mercredi 17 novembre 2010

Marie Sizun - Jeux croisés

Éditeur : livre de poche- Date de parution : 25/08/2010 - 246 pages

Après plusieurs années de mariage et  une vie en apparence heureuse, le mari de Marthe la quitte pour une autre femme. Ils n’ont jamais eu d’enfant car ils n’en ressentaient pas l’envie. Quand Marthe apprend que cette femme attend un enfant, son monde s’écroule. Et puis, il y a Alice.  Une jeune femme célibataire et  mère d’un petit Ludo de 9 mois. Pour elle, sa jeunesse, les sorties, les soirées sont finies. Un soir, elle va  faire des courses. Elle rencontre un copain, s’éloigne de son caddy. Ludo pleure de plus en plus, Marthe le voit et elle commet un acte de folie. Elle prend l’enfant et s’enfuit.
Comment peut-on commettre cet acte fou d’enlever un enfant ? C'est à cette question que Marie Sizun répond. Marthe se retrouve anéantie et au bord du gouffre. Son mari la quitte pour une femme qui attend un enfant de lui. D’un tempérament stable, professeur dans la vie, elle cache sa détresse. Elle décide de partir quelques jours en Bretagne. Quand elle voit le petit Ludo seul dans le caddy, elle agit sans réfléchir aux conséquences  de son acte. Elle saura s’occuper d’un bébé. Elle en est certaine. Elle le prend, l’emmène avec elle. A partir de ce moment, elle vit dans sa bulle détachée de la réalité. Alice, elle, est entrée dans la vie adulte trop vite. A 18 ans, Ludo n’était pas au programme. Les remords  de la jeunesse la hantent. Ce soir là, quand elle remarque que le caddy et Ludo ont disparu, elle y voit comme une chance. Sans Ludo, elle imagine retrouver sa liberté. Sauf qu’on va la juger. Pire, la soupçonner et l’accuser d’avoir organisé la disparition de son fils.  Prise dans l’engrenage du mensonge, elle perd pied. Mais confrontée à l'absence de Ludo, elle va se rendre compte de l’amour qu’elle éprouve lui. Marthe est en Bretagne avec Ludo mais rien ne se passe comme elle le pensait...
On suit en parallèle Alice et Marthe, on remonte le fil de leurs vies et de leurs enfances. Un livre où la composante psychologique est un élément majeur. Le style de Marie Sizun est toujours le même : des phrases courtes, une écriture ciselée...tout ce que j'apprécie!
Ce roman se lit à la manière d’un thriller car très vite,  une tension s’installe.  J'ai davantage été touchée par Alice que par Marthe. Bien que les à priori et les préjugés soient contre elle, Alice va se révèler sa véritable personnalité . A travers ce personnage, Marie Sizun nous met face à nos propres jugements quelquefois hâtifs.
Deux portraits de femmes qui ne se rencontrent jamais et dont la seule jonction sera le petit Ludo. Encore un roman de Marie Sizun que j'ai aimé !
Le billet de Sylire.

mardi 16 novembre 2010

Ma grande histoire d'amour avec La Poste...suite et fin

Du nouveau dans ma grande histoire d’amour avec La Poste.
Ce matin, j’y suis allée avec mes paquets de livres voyageurs.
Derrière le guichet,  l’employée la mine sévère  me regarde. Puis, de ses lèvres pincées me dit :
"Nous avons eu de  nouvelles directives."
Ah bon, tiens donc ?
"Désormais, nous ne prendrons en tarif lettre que les enveloppes qui ne dépassent pas 2 cm d’épaisseur. "
Gros cri d'effroi intérieur !
"Mais, pourtant je reçois des enveloppes des plus de 2 cm d’épaisseur en tarif normal."
"Peut-être que certains de mes collègues  sont moins regardants, mais, sachez que le centre de tri peut leur renvoyer leur courrier. "
Petit lumière qui clignote dans mon cerveau... je comprends pourquoi un livre m’est  revenu la semaine dernière.
Elle a décidé de tester la corde sensible. Changement d’attitude et de ton, la voix  devient mielleuse :
"Et pensez au  pauvre facteur à vélo, s’il a deux ou trois grosses enveloppes, vous imaginez le travail pour lui ?"
Désolée Madame, mon petit cœur d’artichaut ne réagit pas à cette image. Mon facteur a la tête de quelqu’un qui est prêt à se jeter  d’un pont. Le voir me déprime.
Finalement, j’ai  rempli les formulaires de colissimo sans chercher à discuter.
Donc Capri c’est fini (ça, je le savais déjà) mais désormais je ne pourrai plus envoyer au compte goutte des  livres en voyage, ni en accepter. 
Merci La Poste!

lundi 15 novembre 2010

Mohammed Aïssaoui - L'affaire de l'esclave Furcy

Éditeur : Gallimard - Date de parution : 18/03/2010 - 190 pages

Ce livre raconte le combat
  de Furcy, esclave à l’ile Bourbon (future île de la Réunion) et les recherches menées par Mohammed Aïssaoui.
1817 : Furcy découvre que sa mère décédée avait été affranchie. Elle-même n’en savait rien, ses maîtres n’ayant pas jugé nécessaire de l’en informer.  Furcy entame alors une procédure pour que sa liberté soit reconnue. Mais, certains colons Blanc sont trop  bien puissants. Grâce à leurs différentes positions sociales et leur argent, ils vont faire pencher la balance de la Justice de leurs côtés. Furcy va connaître la prison, des travaux ignobles  pour avoir voulu  que le droit appliqué. Le procès durera 27 ans et se terminera en 1842, soit 6 ans avant l’abolition de l’esclavage en  France.

Une vraie claque !  En commençant cette  lecture, j’étais loin de m’imaginer comment ce livre allait me bouleverser.
Comment rester indifférent à cette abomination qu’est l’esclavagisme ? Impossible. Les mots sonnent douloureusement :

Dans la terminologie usitée à l’époque, Constance était qualifiée de « quateronne », c'est-à-dire qu’elle était un esclave issue de l’union d’un banc et d’une sang-mêlé. Mulâtre, marron, quarteron…tous ces termes avaient été créés pour désigner des animaux.

A vendre jeune négresse créole(..).

Il faut se remettre dans le contexte et admettre que oui, la France autorisait l’esclavage. Et, l’île Bourbon en comptait 16 000. Autant de personnes considérées comme de la marchandise.
En se basant sur les archives du procès et sur un travail de documentation colossal, Mohammed Aïssaoui retrace la vie de Furcy et son combat. Celui d’un homme qui apparait toujours calme, posé et qui ne réclame que le droit. Furcy trouvera des appuis auprès d’hommes de Loi qui veulent que la justice soit rendue. Mais hélas, la crainte que les autres esclaves suivent son exemple, l’intérêt  économique gagneront une première fois.  Furcy aurait  pu baisser les bras mais non. Il a foi en ce que les hommes lui rendent sa liberté.
L’auteur ne  se campe pas en juge ou en donneur de leçons. Il pose ouvertement des questions : comment aurait-il réagi ? Aurait-il eu le courage et la détermination de Furcy ?
Il nous livre sa soif d’en apprendre toujours plus sur Furcy, les difficultés rencontrées au cours de ses années de recherche.
Mohammed Aïssaoui est le premier à s'être intéressé à l'histoire de cet esclave oublié de tous...

Mêlant roman, récit du procès et ses propres réflexions, ce livre rend hommage digne à Furcy.  Deux hommes et une seule quête: celle de la justice ...Remarquable !

Les hommes ne naissent pas libres. Ils le deviennent. C’est ce que m’ a appris Furcy.
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