mardi 21 décembre 2010

Judy Pascoe - L'arbre du père

Éditeur : 10 x 18 - Date de parution : 19/08/2010 - 190 pages


Simone a 9 ans lorsque son père décède. La maison familiale est  construite à côté d’un somptueux arbre. Simone va découvrir que son père lui parle à travers les branches du Flamboyant et elle va mettre sa mère dans la confidence. Encore bouleversée par la mort de son mari, sa mère va y trouver un refuge et un réconfort. Mais l’arbre menace de détruire la maison par ses racines puissantes qui s’étendent.
Il s’agit du résumé du livre car j’ai vu également  le film. Et, l’adaptation de ce livre s’est avérée très belle ! Commençons par le livre… L’histoire est racontée par Simone. Ce n’est pas l’enfant de 9 ans qui parle mais une jeune adulte qui revient sur ces années et ces mois difficiles. La mort de son père a un âge relativement jeune et une mère broyée par le chagrin. Simone est convaincue que l’âme de son père est dans l’arbre à coté de leur maison.  Il lui parle à travers le feuillage de l’arbre. Simone persuadée que sa mère ira mieux  lui confie son secret. Cet arbre va devenir le pilier de la reconstruction de la famille. Sauf qu’il menace leur maison.  Que faut-il faire ?  A travers la question qui semble simple : abattre l’arbre ou se résigner à le voir détruire la maison,  il s'agit d'une réflexion sur  le père défunt et de sa place dans cette famille qui tente d'avancer.

Dans le film de Julie Bertuccelli où Charlotte Gainsbourg joue à merveille le personnage de la mère, on retrouve bien entendu la trame générale mais des points diffèrent.
J’ai aimé le livre et  j'ai été très touchée par le film ! Et je ne peux que les conseiller tous les deux ! L’un et l’autre traitent avec justesse du deuil et de la place que nous accordons dans nos vies à ceux qui sont morts. Les phases de découragement et celle d’envie d’aller de l’avant, de continuer de vivre sont très touchantes sans tomber dans des excès.  Il se dégage du livre comme du film beaucoup de sensibilité...
Un grand merci à Antigone pour le livre ! Les billets de Cathulu, Mirontaine et Mélusine.

dimanche 19 décembre 2010

Juste une nuit

Dernier atelier d'écriture de l'année chez Gwen avec comme consigne : Fermez les yeux. Vous vivez sereinement dans une ville grande ou petite. Vous êtes en couple, avez peut-être des enfants, une situation stable. Tout va bien. Jusqu’au jour où vous recevez une lettre. Signée d’un prénom que vous ne connaissez que trop bien. Celui de votre amour de jeunesse, que vous avez perdu de vue depuis dix, quinze, vingt (trente, quarante?) ans. Et cet amour a besoin de vous et vous donne rendez-vous dans une semaine, dans un café, un restaurant, un musée, à deux pas de chez vous… Racontez…


