lundi 31 janvier 2011

Willie Vlautin - Plein nord

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : 03/11/2010 - 240 pages

Las Vegas, Allison, 22 ans a une vie de ce qui est l’opposé du rose et des étoiles. D’ailleurs les étoiles, elle les voit plutôt quand elle s’évanouit pour avoir bu de trop une fois de plus. Son petit copain Jimmy la traite comme une moins que rien. Allison est à côté de la plaque. Elle a quitte le lycée sans diplôme, elle enchaîne des boulots de serveuse. Quand elle découvre qu’elle est enceinte,  elle décide de tout plaquer, c'est-à-dire : rien,  et  de partir pour Reno
Les premières pages sont comme une gifle en pleine figure ! Allison est dans les toilettes d’un bar avec Jimmy. Elle  est complètement saoule, vomit et s’évanouit. Et, Jimmy lui file des coups de pied.  Là, je me suis demandée dans quoi je m’embarquais et surtout si j’étais prête pour cette lecture. Pas une question de cœur bien attaché mais plutôt de moral. Est-ce que j'avais envie de suivre Allison ? Cette gamine paumée qui s’accroche à Paul Newman en rêve jusqu’à inventer qu’il lui donne des conseils.  Car au concours une fée ne s’est pas penchée sur mon berceau, Allison gagnerait le prix haut la main. Sa mère se contrefiche d’elle et Allison accumule les bleus à l’âme et au corps. A 22 ans, son vécu est terrifiant et l’alcool vient naturellement. Une échappatoire à cette vie. Et voilà qu’elle se retrouve enceinte de Jimmy. Cerise sur le gâteau. Alors elle part pour Reno, pour essayer de prendre un nouveau départ et pour que son bébé connaisse autre chose. Même si elle se considère comme une ratée, elle veut encore croire. Entre espoir et désespoir, Allison tente d'avancer. 
Alors, oui, c’est un livre sombre, dur où l’on côtoie l’autre face des Etats-Unis. Celui sans paillette et glamour. Si les premières pages m’ont fait l’impression d’une gifle, le livre entier m’a remuée ! L’écriture de Willie Vlautin pourtant n’a rien de poétique, elle claque comme les images qui nous viennent à l’esprit. Pas de pathos mais des mots sans concession qui touchent de plein fouet.
Vous êtes prévenus, une lecture dont on ne sort pas indemne et qui laisse un goût amer dans la bouche.
Merci Cathulu !

dimanche 30 janvier 2011

L’arbre et le cœur

Aujourd’hui, chez Gwen, nous avons 30 minutes pour rédiger un texte qui commence par « L’arbre est devant la maison, un géant dans la lumière d’automne » et se termine par « J’espère que mon cœur tiendra, sans craquelures. »
Et voici mon texte : 
L’arbre est devant la maison, un géant dans la lumière d’automne. Cet arbre où j’ai si souvent joué. Je m’approchais du tronc, je levais la tête vers les plus hautes branches. Avec cet espoir d’un jour d’y grimper. Haut, tout en haut. Dès que la voiture s’arrêtait dans la cour, je me précipitais vers l’arbre. J’entrainais ma sœur dans mes jeux et je  n’écoutais pas ma mère : « ne montez pas trop haut ! Faites attention de ne pas glisser». Mémé arrivait sur le pas de la porte et disait « laissez-les s’amuser un peu ». Ma mère était vexée d’être contredite par sa belle-mère.  Elle ne le montrait pas. Papa, à son habitude, était perdu dans ses pensées.  Un jour d’automne comme celui-ci, ma sœur ne voulait pas monter dans l’arbre « c’est mouillé, je vais me salir ». « Tu n’es qu’une poule mouillée, fifille à ta maman ». Elle me regardait, les larmes aux yeux. Cruel, méchant, je la défiais du regard en chantonnant « poule mouillée, poule mouillée, … ». Elle a enlevé son manteau et l’a plié soigneusement. Elle m’a suivi jusqu’ à la plus haute branche. Nos semelles n’accrochaient pas à la mousse humide, il fallait se tenir. Je ne lui ai pas dit. Quand j’ai entendu son cri et le bruit, c’était trop tard. Ma sœur gisait en bas de l’arbre. Tétanisé, je regardais mes parents et ma grand-mère s’agiter, pleurer auprès de son corps. Il n’y avait plus rien à faire, c’est ce qu’a dit un des pompiers. Je ne suis pas revenu ici depuis deux ans. Mémé ne s’en est pas remise, elle en est morte. Maman ne dit rien, papa non plus. Ils sont morts le jour ou Lise est tombée. J’ai enfermé et  calfeutré tous mes pleurs dans mon cœur.  J’ai 14 ans et je suis un meurtrier. Après l’enterrement de mémé, je partirai. J’espère que mon cœur tiendra, sans craquelures.

samedi 29 janvier 2011

Anne Percin - Comme des trains dans la nuit

Éditeur : Rouergue - Date de parution : 08/01/2011 - 120 pages

Et oui ! Il s’agit du nouveau livre d’Anne Percin ! Un recueil de quatre nouvelles mettant en scène des copains de longue date ou d’un peu moins, des cousins, des amitiés qui se transforment en amour … Des duos  qui se cherchent, qui se  révoltent ou qui s’aiment. En somme, des jeunes qui tendent vers l’âge adulte avec plus ou moins de facilité.
Autant le dire tout de suite,  la  première nouvelle m’a scotchée ! Deux lycéens qui sur fond de reggae vont commettre des actes  de plus en plus dangereux.  On ressent l’ennui qu’ils éprouvent mais surtout la tension qui s’installe. Aucun temps mort pour le lecteur !  Sauf qu’à vouloir trop jouer avec le feu, on se brûle et nos deux ados vont se retrouver face à leurs responsabilités. Loin des hommes  est plus tendre, deux jeunes qui se connaissent depuis longtemps et qui vont vivre leur première fois. Nirvana m’a laissé un goût amer. Ici, on passe du côté de ceux qui n’attendent plus rien de la vie. Alors qu’ils l’ont devant eux. Deux laissés pour compte dans les rues de Londres. Et une révélation : la peinture qui sera leur bouée de sauvetage. J'ai beaucoup aimé La forge. Retour en 68 dans une famille bourgeoise. Quand le vent libérateur de mai souffle sur une jeunesse, en apparence, dorée.
L’écriture d’Anne Percin est vive, prenante et colle, ici,  au plus près à un public d’adolescents.  Une lecture agréable !

Le billet de Gwen
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