dimanche 12 décembre 2010

Jésus au PMU

Aujourd'hui, chez Gwen, l'atelier d'écriture est le suivant :
" Choisissez une fenêtre dans votre maison ou votre appartement. Installez-vous devant et décrivez ce que vous voyez, ce qui se passe dehors. Ce que ce spectacle vous inspire, vous rappelle, vous suggère… S’il ne se passe rien, si c’est la nuit (vous êtes peut-être à New-York ou à Singapour…), dites-le aussi… Si vous vivez dans un squat muré, allez plutôt au café du coin pour faire l’exercice…"

Et voici mon texte sous forme de deux portraits :

12/12
Un dimanche matin sous un ciel plombé.  Un homme âgé trottine à petites foulées. Les coudes près du corps. A chaque expiration, un petit nuage sort de sa bouche. Il fait son jogging matinal comme tous les jours depuis 15 ans. A la retraite, il a dû se trouver des occupations. Pendant que sa femme s’occupe de son ménage,  il va courir. Torse bombé, il avance à fière allure. Il effectue toujours le même trajet. Encore que depuis quelques mois, il l’a raccourci. A cause de cette gêne, de ce serrement qu’il ressent par moment au niveau de la poitrine. Il n’a rien dit sa femme. Pensez-vous ! Elle qui est toujours fourrée chez le médecin même pour un simple rhume et qui lui fait souvent la morale : à ton âge, tu devrais quand même faire un bilan cardiaque ! Je ne suis jamais malade, je suis en pleine forme alors hein, pourquoi aller voir le médecin ? Mais là, il se dit qu’il devrait peut-être lui en parler. Pas tout de suite. Après les fêtes. Bientôt, son pas va ralentir. Il s’arrêtera, reprendra sa respiration. Il terminera à pied en prenant son temps. Il croisera d’autres joggeurs, des hommes plus jeunes .Ils le salueront d’un mouvement de la tête. En rentrant, sa femme lui demandera : ça  a été ? Oui, comme d’habitude. Il évitera son regard. Promis, après le nouvel an, il lui en parlera.
Un homme d’environ quarante ans.  Fraîchement rasé, les cheveux mouillés, il  marche à grandes enjambées. Soudain, il s’arrête, pose la main sur la poche de son blouson. Il la plonge dedans et en ressort des feuilles d’un journal hippique. Ses yeux brillent, les pages sont griffonnées. Cette fois, il est certain. Il va gagner au tiercé. Hier soir, il a étudié les dernières performances des cheveux, regardé les classements. Il y croit. Comme tous les dimanches depuis plus de 10 ans. Aujourd’hui, il va toucher gros. Il ne peut pas en être autrement. Au PMU, il va rencontrer d’autres turfeurs. Ils se connaissent, prennent un café ensemble et discutent. Chacun garde ses pronostics pour lui. Quand la course va commencer, les discussions cesseront. Tous les yeux seront rivés vers l’écran de télé. Les cœurs se mettront à battre plus rapidement. Les bouches fermées s’entrouvriront pour laisser sortir des encouragements murmurés ou comme sorti des entrailles. A la dernière ligne droite,  on se lèvera pour donner un peu de chance à son cheval favori. Lui serre de plus en plus fort ses feuilles de journal. La fébrilité le gagne. Il ne reste  plus que quelques  mètres avant la ligne d’arrivée. Il a vu juste ! L’excitation est à son apogée. Il rigole. Et puis, un cheval apparaît comme sorti de nulle part. Il dépasse tous les autres. Fin de la course. Hébété, il regarde l’écran. Il lui faut quelques secondes pour comprendre qu’il a perdu. Encore. Le patron éteint la télé.  On rejoue la course, on commente avec des soupirs ou  des exclamations. Il prend un café et  se dit que dimanche prochain, ce sera la bonne.
A la radio, au même moment, une chanson de Miossec passe :
Oh Jésus, je n' tombe jamais sur le bon cheval
Oh Jésus, je me demande ce que j'ai bien pu faire de mal
Oh Jésus, ne trouves-tu pas ça anormal ?
Oh Jésus, ne te fais plus jamais porter pâle

Et que la foudre me tombe dessus
Même au beau milieu du P.M.U.
Et que tremble la Terre
Pourvu que je sois gagnant dans la dernière
Et triomphe alors le Mal
Et que je devienne enfin un peu moins sale

