  Très vite, la mélancolie gagne du terrain, pas une mélancolie âpre,  non mais celle qui a le goût de  la pudeur et des émotions.  
Sans dévoiler l'histoire, Anne sera différente, "grandie"  quand elle repartira.

Avec une écriture que j’affectionne, Marie Sizun nous dépeint avec beaucoup de sensibilité,  la solitude, la plage. Il s'agit encore d'un très beau roman qu'elle nous offre...


Le billet de Choco.

Plage part en LV ...

Difficile de choisir un extrait :

Et quoi de plus propice à la curiosité que la promiscuité d'une plage? Là, pas de murs, pas de toits pour enclore les foyer, en dérober la vue, en étouffer la parole. On pénètre quand on veut dans l'existence des autres, à la façon d'Asmodée : mais nul besoin de pouvoir magique. Une plage, c'est un théâtre, ouvert à tous les regards, un théâtre où cent histoires se déroulent sumultanément. Quelle tentation de papillonner de l'une à l'autre, pour moi qui, en entendant que tu sois là, n'en ai pas, d'histoire, moi qui suis libre comme l'air !
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