samedi 30 octobre 2010

Sylvia Tabet - l'Atelier rouge

Éditeur : Editions-dialogues - Date de parution : 28/10/2010 - 128 pages

New-York, une nuit de novembre. Un  homme caché dans un coin d’une pièce peinte en rouge observe une scène. Le peintre Markus Rothko vient de se suicider  à ses côtés  se trouve Nicolas de Staël. L’homme tapi n’est autre que Romain Gary  qui va raconter l’échange improbable de ces deux hommes.
Un huis clos entre fiction et réalité baigné dans les confidences et mettant en scène trois personnages importants. La rencontre  de ces deux peintres Mark Rothko et Nicolas de Staël et un observateur Romain Gary qui revient sur sa vie. Les deux hommes Mark Rothko et Nicolas de Staël parlent peinture, bien entendu, mais surtout ce qu’ils veulent faire passer à travers leurs toiles. La conversation  tourne aussi au désaccord mais s’engage sur des terrains plus intimes : des enfances fracassées, la mère patrie la Russie. Ils ne sont pas forcément d’accord sur les Maitres mais Matisse les réunit.
Romain Gary parle de  son remords de n’avoir été  qu’un aviateur médiocre « Un jour à Londres, Le Général m’a dit quelque chose du genre : «  ne vous inquiétez pas Gary, vous savez bien que ce sont toujours les meilleurs qui partent ». Ma médiocrité ainsi posée, je ne risquais pas, à l’avenir, d’être fier de mes activités d’aviateur. Sans rire : grâce à mon héros le Général de Gaulle (…) toute fierté m’était désormais  interdite ». Une souffrance pour cet écrivain qui évoque certains de ses livres : « comme ce père, dans Les enchanteurs, ce père rêvé qui me prenait dan ses bras la nuit lorsque, enfant, j’avais peur. » L'écrivain se dévoile et c’est un homme avec ses blessures et ses peines qui apparaît.
J’ai beaucoup aimé l’introspection de Romain Gary. On sent un travail de l’auteure pour  s’approprier ce personnage. Bien que ma culture en Art est limité (oui, je le dis) , cet échange entre ces deux peintres est beau. On comprend que la peinture vient du plus profond de leurs entrailles. L’écriture possède une musicalité qui accentue l’atmosphère des confidences.  J’ai lu, j’ai écouté ces hommes qui se mettent à nu.  
Une agréable  découverte que je dois aux Editions Dialogues (et à Charles Kermarec qui m’a convaincue de le lire).

vendredi 29 octobre 2010

Annie Lemoine - Amusez-vous

Editeur : FLAMMARION - Date de parution : 17/10/2010 - 127 pages et 28 pages de photos

Claire, presque quarante ans. Un divorce. Deux enfants. Une escapade au bord de la mer en solitaire qui prend une couleur imprévisible et bouleverse sa vie.
Cette quatrième de couverture m’a attirée. Un thème prometteur, un portait de femme … tout ce j’aime ! Mais non, cette histoire m’est apparue un peu surfaite comme si l’auteure  était restée en surface des personnages, des sentiments.  J’ai essayé de trouver un point d’ancrage mais non…Une histoire qui ne m’a rien apportée, un sentiment de déjà vu et je suis restée sur ma faim. Les rencontres de Claire lors de son week-end me sont apparues peu crédibles comme la fin.
Un livre trop court et l’envie de dire à l’auteur « creusez, n’ayez pas peur de fouiller au plus profond de vos personnages  ».
L’écriture est agréable mais je suis restée insensible à cette lecture.
Ce livre comporte des photos d’hôtels illustrées par quelques lignes. C’est ce que j’ai préféré, ces photos où  le fictif peut tresser  des histoires…
L’avis beaucoup plus  enthousiaste de Stephie

Susan Fletcher - Un bûcher sous la neige

Editeur : PLON - Date de parution : 26/08/2010 - 400 pages sublimes...

Ecosse fin du XVIIe siècle. Corrag une très jeune  femme d’origine anglaise est emprisonnée. Accusée de sorcellerie, elle est condamnée à être brûlée dès l’arrivée du printemps. Le Révérend Charles Leslie venu d'Irlande est à la recherche d’informations sur le massacre de Glencoe. Un massacre perpétré par l’armée du Roi Guillaume dit l’Orange. Alors que le Roi Jacques s’est exilé en France,  le pays est en proie à l’affrontement entre les partisans de chaque Roi.  Charles Leslie, bien que réticent, va écouter  le récit de Corrag qui a été témoin du massacre.
Quel livre ! Dire que j’ai aimé serait faux…. J’ai adoré, j’ai vibré à chaque page, j’ai bu chaque mot  !
Car Corrag avant de raconter le massacre du Clan Mac Donald va expliquer comment elle est parvenue en  Ecosse.  Son enfance auprès d’une mère elle-même accusée de sorcellerie. Sous le mot sorcellerie, les hommes y ont mis l’utilisation et l’usage de plantes pour soigner et guérir  des maux. Une mère qui lui a transmis l’amour et le respect de la nature. Charles Leslie, campant sur ses positions d’homme d’église l’écoute, l’œil et le jugement sévères. Le soir, il écrit à sa femme lui relatant les dires de Corrag. Chaque jour, il revient la voir, les barrières et les œillères morales s’amenuisent. Lui qui prêche Dieu, l’Amour reviendra sur se positions vis-à-vis de Corrag.
A 16 ans, sa mère ordonne à Corrag de partir. Avec sa jument, elle va fuir, se cacher des hommes pendant son voyage et vivre de ce que la nature lui offre.  Corrag est un petit bout de femme qui veut vivre à tout prix ! Outre son voyage, elle raconte l’attitude des gens à son égard et les mos qui font mal : sorcière, gueuse et parfois pire. Arrivée en Ecosse, le clan MacDonald sous  ses apparences brutales va l’accepter. Tout le livre alterne subtilement entre  le récit de Corag et les lettres de Charles Leslie à sa femme. Les barrières et les œillères morales s’amenuisent.  On suit ses réflexions, l’acheminement de sa pensée qui l’amèneront  à comprendre Corrag.
Les descriptions sont magnifiques, la plume de Susan Fletcher nous donne l’impression d’être aux côtés de Corrag et d’admirer, d’apprécier la nature. L’écriture est belle ( et le mot est faible !), la poésie perle dans les mots de Corrag mais surtout l’amour et l’humilité.
On est révolté, on a peur pour Corrag  car on ne peut que s'y attacher.L'analyse du comportement de Charles Leslie, son raisonnement sont remarquables.
J’ai eu la gorge serrée tout au long de cette lecture ! Un énorme coup de cœur pour ce roman sublime !
Merci à Liliba pour ce livre voyageur, d’autres billets pour vous mettre l’eau à la bouche : Kathel, Lili Galipette, Cathulu, George, Marie, Sandrine (SD49)

Quand même j'ai un réconfort. Il est petit, mais je l'ai, ce réconfort, je me le chuchote au creux de mes mains. Des gens sont en vie grâce à moi. C'est vrai. Il sont en vie parce que je les ai sauvés, parce que j'ai écouté la voix de mon âme, la chanson de mes os, les paroles de la terre.J'ai écouté mes entrailles, mon ventre, ma poitrine. Mon instinct.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...