Oh Jésus, je ne tombe jamais sur le bon numéro
Oh Jésus, j'ai l'impression d'être devenu un moins que zéro

samedi 11 décembre 2010

Naseem Rakha - L'arbre des pleurs

Éditeur : Archipel- Date de parution : 17/11/2010 - 371 pages

Irène et Nathan Stanley viennent de s’installer avec leurs deux enfants Shep et Bliss dans l’Oregon. Quelques mois après, lors d’un cambriolage qui a mal tourné, leur fils Shep âgé de 15 ans est abattu. Le coupable, Daniel Robbins âgé de 19 ans est condamné à la peine capitale. Irènesombre dans la dépression et l’alcoolisme. 19 ans se sont écoulés et Daniel Robbins attend son exécution. Irène va tout mettre en œuvre pour arrêter la machine judiciaire.
Un livre qui au départ pourrait s’inspirer malheureusement d’un fait divers. Un cambriolage qui ne se déroule pas comme prévu  et puis  le coup de feu,  la mort. La famille Stanley est brisée. Irène qui était très proche de son fils est anéantie. Elle n’admet pas la mort de Shep, délaisse sa fille Bliss et perd  sa foi en Dieu. La dépression et l’alcool sont ses refuges. Et une conviction,  Daniel Robbins doit « payer » pour le meurtre de son fils. Au fil des années et d’un long cheminement intérieur, elle comprend que pour pouvoir avancer, elle doit pardonner. Elle écrit une lettre à Daniel Robbins sans en dire mot à quiconque. Daniel Robbins va lui répondre. Il s'en suit une correspondance régulière entre eux deux.   
Habilement construit entre  passé et présent, on revit les mois avant le drame, le jour du drame et la descente aux enfers d’une famille. On suit également le directeur du pénitencier,Tab Mason, où se trouve Daniel Robbins. C’est à lui que revient la charge de préparer l’exécution. On découvre les pensées, le questions de chacun. Irène, si fragile, mais qui va trouver la force de se relever,  de Bliss qui va faire des études de droit. 
A quelques jours de la date fixée pour l’exécution, on apprend ce qu'il s’est réellement passé le jour du drame. Je n'en dis pas plus... Je me suis sentie en colère, désemparée et j’ai souhaité que le sablier du temps s’arrête. J’ai lu les dernières pages avec le cœur qui battait très fort…
Une lecture poignante !   La psychologie  des personnages est remarquable… Un livre très fort sur le pardon sous toutes ses formes !
Un grand merci à l'ami BOB et aux éditions Archipel pour cette lecture que je ne suis pas  prête d’oublier.

jeudi 9 décembre 2010

Martin Page, Quentin Faucompré - La mauvaise habitude d'être soi

Éditeur : Editions de l'Olivier - Date de parution : 04/11/2010 - 145 pages

Sept nouvelles entre l’absurde et le fantastique. Imaginez-vous qu’un matin, un policier débarque  chez vous et vous déclare que vous avez été assassiné. Ou encore qu’un inconnu vous aborde et vous propose de devenir vous, ou qu’on vous annonce que vous êtes non pas un homo sapiens mais le dernier individu d’un cousin de cette espèce.
Les nouvelles sont mon pêché mignon, ma danseuse … Oui, j’avoue ! Et avec ce recueil, j’ai eu l’impression de faire un tour de manège à fond les manettes.  La première nouvelle m’a laissée bouche bée (tel  un poisson hors de l’eau en train d’asphyxier). On vous déclare que vous  êtes un cadavre alors que vous parlez, vous respirez. Il y a de quoi suffoquer … Ce recueil nous plonge dans un autre monde et l’on ressent un frisson délicieux. Exit la logique, le rationnel ! Chaque nouvelle nous confronte au non-sens, à l’absurde et nous pousse dans nos retranchements.  Amis cartésiens, vous êtes prévenus !
Ces nouvelles sont accompagnées de dessins. Et comme moi et le dessin nous ne sommes pas amis,  je suis passée très vite sur ces illustrations.  L’écriture de Martin Page est  précise, limpide et efficace.
Un moment de lecture agréable d’où je suis sortie grisée….
Les billets de Cathulu (merci pour le prêt) et d’Antigone.
Mais mener une vie saine, pour un chômeur, est un exercice de tous les instants, une vraie épreuve physique. Nul besoin de salle de sports, de cours de gym : vivre est en soi une discipline olympique.
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