jeudi 11 novembre 2010

Par la fenêtre

Le blog à 1000 mains propose un nouveau sujet. A partir du dessin réalisé par Marlène, nous devons donner libre cours à notre imagination…

Elle regarde par la fenêtre la neige qui virevolte. C’est la première fois qu’elle en voit.  Tout est si nouveau pour elle. Ce pays et ses habitants. Elle n’a pas visité la ville et elle comprend juste quelques mots d’anglais. Tout ce qu’elle devait savoir  lui a été  signifié par des signes ou plutôt par des mouvements de la main nerveux, rapides. Elle est restée deux semaines dans un studio avec d’autres filles. Enfermée. Une fenêtre qui donnait sur un mur. Certaines pleuraient, d’autres semblaient être plongées dans une torpeur continuelle. Autant de mots soupirés entre deux sanglots ou criés dans des langues étrangères. L’Américain qui était venu au village cherchait des filles. De belles filles et jeunes.  Sa mère, le visage fermé écoutait le traducteur. Elle hochait la tête, refusait fermement. Sa mère lui avait fait signe d’obéir, l’homme avait  tâté ses bras et regardé ses dents. Il semblait satisfait et souriait. Sa mère s’était fâchée quand on avait demandé si sa fille était vierge. Bien sûr, quelle insulte! L'Américain avait sorti des billets. Elle avait compris que devant tant d’argent sa mère accepterait. Pendant qu’elle rassemblait quelques affaires, sa mère lui avait dit : « l’homme a dit que tu auras un meilleur avenir dans son pays. Tu vas partir avec lui ».   
Maintenant,  elle contemple les grandes rues. Les gens paraissent minuscules. Autant de petits points noirs qui bougent sur les trottoirs. Elle entend la porte qui s’ouvre. La peur l’empêche de se retourner. Des pas louds  avancent vers elle. Un homme, l’haleine chargée d’alcool lui souffle dans le cou. Il lui parle. Elle ne comprend pas. Il s’énerve, braille. Il lui empoigne le bras violemment et lui désigne le lit. Elle réalise ce qu’il attend d’elle. Elle pleure, le supplie. L’homme l’écrase de tout son poids. Il lui caresse les seins, l’embrasse à pleine bouche. Elle tourne la tête, essaie de se dégager.  L’homme lui donne une gifle. Si violente que son nez saigne. La main de l’homme lui arrache sa culotte. Elle ne veut plus penser alors elle s’imagine au village. Avec ses frères et  sa mère.

Brian Keith Jackson - Vu d'ici

Éditeur : Dapper - Date de parution : 07/02/2001 - 203 pages

Confins du Mississippi. Anne mère de 5 garçons découvre qu’elle est de nouveau enceinte. Son mari J.T. ne veut pas de cet enfant. Pour lui, tout est vu : l’enfant sera donné à sa sœur et à son beau-frère qui ne peuvent pas en  avoir. Anna est certaine que le bébé sera une fille et elle lui a donné un prénom Lisa.  La vie n’est pas facile et  J.T. n’est pas un mari exemplaire. Pour tenir bon,  Anna parle à son bébé et se remémore les souvenirs avec sa meilleure ami Ida Mae.  
Dans ce livre, il s’agit de l’enfant, la petite Lisa, blottie dans le ventre de sa mère qui est la narratrice. Ici, point d'échos du  docteur ou des échographies. Très vite, on comprend que la famille est noire de peau et qu’elle ne roule pas sur l’or. Dans ce sud profond, les différences entre blancs et  noirs ont laissé des stigmates. Les gens de couleur se sentent obligés envers les Blancs de baisser la tête. Et ce sont autant de petites réflexion qui m’ont laissé bouche bée…
J.T. perd son travail et sombre dans l’alcool. Anna est forte, proche de ses enfants. Au fil des mois qui passent, la peur de devoir  donner Lisa est grandissante.  Elle flanche, se résigne puis reprend  courage.  Au début, j’ai été surprise par l’écriture des  conversations. Dans ce livre, la langue est celle de ces gens : des syllabes mangées, un phrasé auquel il faut s’habituer.   Je me suis retrouvée immergée dans ce Mississippi et en fermant les yeux, on imagine Anna et sa famille.
La déconnection est garantie.  Une lecture qui offre un beau portait sensible d’une  femme courageuse au grand cœur…
A découvrir !
Junior n’a jamais eu l’occasion d’aller à l’école que quelques familles de couleur avaient créée pour les enfants de couleur. Quelque part en route, grâce à la « bonté » de certains Blancs, ces familles avaient appris à lire, écrire et compter.
Anna ? Ma fille, regarde-toi ! Ne me dis pas tu t’es encore fait engrosser. Ma parole ! Vous autres gens de couleur vous êtes pire que des lapins,  dit. M.Pete en ma présence.

mercredi 10 novembre 2010

Ian McEwan - Sur la plage de Chesil

Éditeur : Gallimard/Collection Folio - Date de parution : 21/01/2010 - 178 pages sublimes...

Angleterre, 1962, Edward et  Florence se retrouvent seuls après leur mariage célébré le jour même. Dès le dîner, les peurs de Florence remontent à la surface. Violoniste promue à une grande carrière, elle redoute le moment de la nuit de noces. Edward  pressé de découvrir enfin le corps de sa belle  accumule les maladresses.
Si j’ai lu ce livre c’est grâce à Canel et je l’en remercie ! Il s’agit d’un coup de cœur, d’un livre magnifique! Nous sommes au début des années 1960, Edward et Florence sont deux jeunes gens instruit et pourvus d’une éducation stricte.  Le mouvement de libéralisme sexuel qui commence juste à naître leur est  inconnu. Ils arrivent tous  les  deux vierges et sans expérience pour leur nuit de noces. En une année, ils ont juste échangé  quelques baisers timides. Florence éprouve une répulsion, un dégoût des contacts physiques avec Edward. Elle repousse le moment où ils vont devoir se retrouver dans leur chambre à coucher. Edward est impatient mais il a peur de décevoir sa jeune femme. Le malaise est palpable. Tout le récit est jalonné de leurs souvenirs.  Présent  et passé alternent  avec brio. On découvre qu’ils viennent de deux classes sociales différentes, on suit  leur enfance, leur première rencontre, la demande en mariage. Bien qu’Edward ait tenté des approches physiques, Florence a toujours fui. Et l’on se rend compte qu’ils se connaissent très peu .Florence ne sait que peu de choses sur les relations sexuelles. Elle est tétanisée par la peur. Edward se montre tendre puis plus insistant. La tension monte en crescendo. J’ai retenu mon souffle tout au long de ce récit me demandant comment aller se passer leur nuit de noces.  Elle sera écourtée … je n’en dis pas plus.
J’ai été frappée par le manque de petits gestes de tendresse, de gaité, de passion qui généralement enflamment les amoureux. Ian Mc Ewan nous révèle tout de ces deux jeunes gens et l’on se rend compte que l’absence de communication entre eux a été un frein invisible.
L’écriture est sublime, ciselée, un vrai régal ! Un sans faute sur toute la ligne!
Les billets de Manu et de Canel ( tentatrice).
Edit de 10h15 : plein d'autres billets et d'avis différents chez l'ami BOB : Keisha, BelleSahi, Kathel, Brize, ...
Qu’est ce qui les arrêtait donc ? Leur personnalité et  leur passé,  leur ignorance et leur peur, leur timidité, leur pruderie, leur manque d’aisance, d’expérience ou de naturel, vestiges des interdits religieux, leur anglicité, leur classe sociale, et même le poids de l’Histoire. Trois fois rien.
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