jeudi 13 janvier 2011

Anne Percin - Point de côté

Éditeur : Thierry Magnier - Date de parution : 18/10/2006 - 147 pages et un gros coup de cœur!

Il s’appelle Pierre et  il a 17 ans. Sept ans auparavant, son jumeau est décédé. Il ne s’en est pas remis. Il a décidé de mourir. A petit feu et lentement.

J’ai lu ce livre il y a plusieurs jours et j’ai attendu d’écrire mon billet. Le temps de canaliser, d’endiguer mes émotions qui étaient trop fortes. La semaine dernière, je vous parlais de Bonheur fantôme où le narrateur était Pierre. C’est ce même Pierre que l’on retrouve dans ce livre mais à l’adolescence.
A travers un journal écrit sur 11 mois, Pierre se livre. Et c’est un ado de 17 ans qui parle avec beaucoup de sensibilité, d’humour, d’ironie et de lucidité. A l’âge de 10 ans, son frère jumeau est mort dans un accident de voiture.  Pierre n'arrive plus à vivre avec cette absence trop lourde à porter. Sa mère se shoote aux anxiolytiques pour tenir le coup et son père essaie de faire bonne mine.  Et, le déclic vient avant son entrée en terminale  :
"Par cette chaleur c’est suicidaire de courir. Alors j’ai commencé à courir. C’est facile quand on a de la volonté. Ça ne demande aucun matériel, aucun conseil, aucun partenaire. Deux mois plus tard, j’avais perdu cinq kilos. Maman a cru que j’avais fait ça pour perdre du poids. Elle n’a pas tort, mais ce qu’elle ne sait pas, c’est que je compte perdre tout mon poids. "
Vous  l’aurez compris, Pierre se met à courir et son  corps devient un "instrument" pour mourir. Il  y est question aussi d’amour, de cet amour qui donne envie de revivre, de renaître.   Le ton de Pierre, son humour, son écriture nerveuse et vive, son regard sont si justes que ce livre est tout simplement superbe 
Il s’agit d’un gros coup de cœur qui m’a beaucoup, beaucoup touchée ! Un moment d’apnée totale d’où je suis sortie complètement bouleversée...  

Lisez-le avant ou après "Bonheur fantôme", peu importe, mais lisez-le…

Merci à Gwen pour ce prêt.

mercredi 12 janvier 2011

Marc Dugain - L'insomnie des étoiles

Éditeur : Gallimard - Date de parution : 19/08/2010 - 226 pages efficaces

Automne 1945, Allemagne. Une compagnie de militaires française conduite par le capitaine Louyvre découvre dans une ferme quasi-abandonnée une jeune fille. Seule, âgée de 15 ans et se nourrissant de pommes de terres crues. Une autre découverte intrigue le capitaine Louyre : le corps calciné d’un homme. Il décide de s’occuper de la jeune fille et et de faire le jour sur cette affaire.

Une fois qu’on commence cette lecture, difficile de la lâcher ! Ce livre s’ouvre sur Maria. Une jeune fille de 15 ans qui vit recluse dans une ferme. Sans pratiquement aucune nourriture, sans père ni mère et affamée. Elle garde précieusement les lettres que son père lui a envoyées depuis qu’il est parti combattre sur le font Russe. Sa mère est depuis longtemps en maison de repos. Nous sommes à l’automne 1945, l’Allemagne a perdu la guerre et le capitaine Louyre se retrouve dans une bourgade au sud de l'Allemagne. Un coin comme éloigné de cette guerre. Du moins, c’est ce que l’on croit. Une petite bourgade calme. Trop calme justement. Et voilà comment ce roman avec une intrigue m’a tenue en haleine ! A la fois police et armée, la fonction du capitaine Louyre et de ses hommes est large. Intriguée au départ par sa personnalité, j’ai mieux réussi à cerné cet homme au fil des pages. Lui qui n'était  pas militaire avant la guerre mais astronome. Il marque un entêtement à lever le voile sur le corps calciné retrouvé dans la grange de la ferme. Il mène son enquête, interroge, pose des questions… et la vérité nous éclate à la figure. 
Une vérité nouée à la barbarie nazie. L’écriture de Marc Dugain est directe. Percutante. Il nous livre une vision toute en retrait ce qui, je trouve, accentue l'effroi. Une lecture forte qui m’a donnée envie de découvrir davantage cet auteur !

Plein de billets chez l'ami BOB.

mardi 11 janvier 2011

Fabienne Berthaud - Un jardin sur le ventre

Éditeur : Jbz - Date de parution : 13/01/2011 - 286 pages qui se lisent toutes seules...

La quatrième de couverture dit :
C’est l’histoire ordinaire de gens ordinaires dans une région où il ne fait ni beau ni mauvais. C’est l’histoire d’un peu tout le monde. L’histoire d’une vie fauchée. D’un amour qui s’arrête. D’une mère qui part. D’un mari qui devient veuf. D’un veuf qui ne veut pas le rester. C’est l’histoire de gens qui ne se comprennent pas. D’une sœur qui regrette. D’un frère qui revient. Il y a des petits-enfants qui souffrent, qui se taisent. Des filles qui pleurent, qui fument et des chiens qui aboient. C’est l’histoire banale de la vie et de la mort.

Mais c’est surtout l’histoire de la vie de Suzanne. Elle qui meurt à 70 ans et qui laisse son mari Franck et deux filles Marie et Gabrielle.
Son mari est  une forte personnalité, de celle qui écrase les autres,  un être égoïste et tyrannique.
Et c’est Gabrielle qui raconte la vie de sa mère. La Mémère qui l’a élevée et cajolée, une mère Bertrande, incapable d’amour hormis envers les hommes. Tante Jackye malade après la Seconde Guerre Mondiale et qui mourra de tuberculose. Puis, Suzanne obligée de vivre avec sa mère. La pension, les amants de passage de sa mère toujours nombreux, son demi-frère Antonio, sensible et malhabile. La rencontre avec Franck. Un bonheur de quelques mois qui laissera vite place à la désillusion. Une vie étouffée à craindre les excès violents de son mari, à s’effacer devant lui. Toujours. Lui laisser le devant de la scène et « courber l’échine ». Retenir sa respiration quand il rentre le soir et  ne rien dire. Et faire comme si tout allait bien...
Certains se poseront la question : pourquoi ne l'a-t'elle pas quitté quand il était encore temps ? Question d'époque où dans les années 60 et 70,  le divorce était mal vu.  

Les sentiments de Gabrielle apparaissent à travers ce récit. Ni elle, ni sa sœur n’étaient dupes du comportement de leur père. Autant de mots qui lèvent le voile sur cette famille.
Comment cet homme va réagir  après le décès de sa femme? Je vous laisse le découvrir...

J’ai été énormément touchée par cette lecture ! Et je suis encore remplie d’émotions peut-être parce qu’il a trouvé des échos en ma personne. Je l'ai terminé avec une boule dans la gorge...
Sans jamais tomber dans le pathos, il s’agit d’un livre terriblement juste sur la vie de gens qui comme Suzanne "paraissent" ordinaires. 

Merci à l'ami BOB pour ce ce partenariat !
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