lundi 22 novembre 2010

Sylvain Tesson - Une vie à coucher dehors

Éditeur : Folio- Date de parution : 14/10/2010 - 206 pages

15 nouvelles dépaysantes ! Sibérie, glens écossais, Mer d’Egée, Géorgie, Pays de Galles  ou la pointe Finistère (un peu moins dépaysant, je vous l’accorde), voilà les lieux où se jouent ces scènes de vie. On passe de la mer aux montagnes, on se promène également dans l’Histoire.
Avant de lire ce recueil, j’ai juste envie de vous dire : prenez votre sac de couchage et en route !  
Des nouvelles au goût de voyage, étonnantes  non par la chute mais par le contenu. Des textes où la nature est présente. Si bien décrite qu’on s’y croirait ! On entend le vent souffler, on imagine la mer démontée, les naufrages, les grandes plaines…. Et pour compléter (ou gâcher) le tableau, l’Homme. L’Homme souvent vaniteux, fat ou qui se croit  supérieur. Il arrive qu’il fasse repentance comme dans Les porcs ou alors que la Nature donne la leçon.  La première nouvelle L’asphalte donne le ton de ce recueil.  J’ai enchaîné ces textes avec plaisir et avidité ! Car l’écriture est belle, elle possède  un  style qui fait penser aux récits d’aventure. Et puis, il y a ces phrases relevées ou qui en disent tant : « l‘enfer, ce n’est pas les autres, c’est quand ils vivent trop près ». Une mention spéciale pour La statuette et  Le bug qui plairont, j’en suis certaine,  à tous les hommes qui ont tendance à sous estimer les femmes…
Du bonheur à consommer sans modération ! S’en priver serait un péché…
Un grand merci à Livraddict et à Folio pour ce partenariat !
L’odeur du goudron brûlant macéré dans les seaux de bois le galvanisait. Le fumet du progrès avait un goût de chair brûlée.
En Russie, la société mettait quarante ans à passer l’éponge sur vos crimes. C’était long, mais ensuite, c’était plus rentable que l’absolution des péchés sous les bulbes orthodoxes.

Colombe Schneck - Val de Grâce

Éditeur : J'ai lu- Date de parution : 25/08/2010 - 124 pages

Le Val de Grâce, c’est d’abord le nom d’un quartier associé au riche appartement Parisien où la narratrice a passé son enfance. Une enfance heureuse sans règle ou limite. Le bonheur coulait à flot  car rien n’était trop beau ou trop cher.  Mais, il  y a eu la maladie puis le décès de sa mère et la vente de Val de Grâce.
Ce livre est une avalanche de souvenirs liés à cet appartement. La narratrice  y raconte  son enfance dorée coupée du monde réel. Une vie comme dans un rêve , petite fille privilégiée... mais j’ai fait une overdose de doré. Ses parents protecteurs ont choisi de cacher derrière un rideau de paillettes, l’exil et l’atrocité des guerres qu‘ils ont connu. Offrir le mieux, l’inimaginable à leurs enfants et y enfouir  leurs propre douleurs. Les souvenirs y sont évoqués par les sensations : le toucher, le goût, les odeurs liés le plus souvent aux meubles et aux bibelots.  Là, où ce livre est sans strass c’est quand elle aborde le cancer de sa mère. Je suis restée hermétique car j'ai été dérangée par toute cette démesure. Et, la sensation que les sentiments profonds étaient occultés par tout ce faste synonyme de beaux souvenirs achetés par l’argent...
Malgré l’écriture ciselée, je n’ai pas été sensible à ce récit…
Merci à Griotte pour ce livre voyageur.

dimanche 21 novembre 2010

Relever l'échine

Aujourd’hui chez Gwen, nous avons une phrase de début et une de fin. Et une photo représentant des berlingots…Pas facile!
Voici mon texte :

Je reste là, tout seul, avec le bruit des vagues…Assis sur ce bout de grève comme autrefois. Depuis combien de temps, je n’y suis pas venu ? Une bonne vingtaine d’années. Rien n’a vraiment changé. Des vieux bateaux y meurent toujours, coques à l’air et éventrées. Le bar au bout de la jetée s’appelle différemment. C’est tout. En venant, j’ai fait un détour à sa maison. Là aussi, tout était à l’identique. Le salon et ses vieux canapés en velours marron, la cuisine et ses meubles formicas. J’ai hésité à aller voir ma chambre. La main sur la poignée, j’ai expiré un bon coup et je suis entré. Mon bureau, mes maquettes et le mur tapissé de posters. Tout y était. Il avait donc conservé toutes mes affaires. J’ai pris une maquette d’avion et dans l’entrée son manteau.

En mettant ma main dans la poche, j’ai trouvé un berlingot. Poisseux, collé à son emballage plastique. Ce bonbon représente ma vie ici. Mon père et ses accès de violences. Tout a dérapé après la mort de ma mère. Ca a commencé par une gifle à l’âge de 8 ans pour une mauvaise note. Le lendemain, il m’avait demandé de lui pardonner. Comme quoi ça ne recommencerait plus. Il avait sorti de ses poches des bonbons. Une première gifle. Puis une autre pour des broutilles. Je ne disais rien, j’avais trop peur. Il rentrait dans des colères monstres et il finissait par me taper dessus. Ensuite, c’étaient les pleurs mêlés aux excuses et les bonbons. En grandissant, j’ai refusé de courber l’échine. Sa main a tremblé, il a serré son poing et s’est retenu. J’avais 16 ans, je suis parti. Terminé pour moi d’être son souffre-douleur.

Je sors le berlingot et je le jette dans la mer. Maintenant, il est mort. Tout est fini. Ma femme arrive avec Quentin, mon petit garçon. La maquette c’est pour lui. Dans les remous de l’écume, le berlingot flotte. Avec lui, je tire une croix sur mon passé. Quentin joue avec la maquette. Il est heureux. Ma femme s’assoit près de moi et m’embrasse. Le bonheur a le goût des embruns et du sel. Jamais, je ne pourrais tout oublier. Mais avancer et lever la tête, je peux le faire. Les vagues reviennent toujours et je sais que tout est parfait.
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