vendredi 12 novembre 2010

Philippe Claudel - L'enquête

Éditeur : Stock - Date de parution : 15/09/2010 - 278 pages

L’enquêteur est chargé d’élucider une vague de suicides dans une entreprise. Arrivé dans cette ville, il trouve avec peine un l’hôtel qui affiche quatre étoiles. Dans cet  établissement, tout semble étrange. On lui refuse un petit-déjeuner, il doit respecter une liste de consignes assez invraisemblable.  Le Guide le prend en charge dans l’Entreprise où personne ne semble être au  courant des suicides.  L’inquiétude et les questions surgissent, l’enquêteur  comprend que rien n’est normal…
Je peux me mordre les doigts …Je savais que ce livre était différent des autres livres de cet auteur. Et pourtant,  je me suis entêtée avec le risque de ne pas aimer.
Dans ce roman, tout est impersonnel. Les gens sont nommés par leurs fonctions, la ville semble être un endroit étrange à l’image de l’hôtel. Une ville sans enfants qui jouent dans un parc et  sans passants.  Mais, elle  accueille une masse de touristes et  plus tard des réfugiés. Dès le début, je me suis sentie mal à l’aise. L’atmosphère que  dégage ce livre est lourde, oppressante. Je me suis demandée à quelle  époque se déroule l’action : un présent modifié ou un avenir proche. Car l’Enquêteur semble être tombé dans un piège ou être la marionnette de quelqu’un. Au fil des pages, lui-même doute et veut mettre fin à cette mission. Il n'arrive pas s'entretenir  avec des employés, l'entreprise ressemble à un liau fantôme sous surveillance. Fatigué, affamé, il est usé… Il ne comprend pas  (et moi non plus).  J'ai terminé cette lecture  avec un sentiment de mal être. L’écriture est rendue froide comme  pour coller au plus près à ce livre.  
Il s’agit d’un rendez-vous raté et je le regrette…
Mais, Philippe Claudel reste un de mes auteurs chouchous...

jeudi 11 novembre 2010

Par la fenêtre

Le blog à 1000 mains propose un nouveau sujet. A partir du dessin réalisé par Marlène, nous devons donner libre cours à notre imagination…

Elle regarde par la fenêtre la neige qui virevolte. C’est la première fois qu’elle en voit.  Tout est si nouveau pour elle. Ce pays et ses habitants. Elle n’a pas visité la ville et elle comprend juste quelques mots d’anglais. Tout ce qu’elle devait savoir  lui a été  signifié par des signes ou plutôt par des mouvements de la main nerveux, rapides. Elle est restée deux semaines dans un studio avec d’autres filles. Enfermée. Une fenêtre qui donnait sur un mur. Certaines pleuraient, d’autres semblaient être plongées dans une torpeur continuelle. Autant de mots soupirés entre deux sanglots ou criés dans des langues étrangères. L’Américain qui était venu au village cherchait des filles. De belles filles et jeunes.  Sa mère, le visage fermé écoutait le traducteur. Elle hochait la tête, refusait fermement. Sa mère lui avait fait signe d’obéir, l’homme avait  tâté ses bras et regardé ses dents. Il semblait satisfait et souriait. Sa mère s’était fâchée quand on avait demandé si sa fille était vierge. Bien sûr, quelle insulte! L'Américain avait sorti des billets. Elle avait compris que devant tant d’argent sa mère accepterait. Pendant qu’elle rassemblait quelques affaires, sa mère lui avait dit : « l’homme a dit que tu auras un meilleur avenir dans son pays. Tu vas partir avec lui ».   
Maintenant,  elle contemple les grandes rues. Les gens paraissent minuscules. Autant de petits points noirs qui bougent sur les trottoirs. Elle entend la porte qui s’ouvre. La peur l’empêche de se retourner. Des pas louds  avancent vers elle. Un homme, l’haleine chargée d’alcool lui souffle dans le cou. Il lui parle. Elle ne comprend pas. Il s’énerve, braille. Il lui empoigne le bras violemment et lui désigne le lit. Elle réalise ce qu’il attend d’elle. Elle pleure, le supplie. L’homme l’écrase de tout son poids. Il lui caresse les seins, l’embrasse à pleine bouche. Elle tourne la tête, essaie de se dégager.  L’homme lui donne une gifle. Si violente que son nez saigne. La main de l’homme lui arrache sa culotte. Elle ne veut plus penser alors elle s’imagine au village. Avec ses frères et  sa mère.

Brian Keith Jackson - Vu d'ici

Éditeur : Dapper - Date de parution : 07/02/2001 - 203 pages

Confins du Mississippi. Anne mère de 5 garçons découvre qu’elle est de nouveau enceinte. Son mari J.T. ne veut pas de cet enfant. Pour lui, tout est vu : l’enfant sera donné à sa sœur et à son beau-frère qui ne peuvent pas en  avoir. Anna est certaine que le bébé sera une fille et elle lui a donné un prénom Lisa.  La vie n’est pas facile et  J.T. n’est pas un mari exemplaire. Pour tenir bon,  Anna parle à son bébé et se remémore les souvenirs avec sa meilleure ami Ida Mae.  
Dans ce livre, il s’agit de l’enfant, la petite Lisa, blottie dans le ventre de sa mère qui est la narratrice. Ici, point d'échos du  docteur ou des échographies. Très vite, on comprend que la famille est noire de peau et qu’elle ne roule pas sur l’or. Dans ce sud profond, les différences entre blancs et  noirs ont laissé des stigmates. Les gens de couleur se sentent obligés envers les Blancs de baisser la tête. Et ce sont autant de petites réflexion qui m’ont laissé bouche bée…
J.T. perd son travail et sombre dans l’alcool. Anna est forte, proche de ses enfants. Au fil des mois qui passent, la peur de devoir  donner Lisa est grandissante.  Elle flanche, se résigne puis reprend  courage.  Au début, j’ai été surprise par l’écriture des  conversations. Dans ce livre, la langue est celle de ces gens : des syllabes mangées, un phrasé auquel il faut s’habituer.   Je me suis retrouvée immergée dans ce Mississippi et en fermant les yeux, on imagine Anna et sa famille.
La déconnection est garantie.  Une lecture qui offre un beau portait sensible d’une  femme courageuse au grand cœur…
A découvrir !
Junior n’a jamais eu l’occasion d’aller à l’école que quelques familles de couleur avaient créée pour les enfants de couleur. Quelque part en route, grâce à la « bonté » de certains Blancs, ces familles avaient appris à lire, écrire et compter.
Anna ? Ma fille, regarde-toi ! Ne me dis pas tu t’es encore fait engrosser. Ma parole ! Vous autres gens de couleur vous êtes pire que des lapins,  dit. M.Pete en ma présence.
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