Louise s’occupait de ses rosiers quand le facteur est passé.
-Bonjour Madame Aubret, du courrier pour vous aujourd’hui !
-Oh, merci ! J’attends des nouvelles de ma petite fille. Vous savez celle qui est partie en  Angleterre. Elle a promis de m’écrire.
Le facteur regarde le tampon :
-Ah non, c’est une lettre de France. Bon allez, j’y vais. Bonne journée.
Louise tient la  lettre dans ses mains. Elle  ne reconnait pas dans les lettres appliquées  et rondes l’écriture de  ses enfants ou ses petits-enfants.  Elle pose son sécateur et rentre dans sa cuisine pour l’ouvrir. Elle hésite à se réchauffer un petit café car à son âge, 75 printemps passé, le docteur lui a conseillé d’en boire un peu moins. Lentement, elle décachète l’enveloppe et d’un geste machinal, vérifie que ses lunettes sont sur son nez. Elle lit à voix haute, les sourcils froncés : Chère Louise, tu seras sûrement étonnée d’avoir de mes nouvelles et peut-être que tu ne souviens plus de moi. Moi je ne t’ai pas oublié ni cet été de 1954. J’avais été engagé comme journalier à la ferme de tes parents.
Louise s’interrompt dans sa lecture et  laisse s’échapper un oh mon dieu…
La suite tu la connais. Je suis revenu dans la région depuis peu. J’ai trouvé ton adresse dans l’annuaire et j’aimerai te revoir. Je conduis toujours et je peux venir te rendre visite vendredi en fin d’après-midi. Je n’ai pas oublié le chemin de la maison de tes parents. Si tu veux me voir, utilises-notre signal. Affectueusement, Jean Pontier.
La lettre est posée sur la nappe cirée. Louise a le cœur qui palpite. Elle cherche ses médicaments dans la poche de son gilet, en prend un et l’avale. Jean est vivant. La nouvelle a l’effet d’une bombe. Un deuxième cachet  pour apaiser son cœur. Tout lui revient en mémoire. Non, elle n’a pas oublié Jean, ce jeune homme de 21 ans qu’elle avait aimé au premier regard. Il était arrivé en mai ou en avril à la recherche de travail. Ses parents avaient agrandi l’exploitation et faisaient souvent appel à des saisonniers. Il était arrivé un peu par hasard, adressé par un autre fermier de la région. Courageux et travailleur, son père avait dit oui. Il logeait avec les autres employés dans une partie de la maison. A chaque fois qu’ils se croisaient, l'un et l'autre rougissaient. Un soir de juillet, ils se sont retrouvés seuls dans la grange. Louise y était venue mettre des pots de confiture faits le jour même. Jean l’a prise par la main et l’a embrassé. C’était la première fois que ses lèvres en touchaient d’autre. Pendant tout l’été, ils ont multiplié les rendez-vous. Quand Louise pouvait se libérer, elle laissait pendre par la fenêtre de sa chambre un pan du rideau. Louise s’en fichait de la situation de Jean mais pas son père. Quand Jean triturant casquette  dans ses mains, endimanché, s’était présenté peur demander la main de Louise, son père l’avait renvoyé. Sa fille épouser un homme sans terre, sans bien, c’était inconcevable. Blessée et inconsolable, Louise s’était enfermée dans un silence. Elle avait perdu sa gaieté et l’appétit. Elle passait la plus part de son temps dans sa chambre. Quelques mois s’étaient écoulés et son père, un soir, le visage rembruni lui avait dit que Jean était mort. Il avait appris la nouvelle au marché à bestiaux. Deux ans après, elle  s’était mariée à Victor. Le soir de sa nuit de noces, elle avait fermé les yeux et s'était offerte à Victor en pensant à Jean.
Louise essuie de sa main une larme qui coule sur sa joue. Ainsi donc, son père lui avait menti et s’était éteint sans même oser lui dire la vérité. Oh, Victor avait été un bon mari et  un bon père mais dans son cœur, il y avait toujours une place pour Jean.
Vendredi, elle ouvrira la fenêtre de la cuisine et poussera le rideau à l’extérieur. Elle l’attendra et quand il arrivera, elle posera sa main sur ses lèvres. Ils iront s’allonger sur son lit et s’endormiront enlacés. Elle veut juste passer la nuit à ses côtés, une nuit pour effacer le souvenir de centaines d’autres qui n’ont pas eu lieu.

Michael Chabon - Des garçons épatants

Éditeur : Robert laffont - Date de parution : 10/11/2010 - 552 pages

Extrait de la présentation Editeur  : Devenu adulte et professeur de lettres à l’université de Pittsburg, Grady travaille, ou plutôt se débat depuis près d’une décennie avec son nouveau roman, un manuscrit proche de l’absurde et bourré d’inutiles digressions de plus de deux mille pages, intitulé Des garçons épatants. La vie de Grady est aussi peu linéaire que son roman. Tout juste quitté par sa femme, il vient d’apprendre que sa maîtresse Sara, la présidente de son université, la femme de son supérieur hiérarchique, est enceinte de lui. Et comme si cela ne suffisait pas, Grady se convainc qu’il est passionnément amoureux d’une de ses étudiantes, la jeune Hannah…
Autour de Grady gravitent deux autres personnages principaux : Terry Grabtree, flamboyant et cynique explorateur de diverses drogues et autres plaisirs, qui vient de se faire virer de son poste d’éditeur, et James Leer, un des plus fervents disciples de Grady, jeune homme anxieux et fragile, mythomane avéré et atteint d’une attirance morbide pour les suicides de stars hollywoodiennes.
Et oui, j’ai eu la paresse de faire un résumé car si j’ai  débuté ma lecture sur des chapeaux de roue, je l’ai terminé non seulement désenchantée mais en diagonale
L’écriture m’a séduite au départ avec le cocktail humour et ironie. Ajouter à cela un rythme sans temps mort, des situations assez incongrues et j’étais sur un petit nuage. Mais le fameux mais, au bout de 200 pages, entre les verres de whisky que Graddy s’enfile pratiquement en continu, et ses fumettes, je crois avoir fait moi-même un certain malaise.  Lassée de Graddy et de tout son entourage, mon engouement est tombé aussi vite qu’un soufflé sorti trop tôt du four.  Après que tout ce petit monde se soit agité et fatigué,  ça s’englue. Les péripéties n’en sont plus (ou alors c’est parce qu’il y en a eu de trop au départ), bref j’ai trouvé que le tout s’embourbait.
Je voulais découvrir cet auteur, c’est chose faite. De là à tenter  un autre de ses livres, c’est une autre histoire…
L’avis de Voyelle et consonne
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