dimanche 13 février 2011

les faux-semblants

Un tableau et à nous de laisser notre imagination tricoter ou broder ! Aujourd'hui, carte blanche chez Gwen. Il n'y a qu' à regarder, se laisser imprégner par cette jeune fille et se demander à quoi elle peut bien penser...

Elle vient de partir après m’avoir annoncé que mon père était ruiné. Je suis affligée, il faut que je le montre.  Que mon visage renvoie toute cette peine soudaine. Comme si le monde venait de s’écrouler. Une jeune fille promise à un bel avenir qui se retrouve sans rien. Je n’ai pas à me forcer. Au contraire, je dois taire mon envie de crier, de hurler devant le choix qui me torture. Il faut que je tienne encore quatre ou cinq minutes. Maximum. Quelques minutes qui me paraissent interminables. Le résultat du laboratoire tournoie dans mon esprit. Enceinte ! Je suis enceinte !  J’ai envie de pleurer. Non pas de bonheur mais parce que ma vie devient compliquée tout d’un coup. Talentueuse, j’ai travaillé dur pour arriver où j’en suis. Promise à une belle carrière, j’ai fait l’erreur de tomber amoureuse. Je croyais qu’il était sincère et qu’il m’aimait vraiment. Quand je lui ai annoncé la nouvelle, il m’a répondu sèchement : « débrouille-toi, je n’en veux  pas de ce gamin ». Une  simple formalité pour lui.  Quand je pose la main sur mon ventre, je n’arrive à m’imaginer qu’il contient la vie. Une vie.  Qu’est ce que je vais faire ? Je dois choisir entre garder cet enfant, renoncer à mon travail ou alors… Je n’ose pas y penser, c’est trop dur. Mon cœur va exploser, alors je mords  violemment  l’intérieur de la joue lèvre. Encore. Jusqu’au sang comme une meurtrière. J’ai envie de me lever, de partir, de tout quitter. Mais je dois continuer, jouer avec  les faux-semblants.
-Coupez ! Fanny tu as été superbe ! La scène est impeccable ! On sent que la chute financière de ton père te dévaste ! J’ai fait un gros plan, c’est du bon boulot ! Allez, tu peux sourire maintenant.
Oui, je peux sourire. J’ai joué mon rôle de personnage. Mais comment être heureuse dans la vraie vie ?  

samedi 12 février 2011

Fabienne Juhel - Les hommes sirènes

Éditeur : Rouergue - Date de parution : 08/01/2011 - 300 pages sublimes et d'une puissance incroyable...

Antoine, la quarantaine, apprend qu’il a un problème cardiaque. "Un caillou, un scrupule, un caillot, un remords, au choix... ". Une inscription sur une palissade  "Défense de déposer des ordures" et il laisse sa femme Maryse, son fils et  son ami Brian. Il part, il marche vers la mer qu’il veut voir. Lui, L’Homme aux origines indiennes, cherche  à comprendre son enfance pour se découvrir lui-même.
Comment parler de ce livre ? Je suis ressortie éblouie, ébranlée, stupéfaite et conquise ! Eblouie car dans  ce livre, Fabienne Juhel crée un univers à part. Un monde bien réel mais où les rebouteux à moitié sorciers, les loups et  une maison aux 113 fenêtres ont leur place. Elle nous plonge dans cet univers où L’Homme, Antoine, a grandi. Une enfance qui se dévoile peu à peu étrange, mystérieuse.  Des parents adoptifs qu’il appelle les Ténébreux, les Alpha. Eli et Eve Eckert  un couple aux  attitudes surprenantes, malsaines. Frère et sœur, ils portent en eux les traces indélébiles des camps d’extermination. De ce passé, ils entretiennent  une relation singulière avec la mort et portent un regard froid, sordide sur la condition des hommes.  Une enfance conditionnée sèche, aride qui sèmera le trouble  au plus profond d’Antoine. Auprès d’Eugénie la cuisinière, il trouvera de l’amour. Du vrai. Poète sans renommée, le déclic de partir  lui vient  en lisant des lettres peintes aux abord d'un chantier. Antoine disparait pour laisser place à Abhra, son vrai prénom qui signifie "nuage" :
 "Prêt à récupérer son nom d’Indien, à se laisser pousser les cheveux et à mesurer le monde sous sa semelle. Nuage pour mieux se fondre dans le paysage. Oui, il est prêt à prendre le pouls de la Terre, à en capter les vibrations. A voler de ses propres ailes, avec ce qui lui reste de cœur et de courage, jusqu’à la première mer qui voudra bien le coucher sous son édredon d’écume". L’homme marche, part sur les chemins pour se reconstruire, se nourrir de ses racines. 
J’ai été bousculée par la noirceur qui côtoie le lumineux, la beauté et la pureté.  Ce livre est hypnotique, l’écriture de Fabienne Juhel est stupéfiante. Elle arrive à marier la poésie,  l’âpreté des mots, la délicatesse pour en faire une écriture qui nous enveloppe, qui nous berce ou nous chavire. L’histoire, la quête d’Antoine pour s’approprier son identité d'Abhra  et se trouver m’a interpellée, conquise…
Il s’agit d’une lecture magnifique, aux accents atypiques, puissante. C’est tout simplement sublime… Un gros coup de cœur ! Un livre dont on ne sort pas indemne...

Le billet de Pascale.

vendredi 11 février 2011

Pete Fromm - Indian Creek

Éditeur : Gallmeister - Date de parution : 07/09/2006 - 266 pages de bouffées d'air pur et de nature sauvage...

Besoin de prendre l’air ? De se ressourcer et de retrouver le contact avec la nature ? Avant de partir dans une cabane perchée  en haut d’un arbre (oui, je sais, c’est tendance), lisez  ce livre ! Jamais je n’aurais soupçonné qu’un jour je rêverai de devenir une sorte de Davy Crockett moderne l'espace de quelques jours. Mais c’était sans compter sur Keisha la terrible et sa force (ou son super pouvoir) de persuasion !
Pete Fromm, un jeune étudiant, accepte un poste de surveillant de deux millions d’œufs de saumons pour l’état de l’Idaho. Le voilà qui s’embarque à passer l’hiver  au plein cœur des rocheuses avec pour compagnon un chien et comme habitat,  une tente chauffée par un poêle à bois. Sans aucune expérience, il va devoir tout apprendre pour vivre dans la nature.
On suit Pete, le débutant qui ne sait pas ce que c’est une corde de bois ou comment chasser. Et, il raconte avec beaucoup d’humour sa naïveté, ses mésaventures  et son apprentissage à cette vie. Seul et isolé, ses journées sont rythmées par des préoccupations élémentaires comme se nourrir, se chauffer. On s’imagine à ses côtés dans les rocheuses à marcher dans la neige avec des claquettes, à contempler la nature sauvage. Sa rencontre avec des chasseurs,  les moments de blues, les visites du garde et le bruit de la motoneige, la chasse malgré le froid… tout s’enchaîne merveilleusement bien et j’ai passé un agréable moment de lectureMes seuls bémols, j’ai trouvé qu’il manquait une certaine réflexion sur  la préservation de cette nature et en particulier les animaux. Et enfin, l’épilogue m’a semblé un peu trop « tout est beau, tout est rose ».
Un livre qui résonne comme une déclaration d'amour à cet environnement !
D'autres avis chez l'ami BOB. J'inaugure par cette lecture le challenge Nature Writing (qui l'eût cru ?) !
Merci à Keisha pour ce livre voyageur.




 
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