mercredi 20 octobre 2010

Langue de vipère

Cette semaine chez les impromptus littéraires,  le thème est langue de vipère...de quoi délier bien des langues.

Quand on me demandait quel était mon travail, je répondais toujours ce mot :
-Chasseur.
Les gens surpris me dévisageaient  et enchainaient aussitôt :
-Chasseur de tête ?
-Oui, en quelque sorte…
Je préférais cette appellation à celle de mon vrai job : journaliste  en  freelance. Car dans mon métier, la discrétion était une des qualités primordiales comme la patience et l’anonymat. Je chassais du gros gibier pour alimenter les revues et les journaux à scoop.  La traque des people et des politiques. Les suivre, les filer et au moment importun faire la photo qui fera sensation ou qui déclenchera un scandale. Révéler au public leurs faiblesses et  leurs relations douteuses. Dans ma branche, j’ai vite  obtenu le surnom de langue de vipère car pour obtenir mes photos, je réclamais de rédiger l’article. Montrer sur papier glacé  les vices et  les défauts ne me suffisait pas, j’aimais accompagner  la photo de  mes mots dénonciateurs.  Et un jour, je l’ai prise, elle, en filature. Trop parfaite, une vie  trop rangée pour cette  jeune actrice. J’ai cherché longtemps et j’ai fini par trouver la faille. Son petit ami la trompait avec une autre. Elle l’a appris en même temps que  madame-tout-le-monde dans les journaux. Sauf que durant ces mois à l’observer, j’ai fini par tomber amoureux d’elle. Je la connaissais sur le bout des doigts : ses fleurs préférées,  ses habitudes jusqu’au  petit sillon qui se formait  sur son front quand elle  était anxieuse.  
Pour elle, j’ai tout largué. Je suis maintenant journaliste dans un quotidien  où j’officie à la rubrique chiens écrasés. Plus de planque mais interview à domicile (s’il vous plait) de Madame  S. qui a vu la voiture volée de Monsieur P.. Je joue mon nouveau  rôle à merveille. Et quand l’adrénaline du scoop me manque, je sors mon appareil photo. Je sais tout du voisinage : le retraité de l’immeuble d’en face qui mate des films pornos quand sa femme est à son club de bridge, la femme du premier qui sort la bouteille de whisky dès que ses gamins sont à l’école…
Elle ne sait rien de mon passé et personne de mes anciennes fréquentations se risquera sur ce terrain, ils savent que  la langue de vipère est toujours là. Quelque part à l’affut.  
Tout le monde a  des petits secrets, il suffit juste de gratter un peu pour les découvrir.  

Eric Fouassier - Le traducteur

Editeur : PASCAL GALODE - Date de parution : 19/08/2010 - 186 pages magnifiques..

Ceux et celles qui se plaignent que leur PAL et leur  LAL augmentent à chacune de leur visite  vont me détester ou m’en vouloir. Car j’ai adoré ce livre !!!!
Cette lecture fait partie de celles qui une fois  commencées exercent un tel pouvoir, qu’on ne peut plus les arrêter.  On  ouvre ce livre et  on se retrouve sous l’emprise  de la narration, envoûté par l’écriture. Et oui, rien que ça…
Ce roman se passe aux alentours de 1925. Le narrateur, un jeune homme de 21 ans travaille depuis peu à Alexandrie. Il occupe  un emploi sans intérêt  dans la société de son oncle. Au hasard d’une soirée, il va rencontrer Gabriel Prometh, ancien médecin et individu peu fréquentable selon les dires.  Poussé par la curiosité, le narrateur va vouloir s’entretenir avec lui et  en apprendre d’avantage à son sujet. C’est ainsi que Gabriel Prometh lui parle d’un projet mystérieux qui le rendra riche et célèbre.
Notre homme va l’accompagner à la recherche d’un ouvrage mythique, le Livre de Pao, qui serait un chapitre oublié de la bible. Un livre détenu par un peuple parlant un dialecte que seul Gabriel Prometh connait.
Bien entendu, on suit leur quête. Mais la postérité peut être à  double tranchant,  Gabriel Prometh va l’apprendre à ses dépens. Tout le monde l’applaudit pour sa traduction du livre, le voilà adulé. Mais son secret va l’anéantir et il préfèrera se retier de la vie mondaine. Je n‘en dirai pas plus sur l’histoire...
La plume est élégante, raffinée, le tout forme un  grand moment de plaisir !
Le billet de Stephie toute aussi enchantée par ce roman.

mardi 19 octobre 2010

Pierre Gagnon - Mon vieux et moi

Editeur : AUTREMENT - Date de parution : 21/08/2010 - 87 pages

Rencontrer des auteurs est une source de tentation. Jeudi dernier en attendant que Fatou Diome termine  une  interview pour une radio, je me suis  assise et j’ai commencé à lire ce livre. Je n’allais quand même pas partir et l’abandonner lâchement !  Et voilà comment ce petit livre s’est retrouvé en  ma possession.  
Le narrateur, jeune retraité, décide d’adopter Léo. Léo n’est pas un enfant, non, mais un pensionnaire d’une  maison de retraite où  le narrateur  rendait visite à sa tante. Léo 99 ans aménage chez lui et entre les deux hommes nait une belle histoire.
Dans ces 87 pages, on trouve beaucoup  d’amitié, de l’humour mais également un regard  sur la vieillesse. Au début, il y a les interrogations des amis  qui vous admirent, les aménagements  à apporter à la maison et la complicité entre les deux hommes. Mais  la santé de Léo va se dégrader. Les parties de cartes sont rempacées par l’inquiétude des hospitalisations et l’impuissance que l'on ressent devant  la vieillesse. Le narrateur nous décrit les problèmes qu’une personne rencontre quand elle s’occupe d’un parent âgé. Tout y est dit avec les mots justes :  la mémoire qui flanche, la sénilité, la dépendance…
Alors oui, ce livre m'a touchée... Un seul regret, j'aurai bien aimé un livre un peu plus long. 
Il attend quelqu’un… plus tard devant l’évidence que personne ne viendra, il se remet en route pour sa chambre ou  la salle de bains. Voilà, c’est tout.Ca s’appelle vieillir. Jamais on ne raconte ces choses là, bien sûr.Ca n’intéresse personne.
Les avis de Stephie et de Noukette.
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