dimanche 10 octobre 2010

Le génie du livre...

Qui dit dimanche dit l'atelier d'écriture chez Gwen.

La consigne est la suivante :
Aujourd’hui, nous allons plonger dans la fiction la plus pure. Comme vous êtes toutes, pour la plupart des blogueuses, vous savez ce qu’est un livre voyageur… Imaginez justement que ce matin, vous en ayez reçu un. Vous ne l’avez pas ouvert tout de suite. Vous l’avez posé dans un coin, préférant attendre un moment de calme pour vous plonger dans les premières lignes… Maintenant, ça y est, vous êtes seule, installée confortablement et vous ouvrez le livre-voyageur… Et voilà qu’en sort une sorte de brume. Et au fil des secondes, cette brume prend de plus en plus de consistance. Abasourdie, vous voyez un homme apparaître. Vous avez en face de vous le génie du livre-voyageur…

J'ai opté pour un texte très personnel :

La pétarade de scooter du facteur retentit.  J’entends le bruit sourd d’une enveloppe qui tombe dans la boîte aux lettres. Je la soupèse, c’est un livre. Je la prends avec moi et je rejoins ma chambre.  C’est l’heure de me reposer mais avant un peu de lecture. Qu’est ce que je vais lire ? Je regarde l’enveloppe posée au pied de mon lit et je l’ouvre. La couverture comporte juste un titre « une vie » et deux initiales C.C. pour le nom de l’auteur. Pas de quatrième de couverture ou d’autre indication. Intriguée, je commence la lecture :
Dimanche 22h50. Le téléphone sonne une première fois. A peine deux minutes plus tard, la sonnerie  retentit à nouveau.  Un appel à des heures tardives ou matinal est signe de mauvaise nouvelles. La gorge serrée, elle décroche. Il s’agit de sa mère. Elle a reconnu sa voix mais  le ton est différent de celui d’habitude. Il traine des pleurs retenus, étouffés  et  elle pressent  le pire. Son cœur bat comme un fou et le combiné tremble dans sa main.
- Ton  père est décédé.
Voilà, elle l’a dit. Cette phrase,  elle  l’a souvent imaginée et  elle savait que sa mère emploierait ces mots là.
Depuis cinq ans, elle s’est préparée en l’entendre  sauf que cette fois, elle n’est  plus dans  l’imaginaire. Tout lui signifie qu’elle est dans la réalité : son mari qui semble désemparé, sa fille aînée qui dévale brusquement l’escalier en demandant ce qui se passe.
Je pose le livre, je ne comprends pas. Ces mots sont mon histoire que je viens de vivre. Les larmes me montent aux yeux. Je nage en plein délire. Ce n’est pas possible ! Je referme le livre brusquement et je m’enfouis sous ma couette.  Une brume semblable à un brouillard envahit toute la chambre mais abasourdie, je ne réagis même pas. Une silhouette se dessine et un homme apparait. J’inspire, j’expire, je ferme les yeux  quelques instants et tout va rentrer dans l’ordre. Il ne peut pas en être autrement. La fatigue de ces derniers jours me joue des tours ou je dois être  en train de somnoler. Je vais me réveiller et quand j’ouvrirai les yeux, tout sera redevenu normal.
L’homme se retrouve assis à mon bureau et me regarde.
- Bonjour, je suis le génie des livres voyageurs.
Ce n’est qu’un rêve, j’en suis certaine.
- Je ne savais pas que les livres possédaient des génies.
- Mais, que crois-tu ? Que les livres ne sont que des histoires, des mots ? Des échappatoires, des occasions de vivre d’autres vies par procuration ou d’apprendre? Non, ils sont bien plus que cela.
- Je ne comprends pas.
- La lecture t’a souvent servie à t’évader  mais aujourd’hui elle va t’aider. Ce livre est le tien, c’est à toi de le continuer et de raconter.
- Qu’est ce que vous attendez de moi ?
- Je te connais, je sais comment tu fonctionnes et seuls les mots que tu écriras  te permettront de faire ton deuil. La décision t’appartient mais pour surmonter le décès de ton père, tu sais qu’il faut que tu écrives tes souvenirs, tes regrets et ta peine.
Il me tend un crayon, le livre s’ouvre tout seul à la première page. Le texte est toujours là mais il est  écrit  à la première personne.
- N’oublie pas que ce livre est le tien et que personne d’autre ne le lira, tu peux écrire tout ce que tu veux.
J’hésite puis finalement je prends le crayon.  Et j’écris « Le cycle de la vie débute dans des cris de joie, aujourd’hui ce sont des cris de douleur. Je vais libérer tous mes sanglots en t’écrivant  tout ce que j’aurai voulu te dire alors que je n’ai pas eu le temps. »
Je relève la tête, l’homme a disparu et je continue d’écrire…

