mercredi 15 décembre 2010

Luc-Michel Fouassier - Les hommes à lunettes n'aiment pas se battre

Éditeur : QUADRATURE - Date de parution : 03/11/2010 - 108 pages

Extrait de la quatrième de couverture : « Les personnages des seize nouvelles qui composent ce recueil ont décidé d’éviter les joutes frontales. Pourtant, ils n’en demeurent pas moins résolus à se faire entendre ».
Avant d’entamer cette lecture, j’ai lu la quatrième de couverture et je m'étais imaginée des nouvelles avec un dénominateur commun. Ca n’a pas été le cas… Tant pis, et je vais dire que ce n’est  pas grave car j’ai pris beaucoup de plaisir à les lire.  Seize nouvelles où l’on retrouve l’homme à lunettes dont le fils se voit obligé à son tour d’en porter et où l’on découvre d’autres personnages. Une femme rongée par la jalousie matérielle, un homme qui se ballade avec une grenade dans sa poche ou un autre qui idolâtre le tennisman  Bjorn  Borg …
Autant de nouvelles variées, très bien  construites et avec une écriture impeccable. J’ai souri, j’ai été surprise par certaines chutes ou par le fin mot de l’histoire. Ma préférence étant pour Page de pub et le COD. Même s’il a manqué l’étincelle, le p’tit truc en plus  pour en  faire un coup de cœur, j’ai passé un agréable moment de lecture et je ne vais pas m’en plaindre !
Un grand merci aux éditions Quadrature qui confirment, une fois de plus, la grande qualité de ses publications.
Les billets de Sylire et d'Anne.

lundi 13 décembre 2010

Dorothy Parker - Hymnes à la haine

Éditeur : Phebus - Date de parution : 04/11/2010 - 101 pages

En ces jours où règne l’esprit commercial de Noël : sapins ornés de guirlandes scintillantes, petits et grands enfants attendant sagement leurs futurs cadeaux, amour, paix et joie sur la Terre, tralala (mais surtout une période où les CB chauffent à fond),je me suis régalée des Hymnes à la haine.
Ces dix-neuf poèmes, publiés en 1916 dans Vanity Fair  sont écrits d’une plume vive et acérée et quel bonheur ! Dorothy Parker déclare la guerre à tout le monde ! Les femmes, les hommes, la famille, les acteurs, les livres… C’est drôlement féroce ( j’ai un doute "drôle" et "féroce" sont ils compatibles ?) mais tellement  juste !  En peu de mots, elle décrit les travers, ose écrire les non-dits et pique là où fait mal !

J'ai  picoré ces textes  exquis et jubilatoires avec un sourire non dissimulé… je l’avoue ( mauvaise et méchante fille que je suis ) !

Et puis, il y a les Madame-Je- Sais-Tout.
Elles sont la peste !
Elles savent tout ce qui de par le monde arrive
Et sont au régal de vous en informer.
Il est de leur devoir de corriger les impressions fausses,
Elles connaissent les Dates de Naissance, les Seconds Prénoms
De tout un chacun
Et leur être sue la Banalité Factuelle.
Pour moi, elles sont l'Ennui !


Un autre titre de cette auteure : Mauvaise journée demain.

dimanche 12 décembre 2010

Jésus au PMU

Aujourd'hui, chez Gwen, l'atelier d'écriture est le suivant :
" Choisissez une fenêtre dans votre maison ou votre appartement. Installez-vous devant et décrivez ce que vous voyez, ce qui se passe dehors. Ce que ce spectacle vous inspire, vous rappelle, vous suggère… S’il ne se passe rien, si c’est la nuit (vous êtes peut-être à New-York ou à Singapour…), dites-le aussi… Si vous vivez dans un squat muré, allez plutôt au café du coin pour faire l’exercice…"

Et voici mon texte sous forme de deux portraits :

12/12
Un dimanche matin sous un ciel plombé.  Un homme âgé trottine à petites foulées. Les coudes près du corps. A chaque expiration, un petit nuage sort de sa bouche. Il fait son jogging matinal comme tous les jours depuis 15 ans. A la retraite, il a dû se trouver des occupations. Pendant que sa femme s’occupe de son ménage,  il va courir. Torse bombé, il avance à fière allure. Il effectue toujours le même trajet. Encore que depuis quelques mois, il l’a raccourci. A cause de cette gêne, de ce serrement qu’il ressent par moment au niveau de la poitrine. Il n’a rien dit sa femme. Pensez-vous ! Elle qui est toujours fourrée chez le médecin même pour un simple rhume et qui lui fait souvent la morale : à ton âge, tu devrais quand même faire un bilan cardiaque ! Je ne suis jamais malade, je suis en pleine forme alors hein, pourquoi aller voir le médecin ? Mais là, il se dit qu’il devrait peut-être lui en parler. Pas tout de suite. Après les fêtes. Bientôt, son pas va ralentir. Il s’arrêtera, reprendra sa respiration. Il terminera à pied en prenant son temps. Il croisera d’autres joggeurs, des hommes plus jeunes .Ils le salueront d’un mouvement de la tête. En rentrant, sa femme lui demandera : ça  a été ? Oui, comme d’habitude. Il évitera son regard. Promis, après le nouvel an, il lui en parlera.
Un homme d’environ quarante ans.  Fraîchement rasé, les cheveux mouillés, il  marche à grandes enjambées. Soudain, il s’arrête, pose la main sur la poche de son blouson. Il la plonge dedans et en ressort des feuilles d’un journal hippique. Ses yeux brillent, les pages sont griffonnées. Cette fois, il est certain. Il va gagner au tiercé. Hier soir, il a étudié les dernières performances des cheveux, regardé les classements. Il y croit. Comme tous les dimanches depuis plus de 10 ans. Aujourd’hui, il va toucher gros. Il ne peut pas en être autrement. Au PMU, il va rencontrer d’autres turfeurs. Ils se connaissent, prennent un café ensemble et discutent. Chacun garde ses pronostics pour lui. Quand la course va commencer, les discussions cesseront. Tous les yeux seront rivés vers l’écran de télé. Les cœurs se mettront à battre plus rapidement. Les bouches fermées s’entrouvriront pour laisser sortir des encouragements murmurés ou comme sorti des entrailles. A la dernière ligne droite,  on se lèvera pour donner un peu de chance à son cheval favori. Lui serre de plus en plus fort ses feuilles de journal. La fébrilité le gagne. Il ne reste  plus que quelques  mètres avant la ligne d’arrivée. Il a vu juste ! L’excitation est à son apogée. Il rigole. Et puis, un cheval apparaît comme sorti de nulle part. Il dépasse tous les autres. Fin de la course. Hébété, il regarde l’écran. Il lui faut quelques secondes pour comprendre qu’il a perdu. Encore. Le patron éteint la télé.  On rejoue la course, on commente avec des soupirs ou  des exclamations. Il prend un café et  se dit que dimanche prochain, ce sera la bonne.
A la radio, au même moment, une chanson de Miossec passe :
Oh Jésus, je n' tombe jamais sur le bon cheval
Oh Jésus, je me demande ce que j'ai bien pu faire de mal
Oh Jésus, ne trouves-tu pas ça anormal ?
Oh Jésus, ne te fais plus jamais porter pâle

Et que la foudre me tombe dessus
Même au beau milieu du P.M.U.
Et que tremble la Terre
Pourvu que je sois gagnant dans la dernière
Et triomphe alors le Mal
Et que je devienne enfin un peu moins sale

Oh Jésus, je ne tombe jamais sur le bon numéro
Oh Jésus, j'ai l'impression d'être devenu un moins que zéro
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