Marina Lewycka - Deux caravanes

Editeur : Ed. des 2 terres - Date  de parution : 12/05/2010 - 422 pages

Deux caravanes, une pour les hommes et l’autre pour les femmes, sont garées dans un champ plein de fraises en Angleterre. Ils sont originaires de Pologne, d’Ukraine, de Chine et d’Afrique avec comme point commun, l’espoir initial  d’un avenir meilleur en Angleterre. La petite dernière est Irina, 19 ans,  fraîchement débarquée de Kiev avec ses illusions et ses rêves. Mais, Vulk le mafieux Russe qui détient le passeport d’Irina l’enlève et la femme du fermier sous un accès de folie tue son mari ! Nos immigrants fuient en catastrophe à bord d’une voiture à laquelle est attelée une des deux caravanes.

C’est vrai qu’il y a des situations cocasses ou flirtant avec  le loufoque. Et, les personnages ne manquent pas de caractère et sont attachants : Emmanuel l’Africain qui a une foi inébranlable dans la religion, Andriy qui  est amoureux d’Irina, ou Irina pour qui l’anglais type est Mr Brown.
Evidemment, à travers ce road-movie sur les routes d’Angleterre, il s’agit de la situation des travailleurs immigrés qui nous est dépeinte: les conditions de travail, les retenues sur salaires pour la nourriture et poiur des logements en piteux états où s’entassent les travailleurs. Le tout  est dans un style enjoué, gai. Pas de sinistrose, pour décrire ces situations où l’humour prévaut.

Mais, j’ai été gênée tout au long de ma lecture par le récit en lui-même. Dans ce roman à plusieurs voix, le narrateur n’est jamais clairement identifié (sauf le chien). Aussi, au lieu d’avoir l’esprit occupé par l’histoire, je me suis creusée la tête pour  savoir à qui j’avais à faire… Difficile de m’imprégner entièrement de ce livre.

Malgré l’écriture vive, mon avis  est mitigé même si  les péripéties s’enchainent sans temps mort.

Je remercie Leiloona  pour ce livre  voyageur, vous trouverez d’autres avis chez l’ami BOB.

vendredi 8 octobre 2010

Christine Jeanney - Une heure dans un supermarché

Editeur : Quadrature- Date  de parution : septembre 2010 - 128 pages

Avertissement : ce recueil de nouvelles est un coup de cœur !


Lundi matin, neuf heures trente.
Je traverse le quadrillage blanc du parking jusqu’aux sigles bleus des places pour handicapés. Je passe entre deux poubelles remplies de sable. Le sports vitrées coulissent sur de l’air chaud et de la musique. Passé le tourniquet, on peut tourner à gauche vers les produits d’entretien, ou à droite et ainsi longer les caisses, ou encore continuer en face vers les promotions du jour.
Mais je n’achèterai rien. Aujourd’hui, je regarde.

Et oui, pour notre plus grand bonheur, Christine Jeanney  observe  les clients dans différents rayons. Ceux qui hésitent ou qui achètent sans perdre de temps, et avec chacun d’eux, une histoire est révélée.  L’histoire de leur vie, de  leurs envies, de leurs regrets ou celle de  leurs espoirs. Car on ne se contente pas de rester dans ce petit supermarché, on les suit dans leur quotidien, leurs habitudes.

18 personnages tout à fait réalistes, des personnes que l’on peut soi-même croiser et comme le dit la quatrième de couverture « des personnes ordinaires qui ressemblent à tout le monde. Ou à personne».

Un fil conducteur en filigrane, on retrouve ou on aperçoit juste un des personnages dans le déroulement d’une autre scène. Et , tout s’imbrique ou s'enchevêtre avec aisance et facilité.
18 nouvelles et  autant de  thèmes différents !

J’ai souri, mais le plus souvent j’ai été  émue et touchée.  
L’écriture est vive et fait preuve d’originalité. Un sans faute sur toute la ligne ! Un recueil tout simplement génial...
Je remercie Patrick ( non pas Bruel) mais des éditions Quadrature pour ce livre…
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